Iris et les cosmocrates

Premier dressage dès l'arrivée au Zoo d'Anvers. Iris ne fera plus rien d'autre toute le reste de sa pauvre vie. Copyright Antwerpen Zoo

Premier dressage dès l’arrivée au Zoo d’Anvers. Iris ne fera plus rien d’autre tout le reste de sa pauvre vie.

 28 mars 2003 / 28 mars 2005

Iris et les Cosmocrates

Si elle n’avait pas été capturée dans son adolescence, Iris aurait 36 ans.  Pour elle aussi, ce serait le printemps.

Elle nagerait aujourd’hui dans les eaux tièdes du Golfe du Mexique en compagnie de ses soeurs, de ses filles et de toute une marmaille de petits delphineaux joueurs et indisciplinés.
Elle plongerait loin, profond, à la recherche des coquillages cachés sous le sable fin.
Elle piquerait des pointes de vitesse au travers des vagues moutonneuses, elle bondirait haut dans le ciel d’azur traversé par des vols de pélicans, elle partirait en chasse au large avec ses amis d’une tribu voisine pour rassembler le poisson mulet et s’offrir un joyeux festin.

Mais rien de tout cela n’aura jamais lieu.

Le 28 mars 2003, Iris est morte en suffoquant dans les bras de ses geôliers, au bord d’un petit bassin obscur du Zoo de Duisburg en Allemagne et au terme de plus de 20 ans de captivité continue.
Elle aurait pu vivre plus de vingt ans encore.
La captivité l’a tuée avant l’âge.

Iris arrive à Anvers. Copyright Antwerpen ZOO

ris arrive à Anvers. Copyright Antwerpen ZOO

Iris à la fin de sa vie...

Qui s’en souvient ? Qui s’en soucie ?

 

De cette belle femelle dauphin, faite pour vivre en pleine mer, il ne reste à ce jour que quelques organes conservés dans le formol et une mince étude scientifique d’un intérêt douteux intitulée « Suspected chronic lymphatic leucemia in an aged bottlenose dolphin » (Manuel Garcia Hartmann 2005).
Ce seront les seules traces de son passage sur Terre…

Et il en sera ainsi pour toutes les « Iris », les « PlayBoys », les « Sunset Sam » et autres « Flipper » du monde entier, pour ces milliers de
dauphins, d’orques, d’orcelles ou de bélougas que l’on condamne à la prison à vie au seul profit  des Amusement Parks.

Le second anniversaire du décès d’Iris nous invite donc à marquer une pause et à réfléchir plus avant sur notre action à l’égard de l’Industrie de la Captivité. 

Force est de reconnaître que les delphinariums ne se sont jamais mieux portés qu’au 21ième siècle, en dépit de décennies de luttes, de manifestations et de dénonciations féroces de la part des défenseurs de la Nature.

Ceux-ci peinent aujourd’hui à faire fermer la moindre structure, privés qu’ils sont de toute alternative.
Où mettre les dauphins libérés ? Comment les réhabiliter ? Que faire avec les dauphins nés captifs qui, grâce aux progrès d’une technologie biologique plus fine, tendent rester en vie un peu plus longtemps ?

Comment convaincre des hommes politiques à ce point obsédés par leur réélection prochaine qu’ils en viennent à protéger les fabricants d’armes, les bâtisseurs de centrales nucléaires et les esclavagistes cétacéens ?

Iris a vécu dans ce trou d'eau à Anvers, derrière ce hublot, pendant 18 années de sa pauvre vie... Copyright YG 1998

Iris a vécu dans ce trou d’eau à Anvers, derrière ce hublot, pendant 18 années de sa pauvre vie… Copyright YG 1998

Telle une armée romaine aux légions bien rangées, l’Industrie de la Captivité affronte sans broncher les hordes des activistes, qui se jettent à son assaut en ordre dispersé, totalement dépassés par la complexité de l’ennemi qu’ils affrontent. 

Car c’est bien là le problème : désormais intégré dans un vaste réseau transcontinental placé sous la houlette de consortiums géants (Aspro Ocio, Grévin, Sea World; etc. ), chaque delphinarium d’Europe est en connexion avec tous les autres.

Que vendent ces entreprises ?
Du loisir familial. Du rêve. Du délassement tarifé.
Elles vendent des parcs aquatiques, des montagnes russes, des musées de cire, des attractions foraines, des spectacles de fauconnerie et de perroquets dressés, des mini-zoos, des mini-golfs
situés sur les lieux de vacances et, incidemment, du dauphin et de l’otarie captive pour amuser les enfants.

Mais pas n’importe quel dauphin : les delphinariums ont pour tâche de nous en faire acheter l’image artificielle convenue, celle d’un Flipper domestique tout dévolu au bonheur de l’homme.

