Cétologie et delphinariums : la science rimera-t-elle un jour avec conscience ?


Un dauphin « traité » par René Busnel (INRA) un couteau de boucher enfoncé dans le dos..
Il s’agissait de recherches sur l’acoustique des cétacés  menées jusque récemment par cet institut français
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Cétologie et delphinariums :
la science rimera-t-elle un jour avec conscience ?

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Le début d’une industrie de mort et de mensonges : tout est parti des Marine Studios et du Dolphin Reasearch Center de Milton Santini

La 17ième Conférence Annuelle de la European Cetacean Society s’est tenue cette année du 9 au 13 mars 2003  à Las Palmas, Grandes Canaries, Espagne, dans les locaux  de l’Université locale. 
Sous l’intitulé « Sons et mammifères marins », cette conférence internationale entendait faire le point sur les mécanismes de communication et d’écholocation utilisés par les cétacés, mais aussi sur l’influence des sons
produits par les humains dans l’océan et qui affectent le comportement, la santé et même la survie de la plupart des cétacés.

On trouvera ci-dessous un bref reportage de Natacha Zana, journaliste, qui était présente sur place et dont le témoignage souligne le terrible écart existant aujourd’hui « science et conscience »….
Jusques à quand, en effet, nos spécialistes « bien en chaire » des mammifères marins persisteront-ils à se cacher la tête dans le sable en ne reconnaissant pas publiquement que les delphinariums ne sont plus éthiquement tolérables ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le confinement de cétacés en bassin provoque à l’évidence des effets désastreux tant au niveau de la santé des individus incarcérés que de la conservation des tribus restées libres.

Même si certains résultats scientifiques obtenus dans ces conditions peuvent s’avérer pertinents et utiles, il faudra pourtant y renoncer un jour, de la même manière que nous avons du renoncer à toute expérimentation médicale sur
des sujets humains non-consentants et pour les mêmes raisons : les cétacés constitue une espèce pleinement intelligente et dotée de conscience soi qu’il est inadmissible d’instrumentaliser ! Il est donc largement temps que le petit monde des cétologues diplômés et autres Spécialistes Officiels du Milieu Marin prenne une fois pour
toutes position par rapport à cette pratique manifestement criminelle que contrôle aujourd’hui et partout dans le monde la US Navy et son fidèle associé, le holding international Sea World, l’une des plus puissantes industries du divertissement américain.

Il est temps aussi que les chercheurs de l’ECS cessent de coopérer avec une organisation pseudo-scientifique telle que l’European Association for Aquatic Mammals et qu’ils évitent de se réunir, comme ils le feront l’an prochain, au sein d’un delphinarium aussi léthal que celui de Kolmarden en Suède !

Car on aura noté bien évidemment que l’EAAM, dont le site regorge de liens vers l’ECS, tenait elle aussi, du 14 au 19 mars 2003, son 31ième Symposium annuel aux Canaries, dans la célèbre et sinistre prison aquatique de Loro Parque.  Ceci aura permis sans doute à nos scientifiques belges, tel le liégeois Thierry Jauniaux, de s’y rendre plus facilement et de prendre connaissance des dernières avancées techniques de ces « camps de la mort pour cétacés » dont l’EAAM, en tant qu’organe de propagande officiel de l’industrie du Dolphin Entertainement, fait avec fougue la promotion depuis des décennies.

YG Mars 2003


 

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la science rimera-t-elle un jour
avec conscience ?

Loro Parque aux Canaries

A l’issue de la dernière conférence de l’ECS ou European Cetacean Society, sous le soleil des Canaries et si proche des cétacés en liberté dans la zone connue pour sa richesse en mammifères marins, que retenir comme leçon pour le futur de tous les échanges avec les scientifiques présents, encore étudiants ou confirmés ?

Pour tout défenseur des mammifères marins, il serait logique de s’interroger en tout premier sur les véritables motivations de la plupart des intervenants censés utiliser la science pour protéger cette faune marine. Comment peut-on la défendre, prétendre l’aimer et la protéger si on se sert sciemment des cétacés captifs pour ses expériences ? Si on accepte d’être payé par un delphinarium pour ses recherches, partenaire très souvent de conservation des espèces à des milliers de kilomètres du lieu où souffrent ceux auxquels on dénie le droit de vivre libre ?

Nombreux sont les étudiants hélas qui ne s’interrogent pas sur l’éthique d’une telle démarche, soumis à la pression des places en masters et autres doctorat en faible nombre par rapport à la demande. Comme il faut sortir de l’anonymat, certains présentent des posters affichant leurs recherches, résultats, objectifs tandis que d’autres vont se lancer dans le grand bain et présenter une conférence, toujours suivie de questions, le tout en anglais. Si l’atmosphère des ateliers reste plutôt bon enfant, il n’en est pas de même lors des présentations dans le magnifique auditorium de Las Palmas dont l’espace rajoute à l’aspect plutôt solennel de l’événement.

Mais qu’en est-il de la passion, des émotions suscitées par des rencontres chaque jour différentes avec ces êtres vivants qui ne cessent de nous fasciner ?

