Arrêt de la reproduction des cétacés : situation cruelle et inhumaine ?

Femke et son fils unique Ekinox, qui lui a été enlevé en 2016 à l’âge de 5 ans pour partir en Grèce. Elle ne le reverra jamais.

 

Arrêt de la reproduction des cétacés : situation cruelle et inhumaine ?

Le 6 mai dernier, la ministre Ségolène Royal prenait une décision historique : pour la première fois en Europe, la reproduction des orques mais aussi des dauphins captifs était mise hors la loi. 

Aussitôt, afin de s’opposer à ce nouveau décret, le parc Marineland a lancé une pétition en ligne pour obtenir le soutien des internautes « dans le cadre des actions menées (par le parc) visant à autoriser la reproduction des cétacés dans les parcs marins et ce, pour leur bien-être ».
La pétition vient également d’obtenir le soutien de l’Association européenne des mammifères aquatiques (EAAM).
En tant qu’organisation professionnelle composée exclusivement de dresseurs, scientifiques et directeurs de parcs directement compromis dans l’industrie de la captivité, l’EAAM craint forcément que le décret « n’empêche les parcs reconnus de haut niveau d’effectuer les activités liées à la recherche scientifique, à l’éducation et, en fin de compte, à la conservation des espèces ».
Mais elle estime également que ce décret « constitue une situation cruelle et inhumaine pour les animaux sous notre responsabilité, en limitant leurs comportements naturels ».

La reproduction des cétacés en bassin était-elle donc à ce point nécessaire au bien-être de ceux-ci ?

Revenons sur quelques faits de base :

Jusqu’au début des années 90, les delphinariums ne se sont guère souciés de reproduction.
Certes, des bébés naissaient mais fort peu survivaient au manque d’espace et à la promiscuité. Au Zoo d’Anvers, la plupart étaient écrasés par des adultes contre les parois, tués par un mâle devenu fou ou engloutis dans un tuyau de filtration.
Ce n’est que très tardivement que les bassins ont été agrandis et que des espaces ont été prévus pour isoler les mères et leurs bébés.

La reproduction a été imposée par les nouvelles réglementations CITES sur le trafic de cétacés, et n’est nullement animée par un désir de « respecter les comportements naturels » des esclaves entassés dans leurs piscines !
Faire naître des dauphins et des orques en bassin est coûteux et compliqué. La surveillance de la grossesse est longue et l’enjeu en terme publicitaire important : si le bébé meurt à la naissance, c’est mauvais pour l’image.
En Russie, en Chine, au Japon, au Mexique, presque partout ailleurs dans le monde, la capture des dauphins apparaît encore aujourd’hui comme une option bien plus économique !

 

 

Contrôle de la grossesse de Roxanne à Bruges

En Europe, la reproduction des cétacés s’inscrit dans les programmes EEP.
Ce sont les mêmes qui règlent la valse des pandas reproducteurs et des fourmiliers arboricoles les plus rares dans les zoos européens.
Le problème, c’est que ni l’orque ni le dauphin ne sont des animaux en voie de disparition, ni même particulièrement menacés.

Ils se débrouillent très bien dans l’océan, merci, malgré les terribles menaces que font peser sur eux la pollution, la chasse et les filets dérivants. Mieux même, les orques sont aujourd’hui en train de conquérir de nouveaux territoires grâce au changement climatique.
S’il existe des cétacés qui mériteraient un tel programme, ce seraient plutôt les dauphins du Gange ou les vaquitas, mais ceux-ci ne survivent malheureusement pas à la captivité.

En outre, les programmes EEP présupposent par définition qu’à terme, on relâche les animaux produits en captivité, comme on le fait avec les oryx, les vautours moines ou tout récemment encore, avec les chevaux de Przewalski élevés en Belgique et relâchés en Mongolie.
Or, jamais un seul dauphin élevé en bassin n’a été remis en mer par un delphinarium en Europe, et pour cause, puisque l’animal, devenu totalement dépendant de l’homme et privé de toute culture propre, serait bien incapable de s’en sortir tout seul !

Vaquita

 

Pourtant, dans la logique de ces programmes EEP, un relevé constant des animaux présents doit être fait et communiqué aux instances coordinatrices. On peut alors apparier tel lion de l’Atlas présent aux Pays-Bas, avec telle lionne présente en Italie, ou tel ouistiti mâle en France avec une femelle en Allemagne.

A tout moment du processus, les naissances sont contrôlées, freinées, interrompues ou encouragées.
Ce fut le cas pour Roxanne qui parvint à mettre au monde des jumeaux et un troisième enfant un an plus tard, avec l’aide de quelques solides stimulants hormonaux.
Les éléphants, les grands singes et les cétacés souffrent beaucoup de ces échanges aveugles, car ceux-ci brisent de manière douloureuse des groupes d’amis et des familles soudées depuis toujours.

En outre, ces animaux hautement intelligents et socialisés choisissent eux-mêmes leurs partenaires.
Chez les gorilles, ce sont les femelles qui font le choix. Chez les dauphins, dans ces petits villages marins qui bordent les côtes du Golfe du Mexique, tout le monde connaît tout le monde depuis l’enfance et les filles ont souvent joués avec leurs amants volages, avant que de flirter avec eux.
Là encore, le choix du partenaire est laissé à chacun d’entre eux, même si les accouplements chez les dauphins ne manquent pas d’animation et ressemblent  des viols.
Mais ce qui ressemble bien plus à un viol, c’est une orque qui se rend compte un jour qu’elle est enceinte…  sans partenaire ! L’immaculée conception dit être assez dérangeante pour les cétacés, qui comprennent sans doute mal le rapport entre l’intrusion froide d’un tuyau de caoutchouc dans leur vagin et la grossesse quelques mois plus tard.
Le Marineland d’Antibes a beaucoup investi dans la recherche sur l’insémination des orques. Il y a 6 ans à peine, la naissance de Moana fut saluée comme une apothéose !
On se souciait alors fort peu alors des comportements naturels


En mer, l’inceste est tabou et tout est mis en oeuvre pour qu’il ne survienne pas.
Les sociétés sont exogamiques, les femelles ramènent leur bébé au coeur de la tribu, on sait parfaitement qui est qui et qui est le fils ou la fille de qui. Les signatures sifflées servent notamment à cela.
En bassin par contre, ça n’a pas l’air de poser trop de problèmes. Le Parc Astérix s’est illustré en faisant mettre enceinte une gamine (Thaïs) par son grand-père tandis que le Marineland faisait s’accoupler sans la moindre honte Wikie et son demi-frère Valentin.

Les jeunes dauphins de 5 ans sont régulièrement enlevés à leur mère au prétexte qu’ils vont la violer, elle et leurs petites soeurs.
De tels comportements n’existent tout simplement PAS en liberté ! Pas plus d’ailleurs que les femelles dépressives qui tuent les enfants des autres mères par jalousie…


Bref, la reproduction ne semble pas initialement prévue pour garantir le bien-être des cétacés.
Sa finalité semble plutôt de produire du dauphin et de l’orque de spectacle à un coût raisonnable, dans un milieu contrôlé, afin de pouvoir assurer la survie d’une industrie de la captivité pourtant mourante sur tous les fronts en Occident.

Le Regumate Porcine, dont on se sert comme contraceptif pour les cétacés

 


PETITION