Collaborer avec les delphinariums ?

Delphinarium d'Espagne ! Olé ! Vive la science et l'éducation !
2015

Il fut un temps où Delphus se battait contre les delphinariums. Son fondateur et président, Gérard Lippert, publia plusieurs ouvrages très inspirés sur ce thème et participa à la fermeture du delphiarium du Zoo d’Anvers en 1999. Depuis 2002, l’association a changé de cap. Elle encourage activement la nage avec les captifs au nom d’une escroquerie majeure et dangereuse : la delphinothérapie.

On peut lire sur le site :  » S’il est exact que la vie d’un dauphin n’est pas dans un bassin, toutes les tentatives de réhabilitation en pleine mer ont échoué dont Flipper, Keidko et les dauphins de la US Navy. A Mundomar nous avons pu constater que les dauphins ne présentent aucun signe de stress, n’ont aucun comportement autistique, se multiplient, ont des bébés qui grandissent normalement, ne souffrent pas plus que d’autres animaux de pathologies particulières. Ils se sont également créé une nouvelle structure sociale ».

Vous m’en direz tant ! Des dizaines de dauphins ont été réhabilités avec succès, Flipper n’a jamais fait l’objet d’aucune tentative (d’autant qu’ils étaient 5 à jouer ce rôle puis à mourir), Keidko s’appelait Keiko et chassait déjà seul quand une pneumonie l’a frappé, et les dauphins de la US Navy libérés par Ric O’Barry ont été recapturés quelques jours plus tard.

Quant au delphinarium de Mundomar, il détient 5 dauphins capturés à Cuba et 6 nés captifs, tous issus du même père, Eduardo, ce qui rendrait incestueuse leur reproduction croisée. Enfin, pas moins de 10 dauphins de ce delphinarium modèle ont été déportés vers d’autres établissements, sans espoir de revoir jamais « la nouvelle strucutre sociale » qu’ils sont supposés avoir créé.
Bref, on voit mal en quoi ce delphinarium espagnol diffère fondamentalement des autres.

Et l’on s’étonne que Son Altesse Royale la Princesse Esmeralda de Belgique soit présidente d’une association qui soutient tout à la fois l’industrie de la captivité et les mensonges de la « delphinothérapie ». Rappelons que cette pratique est particulièrement pénible pour les dauphins, palpés chaque jour par des dizaines d’humains gluants d’huile solaire, sans aucun espace de fuite.

http://www.delphus.be/fr/
http://www.dauphinlibre.be/therapy.htm


2003

Collaborer avec les delphinariums ?

Est-il possible de collaborer avec les delphinariums lorsqu’on aime les dauphins et qu’on
veut les défendre ? Est-ce un pas nécessaire que d’ouvrir le dialogue avec eux et d’échanger des informations sur le bien-être des dauphins ? 

Voilà pourtant bien le rêve de l’Industrie de la Captivité : redevenir un interlocuteur honorable, cesser d’apparaître comme un pur producteur de spectacles et faire croire au grand public que les
delphinariums servent à la fois la science, l’éducation des enfants et les dauphins qui s’échouent !

S’il faut admettre que la découverte des mécanismes du sonar a bien été faite sur des dauphins captifs,
s’il faut reconnaître que d’autres types de connaissances ont pu être glanées dans ces établissements
jusqu’à la fin des années 70,  ces mêmes informations scientifiques nous ont amené progressivement devant un grave dilemme éthique.
Sachant ce que nous savons aujourd’hui des dauphins,  pouvons-nous encore nous octroyer le droit de priver de liberté des individus intelligents et conscients d’eux-mêmes, qu’ils soient humains ou non-humains ?

Quels que soient les bénéfices scientifiques que pourraient éventuellement nous apporter certaines pratiques – telles que l’expérimentation sur les grands singes ou sur les êtres humains – pouvons-nous
moralement les tolérer ? Pouvons-nous accepter de coopérer avec des personnes qui, chaque jour, imposent la souffrance de l’enfermement à des cétacés ou les capturent avec sauvagerie en brisant leurs familles ?


