Blue World : la fin de SeaWorld ?

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Blue World ! Voici donc où se tiendront 15 orques maximum, qui ne pourront cependant se reproduire ni être importées dans le nouveau bassin « géant » dont la construction est désormais autorisée. 2 ans et demi de travaux sont à prévoir pour mettre en place un bassin trois fois plus grand que sa taille actuelle.

Si l’interdiction de  l’élevage en batterie est une excellente chose, ce n’est cependant qu’une victoire en demi-teinte :
–  Les orques actuellement captives le resteront et les shows continueront sous une forme plus « pédagogique » aux yeux du public.
– Au fur et à mesure de la mort de ces orques, les autres se retrouveront de plus en plus seules et les décès vont encore s’accélérer.
– SeaWorld risque de faire profil bas dans un premier temps- puisqu’il a obtenu ce qu’il voulait, le grand bassin – mais il compte bien repasser à l’attaque, quand les passions se seront calmées. Il n’acceptera en effet jamais de ne pas pouvoir renouveler ses stocks d’orques de cirque. La phrase revient d’ailleurs souvent dans les arguments des pro-BlueWorld : l’emploi et le tourisme de San Diego sont au cœur du débat. Rappelons que le Georgia Aquarium a encore récemment fait appel à la décision qui l’empêche d’acquérir les 18 bélugas capturés en Russie. L’industrie ne lâche pas le morceau si vite.

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Le décor pour les visiteurs sera sans doute amélioré mais les orques resteront dans un environnement très pauvre.


La California Coastal Commission vient d’approuver le projet Blue World, c’est à dire l’extension des bassins des orques au SeaWorld de San Diego. Une somme de 100 millions $ va être investie. Mais la décision de l’agence interdit également au parc marin de se livrer à l’élevage d’orques captives.

La commission a ajouté ce dernier amendement jeudi, tandis qu’il approuvait l’extension controversée des bassins de SeaWorld, qui vont tripler de taille pour les orques actuelles. « Blue World » sera prêt à ouvrir en 2018. Les militants des droits des animaux ont salué la décision comme un coup mortel à l’utilisation des orques à SeaWorld San Diego.
« A l’avenir, plus aucune orque ne sera condamnée dès la naissance à une non-vie de solitude, de dénuement et de misère », a déclaré Ethical Treatment of Animals.
« Les 11 orques actuelles pourraient être les dernières orques captives » a renchéri Jared Goodman, l’avocat de PETA.

Cet amendement de dernière minute interdit l’élevage des orques en captivité, y compris grâce à l’insémination artificielle. Mais il limite cette interdiction au seul parc marin de San Diego, pas aux deux autres SeaWorld présents aux USA. L’amendement prévoit également une exemption que pour certains cas potentiels de cétacés capturés en milieu naturel, mais il n’est pas clair si oui ou non cette exemption s’applique à l’une des orques de San Diego.
Dans un communiqué, SeaWorld a déclaré qu’il était très déçu par les conditions imposées à l’approbation de son projet « Blue World », qui ouvrira ses portes en 2018 et triplera l’espace du bassin des orques.

 

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La différence de taille n’a rien d’impressionante

 

Ce plan a suscité la plus vive colère des groupes de défense des animaux, qui affirment que les nouveaux bassins permettraient d’enfermer encore plus d’orques captives. Leurs conditions de vie sont décrites dans le documentaire « Blackfish ». Sorti en 2013, ce film raconte la mise à mort de la dresseuse Dawn Brancheau par l’orque Tilikum.
SeaWorld Parks & Divertissement, affirme  sur son site Web que le documentaire « véhicule des mensonges, manipule les spectateurs émotionnellement et repose sur des techniques du cinéma douteuses pour créer des« faits »qui appuient son point de vue. »

La commission (qui réglemente l’utilisation des terres et de l’eau le long de la côte de la Californie) avait publié un premier rapport le mois dernier, en faveur du projet de SeaWorldSa décision permettra au parc d’attractions de remplacer une piscine de 1,7 million de gallons avec une piscine 450.000 gallons, et de construire une nouvelle piscine de 5,2 millions de gallons. SeaWorld a déclaré que « Blue World permettra d’améliorer les programmes d’éducation pour nos clients et les étudiants, et qu’il offrira des possibilités de recherche encore plus excitantes pour les scientifiques afin de protéger les cétacés dans la nature« .

