Le bébé dauphin imite le sifflet de son dresseur

 

Le bébé dauphin imite le sifflet de son dresseur

2002
Des chercheurs ont découvert que les jeunes dauphins captifs imitaient les sifflements émis par leurs dresseurs quand ceux-ci donnent des ordres aux autres dauphins
. Cette découverte est une nouvelle confirmation de ce que ces animaux utilisent des sons imités pour communiquer entre eux.
«En développant leur capacité à siffler, les jeunes dauphins incorporent à leurs vocalisations des bruits qu’ils entendent dans leur environnement» affirme Peter Tyack, qui étudie le comportement animal au Woods Hole Oceanographic Institution, dans le Massachusetts.

Lorsqu’ils sont séparés de leurs groupes sociaux naturels, les dauphins captifs s’expriment de façon bien plus élémentaire qu’en mer libre: ils se contentent de siffler brièvement un son unique pour signaler leur position et leur identité.
Ils choisissent également d’émettre ces sons par l’évent hors de l’eau – et non par le melon, comme c’est le cas sous l’eau – sur des fréquences suffisamment basses pour que les humains puissent les entendre. Les dresseurs, de leur côté, utilisent leurs sifflets pour lancer un ordre, approuver un geste et communiquer de diverses manières avec leurs captifs.

Le dressage, c’est aussi empêcher que la mère n’éduque elle-même son enfant. C’est au dresseur de le faire !

 

L’équipe de Peter Tyack s’est aperçue que si les sifflements des dauphins libres consistent en trilles modulées qui montent et redescendent, les dauphins nés captifs tendent à émettre pour leur part de longues séquences sifflées sur un seul ton. Ces émissions sonores sont extrêmement similaires au bruit que produit par le sifflet à chien du dresseur – ce son qui indique au dauphin : « Bravo ! Tu as droit à de la nourriture en récompense ! ».
« Le fait de choisir d’imiter ce signal n’est sans doute pas une coïncidence » déclare Peter Tyack. « Le jeune delphineau peut parfaitement comprendre qu’en ajoutant le son de la «cloche du dîner» à son vocabulaire, il ne manquera pas de susciter une réaction rapide de la part de ses compagnons de bassin.

Jennifer Miksis, un autre membre de l’équipe de Woods Hole, note de son côté : 
«Les capacités vocales des dauphins peuvent devenir de plus en plus sophistiquées avec le temps et les signatures sifflées des animaux nés captifs varier de plus en plus au fur et à mesure qu’ils avancent en âge»
« Les dauphins communiquent également en agitant la tête, en découvrant leurs dents ou en claquant des mâchoires.
Ils peuvent faire usage d’un langage corporel et vocal combiné incroyablement subtil, qui leur permet de transmettre une information détaillée sur leurs intentions »
ajoute encore Miksis.

Le langage gestuel des sauts

 

 

La zoologiste Diana Reiss, qui travaille aux Laboratoires Osborn pour la Science Marine à New York, est parvenue pour sa part à enseigner à des dauphins différents sons, grâce à l’aide d’un clavier sous-marin.
« Tous les dauphins nés en captivité ne disposent que d’un répertoire particulièrement limité » confirme la chercheuse.
« Lorsqu’ils ont entendu pour la dix-neuvième fois qu’un certain sifflement était associé à la balle, ils se sont mis à le répéter, mais seulement de manière partielle : ils imitaient seulement la fin du son, un peu comme un enfant qui répète « …nana » après qu’on lui ait montré une banane (« banana » en anglais). Ils ont également utilisé ces nouveaux sifflements en dehors des sessions devant le clavier, quand ils jouaient avec la balle ».

Diana Reiss – qui s’oppose au Dr Lori Marino en matière de captivité – conteste cependant que les dauphins puissent se servir d’un appel unique pour s’identifier eux-mêmes. Tous les appels de contact sont fondées selon elle sur le même type de sifflements grimpant dans les aigus.  La chercheuse pense que tous les dauphins nés en captivité ne disposent que de sifflements relativement monotones, indépendamment de ce qu’on leur enseigne et que ces sons deviennent plus complexes avec l’âge.

