Carnet rose dans les Monts Virunga !

virunga1

Carnet rose dans les Monts Virunga !

« Le 30 mai, dans le secteur des gorilles Mikeno des Monts Virunga, la journée a commencé normalement.  Mais c’est vite devenu l’un des plus beaux jours dans notre mémoire récente. Le matin, deux groupes de Rangers ont quitté leurs postes  de Bikenge et Bukima pour de patrouille et vérifier l’état des familles de gorilles de montagne Munyaga et Mapuwa.
Chaque groupe de Rangers a suivi les coordonnées GPS de la randonnée de la journée précédente et en quelques heures, ils étaient au milieu de leur famille de gorilles désignée. Le premier message radio nous a annoncé la naissance d’un bébé dans la famille Mapuwa. La femelle adulte Bikenge a été découverte en train de prendre soin de son nouveau-né, âgé de quelques heures à peine. Mais ce n’était pas tout !

Un appel du secteur Sud, lancé par Innocent Mburanumwe, nous a appris quelques instants plus tard qu’une autre naissance avait eu lieu au sein de la famille Munyaga. Étonnamment, Bilali avait aussi donné naissance à un enfant en même temps que le clan des du Mapuwa au cours de la nuit !
Avec moins de 1000 gorilles de montagne libres encore en vie sur la planète, dire que ces découvertes sont de bonnes nouvelles est un euphémisme.
Pour les gardes de Virunga, qui risquent leur vie chaque jour pour protéger les gorilles de montagne du parc, ces nouvelles sont même une victoire ».

Communiqué du Parc National des Virunga  

virunga2


Kiki mutilée, Harambé abattu, Humba libre et heureux

Dans les Monts Virunga, Bikenge, du clan Mapuwa, vient donc de donner naissance à un ravissant bébé, tandis qu’au même moment, un second enfant naissait dans une autre famille de gorilles des montagnes, celle des Mapuwa.

Ce petit peuple des forêts, réduits à moins de 100 individus, survit dans son pays natal grâce à l’action d’hommes courageux. Les Rangers risquent leur vie pour la protection des gorilles. Ils sont sous-armés face aux trafiquants, aux militaires véreux et aux génocidaires qui circulent dans ces régions perdues où le gibier abondent encore. Chaque jour, ils côtoient la mort lorsqu’ils partent en patrouille pour s’assurer que les gorilles du parc se portent bien.

En parle-t-on dans les médias ? Jamais ! Mais l’on voit défiler sur nos écrans de télévision, en pleines pages de nos quotidiens,  de tapageuses publicité pour quelque jardin paradisiaque où des gorilles bientôt tourneront en rond sous l’oeil impavide de mangeurs de pop-corns. Tout l’espace publirédactionnel s’applique à chanter la naissance d’un bébé panda né par insémination artificielle pour servir  les intérêts d’une industrie du loisir animalier florissante davantage que ceux de la conservation.

De même, pendant qu’on pleure  juste titre la mort absurde du gorille Harambé, quand on se désole que de ce que le gorille Matadi ait arraché le bras de la petite Kiki, qui connaît la vie aventureuse du grand dos argenté Humba, chef de famille honoré des siens, la famille Humba ? 
«Si vous avez un jour rendu visite au groupe Humba, vous pouvez comprendre pourquoi il est le préféré des Rangers et des touristes.  Le dos argenté Humba se montre aussi doux qu’accueillant, dès qu’ils arrivent – vraiment un bon garçon. Et pourtant, sa suprématie n’a cessé d’être défiée, mais à chaque fois, il semble qu’il ait réussi à conserver un  minimum de pouvoir. Dans un monde où c’est généralement la loi du plus fort qui l’emporte, Humba a déjoué tous les pronostiques à maintes reprises.  Il y a quelques années, Nyakamwe, un mâle plus costaud, était son principal rival. On crut même que le règne de Humba touchait à sa fin, mais, tout ce que Nyakamwe parvint à faire, c’est diviser le groupe. Quand bien même Nyakamwe s’en alla en emmenant 10 personnes avec lui, 6 membres refusèrent de quitter Humba et notamment les femelles adultes Kanyalire et Boname. Elles ont depuis toutes les deux eu des bébés avec Humba.
De même, la jeune femelle de Munyaga, baptisée Kakule, a également choisi aussi de rester avec lui.  Si Nyakamwe l’avait fort logiquement emporté dans sa lutte contre Humba, pourquoi dès lors l’ensemble des femelles ne l’avait pas suivi ?
D’après les observations des Rangers et Gorillas Doctors, Eddy Kambale et Martin Kabuyaya, la réponse est peut-être toute simple : les femelles ne prennent pas que la force en considération, mais aussi la sagesse et l’intelligence ».

 

GD_Humba_Eddy1

Humba, la face blessée par un rival

Aucune naissance en captivité

 

Il ne reste aujourd’hui que 175.000 gorilles des plaines occidentales, un peu moins de 4.000 gorilles des plaines orientales, accrochés à la survie dans les zones en guerre de la RDC et à peine plus de 1.000 gorilles de montagne.
On le voit, ceux-ci font donc un très modeste comeback en milieu naturel depuis le bord extrême de l’extinction, mais aucune naissance d’individus de leur espèce n’a encore eu lieu dans les zoos.
Aucune. La population captive dans le monde s’élevait en 2015 à 168 mâles et 185 femelles gorilles. Ce sont les gorilles les moins menacés qui sont les plus représentés dans les zoos.

Tout de même,  se dit-on, l’élevage en captivité ne peut que contribuer à leur sauvegarde. Le zoo de Cincinnati n’aurait pas dépensé plus d 12 millions de dollars pour la nouvelle enceinte  de son « Gorilla World » si cela ne servait à rien : de nombreux gorilles des plaines occidentales sont certainement réintroduits en milieu naturel par la suite.
Sauf que non. Le nombre de ces gorilles qui ont été rendus à l’état sauvage depuis qu’on les enferme doit s’élever à 50,  presque exclusivement issus des collections zoologiques gérées par Damian Aspinall dans le Kent, en Angleterre.

Les zoos n’ont–ils donc aucune utilité en termes de conservation ? Ni même de pédagogie, puisque leurs animaux sont d’abord choisi sur base de leur potentiel spectaculaire ? Apparemment non. Le fait même qu’il ait fallu préciser dans les articles de presse que les gorilles n’étaient pas des brutes assoiffés de sang prouvent que le travail d’éducation des zoos n’a pas encore transmis le travail de Dian Fossey, Sir David Attenborough, Ian Redmond et d’autres chercheurs qui ont soigneusement essayé d’effacer l’image des gorilles perçus comme des monstres mi-humains et la personnification de King Kong.

Alors que les organisations de défense de l’environnement présentes sur le terrain pleurent pour disposer de moyens décents pour faire face à l’extinction annoncée des gorilles., l’industrie du zoo mondiale, dont Cincinnati et d’autres établissements sont des membres éminents, consomme des milliards de dollars chaque année pour embellir ses allées et décorer ses enclos de brumisateurs à panda.  

Ce serait dès lors un MINIMUM que devant chaque pavillon qui exhibe nos frères gorilles, le zoo affiche la somme qu’il consacre concrètement à soutenir des associations actives sur le terrain. Tous les bénéfices des entrées dans ces pavillons pourraient aussi être versés directement aux Rangers des Monts Virunga.

 

virunga_logo_sans_regular

Virunga-Rangers-4

Enterrement d’un Ranger, abattu par les braconniers surarmés


Gorilles sans la brume au Zoo d’Anvers