Attica : derrière le zoo grec, un français

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Attica : derrière le zoo grec, un français

Le 12 juillet dernier, Ekinox et Naska, les deux jeunes dauphins du parc Astérix, ont été déportés au Zoo d’Attica, en Grèce, malgré de nombreuses protestations.
Mais ce n’est pas tout à fait en Grèce qu’on les a envoyé, car le propriétaire de ce delphinarium est un français de France. Et sans nul doute un grand ami du Parc Astérix et du Zoo de Beauval, avec plein de beaux projets financiers pleins la tête. 

L’homme est du genre aventurier.
Depuis son arrivée en Grèce en 1969, il a successivement fait fortune dans le conseil en recrutement, l’édition pour enfants et la presse pour adultes.  
«Les magazines de charme n’existaient pas. La société grecque était vraiment loin de tout cela » sourit Jean-Jacques Lesueur. Voilà une bonne raison pour prendre l’avion, afin de convaincre l’éditeur américain de Playboy d’accorder sa licence. « Il a dit OK. Et je dois dire qu’on s’est bien amusés ».
Les Grecs, eux, se sont offusqués. Avant de s’habituer. Puis de céder aux charmes de Zoë Laskaris, première célébrité locale à oser dévoiler toute sa personnalité sur papier glacé. « Ce jour-là, les ventes ont décollé. Et elles n’ont plus cessé de grimper ».
Après Playboy, Jean-Jacques Lesueur obtient la licence du magazine Elle, puis celles de Max, Avantage, KAI… Le patron français constitue progressivement un véritable groupe de presse, doté de 350 employés et d’une imprimerie. En 93, l’ensemble est vendu au groupe Hachette-Rizzoli. Jean-Jacques Lesueur se lance alors dans une nouvelle affaire, une imprimerie reprise auprès de l’Etat dont les coûts fixes s’avèrent bientôt difficiles à gérer. En 97, l’entreprise dépose le bilan. S’ensuivent de longues années de procédures et d’embrouillaminis administratifs. A 57 ans, Jean-Jacques Lesueur sort de l’épreuve avec une certitude : « Désormais, je voulais faire ce que j’avais profondément envie de faire ».
(Ambafrance)

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Le premier zoo grec digne de ce nom, selon Jean-Jacques Lesueur

Puis vint le temps des zoos.
« Depuis toujours, Jean-Jacques Lesueur nourrit une passion pour les animaux. La propriété familiale abrite un importante collection ornithologique. Une collection comme on n’en trouve pas ailleurs en Grèce. D’ailleurs, dans la région d’Athènes, en 1998 il n’y a toujours pas de zoo digne de ce nom…L’idée est là, l’envie aussi. Ne manquent que les fonds. Après avoir visité les zoos du monde entier pour affiner ses plans, Jean-Jacques Lesueur puise dans son carnet d’adresse. Il convainc des sociétés grecques et internationales de sponsoriser l’aventure, rassemblant un million d’euros pour compléter l’investissement de départ. Il faut alors un terrain. Deux fois, Jean-Jacques Lesueur croit dénicher le foncier, et deux fois il bute sur les obstacles administratifs. Mais en Grèce, tout est affaire de patience voire d’obstination. La troisième fois sera la bonne : à Spata, entre Athènes et l’aéroport, le « Zoo de l’Attique » disposera d’une emprise de 25 hectares disponibles ».
(Ambafrance) 

Fidèle à sa devise de « proposer aux Grecs ce qu’ils ne connaissent pas encore », Jean-Jacques Lesueur porte la lourde responsabilité d’avoir ouvert le tout premier delphinarium en Grèce, dans un pays qui depuis l’Antiquité, respectait les dauphins à l’égal des dieux et ne les enfermaient pas.

« Et Jean-Jacques Lesueur ne compte pas s’arrêter là. S’il n’existait pas de zoo en Grèce, d’aquarium géant il n’y a toujours pas. Ainsi naîtra bientôt, juste en face du zoo, un « Okeanopolis » de 7 M euros et 6.000 m2. Avec le concours de sociétés françaises spécialisées dans l’aquariologie, Jean-Jacques Lesueur offrira aux visiteurs les dernières prouesses technologiques, tunnel sous-marin et bassins géants compris. Le permis de construire est déjà déposé, l’ouverture programmée début 2007.  Quant à la suite, elle est déjà prévue, sous la forme d’un « delphinarium » jouxtant le zoo et l’aquarium. Déjà esquissés, les plans sont étalés sur le bureau de Jean-Jacques Lesueur, entre un album ornithologique et la boîte en carton de Vicky, le bébé loutre qui attend bruyamment son biberon ». (Ambafrance 2009) 

 

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Il n’ avait jamais eu de delphinarium en Grèce

 

Le goût du risque ne l’a pas quitté en chemin, notre ami Lesueur.
Dès 2010, il fait venir 11 dauphins depuis le « Musée de la Mer » en Lituanie ,jusqu’à son nouveau « parc zoologique de l’Attique ».
Aucune autorisation n’a été donnée par le gouvernement grec pour laisser entrer ces dauphins dans le pays et le delphinarium grec n’a pas reçu de permis de construire.
Le déplacement se justifie par de grands travaux : la Lituanie vient de recevoir une somme conséquente de l’Union Européenne pour refaire entièrement son vieux delphinarium, et il faut bien caser  les détenus quelque part pendant le chantier. En 2014, 7 d’entre eux sont renvoyés en Lituanie. Les autres restent en Grèce, en toute illégalité. 3 de ces dauphins ont été capturés en Mer Noire. Ils sont les derniers survivants d’un arrivage massif de 10 grands dauphins russes amenés en Lituanie entre 1993 et 2000. Le transport fut si brutal – si «soviétique», pourrait-on dire – qu’il tua trois captifs en route.

