orangs-outans en mal d'amour
 

 Tondalayo et son ami TK. Posted by Tammy on March 11, 2006 09:59 AM  

 


 

Depuis qu'une employée du Zoo World à Panama City Beach (Floride) les a fait se rencontrer à la fin de l’année dernière, Tondalayo, une femelle orang-outan de Sumatra âgée de 45 ans, et T-J, un chat de gouttière rayé, sont devenus une paire d’amis inséparable.

 

Stephanie Willard, responsable pédagogique au Zoo World, était en effet consciente de ce que Tondalayo s’enfonçait lentement dans une dépression profonde depuis que son compagnon était mort, deux ans auparavant.

 

L’âge avancé de la guenon ne permettait pas qu’on la déplace vers un autre zoo ni qu’on lui offre – du moins de façon rentable pour le zoo - un nouveau compagnon.

 

Dès lors, quand le chat au pelage feu a surgi sous le regard de Stéphanie Willard, la solution est devenue claire pour elle. Le petit félin a été baptisé du nom de « TK », ce qui veut signifie «Tondalayo Kitty» ou « le chaton de Tondalayo ». 

 

Ils jouent ensemble, désormais, ils se font des caresses, ils dorment serrés l’un contre l’autre  chaque nuit et ceci depuis des mois. C’est du moins ce que disent les agences de presse et des centaines de blogs dans le monde, tous très  émus de cette rencontre inopinée de deux « animaux solitaires».

 

 


 

Une histoire charmante, certes, mais qui donne bien la pleine mesure de la dénaturation dont les animaux non-humains font l'objet en captivité.  

En liberté, les orangs-outans s’associent selon des règles complexes, que nous ne comprenons pas encore dans leur ensemble. Au premier regard, ces grands singes roux ne semblent pas être très sociaux.
Pourtant, à mieux les observer, on se rend compte qu’à l’instar des baleines et disposant comme elles de territoires gigantesques jusqu’il y a peu, ces pongidés anthropomorphes gardent des contacts étroits avec chaque membre de leur tribu malgré les grandes distances qui les séparent. 
La femelle choisira elle-même son partenaire parmi les grands mâles dominants de sa région, ou fera même parfois l'objet de viols de la part de mâles plus jeunes et moins bien bâtis, situés plus bas sur l'échelle hiérarchique.

Le fait de former un couple stable et de rester ensemble durant des années, au sol et au même endroit, est un comportement qui ne correspond à rien chez les orangs-outans. On peut donc supposer que la relation entre Tondalayo et son compagnon relevait bien davantage de l'amitié que de la sexualité.
 


 

Le couple d'orangs-outans du Zoo d'Anvers vit lui aussi sur le mode de l'amitié. Photo YG 2004

 


 

Le confinement de créatures dotées de conscience de soi et d’intelligence au fond d’une cage ou dans un trou d’eau pose finalement toujours les mêmes problèmes. On ne réinvente pas la Nature ni ses lois et c’est pourtant ce que certains commerciaux s’imaginent pouvoir faire, non sans mal.
Le cas de Tondalayo semble d'ailleurs plus fréquent qu’on en le pense, comme nous le prouve cette anecdote :

 

« Le « Hongshan Forest Zoo » situé à Nanjing, Chine, vient d’ouvrir un weblog afin de trouver l'amour pour Leshen, l’unique orang-outan présent dans ce zoo et sans doute le seul à avoir été élevé en captivité en Chine.

 

Un porte-parole du zoo a déclaré aux journalistes : "Nous avons pris contact avec des zoos de Shanghaï, Hangzhou et Qinhuangdao, mais nous n’avons pas encore trouvé un compagnon approprié pour lui. C’est pourquoi nous lançons cette invitation de mariage à travers le monde entier."

 

Le « Hongshan Forest Zoo, qui est situé à Nanjing, la capitale de la province de Jiangsu à l’est de la Chine, fait donc appel au monde entier pour venir en aide à Leshen, le seul orang-outan du zoo.
 
http://english.people.com.cn/200512/30/eng20051230_231907.html1.

 

Leshen
Leshen

 

 


 

 

Pour en revenir à notre amie Tondalayo à Panama City Beach, on pourrait se poser d’autres questions :

 

* Pourquoi, par exemple, un orang-outan de Sumatra doit–il être détenu dans un petit zoo le long d’une autoroute, laquelle mène essentiellement à une station balnéaire bien connue pour ses débauches estudiantines au moment des vacances de Pâques (Spring Break) mais aussi pour la présence d’une centaine de dauphins sauvages et familiers au large de ses côtes ?

A quoi cela sert-il ? Quel bénéfice les grands singes encore libres et vivants dans les dernières forêts d'Indonésie en tirent-ils ? Pourquoi aucun enfant n’et-il né de ce couple, réduit aujourd’hui à une femme et un chat ?  

