Bruges se débarrasse de ses dauphins en surplus

Zoomarine, Portugal

Bruges se débarrasse de ses surplus de delphineaux au Portugal, en Italie et en Suède

Juin 2012

Que sont-ils devenus ?

On sait que le Boudewijn Sea Park de Bruges n’a de cesse que de tenter de faire se reproduire ses dauphins.
Un nombre incommensurable de delphineaux morts-nés constitue la première conséquence de cette politique effrénée de « dolphin breeding » ou d’élevage en batterie de cétacés captifs.

Encore tout récemment, Yotta en a payé le prix, ainsi que cette « vieille » Roxanne, qui vient de perdre ses jumeaux.
On en avait déjà fait un bel argument de vente ! – désormais efflanquée comme une chienne en cage des pays de l’Est que l’on contraint à pondre des chiots pour les animaleries européennes. Mais que faire quand certains accouchements aboutissent et qu’il y a trop de monde dans le lavabo chloré de Bruges ?
Eh bien, on les expédie ailleurs, au nom du principe sacré « d’échanges entre zoos en vue de la reproduction d’une espèce menacée« .
Oh, pas en mer, sûrement pas, mais vers d’autres delphinariums plus pourris plus minables, plus commerciaux les uns que les autres.
On ne relâche jamais les dauphins captifs, sauf sauf la contrainte d’associations militantes. La reproduction – de plus en plus pratiquée par voie d’insémination artificielle – ne sert qu’à faire tourner le manège des spectacles de cirque.

Brassage génétique, dit-on.
C’est sans compter avec les liens affectifs et sociaux qui lient les cétacés entre eux, car eux aussi savent ce que que c’est d’avoir des amis, des compagnons de cellule, des familles, des enfants, des frères des soeurs, des mères ou des marraines…

La science nous le clame dans les oreilles mais les delphinariums n’entendent rien.
Ils font mine d’ignorer également que chaque déplacement d’un dauphin vers un nouvel enclos aquatique est pour lui source de stress, d’angoisse, qu’il lui faut tout recommencer, s’intégrer  un groupe et nombre d’entre eux, comme Tex balancé au Marineland d’Antibes, ou Iris ou Ivo, envoyés à Duisburg, n’y survivent pas ou se battent avec les « anciens » les dominants qui tenait la place avant leur arrivée.

Qu’importe aux esclavagistes ! Que leur importe que la situation soit exactement la même quand vous ajoutez à une cellule surpeuplée un nouveau détenu  ?

Play Boy tué par son nouveau challenger Ivo, à Duisburg vers 2002

 

Quoiqu’il en soit – par quel miracle ? – certains parviennent à tenir le coup…  Et d’autres non.

– Marco, fils de Tex et Roxanne, survit toujours au Zoo Marine de Rome.

– Sa soeur, Luna, a été renvoyé au Portugal, dans le sinistre Zoo Marine en 2008.
Dès l’âge de dix ans, elle y a donné naissance à un malheureux delphineau nommé Bio, des oeuvres d’un certain Sam, disparu de toutes les listes officielles mais dont on sait qu’il fut capturé en mer et qu’il décéda le 15 février 2011.

Dommage, car seuls les mâles fondateurs semblent capables d’engrosser des nées-captives et qu’il va donc lui retrouver un étalon de remplacement. A moins de recourir à l’insémination artificielle, bien sûr, qui dispense les prisons aquatiques de détenir des individus plus rebelles que ne le sont les femelles et leur permet de n’en garder que quelques uns en stock dont on expédie le sperme congelé à tout qui en fait la demande.. ..

Pour Luna et Marco, cela fait beaucoup de voyages et beaucoup de ruptures, tout de même…
Après avoir été arrachés à leur mère à Bruges, on sépare ensuite le frère et la soeur. Très sympa…

Gorky, lui, semble avoir fait un bref passage au Delphinarium de Kolmarden, en Suède (?), avant de crever une  fois pour toutes au même Zoo Marine du Portugal en date du 5 avril 2003. Rien d’étonnant quand on voit le nombre insensé de détenus qui se pressent dans les bassins minuscules de ce sous-delphinarium !
Près de 20 dauphins dans un seul bassin ! Pas mal !

