Bruges 11/7/04 : la première manifestation face au delphinarium !

Michel Vandenbosch (Gaia), Yvon Godefroid  (Dauphins Libres) et Ric O'Barry (One voice) le 11 juillet 2004 à Bruges. Photo Gaia

 

Bruges 11/7/04
La Mère de Toutes les Manifestations

La toute première manifestation jamais menée à l’encontre du Dolfinarium de Bruges depuis sa création en 1971 a indéniablement été une réussite.

Succès de foule, d’abord, puisqu’en ce dimanche ensoleillé, les manifestants se sont pressés en nombre devant le Boudewijn Park, plus de 200 selon les estimations d’une police discrète et sympathique.

Regroupés autour du podium de Gaia, responsable de cet événement mémorable, et sous son impressionnante banderole de dauphins nageant libres de front, une importante délégation de la SPA et de Réseau Cétacés
(France), des délégués d’Animaux en Péril, du Sea Shepherd, d’EDEV et de Bite Back ont agité avec fougue leurs drapeaux et panneaux pour dénoncer la captivité des cétacés.
Au milieu d’eux, Ric O’Barry.

Ric O'Barry oeuvre aujourd'hui au sein de l'équipe de One Voice /Photo André Heughebaert. Réseau Cétacés

Sur le terrain, l’organisation technique fut sans faille : en quelques instants, Gaia avait déployé ses troupes, monté son podium, lancé ses slogans et sa chanson (« Freedom » de Paul Mc Cartney) tandis que de puissants hauts-parleurs diffusaient des cris de dauphins enregistrés et qu’une voix monocorde énumérait un à un les noms de quelques 500 dauphins morts en bassin, un chiffre infime au regard des pertes réelles survenues ces dernières années.

Ric O’Barry et Michel Vandenbosch (Président de Gaia ) prirent ensuite la parole, ainsi qu’Yvon Godefroid (Dauphins Libres) sous les vivats d’une foule enthousiaste et toute acquise à la cause.

Quand la Vérité devient trop criante...

La réaction du delphinarium

De son côté, Le Delphinarium fit très fort, lui aussi, invitant sur le seuil de son établissement, c’est à dire en territoire privé et non sur la voie publique, ses propres contre-manifestants autour de l’association Brok, un groupe « rigolo » monté de toutes pièces par les exploiteurs d’animaux.
Quelques dresseurs, de malheureux enfants ignorant tout du mauvais combat qu’on leur faisait mener et deux ou trois «anciens» blanchis par le chlore des piscine constituaient ce qu’une presse docile qualifie aujourd’hui d’une « centaine de contre-manifestants ».

On essaye de la faire taire en invitant des "contre-manifestants", la famiille des dresseurs sans doute...

Des « contre-manifestants », la famiille des dresseurs sans doute…

Plus agressive encore fut la présence de la fanfare du Delphinarium, toute vêtue du jaune et noir de la Flandres nationaliste et qui, sans cesse, joua férocement le même air pendant près de trois heures à quelques mètres des manifestants pro-dauphins. Le but était de couvrir leurs discours et notamment celui de Ric O’Barry. Les gestionnaires du Dolfinarium n’aiment pas que leurs visiteurs sachent la vérité et font en sorte qu’ils ne puissent pas l’entendre.

...Ou en couvrant les appels au secours des dauphins par une fanfare tonitruante. Faire taire son adversaire plutôt que dialoguer, c'est là que le Fascisme commence.

Le clown-otarie Bobo, sinistre parabole de ce que sont devenus les dauphins de Bruges, a même du être calmé par la Police, tant ses interventions intempestives importunaient les manifestants.

C’est dire la violence de la contre-réaction paniquée de ces gestionnaires de l’animal-entertainement, et plusieurs fois, on frôla l’incident entre les dresseurs et les amis des dauphins.

Le clown Bobo perturbe la manifestation

Bobo exagère et interfère avec la manifestation de façon illégale. La police doit intervenir. Alors, des activistes ou du Dolfinarium, qui respecte le mieux la loi ?

Bobo exagère et interfère avec la manifestation de façon illégale. La police doit intervenir.

Les réactions de la presse

Vers trois heures de l’après-midi, le Delphinarium reçut les nombreux journalistes présents sur place en séance privée, tous les shows ayant été annulés. Sans doute leur offrit-on des « maatjes » particulièrement savoureux ou quelques cadeaux d’entreprise, car dès le lendemain, le bilan-presse fut des plus mitigés.