Afin de mieux faire correspondre encore ce fantasme avec les créatures qu’ils exposent en spectacle, les spécialistes de la captivité nous fabriquent de malheureux simulacres vivants, une nouvelle race de Tursiops truncatus domesticus, tristes « toutous aquatiques »
dressés pour obéir dès la naissance.

A Duisburg, la naissance de Duke, fils de Pepina, fit l'objet d'un intense battage médiatique. Ici, la presse est conviée ainis que des hommes grenouilles pour présenter le bébé. Duke mourut quelque temps plus tard mais personne n'en parla.

« Aujourd’hui– écrit Jean Ziegler dans son ouvrage,
L’empire de la Honte
de nouvelles féodalités se sont constituées, infiniment plus puissantes, plus cyniques, plus brutales et plus rusées que les anciennes. Ce sont les sociétés transcontinentales privées de l’industrie, de la banque, des services et du commerce. (….)

Ces maîtres de l’Empire de la Honte organisent sciemment la Rareté. Et celle-ci obéit à la logique de la maximalisation du profit.
Plus un bien est rare, plus son prix est élevé.
L’abondance et la gratuité sont les cauchemars des cosmocrates qui consacrent des
efforts surhumains à en conjurer la perspective. Seule la rareté garantit le profit. Organisons-la !

Les cosmocrates ont notamment horreur de la gratuité qu’autorise la nature. Ils y voient une concurrence déloyale insupportable. Les brevets sur le vivant les plantes et les animaux génétiquement modifiés, la privatisation des sources d’eau doivent mettre fin à cette intolérable gratuité ».

Si la vie d’un ours ne vaut pas cher face à l’avancée des prospecteurs de pétrole en Alaska, ni celle d’un orang-outan face aux exploiteurs de bois exotique en Indonésie, dès qu’ils sont prisonniers, ces mêmes animaux sauvages génèrent en revanche du profit.

Peu importe aux marchands que les ultimes Bonobos, les derniers Gorilles du Bassin du Congo tombent sous les balles des militaires. Mais ils investisent des sommes considérables pour reconstituer
une pseudo-forêt tropicale à l’intention des grands signes captifs au Zoo de San Diego.

Tandis que les dauphins sauvages se font exploser la tête par les
ultra-sonars de la US Navy, qu’on laisse mourir des milliers d’autres dans les filets dérivants sans investir le moindre effort pour empêcher ce massacre au nom de la sauvegarde de l’emploi des marins pêcheurs…. on crée à grands frais d’énormes bassins pour les accueillir dès qu’ils sont captifs, comme à l’Oceanografico de Valence ou au Marineland d’Antibes.

On interdira tout contact avec les dauphins libres en mer libre, mais sur la plage juste en face, on construira des delphinariums pour pouvoir… nager avec eux !

On trouve ce type de panneau tout au long de la côte de Floride...

Spectacle à GulfWorld, juillet 2000. Photo Jean Pierre Von der Becke.

A Gulfworld, juste en face de la mer ,il est permis et encouragé
de nourrir et de caresser les dauphins. Mais ici, c’est payant !

Comment agir dès lors ?
Mais en cassant le marché, bien sûr, il n’est pas d’autre voie.

Une entreprise, toujours, doit vendre son produit.

Lorsqu’elle ne le vend plus, elle doit fermer ses portes
Si les pays du Tiers-Monde ne se faisaient pas la guerre, il n’y aurait pas de marchands d’armes
ni de munitions liégeoises
livrées en Tanzanie pour tuer des enfants africains.
Si tout le monde était végétarien, il n’y aurait pas d’abattoirs sanglants.
Si les gens connaissaient vraiment la sensibilité et l’intelligence des éléphants – ou de tout autre animal confiné- il n’y en aurait plus aucun
animal au zoo.
Il n’y aurait plus de zoo ni de parcs marins ni de foutus Safari parcs !

En informant les gens mais surtout le cœur de cible : les enfants, comme vient de le faire avec brio l’association
belge GAIA
, nous agirons
sans doute avec infiniment plus d’efficacité qu’en agitant des pancartes devant
un delphinarium.

En unissant nos efforts, en créant pour toute l’Europe un Front Uni contre la Captivité
(l’initiative est en cours) et en exigeant sur cette base des
autorités compétentes qu’elles interdisent à jamais tout confinement de
mammifère non-humain intelligent sur notre territoire, nous pourrons peut-être faire
reculer un jour le rouleau compresseur des esclavagistes animaliers et mettre
une fin définitive à leurs agissements criminels.



Merci de vous souvenir de la petite delphine Iris, qui reste à jamais
le symbole même de la souffrance de tous les dauphins captifs.


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Ils ont tué Iris

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Pam’s for the love of whales