Linda et Mateo ont été éjectés de Bruges en 2006. Ils ont croupi près de six ans à Gènes. Aujourd’hui, le fils est face au gros mâle Blue, de 11 ans son aîné, en train de prendre des coups au Marineland Mallorca, Espagne. Sa mère est seule dans son bassin…

A ce prix-là, oui, sans doute, on peut respecter les normes légales. pas plus de 7 dauphins sous le dôme du Boudewijn Seapark. Les autres, dehors. Et pourtant, on continue à engrosser les femelles ! Et la mère des malheureux Gorky, Marco et Luna, par-dessus le marché !

Merci donc à M. Bart Vermeulen, Bernard Logghe, Johann Cottyn et autres grands amis des dauphins de
prendre si grand soin de leurs pensionnaires tant aimés.

 

Albufeira (Porugal) en juillet 2001. Ici, dauphins cubains lors du show classique. Photo J.P. Von der Becke

2001

Les dauphins surnuméraires qui naissent captifs dans le bassin de Bruges sont expédiés au Portugal dans une « petting pool ». Tout un chacun peut y nager avec eux, les toucher, les caresser, du matin au soir. Voir les images sur le site de Zoomarine : Programa de Interacção com Golfinhos

Il se confirme, selon le témoignage et les photos de Jean Pierre Von der Becke et comme le laissaient déjà entendre certaines rumeurs persistantes, que le Delphinarium de Bruges a bien exporté (au moins) trois de ses jeunes dauphins nés captifs vers le « Zoomarine » d’Albufeira, au Portugal.

Il s’agit des dauphins Marco, Luna et Gorky.

Pour mémoire, ce delphinarium avait accueilli tous les plus grands représentants de l’industrie du dauphin captifs en novembre 1998, lors de la 26ième Conférence annuelle de l’International Marine Animal Trainers Association (IMATA)  et constitue toujours aujourd’hui un haut lieu de loisir familial, où d’autres animaux peuvent d’ailleurs être approchés et où les enfants trouvent à s’amuser la journée entière.

D’après notre témoin, les trois delphineaux belges ont été regroupés dans une structure de type « petting-pool  » en compagnie de quatre malheureux autres dauphins, capturés dans les eaux de Cuba.
(Voir notre dossier « Cuba, Supermarché du dauphin captif » )

– Voir aussi le témoignage d’une personne qui a nagé avec Luna et Gorky par la suite :

« Salut Yvon,
Je viens juste de tomber sur un site à vomir d’une jeune greluche qui a participé à un programme de nage avec les dauphins en novembre 2001 au Zoomarine. Elle a interagi avec un dauphin baptisé Hamlet, mais elle parle aussi sur sa page d’une femelle prénommée Luna. J’ai pensé que cette information pouvait t’intéresser…
Cette trouvaille m’a poussée à rechercher d’avantage d’infos et j’ai trouvé des news plus récentes sur les 3 delphineaux belges :
http://www.btinternet.com/~friendoftheorcas/sherie_new/Diary.htm

Portugal Algarve Zoomarine 2:20/ 25/02/2003
« Well I’ve done it again, another swim with dolphins! There was only 8 of us and we were put into groups of 4 with a dolphin. The pool was a lot smaller than Discovery cove. Our first dolphin was called Luna.

The trainer showed some of there sensitive parts and told use not to touch them and then we were just stroking her.
We were then being moved away so everyone could take there turn of stoking her on there e round and round.

Everyone else got there go then the other group got our dolphin (and their own) so they could do a 2 dolphin ride! Then it was my go. The trainer told me to bend down then Hugo and their dolphin Gorky came racing past me and I grabbed the bottom of there dorsal and took a 2 dolphin ride !I then asked the trainer if we could make him sing 2 prove the sound comes from there blowhole and not there mouth. Then that was it!