Il n’y eut que des articles microscopiques dans la presse francophone, relayant essentiellement le point de vue du Dolfinarium, avec un bon point tout de même à la chaîne télévisée AB3 et à la RTBF qui se sont donné la peine d’évoquer la manifestation dans leurs journaux respectifs, au contraire de RTL, et d’interviewer quelques manifestants.

De la brève séquence de la télévision belge francophone, retenons tout de même la phrase mémorable : « La plupart des dauphins de Bruges sont nés en captivité ».
La plupart ? 4 dauphins de Bruges sur 10 ont été capturés en mer.
Il s’agit de Tex, Linda, Roxanne et Puck, arrachés à leurs familles dans l’embouchure du Mississipi par le trafiquant Mobi Solangi, gérant de la firme Marine Animal Production, dont les sinistres exploits de « captureur de dauphins professionnel » sont réputés auprès de tous les delphinariums du monde…

Côté néerlandophone, par contre, malgré la présence courageuse de la députée flamande Magda De Meyer (SPA), il semble que le soutien au delphinarium fut quasi unanime et que la plupart des médias se contentèrent de reproduire le communiqué de presse officielle des dresseurs, à savoir :
« Nous respectons les normes légales et nous prenons soin de nos dauphins de manière professionnelle ».

Le journal "Le Soir" et nombre d'autres quotidiens ont surtout couvert l'évènement lors de la conférence de presse du 6 juillet dernier

Des arguments peu convaincants

« Nous respectons les normes légales et nous prenons soin de nos dauphins de manière professionnelle ».

Qui en douterait ?
Il faut seulement préciser que ces normes ont été élaborées pour correspondre au mètre près aux dimensions du bassin de Bruges. Quant aux dauphins, s’ils sont certes bien soignés, ils n’ont cependant rien à faire dans un trou d’eau et ne vivent en rien comme des dauphins devraient pouvoir le faire.

Notons aussi que dans ses précédents communiqués de presse, Bruges n’hésitait pas à affirmer que les dauphins vivent en moyenne… 13 ans ! Plus fort que 25, chiffre généralement avancé par l’Industrie de la captivité mais très loin de l’âge réel qui oscille entre 40 et 60 ans en pleine mer.

A Bruges, en 2015, sur 7 dauphins, 4 ont été capturés

Autre argument, jeté à la face des manifestants autant que des journalistes et apparemment très prisé par le Cirque Aquatique de Bruges : Keiko !

Si seulement on avait laissé Keiko vivre deux vies en même temps : l'une avec ses amis humains, l'autre avec ses amis orques..

Keiko libre !

« Vous avez tué Keiko » répétaient les dresseurs de Bruges à l’envi, alors que plus de 160 orques sont mortes en captivité sans que personne n’en sache rien ni ne s’en indigne !

Dernier « argument » de Bruges, si l’on peut dire, fleurant bon l’attaque « ad hominem » : le fait que Ric O’Barry ait été condamné par la justice américaine pour avoir libéré « trop tôt » deux dauphins captifs en voie de réhabilitation. Il s’agissait en fait d’un piège habile de la US Navy mais il est clair que la présence de Ric O’Barry irritait fort le delphinarium. Son directeur, Bart Vermeulen, est d’ailleurs venu en personne l’insulter à demi-mots sur un coin de trottoir au cours de la manifestation. Ric a tout simplement répondu en remettant au directeur le DVD du massacre des dauphins à Taiji. Espérons que ce dernier ait le cran de regarder ce film horrible jusqu’au bout…

Notons enfin que lorsque le Dolfinarium de Bruges s’exprime, c’est toujours par la voix de son directeur commercial et jamais par celle d’un dresseur ou d’un scientifique.
Il est troublant de constater d’ailleurs que l’essentiel de l’argumentaire de ce monsieur consiste à injurier ses adversaires et  à les traiter de criminels plutôt qu’à débattre de faits concrets tels que, par exemple, l’impact des captures pour les delphinariums espagnols en mer de Cuba.

Quant à nous, remercions ici notre ami Ric O’Barry, sans lequel rien n’aurait été possible, mais aussi l’association Once Voice au nom de laquelle « l’homme qui a libéré 24 dauphins » s’est rendu chez nous.
Et Gaia, bien sûr, qui a permis tout cela.

0n se pressait en nombre pour se faire photographier auprès de Ric. Cliché Bite Back

Bite Back autour de Ric O’Barry

Quant aux médias et à l’opinion publique, outre le fait que les dauphins sourient tout le temps même quand ils souffrent, l’habilité du Delphinarium est évidemment de se situer « ici et maintenant », alors que son cheptel de dauphins est aujourd’hui en bonne santé et que Terry, Skippy, mais aussi tous les dauphins morts dans l’incendie de 1988 ou entre 1971 et 1998 ont été bien oubliés par tous.