FAUX ! retorque Miksis. Même le dauphin captif le plus ancien de ce programme de recherches, qui avait 35 ans, sifflait d’une manière moins diversifiée que n’importe quel dauphin libre du même âge. La notion de «signature sifflée» existe d’ailleurs chez d’autres espèces, parmi lesquelles les chauves-souris ou les corneilles.

La signature sifflée d’un dauphin, c’est tout simplement son nom.

 

D’après l’article 
Dolphin hear, dolphin do : Captive dolphins base their whistles on human sounds
paru dans la revue Nature du 21 août 2002

Miksis, J. L., Tyack, P. L. & Buck, J. R. Captive dolphins, Tursiops truncatus, develop signature whistles that match acoustic features of
human-made model sounds. Journal of the Acoustical Society of America 112, 728 – 739 (2002). Article http://asa.aip.org/jasa.html

Reiss, D. & McCowan, B. Spontaneous vocal mimicry and production by bottlenose dolphins (Tursiops truncatus): evidence for vocal learning. Journal of Comparative Psychology 107, 301 – 312 (1993). |Article http://www.apa.org/journals/com.html


Commentaires

Cet article est intéressant à plus d’un titre :

Il révèle que le débat a toujours lieu entre les partisans de l’existence d’une «signature sifflée » – autrement dit, l’équivalent d’un nom propre- et ceux qui se refusent encore d’y croire.
Ce débat plonge évidemment ses racines dans nos fantasmes anthropocentristes. Certains, toujours en quête de l’impossible « exception humaine », préféreraient que les dauphins ne parlent pas. On notera aussi que ni Peter Tyack, ni Diana Reiss n’évoquent jamais les recherches menées sur le langage delphinien «naturel» tel que parlé par les dauphins sauvages et qui a pourtant fait l’objet de recherches poussées en Russie soviétique et post-soviétique.
La question de la signature sifflée est en tous cas réglée depuis 2013 : les dauphins portent bien un nom propre !

Il nous confirme aussi que les dauphins ont tendance, comme nous, à développer leur vocabulaire avec des mots nouveaux. C’est là le principe des vrais langages «ouverts». Les delphineaux qui jouent à la balle en la nommant après leur séance de clavier ne font pas autre chose que les jeunes qui vivent en mer et apprennent de leur mère et de leurs proches le nom des choses : ceci est un «poisson », ceci est un «rocher», etc. On appelle cela le vocal labeling.

Il nous rappelle enfin l’indigence absolue du milieu de vie au sein duquel les dauphins nés captifs doivent passer leur enfance puis leur vie.
Si ces enfants esclaves en sont réduits à imiter le sifflet de leur dresseur, en liberté, leur vocabulaire est infiniment plus riche !
A sa naissance, le delphineau se contente de babiller. Il doit apprendre les vocalisations de ses aînés et acquérir le «dialecte de leur tribu», comme n’importe quel enfant humain. Peu à peu, par la grâce du vocal labeling, ils donnera des noms à toutes les choses.
On frémit en pensant à tous les autres éléments de culture, de sociabilité et d’éveil intellectuel qui font défaut à ces enfants nés en cellule.
On s’étonne aussi de ce que les chercheurs ne nous parlent que des dauphins nés captifs.
Dans la plupart des bassins, ces petits êtres chétifs et médicalisés côtoient des «fondateurs», c’est à dire des dauphins capturés à l’âge adulte et disposant d’un bagage culturel, sinon complet du moins suffisant.
Sans doute était-ce là l’une des raisons pour laquelle, au Zoo de Duisburg, le petit Duke né captif et mort à deux ans, fréquentait avec autant d’assiduité la matriarche Iris : pour apprendre les mots de la tribu..

 


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