1. Kai-Mook, une superbe opération de pub !

Statuaire à la gloire de Kaai-Mook et de sa mère à Planckendael

  Bébé Kai-Mook, un nouveau Knut !

Il y a trois ans, la venue au monde de la petite Kaai-Mook, le premier éléphant né captif qui ait jamais survécu depuis la fondation du Zoo d’’Anvers en 1884, fit la une de toute la presse.

La « disneyfication » du personnage n’est d’ailleurs pas sans évoquer le traitement médiatique dont « bénéficia » l’adorable ourson polaire Knut au Zoo de Berlin. Une fois adulte, ce malheureux que des ministres et des vedettes de rock tenaient absolument à rencontrer, finit sa courte vie solitaire et castré puis mourut finalement d’une sorte de crise d’épilepsie dans l’indifférence générale.

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Knut, le petit ourson blanc

 

Le cas de Kaai-Mook est un peu différent, puisque la petite éléphante s’inscrit dans un contexte familial plus large qui laisse à penser que d’ici quelques années, si elle survit, elle deviendra mère à son tour… à Planckendael ou dans un autre zoo.

Toujours est-il que son transfert et celui de sa «famille» vers un nouvel enclos a permis de relancer une gigantesque opération de promotion publicitaire en faveur de la société zoologique anversoise et de son annexe de Planckendael, avec l’’appui enthousiaste de tous les journaux, radios et chaînes de télévision du pays et même, chose exceptionnelle, avec le soutien explicite de la Ministre alors en charge de la protection animale, Mme Laurette Onkelinx.

La présence de cette haute personnalité politique, aux côtés de différents notables flamands, a définitivement entériné le soutien plein et entier que la Belgique fédérale entend offrir aux entreprises commerciales que sont les zoos, cirques et delphinariums, en dépit d’un rapport féroce de la Fondation Born Free et au détriment d’un véritable investissement dans la sauvegarde de la biodiversité, particulièrement locale.

A l’’heure où l’’on massacre nos propres castors, il serait peut-être temps de réfléchir aux espèces endémiques menacées en Belgique, à l’’extension des zones protégées et à une nouvelle vision de la gestion des forêts qui ne reposerait plus sur les chasseurs mais sur le loup, le lynx et les petits prédateurs.

Par ailleurs, l’’ambiance indienne savamment reconstituée qui a présidé à ce formidable cirque médiatique a de quoi prêter à sourire. La langue malayalam et l’’état du Kerala, partout mis à l’’honneur dans le parc et lors des cérémonies d’’ouverture, n’ont en effet rien à voir avec les éléphants détenus à Planckendael.
Mais alors là, strictement RIEN à voir !

Kaai-Mook n'a rien à voir avec l'Inde.

Ganesha, le dieu éléphant, fils de Shiva et de Parvâti

Seule Dumbo a été capturée, non pas dans l’’extrême sud-ouest de l’’Inde mais bien loin au nord-est, en Assam. Les autres détenues proviennent pour leur part, de façon directe ou indirecte, de la République de l’Union du Myanmar, autrement dit la riante Birmanie !

On imagine qu’’il eut été délicat pour notre Ministre en charge de chanter la gloire de ce qui reste considéré comme l’’une des pires et des plus folles dictatures de cette planète.

Elle se garda également bien d’évoquer l’’histoire véritable de nos cinq pachydermes et se contenta donc de clamer leur bonheur et la beauté de leur nouvel espace de vie dans un discours dithyrambique qui fera date. (1)

Kaai-Mook et la junte militaire en Birmanie

La junte militaire birmane, avec laquelle nous faisons affaire…

Le plus grand enclos pour éléphants d’Europe

Mais bon, ne soyons pas chien, et reconnaissons que Société Royale de Zoologie d’Anvers (KMDA), qui gère le Zoo d’Anvers et le Domaine de Planckendael, n’a pas lésiné sur les moyens. Les aménagements de cet enclos 4 étoiles, comme le souligne Mme Onkelinx, sont certainement impressionnants, voire révolutionnaires, lorsqu’on les compare à ceux des autres zoos européens qui détiennent des éléphants, autrement dit, quasiment tous…

Qu’on en juge : le complexe s’étend sur une superficie de près de 2 hectares, soit 12.000 m2, agrémenté de
fontaines à eau, d’arbres grattoirs et de tonneaux en béton percés de trous.
Cet étrange objet, répandu un peu partout dans l’enclos, est supposé stimuler l’éléphant – pourtant capable d’opérations mentales autrement plus complexes ! – qui doit y chercher sa nourriture de la trompe, non sans quelques efforts.
On imagine qu’aux bout de deux jours, la chose aura cessé de l’amuser, mais enfin, l’heure n’est pas encore venue d’occuper nos pachydermes autrement, en les faisant participer à des travaux utiles – transports de bois coupés, déménagement d’objets lourds – ou en les laissant peindre des tableaux spontanés. Cela nuirait à l’image d’animal sauvage dont on veut les revêtir et qu’ils ne sont plus.

Peinture spontanée de Pratibha, l’éléphante.

 

Les installations intérieures, destinées à abriter les prisonniers durant la saison froide, sont à elles seules plus vastes que l’ensemble du site dédié aux éléphanteaux mâles du Zoo d’Anvers !

Il est vrai que cet espace hors norme dans l’histoire des parcs animaliers belges, et même européens, rétrécira au fil du temps : actuellement occupé par 5 femelles et un mâle, Chang (qui a remplacé Hussein mort de peur lors de son transport), il pourra accueillir jusqu’à 14 pachydermes. Les responsables du parc animalier espèrent voir naître les premiers éléphanteaux en 2014. En 2015, on attend toujours…

Fragile bonheur, donc, que celui de notre petit troupeau de 5 femelles en ce mois de juillet pluvieux de l’année 2012.
Car au zoo, rien n’est jamais stable, tout dépend de l’être humain et l’on s’y ennuie ferme, quelque soit la superficie de la prison.
Les meilleurs amis peuvent être séparées à jamais, les filles arrachées à leur mère pour toujours, des conflits féroces se dérouler dans une arène close sans espace de fuite mais surtout, derrière le merveilleux conte de fées que nous chante la presse et les scientifiques, il est d’autres réalités moins souriantes qu’il nous a semblé utile de décrire dans ces pages…

l'enclos intérieur et le tonneau à surprises

Enrichissement environnemental dans l’enclos intérieur.
Pour une étrange raison, l’éléphante a choisi de se recouvrir le dos d’herbe..

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