Autant j’ai trouvé de la chaleur chez ces mêmes étudiants, venant parfois de pays en réelles difficultés mais désireux d’apporter leur contribution à la préservation des espèces menacées, autant j’ai trouvé ces scientifiques pour la plupart terriblement glacés et très imbus de leur savoir, un rêve pour leurs futurs stagiaires !

Très peu ont fait passer un message de conscience comme si c’était incompatible avec la science. Les cétacés déjà captifs sont là, alors pourquoi ne pas les utiliser lorsqu’ils ne sont pas en train de faire des pirouettes ?

Pourquoi s’indigner des conditions d’existence des « hôtes » du delphinarium de Nüremberg puisque cette « noble » institution selon sa jeune experte soutient la protection des dauphins en Amérique du Sud ?

Quant aux échouages, seule une scientifique canadienne de l’université de Halifax a exposé le danger des LFAs et leur relation directe avec les morts en nombre le long des côtes américaines et européennes. Son intervention sortait tellement de la norme puisqu’elle posait la question du rôle du scientifique face à ce genre d’expériences, qu’elle ne fut suivie d’aucune question, le public sous le choc.
Ces gens en fait comme vous et moi, se relâchaient-ils au moment des cocktails ou autres barbecue ? Peut-être mais entre eux, une frontière invisible mais palpable demeurant entre étudiants et leurs aînés, sans parler des électrons libres dont j’ai fait partie avec joie.

Alors, sont-ils un tant soit peu sensibles derrière le rideau de glace, entre spécialistes de la toxicologie, de l’acoustique ou du moins peuvent-ils avoir des réactions humaines au contact de ceux que vous et moi aimons le mieux possible à commencer en liberté dans leur élément naturel et dont nous admirons l’intelligence ?

J’ai été en tout cas témoin que derrière cette carapace parfois sommeille des pulsions plus humaines de joie pure et d’émerveillement lors de la sortie en bateau vendredi matin dernier. En effet, pour ceux qui n’avaient pu se rendre au dernier atelier animé sur une autre île des Canaries (peu pratique si l’on est son propre sponsor !) concernant le whale watching, une expédition avec un éco-charter avait été proposée à un tarif honnête, à l’autre bout de l’île, à Puerto Rico très exactement.
Lâchés dans la nature loin de la scène de l’auditorium sur laquelle certains avaient dû apprécier de pouvoir se montrer, comment nos scientifiques allaient-ils réagir ?

Le groupe en lui-même était très diversifié, composé de représentants d’ONG aussi bien que de chercheurs et d’étudiants. Le temps était avec nous, ciel bleu azur et océan pas trop agacé. A quelques kilomètres des côtes, un spectacle magique nous attendait, prêt à surprendre les plus blasés. Plus de 200 dauphins communs étaient réunis, à jouer et pêcher, prêts à surfer sur les vagues autour du bateau et nous suivre pendant une heure.
Le fond du bateau étant en verre, je vous laisse imaginer la ruée vers le bas malgré les remous pour échanger un clin d’œil avec ces amis de la liberté.

Le groupe fut pris d’une sorte d’ivresse générale, l’effet dauphin multiplié par le nombre et l’absence d’émotions chez certains passagers. Il aurait fallu les filmer, en train de gesticuler, de crier, de courir de haut en bas et de tous les côtés pour mieux voir, faire la photo du siècle… Pardonnez-moi si je ne peux en joindre une seule mais mon appareil avait décidé ce matin-là de prendre des vacances et de laisser une fois de plus orpheline.
Mais les souvenirs d’une si grande beauté à l’état pur restent à jamais gravés dans mon cœoeur.
Rien que pour vivre un tel instant, même une seule fois dans sa vie, toutes nos batailles valent le prix que nous payons à refuser que nos amis marins finissent en bassin ou dans un frigo. Et l’ECS m’a convaincue un peu plus que la science n’a de raison d’être que si elle rime avec conscience !

Amitiés marines

Natacha Zana
Journaliste écrivain pour le monde marin


« Amoureuse de la mer et des dauphins, Natacha faisait de la plongée sous-marine près de l’île de Kho Phi Phi en Thaïlande, quand la terrible déferlante l’a emportée, ce 26 décembre 2004. Pour survivre à la douleur de la perte, ses parents, Elisabeth et Jean-Claude ont eu besoin de marcher sur ses traces « comme si Natacha m’avait confié sa vie en disparaissant », dit Elisabeth. « NAT Association » qui signifie Naître, Aider, Transmettre, trois objectifs chers à Natacha, est née en avril 2005. « D’abord pour offrir des vélos aux enfants orphelins afin qu’ils retrouvent le chemin de l’école, pour faire venir de l’eau potable, créer des parrainages et leur apprendre à danser ». Elle-même ancienne danseuse, Elisabeth a finalement décidé de s’installer sur place ».

Natacha était une amie chère, qui me soutint dans tous mes combats pourles dauphins.
Le dernier message que je reçus d’elle depuis la Thaïlande fut ce simple mot : « Vers la lumière ! » 
C’était la veille du tsunami, le 25 décembre 2004…

Yvon Godefroid

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