C’est ainsi que meurent les mangoustes…

 

Shakti, en juin dernier dans son jardin.

Ce vendredi 9 septembre 2005, à 13 heures 30, Shakti s’en est allé au Paradis des Mangoustes Heureuses.
Elle est morte dans mes bras, d’une injection massive de barbiturique.

Depuis plusieurs semaines, une insuffisance rénale grave, fréquente chez les vieux carnivores, la privait d’appétit et la rendait de plus en plus maigre. Elle ne se nourrissait plus du tout, buvait à peine quelques gouttes d’eau et ne parvenait même plus à se mouvoir sans tomber sur le flanc au bout de quelques pas.

Si jusqu’au bout sans doute, malgré son extrême état de faiblesse, Shakti a aimé vivre et se trouver près de moi, avec sa copine chatte et ses amis humains, si elle a pu gratter le gazon, humer les fleurs et jouir du soleil sur sa fourrure jusqu’à mardi dernier, sa santé s’est dramatiquement détériorée au cours des derniers jours.
Son agonie promettait d’être atroce.

L’euthanasie était donc la seule solution pour que ce minuscule animal, qui a partagé les meilleurs moments de ma vie pendant presque dix ans, puisse s’éteindre dans la dignité et sans ressentir de douleur.
Quelques minutes avant sa mort, je l’ai encore promenée dans mes bras dans le jardin.
Elle a levé son petit museau mouillé vers le ciel, les arbres, les abeilles, vers ce monde de lumière qu’elle allait quitter, mais elle était heureuse et calme, câlinée jusqu’à son dernier souffle.

Merci d’avoir une pensée pour elle qui a franchi ce Grand passage que tous, un jour, nous devrons franchir aussi.
Shakti était toute petite, mais c’était un personnage immense.

 

« LA MORT EST UNE APPARENCE, UN CONCEPT. 
ELLE N’A PAS D’EXISTENCE EN ELLE-MÊME EN L’ULTIME ÉTAT NATUREL DE L’ESPRIT. 
LE CORPS ET L’ESPRIT SUR LESQUELS LA MORT EST CONCEPTUALISÉE 
SONT SPONTANÉMENT LIBRES ET IMMORTELS… »
Thangtong Gyelpo

Je suis fier de l’avoir menée jusqu’au terme de son existence pleine de drôlerie et de gentillesse, depuis le soir où je l’ai découverte dans un terrarium d’une animalerie bruxelloise jusqu’à ce triste jour de septembre.

Je suis fier de l’avoir accompagnée jusqu’au bout, en lui chuchotant des mots d’amour dans ses petites oreilles rondes.
Et je suis désespéré d’avoir perdu une amie chère, une compagne adorable dont la discrète présence me manquera pour toujours. C’était le lutin du foyer, le farfadet velu et rigolo qui enchantait tous les visiteurs et donnait vie à la maison.

 

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Shakti toute jeune, à peine apprivoisée…

 

Plus que jamais, cependant, il reste évident que la place des mangoustes n’est pas en Belgique (ce qu’une loi récente interdit d’ailleurs) ni nulle part ailleurs en Europe, mais bien au sein de leur propres tribus, dans une forêt africaine intelligemment préservée. 
Shakti n’a pas connu la vie des vraies mangoustes, elle n’a pas eu d’enfants, elle n’a pas vécu en larges sociétés bavardes et guerrières comme ses soeurs et ses frères des forêts.

Mais j’ai tout fait pour qu’elle soit heureuse et qu’elle ne finisse pas dans une poubelle de ce scandale permanent qu’est
« Animal Express », toujours debout, toujours protégé des lois par on ne sait quelle main politique…

PS:  Je tiens saluer ici le vétérinaire qui a bien voulu se charger de cet acte terrible et difficile que représente l’euthanasie.
Il l’a fait avec gentillesse, correction et respect, s’exclamant dès qu’il a vu le triste état de Shakti devant son maître en larmes :
« Nous allons la soulager tout de suite.. »
Le corps de Shakti a été incinéré ensuite par ses soins.
Merci, Docteur Flament.

