Bélugas, Seigneurs des Glaces

Beluga Whales, Delphinapterus leucas, males swimming in estuary of Cunningham River. Somerset Island. Northwest Territories. Canada.

Bélugas, Seigneurs des Glaces

sommaire

Les seigneurs des Glaces

Le langage des bélugas

Menaces sur les bélugas

Les belugas de Cook inlet

Bélugas en captivité

Bélugas militaires

Nunavik et Puji, Shedd Aquarium

Nunavik, né en 2009 au Shedd Aquarium des oeuvres de Naluark et de Puiji. est aujourd’hui orphelin :  ce 28 octobre 2011, sa maman est morte à 25 ans d’une brutale « infection d’origine inconnue »


Le Seigneur des Glaces


Si les dauphins et les orques sont les habitants ordinaires de la plupart des océans du monde, peu de mammifères marins ont occupé les mers froides de notre planète avec autant de succès que les bélugas.

Ces baleines blanches sont chez elles partout tout autour du cercle polaire, en nombre restreint, certes, du fait des chasses folles dont ils ont fait l’objet et de la pollution des eaux qui les minent, mais avec une efficacité rare.

Tout chez elles, corps, mental, vie sociale et communications sonores, les préparent à vivre dans ce monde glacé des banquise sous laquelle prospèrent poissons et invertébrés.
Là où la plupart des autres cétacés et même les phoques se refusent à nager de crainte de se faire prendre à jamais dans quelque piège de glace, là commence le vrai royaume du béluga !


Avec leurs grands corps boudinés de quatre ou cinq mètres de long d’une blancheur éclatante, leurs masse pouvant atteindre deux tonnes, leur front bombé aussi mobile et expressif q’un visage, leur dos privé de tout aileron, ces cétacés font partie de la même famille que le narval et comme lui, peuvent pulvériser la couche de glace de la banquise d’un coup de tête et se créer une ouverture pour chercher de l’air en surface.

Les bélugas étaient naguère presque légendaires : seuls les explorateurs des pôles et les Inuits les voyaient apparaître brusquement en été, comme surgis de nulle part, sans que l’on comprenne le sens de leurs migrations et encore moins leur comportement étrange. Ils restent encore aujourd’hui parmi les plus mal connus des cétacés quant à leurs moeurs et cultures, car durant toute une partie de l’année, il est simplement impossible de les observer.

Nous savons néanmoins que les bélugas sont par essence des créatures grégaires qui se déplacent rarement seuls.
De vastes rassemblements sont observés tout au long de l’année mais les plus importants d’entre eux se tiennent en été sur les lieux de reproduction où des groupes de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers d’individus se regroupent dans les estuaires des fleuves. Lorsqu’ils sont en train de se nourrir, les bélugas ont, en revanche, tendance à se disperser.

Comme les dauphins, les bélugas vivent au sein de « pods » ou « tribus » qui comprennent une « nurseries » composée de plusieurs femelles adultes, de leurs nouveaux-nés et d’enfants un peu plus âgés, ainsi que d’un groupe de mâles adultes au nombre de 8 à 16.
Il se peut que ces mâles adultes se tiennent en périphérie des femelles pour affirmer leur dominance ou nouer de relations sociales au sein du troupeau, car à cette époque de l’année, les mères se préoccupent de l’éducation des enfants et non de reproduction.

Ces nurseries sont souvent observées près des rivages de l’estuaire, organisées en petits groupes lâches, alors que pour leur part, les mâles adultes se constituent en groupes bien séparés et cohérents de célibataires.
Dans les eaux russes de l’océan arctique, les rassemblements de mâles peuvent atteindre parfois plus de 500 individus, tous adultes pour la plupart.

Au sein de ces assemblées, on trouve aussi des groupes mixtes composés d’une femelle et de un à trois jeunes, nouveaux-nés et juvéniles âgés de cinq ou six, constituant des unités familiales.
Les nouveau-nés restent tout près de leur mère, habituellement légèrement derrière elle, au-dessus, sur le côté ou juste au-dessous d’elle. Une « tante » veille, comme chez les dauphins, au bon déroulement de l’accouchement et coopère à l’éducation ultérieure du bébé.

 

Bébé béluga, sa tante et sa mère


Ceux-ci naissent tout bruns ou tout gris et ne mesurent guère plus d’un mètre quarante de long.

Ensuite leur peau vire au bleu-gris puis au blanc immaculé. Blanc qu’il faudra cependant entretenir : comme des serpents, les bélugas doivent frotter leur vieille peau jaunie sur des galets, au sein de baies traditionnellement dévolues à cet usage où ils se regroupent par centaines.

Pour téter, le jeune se place à angle droit par rapport à sa maman. On a souvent observé des femelles se tournant sur le côté et soulevant le delphineau à la surface sur le plat de leur caudale. Ces femelles sont extrêmement soucieuses du bien-être de leur petit et attaquent tout quiconque les menacent.

En hiver, les bélugas voyagent le long des failles dans la glace et se nourrissent en grand nombre dans des lacs intérieurs permanents qui se créent au coeur de la banquise. Pour respirer, ils maintiennent ouvertes une série d’ouvertures dans la glace, qu’ils brisent d’un coup de tête même lorsqu’elle est épaisse de plus d’un pouce.