 

* Associer un primate anthropoïde solitaire avec un félidé nous ramène à l’aube de l’histoire des parcs zoologiques : les premiers grands singes exposés dans des zoos d’Occident au début du XXième siècle étaient d’abord sauvagement arrachés à leurs parents à coups de carabines, avant d’être isolés dans une cage nue, sans agrès, sans vitrage, exposés à toutes les maladies crachées par les visiteurs humains.

Ces malheureux crevaient alors comme des mouches, de pneumonie le plus souvent, mais surtout, ils déprimaient à en mourir d’être seuls et de n’avoir rien à faire. On eut donc l’idée d’associer dès les années trente, un chat et un chimpanzé, pour que ce dernier survive un peu plus longtemps.

 

Koko la gorille elle-même, qui bénéficie pourtant de stimulations sociales et intellectuelles répétées, a tout de même demandé par signes à pouvoir garder un chaton près d'elle. La mort accidentelle de celui-ci l'a plongé dans le désespoir mais depuis, Koko reste entourée de toute une petite ménagerie féline.  

 

 
Photo Gorilla Foundation

 

Comme nous, les grands singes ont besoin de distractions, de nouveautés, de contacts affectifs. Ils aiment se sentir utiles, ils aiment prendre soin des autres, ils ont surtout un besoin extrême de vivre en société et de serrer quelqu’un dans leurs bras.

 

* Pourquoi ne pas avoir offert un téléviseur et un jeu de DVD à cette pauvre Tondalayo ?
Pourquoi ne pas lui avoir fourni des revues illustrées ou des crayons de couleurs ? Des poupées ? Des jouets ? Un ordinateur portable comme  le Bonobo Kanzi en a reçu dans son temps ?
Pourquoi ne pas lu avoir enseigné l’Ameslan, comme le fit Roger Fouts avec la chimpanzée Washoe et ses amis, de telle sorte que notre guenon puisse exprimer elle aussi ses désirs ou affirmer ses opinions, comme le fait aujourd’hui Washoe à Washington ?  
 


 

Pourquoi ?
Parce que Tondalayo vit dans un petit zoo minable de bord de route, comme il y en surgit des centaines le long des highways aux USA, et dont la seule vocation est de faire du dollar au moindre frais.
Le chat TK est déjà une victoire dans ce contexte, vu qu’il ne coûte pas cher...

(Question annexe : ce petit chat peut-il sortir de l’enclos de son amie, ou bien est-il confiné avec le grand singe ? Lui aussi a des droits, après tout !)

 

Pourquoi ?
Parce qu’il s’agit ici de conforter les convictions spécistes des consommateurs humains : les singes ne sont que des animaux, un singe et un chat se valent, les Humains sont une race supérieure, à part, et il ne faudrait donc surtout pas laisser filtrer cette évidence atroce : les orangs–outans sont nos frères de sang et d'esprit.

Ce que nous voyons, ils le voient, ce que nous ressentons, ils le ressentent, de la même manière que nous, car nous sommes de la même espèce, comme le cheval ou le zèbre. Nous sommes tous des Hominidés, nous sommes tous nés dans la forêt et notre corps s'est adapté à elle selon les lois immémoriales de la co-évolution, même si secondairement, comme les Babouins, notre propre espèce a du apprendre à vivre et à courir sur le sol sec des savanes. 
 



Tondalayo et son ami TK. Posted by Tammy on March 11, 2006 09:59 AM

 

A cet égard, la photo qui ouvre cette page nous décrit une scène étonnante.
Regardez bien.

La guenon s’est cachée dans un grand seau. Elle s’amuse à exciter et à voir réagir son petit compagnon au cerveau plus menu, en agitant devant sa patte un botte de foin. C'est elle qui mène ce jeu, assez répétitif, mais de nature à amuser le petit cerveau du félin.
Et c'est bien là le rapport que nous, humains, avons avec nos propres chats domestiques.


Faut-il rappeler ici que les orangs-outans sont considérés comme les plus intelligents des grands singes, capables une fois captifs de laver du linge, d’allumer un feu, de faire du café et de déployer une infinité de comportements  si subtils, si humains, que l’Industrie de la Captivité en devient embarrassée ? 

 



L’orang-outan : une espèce en très grave danger

 

Tortures à Bornéo

 

Singes boxeurs en Thaïlande

 

Aidez les derniers orangs-outans !

 

WWF et orangs-outans
 

grands singes du zoo d'anvers

 

Dossier grands singes



Merci à Franck de m'avoir signalé l'histoire de TK et de son amie singe

 


Retour grands singes

Retour accueil