 

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Le Musée de la Mer en Lituanie, où sont retournés les dauphins du zoo de l’Attique

 

En Avril 2011, le Parti Vert (écologiste) grec poursuivait le Zoo de l’Attique en justice.
Ce procès a donné lieu à une ordonnance provisoire interdisant les spectacles de dauphins et le fonctionnement du delphinarium du zoo. Une nouvelle loi était alors en cours d’examen, qui rendait illégal tout spectacle d’animaux sauvages, au cirque comme au zoo. Le ministère de l’Environnement, de l’Aménagement et des Travaux Publics a également condamné M. Lesueur  à une amende de 1,5 M € pour avoir construit son delphinarium sans permis.  Toutefois, l’Attica Zoo a gardé ses dauphins et les a utilisé par la suite pour des spectacles de divertissement, qu’il est convenu d’appeler «des présentations éducatives ».  Pas moins de six dauphins y sont morts avant l’âge entre 2010-2015.

Aujourd’hui, seuls Jason et Hermès, deux dauphins mâles, y demeuraient encore en juillet 2016, rejoints par les deux delphineaux du parc Astérix et, sans doute, par les quatre ultimes survivants du dernier delphinarium de Finlande.

 

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Le delphinarium du Zoo de l’Attique, près d’Athènes

 

En juillet 2015, Jean-Jacques Lesueur lance un curieux appel au secours.
« Il faut que je rappelle la banque », lance Jean-Jacques Lesueur, interrompant un instant la visite du zoo qu’il a fondé à Athènes. L’homme d’affaires français, un septuagénaire aux allures de baroudeur, doit importer six tonnes de poissons congelés pour les dauphins de son établissement. 
Cette transaction banale se heurte aux sévères restrictions financières mises en place le 29 juin pour empêcher l’argent de sortir de Grèce. Tout paiement de facture à l’étranger doit être validé par une commission gouvernementale, et les fournisseurs, inquiets, exigent d’être payés à l’avance. Finalement Jean-Jacques Lesueur a vu sa commande validée de manière « prioritaire » en quelques jours seulement, grâce selon lui au « brouhaha » qu’il a fait autour de son cas. Le ministère grec de l’Economie a annoncé le 23 juillet que pour « faciliter » les importations de matières premières et éviter l’embouteillage des demandes au niveau central, les autorisations de paiement allaient pouvoir être données par les banques.

Le zoo utilise principalement de la viande et des végétaux locaux, mais importe aussi pour environ 80.000 euros de nourriture par an. « Des clopinettes » en termes financiers selon son fondateur, mais « une question de vie ou de mort » pour certaines espèces. Les dauphins par exemple ont besoin de poissons introuvables au large de la Grèce. Et les deux fourmiliers géants du zoo dépendent entièrement d’importations de vers et d’une poudre remplaçant les termites de leur habitat naturel ».
(RT)


C’est donc sur cet étrange élevage attendu de 7 mâles et une vieille femelle que M. Lesueur va régner pour un temps, en payant très cher le poisson (lequel ?) qu’on ne trouve pas en Grèce, alors que des milliers de grands dauphins vivent le long de ses côtes.

Mais pour combien de temps, si la loi sur les zoos entrait vraiment en application ? Et avec quel avenir pour ces dauphins en surplus entre des mains aussi « expertes » ?

 


Pétition

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Pétition au Ministère Grec de l’Environnement

 


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Dauphins du Parc Astérix

25 juillet 2016

« L’association C’est assez ! qui milite contre la captivité des dauphins, ne lâche pas le Parc Astérix de Plailly.
Elle signe une lettre ouverte adressée au directeur de ce parc, avec sept autres associations et fondations. C’est assez ! s’inquiète du transfert de deux dauphins mâles, Ekinox et Naska, au parc zoologique Attica, près d’Athènes en Grèce. «  Ce zoo est un mouroir. Avec la crise économique, les Grecs n’ont pas les moyens de le faire vivre  », assure Christine Grandjean, présidente de l’association C’est assez ! Et de renvoyer à un article du site web d’information Huffington Post, intitulé «  Au zoo d’Athènes ou dans la rue, les animaux souffrent aussi de la crise ».
« Il y a régulièrement des échanges entre delphinariums en Europe. C’est un programme européen obligatoire de gestion du patrimoine génétique qui sert notamment à éviter la consanguinité  », répond le Parc Astérix, sollicité par le Courrier picard. Ekinox et Naska sont partis mi-juillet. Depuis leur départ, le parc compte sept dauphins. Il ne reçoit pas de cétacé de l’extérieur cette saison, car il y a eu une naissance l’an passé ».


« Il y a régulièrement des échanges entre delphinariums en Europe. C’est un programme européen obligatoire de gestion du patrimoine génétique qui sert notamment à éviter la consanguinité» ?
Il s’agit du programme de reproduction européen EEP, pour être précis, qui est commun à tous les zoos. Son but est d’assurer la reproduction d’espèces menacées.
Mais les dauphins Tursiops ne sont pas une espèce menacée et l’on se demande d’ailleurs comment ils vont se reproduire. Car il n’y a actuellement que 4 jeunes mâles dans le bassin grec ! Et même si les dauphins de Finlande arrivait, cela ne ferait qu’une seule femelle ménopausée dans un groupe de 7 mâles, du jamais vu en milieu naturel ! De qui se moque-t-on ?
Le parc Astérix oublie également de signaler à quel point ces transferts sont un facteur de stress extrême pour les dauphins déplacés.

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Dauphin russe amené de Lituanie et Grèce


 

Le delphinarium Attica Zoological Park en Grèce

 


Les dauphins de Finlande sont déportés en Grèce

http://www.dauphinlibre.be/le-parc-asterix-a-paris/