De vingt à trente bélugas peuvent utiliser le même trou à cette fin, attendant chacun sagement leur tour pour venir respirer. Lorsqu’un narval arrive au même endroit, les bélugas vont prendre l’air ailleurs.

Les bélugas plongent couramment à plus de 550 mètres sous la surface.
Lors de ces descentes qui réclament une rétention de souffle de plus de vingt minutes, les bélugas coulent doucement vers le fond. Ils y demeurent environ 5 à 10 minutes puis remontent à une vitesse également contrôlée pour épargner leur oxygène.
Une fois parvenus sur le plancher marin, nos baleines blanches glissent lentement sur le ventre et semblent se pourlécher d’invertébrés et de poissons de toutes sortes.
Sans doute, comme les cachalots, les sucent-ils plus qu’ils ne les mordent, car les lèvres des bélougas sont extraordinairement mobiles et capables de cracher de l’eau si nécessaire !

 

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Le langage des bélugas

Beluga chirp / Copyright AguaSonic Cetacean Acoustics Consulting Post Office Box 813 Rio Vista CA 94571

 

Les bélugas ou baleines blanches sont, de tous les cétacés, ceux qui vocalisent le plus.
Les baleiniers qui entendaient leurs échanges verbaux au travers de la coque de leur navire ou même en plein air, les ont d’ailleurs nommé « les canaris des mers ». Ils furent aussi les premiers cétacés à être enregistrés.

Par rapport aux odontocètes de taille plus réduite, il semble qu’il y ait chez le béluga une prédominance des fréquences basses et de séries pulsées dans les appels. Les groupes sont généralement très bruyants, mais les animaux solitaires sont plutôt silencieux, spécialement lorsqu’ils se trouvent en présence d’un épaulard, leur principal prédateur.

Leurs clicks pulsés s’organisent en série de 4 à 800 impulsions par seconde, soit en moyenne, 163, d’une durée de 0,7 sec.  On a pu observer un signal d’écholocation à double composante chez des animaux captifs (1,5 kilohertz et 60 kilohertz simultanément).

Compte tenu de son milieu de vie tout à fait particulier – le monde des glaces – le béluga a du adapter son sonar au bruit environnant en élevant la fréquence et l’intensité de ses clics. La fréquence maximale a été décalée des 40-60 kilohertz habituels à 100-120 kilohertz. On suppose que le béluga a décalé ses signaux jusqu’à une bande de fréquence où le bruit ambiant était bas et a augmenté dans le même temps son niveau de source.

Quant aux sifflements (mode tonal) ils se situent dans la gamme des 0,4-14,5 kilohertz. Les moyennes de fréquence se situent entre 2,73 kilohertz (minimale), 4,37 kilohertz (maximale) et 3,89 kilohertz (moyenne), avec des durées d’émission comprises entre 0,05 et 3,8 secondes (moyenne : 0,75 sec.).

 

 

Sept classes de sifflements ont pu être établies sur base de la modulation de fréquence de la note fondamentale. Les classes les plus communes étaient les sifflements non modulés de fréquence (~ 30%), les sifflements croissants en fréquence (~14%) et le sifflement « de haut en bas  » (~15%).

55% des appels  » bruyants  » étudiés créent d’évidence une impression auditive de sifflements, le reste étant généralement considéré comme non structuré. Les fréquences entendues se situaient entre 5,8 et 2,3 kilohertz d’une durée de 0,05 à 2,25 sec.

Il apparaît que seul, le taux d’occurrence des sifflements de type  » fréquence croissante  » change de manière significative selon le type d’activités comportementales : ces sifflements sont le plus généralement associés aux interactions sociales.
Les tonalités pulsées  » explosives  » étaient pour leur part associées de manière significative avec des rassemblements compacts et stationnaires d’individus flottant près de la surface de l’eau, et les  » squawks  » avec des groupes en pleine interaction.

Bélugas et dauphins Tursiops utilisent par ailleurs leurs clicks d’écholocation de manière différente. Le dauphin Tursiops maintient un intervalle entre ses clicks plus important que le temps mis par le signal pour atteindre sa cible et en revenir, de sorte que des échos puissent être traités avant que les signaux suivants soient émis.

Chez le béluga au contraire, nombre de clicks se suivent à une cadence si rapide que le son n’a pas encore le temps de revenir sous forme d’écho que déjà, de nouveaux signaux soient émis. Il semble que la vie sous la glace et les défis que pose cet environnement difficile soit l’une des raisons de cette pratique.

2. Parler béluga : de nouvelles technologies au service de l’étude la langue des cétacés

V.M. Belkovich, Anton Chernetsky et d’autres scientifiques russes, étudient les vocalisations des bélugas en Mer Blanche depuis plusieurs dizaines d’années, accumulant peu à peu les preuves que cette espèce dispose à tout le moins des rudiments d’un véritable langage composé de centaines de « fils sonores » identifiables et décrits comme des mots, fondées eux-mêmes sur un ensemble de 24 phonèmes différents et nombre d’autres sons. Mais d’autres théories sont avancées pour expliquer la formidable diversité sonore du langage béluga.
Interspecies inc. s’est mis en contact avec l’équipe des chercheurs russes, afin de leur fournir des idées nouvelles quant à la manière de vérifier la pertinence de ces hypothèses.