Shakti fut une mangouste heureuse.

A propos de la mort d’un chat… ou d’un chien ou d’une mangouste….

« Les personnes qui travaillent chez elles et vivent seules peuvent facilement passer 80 à 90% de leur existence avec leur animal ; au fil du temps, un mécanisme très vaste finit par se mettre en place.
Et c’est seulement lorsque notre compagnon tombe malade que l’on mesure à quel point ce mécanisme est devenu envahissant.  Le monde se fissure et s’écroule autour de nous. La souffrance du chat devient notre souffrance.

Lorsque dolent et silencieux, il ne peut plus bouger, on est immédiatement envahi par la dépression. Mais au moindre signe de rétablissement, le soleil illumine notre âme et notre humeur confine à l’euphorie.

Autrement dit, la santé de notre compagnon conditionne notre état comme si nos nerfs étaient directement reliés aux siens. Bien que parfaitement conscient de cette influence, on est incapable d’y échapper.

Et la mort de notre compagnon nous cause une douleur presque insupportable.
Plus on l’a aimé longtemps et profondément, plus on souffre, comme si une partie de nous-même était amputée sans anesthésie. Et c’est probablement le cas puisque la machinerie nécessaire à la miraculeuse subtilité, à toutes les nuances avec l’aimé est, en un instant, rendue caduque.
Elle n’a plus aucune raison d’être.

Dénué de sens et d’utilité, cette partie du cerveau consacrée à notre ami va maintenant se transformer.
La matière grise était nécessaire à la vie, le cerveau doit réorganiser autour du vide qui fut le lieu d’une existence partagée.
Cependant, la mémoire continue à se comporter  comme si notre ami vivait encore, projetant des images de lui dans tous les coins, où il aimait se tenir.

On le voit partout. Couché sur le  divan, endormi sur le bureau, sautant du mur et venant gracieusement à notre rencontre quand on rentre à la maison.

Car ceux que nous avons aimés continuent à vivre dans les synapses et les molécules de notre mémoire.
Aussi longtemps que nous existons, ils existent en tant que portion de notre cerveau. Il en va ainsi chaque fois que l‘on aime quelque chose ou quelqu’un.
Que l’être  aimé soit humain ou animal, les neurones ne font aucune différence. Le mécanisme est invariable ».

 William Jordan « Un chat nommé Darwin » (Robert Laffont éditeur. 2005)

Shakti adorait les humains

Et surtout les enfants (ici à Sart Dames Avelines, vers 1998)

Pour son bonheur, deux jours avant sa mort,
Shakti a pu revoir mon fils Michaël, son meilleur ami (ici vers 2003)


Quelqu’un d’autre est très triste aussi :
Les premiers jours après le décès, Durga cherchait son amie
partout dans la maison, dans le lit, dans les armoires et au fond du jardin,
en se comportant comme ces chattes à qui on a enlevé leurs petits.
Aujourd’hui, la mémoire s’efface mais le manque semble toujours là…

Durga adorait Shakti

Que l’on se rassure cependant :
si Durga porte clairement le deuil de son amie depuis le 9 septembre, elle n’en est pas devenue pour autant une chatte esseulée, puisqu’elle peut se promener librement où elle veut.

Cette petite rescapée du métro de Molenbeek, dûment stérilisée, entretient aujourd’hui des relations complexes mais intenses avec les autres chats du voisinage. Certains d’entre eux sont devenus ses amis au point de la suivre dans la
maison. D’autres sont chassés sans pitié dès qu’ils posent un patte sur le muret du jardin,
son royaume.
Durga est une chatte heureuse, car elle s’est adaptée comme le chien à vivre aux côtés de l’homme depuis des millénaires, au contraire des mangoustes.
Mais jamais, ni elle, ni moi, ni tous ceux qui l’ont connue, nous n’oublierons notre petit lutin au nez pointu, Shakti la mangouste Africaine…

Shakti court de cachette en cachette. Ici, sa base de départ pour explorer le jardin…

Le courage des mangoustes

 Langage mangouste

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