 

La démarche de Delphus

En été 2002, l’association belge DELPHUS, pourtant bien connue pour sa lutte contre les delphinariums et l’une des rares à s’afficher comme telle, publiait l’éditorial suivant dans son bulletin d’informations, sous la signature de son Président, B. de Grunne :

« Vous serez peut-être étonné, en recevant ce numéro de notre bulletin, tant en ce qui concerne sa forme que son contenu. Tout cela nécessite un mot d’explication sur le pourquoi de la forme et le pourquoi du contenu.
Après de très longues discussions, au sein de notre bureau, et en parfait accord avec les termes de nos statuts, Delphus a décidé d’ouvrir ses colonnes aux responsables des parcs aquatiques, ceci pour apprendre à les connaître et apprécier ce qu’ils peuvent nous apporter, tant au niveau de la connaissance des dauphins, que de leur protection et leur sauvegarde. La connaissance est le fruit de l’écoute et du silence. Ce projet mettra quelque temps à se mettre en place, mais j’ai souhaité vous en informer au plus tôt, car je soutiens ce projet et je souhaite le voir aboutir dans les meilleures conditions.
Ensuite, comme la période des vacances se prête mal à la publication d’un numéro complet, nous avons choisi de publier un numéro moins important mais qui sera suivi, d’ici peu, par nos premiers reportages. Delphus s’engage sur une nouvelle route, je vous demande de nous suivre dans le sillage que nous trace les dauphins » 

Suivait ensuite une interview du Dr Gérard Lippert, Vice-Président de l’association :

Q. – » Docteur Lippert, vous êtes Vice président de Delphus, et nous apprenons que votre association souhaite ouvrir un dialogue avec les parcs aquatiques, en général, et les delphinariums, en particulier. Que s’est-il passé et comment expliquez-vous ce changement ?

R. –  » Nous restons fidèles à nos objectifs mais nous désirons exprimer notre souhait d’écouter et de dialoguer avec ceux qui, dans le milieu des parcs aquatiques, consacrent leur vie aux dauphins. Nous sommes persuadés qu’ils ont des choses à nous dire et à nous apprendre. On nous a reproché de ne pas leur donner assez la parole. Nous voulons la leur donner, pour qu’ils nous expliquent les raisons réelles de leurs activités, et leurs objectifs.

Q. –  » Pendant des années de nombreuses associations, dont Delphus, ont milité en faveur de la fermeture des Delphinariums, et maintenant vous acceptez de leur ouvrir vos colonnes. Que s’est-il passé ? »

R. – » Delphus a toujours souhaité agir dans un esprit d’ouverture et de tolérance. Le dauphin nous donne, dans cette optique, un merveilleux exemple. Mais cela nécessite le respect de l’autre. C’est dans cet esprit que nous nous engageons dans cette nouvelle voie ».

Et le bulletin de terminer en annonçant une longue série d’enquêtes sur les belles réalisations scientifiques du Mundomar Park à Bénidorm en Espagne, avec une interview du dresseur de dauphins Kees De Groot en sus.

« En un mot, nous découvrirons, au-delà de l’image traditionnelle que nous avons des parcs aquatiques, la face plus cachée des multiples activités scientifiques et éducatives qui s’y exercent ».

Que faut-il penser de ces suggestions ?

Nous croyons certes, comme Delphus, que seul un dialogue ouvert et public entre tous les acteurs concernés  comme  ce fut le cas en Grande Bretagne dès 1986 – peut amener à des solutions raisonnables, tout à la fois respectueuses de ce qui constitue une source de revenus et d’emplois pour les uns, un
problème d’éthique et de pédagogie pour les autres et une souffrance intense et continue pour ceux qui n’ont pas le droit à la parole, c’est à dire les dauphins eux-mêmes !

Par ailleurs, s’il  advenait qu’un jour, une loi globale vienne à interdire tous les delphinariums d’Europe, il faudra bien évidemment aider les delphinariums à s’adapter progressivement et
à recycler tant leur prisonniers que leur personnel. Il faudra collaborer étroitement avec eux pour organiser le déplacement des captifs vers des lagons de retraite ou pour préparer leur retour en mer.

Des structures d’accueil intermédiaires devront être conçues pour la plupart des anciens prisonniers, gravement acculturés au contact de l’homme.
Certains parmi ces dauphins, capturés de fraîche date, pourront sans doute retrouver rapidement la vie libre mais il est évident que les dégâts de la captivité sont tels qu’une réhabilitation de «vieux dauphins » s’avère toujours difficile. Ceux-là devraient à tout le moins finir leur vie dans un lagon de retraite en
plein air, au soleil et dans de la véritable eau de mer avec de vrais poissons. Le soutien technique des professionnels de la captivité nous sera là aussi nécessaire.

A l’inverse, afin d’informer de manière réelle et efficace les jeunes générations et le grand public, les Zoos et autres parcs d’attractions disposant encore de tels delphinariums devront progressivement remplacer les bassins par des installations récréatives plus en phase avec notre époque : les dernières techniques audio-visuelles du XXI siècle – IMAX, films en relief, simulations interactives, animations virtuelles, hologrammes, etc. – permettent en effet de reconstituer, dès aujourd’hui et de manière particulièrement frappante, le monde fascinant des cétacés et leurs échanges sonores.
Bien plus que le spectacle de créatures malades et sous contrainte, voilà qui ferait réellement découvrir aux enfants de nos écoles, pour paraphraser le primatologue Franz de Waal, l’immense « bonheur d’être un dauphin libre » et qui leur ferait également mieux comprendre l’urgence de préserver de telles cultures non-humaines.