@ bientôt,
Océane. 
Réseau Cétacés

Notons également cet article innocemment publié, cette fois en 2003, par une compagnie de transports aériens :

22 Avril 2003.
Poissons d’avril…
« La semaine dernière notre bureau de Stockholm a organisé un vol VIP très spécial sur un AN-72, pour transporter 4 dauphins vivants de Norrköping en Suède à destination de Faro au Portugal, à la demande d’un zoo situé en Algarve. Il n’a fallu que 50 minutes pour charger les dauphins à bord de l’appareil, ceux-ci étant accompagnés de 4 personnes dont un vétérinaire. L’opération s’est parfaitement déroulée et il semble que les passagers, y compris les mammifères marins ont été ravis de leur voyage dans les airs ! »

Pour la modique somme de 20.000 Escudos, il est désormais permis à tout quiconque de nager avec cet étrange mélange de dauphins de toutes origines, confinés dans un même bassin et de les manipuler à volonté durant une bonne trentaine de minutes. Et même de monter sur leur dos !

De manière régulière, une vétérinaire attachée au Delphinarium de Bruges se déplacerait depuis la Belgique pour prendre soin des dauphins exportés.

Dans un bassin voisin du même « Mundo Aquatico Zoomarine », huit autre dauphins (chiffres 2001) également
capturés à Cuba
– l’un des plus grands centres d’approvisionnement en dauphins sauvages actuel- exécutent un show plus classique, sans interaction directe avec le public.

Aimés, entourés, protégés, les enfants sont les rois de la société dauphin….

Ce transfert soulève plusieurs questions :

Même si le déplacement de dauphins captifs d’une structure européenne à l’autre est parfaitement légal, on peut  néanmoins s’inquiéter du sort qui sera réservé aux dauphins belges d’Albufeira.
Les conditions de vie y sont certainement plus pénibles encore qu’à Bruges et pourtant, sans cesse, de nouveaux dauphins naissent en Belgique dont le destin est de rejoindre ce genre d’endroits.
Où les mettre, d’ailleurs ? Les bassins de Bruges ne sont pas extensibles !

Les « petting pools » sont, rappelons-le, des piscines où, pour un prix donné, vous êtes autorisés à toucher et à nourrir quelques dauphins captifs. Il s’agit là de l’une des pires formes d’exploitation commerciale possible de ce mammifère marin qui constitue désormais un développement extrêmement préoccupant des activités des delphinariums.

Aux USA, quatre programmes de petting pools fonctionnent sous la houlette de la chaîne des parcs Sea World et partout dans le monde, dans tous les hauts-lieux de villégiature, cette pratique tend à se répandre pour satisfaire l’envie immédiate des touristes de  » toucher du dauphin « . Selon l’association anglaise Whale and Dolphin Conservation Society, de telles pratiques sont inacceptables pour les raisons suivantes

* Les visiteurs sont mis en contact avec des animaux confinés de force qui peuvent mordre ou frapper du rostre. De nombreux cas d’agression ont été relevé dans ces endroits. La profondeur et la taille des bassins restreignent de façon radicale les possibilités de mouvements et de comportements naturels et augmentent donc en conséquence le climat de stress.

* Aucun espace de fuite n’est prévu pour les dauphins qui ne désireraient pas interagir avec les humains aux heures dites.

* Les gens se font une idée erronée du comportement naturel du dauphin.

* Les dauphins sont transférés de manière régulière d’une petting pool à l’autre, de sorte qu’il est impossible de contrôler les naissances et les morts survenant dans cette population. A un moment donné, on a pu estimer que près de 60 % des effectifs en dauphins de Sea World était impliqué dans des activités de type  » petting pool « . (En 1995, le Marine Mammal Inventory Report attestait d’un chiffre de 88 dauphins).

* Les visiteurs nourrissent souvent les dauphins avec du poisson tombés par terre et d’autres nourritures inadéquates. Des observateurs du WDCS ont pu voir des gens verser de la bière dans le bassin ainsi que divers objets.

* Il est malaisé de déterminer la quantité de nourriture que le dauphin reçoit lors de telles séances. En conséquence, on constate de véritables cas d’obésité chez certains captifs, à des degrés jamais observés chez les animaux libres.