L’habilité est aussi de faire croire que « Bruges est une île », isolée de tout contexte commercial et sans contact avec les delphinariums espagnols et portugais qui importent régulièrement en Europe des dauphins capturés à Cuba… ou ailleurs.

La plupart des gens ignorent en effet que ce petit delphinarium flamand n’est que la succursale du consortium Aspro Ocio mais aussi et surtout d’un empire financier plus vaste encore, qui s’étend du Japon aux Caraïbes en passant par l’Europe de l’Est ou la Polynésie, sous l’égide de l’AZA, de l’EAZA  et de l’IMATA.

Sans connexion les uns avec les autres, sans échange de cétacés détenus, les delphinariums ne sauraient évidemment survivre sur leurs propres ressources en delphineaux domestiques malingres et mourant jeunes.

Mais de ces échanges de «bois d’ébène à nageoires», de ces commandes bizarres de lagénorhynques à flancs blancs en Belgique refusées de justesse par la CITES,  de ces tentatives de capturer le dauphin ambassadeur Dony quand il est passé chez nous, de cette folie du «toujours plus» qui poussent à exposer aujourd’hui des orques ou des bélougas en bassin, de ces captures sauvages dans les pays politiquement en crise conduites par d’étranges groupes espagnols non identifiés, ni la presse ni le delphinarium ne vous parleront…. pas plus d’ailleurs qu’ils ne les condamneront.

N’est-il pas étonnant d’ailleurs qu’aucun delphinarium n’ait jamais protesté contre les massacres des dauphins au Japon ou qu’aucun n’ait jamais versé le moindre centime de leurs plantureux bénéfices à des associations telles que l’IFAW, la WDCS ou Greenpeace qui se décarcassent pour aider vraiment les dauphins libres ? Quelle part de ses bénéfices l’industrie consacre-t-elle à la protection des océans, par rapport à ses budgets publicitaires ? On serait curieux de le savoir.

Cette journée historique fut sans doute un tout premier pas vers une victoire inévitable.
(Note 2015 : elle suscita d’ailleurs la création de deux Commissions d’enquête parlementaires en 2005 et en 2011)
Car il est évident qu’un jour, comme on a cessé de soumettre des hommes à l’esclavage sous prétexte que la couleur de leur peau différait de la nôtre, on cessera de mettre en prison des innocents dotés de conscience et de cultures, au prétexte qu’ils ont des nageoires à la place de bras et une caudale à la place de pieds.

Free me !

D’ores et déjà, certains hommes politiques ont compris l’enjeu de ce combat : outre Mme Magda De Meyer (SPA), M. Thierry Giet, député et chef de groupe du PS, ne craint pas de défendre aujourd’hui courageusement les dauphins libres face au rouleau compresseur de la contre-information des exploiteurs d’animaux sauvages.
Même si leur tentatives de mettre un frein aux Industriels du Dauphin-Clown ont été étrouffées par de puissants lobbies, merci à eux, au nom des dauphins libres.

Mais que les Esclavagistes Cétacéens le sachent, ce combat n’aura de fin que le jour où plus aucun delphinarium ne souillera le sol de l’Europe ! Si la Bataille de 2004-2005 a été perdue, la Guerre, elle, continue plus que jamais !

Yvon Godefroid (Dauphins Libres) à Bruges en 2004

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Le 4 Juillet 2004

Dernières nouvelles avant le Jour J
et la grande manifestation au delphinarium de Bruges

Ric vient de sauver six dauphins captifs en Haiti ...sans parler des dizaines d'autres qu'il a déjà rendu à la mer libre.

Ric, un criminel ?

Ric O’Barry, l’ancien dresseur des 5 dauphins connus sous le nom générique de « Flipper » et désormais Spécialiste des Mammifères Marins, se trouve aujourd’hui en Belgique.

Il a été interviewé cette semaine par la presse néerlandophone du pays, à savoir le quotidien « Het Laaste Nieuws  » et le magazine grand public « Dag allemaal » et vient de participer à un talk show sur TV1, la principale chaîne télévisée flamande du pays, dans le cadre de l’émission « Aan tafel « .