Nous nous tenons prêts à soutenir les delphinariums dans cette courageuse démarche.
(En 2014, des propostions similaires ont été faites à SeaWorld pour qu’ils dépalce ses orques dans une baie fermée).

En revanche, là où les propos de l’association Delphus nous choquent profondément, c’est lorsqu’ils suggèrent que les delphinariums pourraient encore, de quelque manière faire progresser nos connaissances des dauphins et le bien-être de ceux-ci.
Il ne s’agit là que de l’habituelle argumentation des delphinariums eux-mêmes, qui fait l’impasse sur des faits essentiels :

1. Le dauphin est un être pensant autonome et conscient de lui-même, disposant de culture, de langage et d’une vie sociale aussi riche et complexe que la nôtre.
A ce titre, il a le droit de rester libre et d’élever ses enfants selon ses traditions, dans un environnement adapté à ses besoins.  (Voir notre article « Ethique et captivité » )

2. Même si les conditions de captivité peuvent s’avérer un peu moins pénibles aujourd’hui en de très rares établissements d’Europe ou des USA, les delphinariums n’en sont pas moins des cirques aquatiques cruellement inutiles. Toutes les recherches scientifiques qui pouvaient y être faites se sont achevées vers 1970 et les chercheurs sérieux se tournent aujourd’hui vers les études de terrain.
Vanter les mérites de delphinariums actuels à ce niveau revient surtout à les
féliciter pour leur politique de propagande habile, qui dissimule les drames de
la captivité sous les logos clinquants de pseudo-instituts en faveur de la mer
ou d’autres initiatives de sauvetage des dauphins échoués. 
(Voir notre article « recherches à Bruges » )

3. Le dauphin, en tant « qu’animal de zoo », a des exigences tout à fait exceptionnelles. Ce mammifère aquatique profilé pour la vitesse et les plongées profondes supporte mal la captivité. Malgré les
affirmations des industriels de la captivité, aucun dauphin de la seconde génération n’a encore vu le jour. Même si la durée de vie s’est un peu allongé pour les dauphins captifs depuis les années 80, grâce au recours massif aux médicaments et à diverses technologies , on impose encore et toujours aux cétacés captifs un milieu de vie totalement nu et étroit , une piscine en béton, pour l’obliger à regarder hors de l’eau.
De toutes les manières, aucun bassin, aucun lagon clos ne saurait valablement satisfaire ses besoins
psycho-physiologiques, pas plus qu’une cellule de prison, si vaste soit-elle, ne saurait remplacer la réalité
quotidienne du monde libre chez l’homme.
(Voir notre article : Pourquoi les delphinariums doivent disparaître)

4. Choisir l’Espagne comme première étape d’un tour du monde des « bons delphinariums » (?) est tout assez piquant, quant on sait le rôle majeur que joue ce pays sur le plan du trafic de cétacés captifs
dans le monde et surtout vers les autres pays latins.
Nombreuses sont les sociétés commerciales espagnoles qui traitent avec Cuba ou les trafiquants russes afin de ré-alimenter non seulement les delphinariums espagnols mais aussi pour fournir des « swimming pools » mortelles comme celle de Manati Park dans les Caraïbes.

En ce qui concerne Mundomar, rappelons que pas moins de 15 dauphins sont maintenus captifs dans cet établissement. Sept d’entre eux se chargent d’assurer les shows, les autres regardent et attendent.
Cinq bébés dauphins seraient nés dans la piscine de Mundomar. Avec quel avenir ?

Nous savons aussi de source sûre qu’à plusieurs reprises, des dauphins ont été capturés dans les Caraïbes – sans doute à la fin des années 90 – pour ré-alimenter les piscines de cet établissement commercial.
(Voir notre article : dauphins à vendre)

Photo Manuel R. 2000. "Suzy with glasses" !

Espagne : des lunettes sur le rostre d’un dauphin.. Educatif ?

 

Depuis la publication de cette page, nous avons reçu un courrier de l’association DELPHUS qui nous assure  » (…) Il ne faut pas se méprendre sur nos intentions. Nous visiterons plusieurs parcs marins en
Europe, et, une fois que nous les aurons visités, nous tirerons les conclusions. Nous croyons que circulent, de part et d’autre, trop d’informations inexactes nous souhaitons faire un état des lieux, rien de plus Delphus n’a pas changé de cap, mais nous souhaitons être bien informés. C’est là le but de
notre démarche (…) « .