Le rapport de la Commission en faveur de l’extension mentionne un autre engagement pris par SeaWorld : ses installations ne pourront pas abriter des orques prélevées dans la nature après le 12 février 2014.  Le rapport poursuit : « Par conséquent, le projet écartera toute possibilité de capturer les orques qui fréquentent les eaux côtières de la Californie ».
Le nombre maximum d’orques autorisées est de 15.

Malgré cette concession, les défenseurs des animaux sont outrés.
« La seule extension approprié d’un bassin à SeaWorld devrait probablement être de 160 kilomètres de long, parce que c’est ainsi que nagent les orques à l’état sauvage« , a déclaré Michael Harris, un membre de la Orca Conservation.
« Nous avons là les créatures les plus socialement avancées sur cette planète. Les enfermer dans un environnement confiné, même si elles y sont nées, c’est tout simplement de la maltraitance ! ».
Des dizaines de personnes ont parlé en faveur puis en défaveur de l’extension de SeaWorld lors de l’audience pendant la journée qui a précédé le vote. Un porte-parole de la California Coastal Commission a déclaré que l’agence a reçu des niveaux sans précédent de réactions à propos de sa proposition de feu vert, sous forme de lettres, de cartes postales et de e-mails.

De son côté, Colleen Gorman, responsable de Orca Project, a déclaré: «Le film Blackfish a déterminé une prise de conscience massive du grand public à propos de la façon dont SeaWorld traitent ses orques.
Les bénéfices de SeaWorld ont chuté de 84% à partir du deuxième trimestre de 2014 jusqu’au deuxième trimestre de 2015, selon Time Magazine. 
SeaWorld ferait mieux d’utiliser cet argent pour éliminer progressivement tout spectacle d’orques et pour réhabiliter ses animaux dans des sanctuaires marins. Beaucoup d’entre nous pensent qu’il ne faut pas nécessairement fermer SeaWorld. Il suffirait que la société s’oriente dans une nouvelle direction, mieux adptée aux besoins de ces orques qui ont travaillé si dur pendant des années ! ».

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Le projet Blue World a été soutenu par les associations nationales de zoos et aquariums, certains vétérinaires, quelques chercheurs et un groupe d’élus républicains locaux. A l’issue de l’audience, l’Animal Legal Defense Fund a déclaré que la Coastal Commission « avait voté correctement ».
« Les conditions d’autorisation spéciales, proposées par ALDF et une coalition d’organisations de protection des animaux sont nécessaires pour s’assurer que le orques déjà captives à SeaWorld San Diego pouront bénéficer de bassins un peu plus grands. Plus important encore, la décision de la Commission signifie que si SeaWorld décide d’aller de l’avant avec son projet Blue World, il lui faudra nécessairement éliminer peu à peu l’utilisation d’orques lors de spectacles de divertissement à San Diego. L’ALDF salue donc la décision de la Commission comme le meilleur résultat possible pour les animaux dans les circonstances présentes ».

SeaWorld dit pour sa part qu’il déçu par les nouvelles conditions qu’on lui impose et « qu’il va examiner attentivement toutes les options ».
« Mettre au monde des enfants est une part naturelle, fondamentale et importante de la vie d’un animal, » conclut SeaWorld non sans cynisme, « Et priver un animal social du droit de se reproduire est inhumain ».

 

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Le droit de se reproduire ? Quel droit ?


29 mars 2016

Blue World , c’est fini !

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Finalement, il n’y aura ni espace « Blue World » (supposé doubler la taille des bassins) ni « tapis roulants » aquatiques pour les orques (courant d’eau contre lequel elles pouvaient nager).
Les piscines restent les mêmes mais elles seront décorées de verdure tout autour et un vaste écran LED fera voir le vrai pays des orques aux visiteurs. Plus de shows, donc, mais des « représentations pédagogiques ». On a essayé d’introduire du poisson vivant dans un bassin pour simuler les chasses, mais l’une des orques a eu si peur qu’elle n’a plus voulu entrer dans la piscine jusqu’à qu’on les enlève !
Les aménagements commenceront d’abord à San Diego, puis à San Antonio, et enfin Orlando, mais il est possible qu’in fine, toutes les orques soient regroupées dans un seul lieu, en compagnie de dauphins le cas échéant. Tout cela est encore non-officiel.



 

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