* Les Petting Pools sont ouvertes au public 14 heures par jour, ne laissant aux dauphins que fort peu de temps pour se reposer. En fin de journée, les dauphins se montrent peu intéressés par les « dons de nourriture  » de leurs visiteurs.

* L’équipe soignante affectée aux dauphins se soucie fort peu d’empêcher le public de harasser les dauphins.

* De plus en plus de personnes se croient désormais autorisés à nourrir les dauphins en mer et à nager avec eux sans précaution aucune ni aucun respect pour l’animal, sur base de l’expérience des « petting pools ».

Il est clair que les delphineaux d’Albufeira ont permis d’éviter la capture de trois (ou sept ? ) de leurs homologues en liberté au large de Cuba. Mais quel est le sens de cet élevages en définitive ? Faut-il vraiment que de telles établissements existent ? Y a-t-il réelle nécessité de « produire du dauphin » comme on « fait » du cochon ou du veau ?

Selon Sweeney lui-même, un célèbre trafiquant de dauphins, 50% des dauphins nés captifs meurent avant l’âge d’un an, dont 23% lors du premier mois de leur vie aérienne. Les avortements et les enfants morts-nés sont également légion en captivité et rares sont les dauphins nés captifs qui atteignent la maturité ou même le stade juvénile. Mal nourri, privé des stimulations sensorielles innombrables que lui aurait offert la mer libre et de tout rapport social satisfaisant pour les jeux et l’apprentissage – frères, sœurs, cousins, juvéniles plus âgés, tantes, mère, grand-mère, etc…- le delphineau né en captivité se développe mal, tant physiquement qu’intellectuellement.

Son capital génétique est déjà affaibli au départ, du fait des croisements incessants entre les mêmes dauphins captifs. Son alimentation lactée n’a pas été correcte. Celle qu’il reçoit après sevrage n’est pas non plus adaptée à ses besoins. L’espace étroit où il circule est totalement nu et ne lui permet pas de s’exercer physiquement.

Le chlore présent dans l’eau affecte ses poumons, sa peau blême n’a jamais vu le soleil et son corps est gorgé des antibiotiques dont on le gave dès sa naissance. L’enfant présente bientôt une musculature faible agitée de tremblements nerveux. Son estomac se dilate, sa pression sanguine devient excessive, ses blessures
cicatrisent lentement.
Plus tard, s’il parvient à survivre, il présentera tout un ensemble de troubles du comportement : boulimie, hyper sexualité accompagnée de masturbations incessantes, déplacements circulaires de type autistique, sensibilité extrême au stress et à toute menace de changement dans son ordinaire pré-réglé sous la domination absolue de l’être humain.

Enfin, quand on sait toute l’importance de la maternité chez les dauphins libres, il va de soi que ces deuils continuels, ces séparations de la mère et de l’enfant constituent des souffrances surajoutées et inutiles.

Il y a peu, une orque captive de San Diego a ainsi tenté de tuer le dresseur qui lui avait volé son enfant. Le plus souvent, cet enlèvement se solde chez les mères par une dépression grave, souvent soignée aux sédatifs et aux antidépresseurs. Les morts de nouveaux-nés s’accompagnent également de « phénomènes de deuil », souvent lourd à gérer pour l’équipe médicale.

Dès lors, lorsque le Delphinarium de Bruges et ses collègues européens se vantent haut et fort de produire désormais du dauphin domestique (le fameux  » Baby boom » de Bruges), on peut tout de même se demander si sa vocation « scientifique et pédagogique » de ces établissements tient encore.

Quel intérêt peut représenter pour le public, la survie en bassin de ces « nouveaux animaux de compagnie » qui n’ont plus rien à voir avec de vrais dauphins ? Quel intérêt pour la recherche d’étudier ce petits avortons, dont la physiologie est bien éloignée de celle des cétacés libres ? Quel intérêt de faire nager des gens avec eux ?

Il va de soi qu’un jour ou l’autre, toutes ces questions devront être posées au plus haut niveau des instances politiques européennes.

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