Lors de cette soirée télévisée, Ric O ‘Barry a évoqué avec force et conviction les conditions de vie des dauphins captifs, souligné le fait que le Dolfinarium de Bruges est désormais aux mains du groupe Aspro Ocio et rappelé l’implication de certaines entreprises espagnoles dans les captures sauvages et illégales de dauphins en Haïti ou aux Iles Salomon.
Des images du massacre de dauphins à Taiji ont été diffusées sur la chaîne flamande, où l’on distingue des acheteurs de dauphins vivants choisissant leurs meilleurs pièces sur la plage japonaise ensanglantée.

Ric a enfin lancé un vibrant appel à tous les amis des animaux pour qu’ils rejoignent la manifestation organisée par Gaia le 11 juillet prochain, chose inimaginable sur les chaînes de télévision  francophones belges…. ou françaises !

Ce samedi 3 juillet, Ric O’Barry s’est par ailleurs rendu à Bruges pour prendre connaissance des récentes « améliorations » que le Dolfinarium prétend avoir apporté à ses installations… principalement au niveau des gradins !

Rappelons à ceux qui s’en étonnent que cette manifestation annoncée avait bien été initialement prévue pour le dimanche 4 juillet (Jour de la fête nationale américaine) par le Comité pour une Belgique sans Delphinarium, et ceci dès l’an dernier.

Eu égard au climat d’affrontement communautaire déplorable qui règne à nouveau en Belgique, cette date fut judicieusement modifiée par GAIA et déplacée au 11 Juillet 2004, ceci afin de correspondre à la Fête Nationale Flamande et dès lors que cette association belge bilingue, spécialiste des actions de rue bien menées, a bien voulu reprendre le dossier en main ainsi que son organisation pratique des deux côtés de la frontière linguistique belge.

C’est également Gaia qui a rendu possible le séjour de Ric O’Barry à Bruxelles, avec le soutien financier et moral de l’association française One Voice, et qui est parvenue à obtenir l’autorisation de manifester de la part de la commune de Bruges.

En ce début de 21ième siècle suffoquant sous l’effet de serre, on pourrait d’ailleurs se demander si toute cette agitation a encore un sens : une seule journée d’action à Bruges contre toute une année, que dis-je, contre plus de quarante ans de propagande incessante en faveur de delphinariums.

Souvenons-nous en effet qu’à l’instar de l’Industrie du Tabac, de l’Alcool, du Fast Food ou du Moteur à Explosion dont les activités affectent directement la santé humaine, l’Industrie de la captivité provoque, elle aussi, de graves problèmes environnementaux et sanitaires chez les cétacés.

Pourtant, et toujours à l’instar des autres industries de ce type, elle n’en parvient pas moins à vendre ses « produits » – les shows de dauphins captifs – sous leur aspect le plus positif, en passant sous silence les dégâts qu’ils provoquent.

Grâce à sa puissance financière inouïe, le Consortium International des Delphinariums maintient sous son influence l’ensemble des médias et des leaders d’opinion (vedettes, présentateurs- télé, hommes politiques, etc.).
Face à ce formidable rouleau compresseur que constituent les campagnes d’affichage, les encarts payants des journaux, les émissions télévisées complaisantes ou les interventions sponsorisées dans les
écoles, tous moyens destinés à distiller un flot de contre-vérités au service de ce véritable Empire financier, les activistes font évidemment pâle figure. Surtout lorsqu’ils se déchirent entre eux pour la plus grande joie de leurs contradicteurs !

Faut-il désespérer d’atteindre jamais le cœur des gens et de leur faire comprendre que les dauphins, comme tout être autonome et doté de conscience, préfèrent forcément vivre en liberté dans leur pays natal en compagnie de leur famille plutôt qu’au fond d’un bassin nu sous le contrôle des Hommes ?
On peut le craindre.

Le monde va aujourd’hui si mal, la stupidité de l’Homo sapiens sapiens atteint un degré tel que certains scientifiques vont jusqu’à s’interroger sur les chances de survie de cette espèce réputée intelligente mais qui massacre sa propre planète, pollue son ciel, ses terres et ses mers et s’avère incapable de contrôler sa propre reproduction.

Mais peut-être est-cela toute la beauté de ce combat presque désespéré contre l’obscurantisme et les délires suicidaires  des entreprises capitalistes. Tous ne pensent pas comme elles.

Le « Meilleur des Mondes » dénoncé par Aldous Huxley n’a pas encore gagné la partie….

Yvon Godefroid
4 juillet 2004.

Cancun Mexique : camp de regroupement pour les dauphins capturés aux Iles Salomon avant leur vente et exploitation...

Cancun Mexique : camp de regroupement pour les dauphins capturés aux Iles Salomon avant leur vente et exploitation…

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