Comment dresser un dauphin captif ?

Avec un bon dressage et des comportements bien formatés, on peut faire des « merveilles » comme ici à Sea World

Comment dresser un dauphin captif ?

Comme un chien, alors qu’il ne s’agit même pas d’un animal domestique ?
Et pourquoi le dresser plutôt que lui parler, alors les scientifiques considèrent le dauphin comme l’animal le plus intelligent au monde après l’homme ?
Du fait de ses capacités cognitives hors du commun, de sa vie sociale extraordinairement complexe, des ses diverses cultures transgénérationnelles, de son empathie à l’égard d’autres espèces, de sa faculté de se reconnaître en tant que « soi » dans un miroir, de son usage d’outils ou de ses modes de communication encore non décryptés, impliquant un nom propre pour chaque individu (signature sifflée) ou le vocal labelling (donner un nom à un objet), nombre d’entre eux estiment même que ce mammifère marin devrait accéder au rang de  personne non-humaine et à ce tire, devenir notre interlocuteur  dans une relation consentie d’égal à égal.

L’Industrie de la Captivité, en revanche, ne tient aucun compte de ces paramètres et ne traite pas le dauphin autrement que n’importe quel animal de cirque.
Ou qu’un chien. Ou qu’un esclave, si l’on reste dans l’idée que le dauphin est une personne.
Nous vous donnons à lire ici le B-A BA du dressage ordinaire, mené dans le meilleur contexte possible et de beaux bassins bleus azur, ce qui ne reflète évidemment en rien les méthodes pratiquées au Taiji Whale Museum ou dans les delphinariums russes.

Mais dans tous les cas, et partout dans le monde, il s’agira toujours d’un conditionnement unilatéral, dont le but est d’obtenir l’obéissance la plus absolue. On frémit en lisant les descriptions presque cliniques des méthodes utilisées pour « formater le comportement de l’animal » dans le sens souhaité. Si ces gens en avaient la possibilité, ils mettraient à leurs esclaves à nageoires des implants dans le cerveau pour les guider à distance, comme des drones !

METHODE DE DRESSAGE

La partie la plus importante de tout programme de dressage est l’établissement d’une relation de confiance entre l’animal et son instructeur. Celle-ci s’instaure habituellement grâce à des séances de jeux et de nourrissage. Le dresseur doit rester en permanence attentif à tout signe de comportement indiquant une réaction positive ou négative à cette mise en contact. L’entraînement du jeune dauphin né captif débute généralement lorsqu’il est âgé de 6 et 36 mois.

L’apprentissage se déroule par étapes. C’est ce qu’on appelle la « méthode des approximations » ou « l’apprentissage incrémental ». Le comportement de l’animal est formaté par approximations successives du comportement désiré et convenablement renforcé. On enseigne d’abord aux dauphins à regarder le dresseur avec les deux yeux, au-dessus de la surface.
Ce comportement est appelé « stationnement ».
Quand un dauphin voit le dresseur pointer un doigt vers le haut, il doit comprendre que cela signifie : « Regarde ton dresseur ! » ou encore :
 » Attention, je vais te donner un ordre ! ».
Le dressage peut se produire aussi lorsque le dauphin effectue un nouveau mouvement de sa propre initiative.

Ce comportement est toujours associé à une récompense en nourriture et à un coup de sifflet très aigu, que l’on qualifie de «pont». Il s’agit bien d’un «pont», en effet, car il fait le lien entre le mouvement du dauphin et l’espoir d’une récompense. Le formateur siffle ce signal lorsque le comportement attendu est produit et qu’une récompense peut en découler. Cela signifie aussi pour lui « Viens ici et prends ça !”.
(Note : Mieux vaut donc que le dauphin ait très faim pour augmenter sa motivation)


Le fait d’associer l’exécution correcte d’un comportement avec une récompense est une étape essentielle dans le dressage du dauphin.
L’utilisation d’un dispositif sonore perçu par le dauphin permet à son formateur de créer le « pont » au bon moment. Dans certains cas, cette méthode peut se révéler inappropriée, notamment si le tour s’effectue à proche distance de l’entraîneur. Dans ce cas, celui-ci peut tapoter légèrement l’animal sur la tête ou lui faire un baiser sur le rostre. Ces actions sont appelées des substituts de renforcements conditionnés.

La récompense doit être modifiée régulièrement, de sorte que son attrait ne diminue pas lorsqu’il est répété. Les comportements adéquats sont immédiatement renforcés afin qu’ils puissent se produire à nouveau. Ces comportements «opportunistes» se produisent souvent entre deux sessions de dressage formelles et doivent être surveillés de près. Chaque session doit par ailleurs être commencée et terminée différemment, afin qu’elle ne devienne pas trop « prévisible », ennuyeuse et démotivante pour le dauphin.

Les premières étapes du dressage par approximations peuvent inclure la mise en place d’une cible artificielle dans l’eau.
Lorsque le dauphin touche par hasard la cible avec son rostre, une récompense lui est donnée, pour renforcer ce comportement initialement aléatoire.

Peu à peu, l’exécution répétée de ce comportement relève de moins en moins du hasard jusqu’à ce qu’il devienne conditionné et se produise à chaque fois que la cible est présentée.

La cible artificielle est alors remplacée par la main de l’entraîneur.
Le but de ce remplacement est de conditionner le dauphin à obéir aux signaux manuels pour toutes les demandes futures qui lui seront communiquées.

Une étape importante dans le processus de dressage est de parvenir à faire venir sur commande l’animal captif vers l’entraîneur. Pour un mammifère marin comme le Grand Dauphin de l’Atlantique, l’ordre est donné en frappant l’eau avec la paume ouverte. La vidéo suivante montre cette commande.

Ici, la monitrice est en train d’enseigner à ses élèves comment utiliser des signaux manuels pour communiquer avec le dauphin. De légères différences dans la position des mains, la hauteur du signal, et la direction dans laquelle le signal est donné, fournissent au dauphin l’information nécessaire sur ce qu’on attend de lui. Ces signaux manuels sont relativement communs à tous les dresseurs de tous les delphinariums.

Même si un dresseur, formé aux techniques propres à un delphinarium donné, travaille dans un autre établissement où la signification d’un geste de la main n’est pas tout à fait identique, le dauphin se montre généralement capable de s’adapter rapidement à cette différence.
Lorsqu’il dresse un dauphin, le spécialiste doit conditionner l’animal à accepter différents types de contact humain. L’animal est ensuite récompensé pour « ne pas s’être éloigné » de ce contact. La formation doit être effectuée dans une zone ressentie comme positive pour l’animal (comme la « zone de nourrissage », par exemple) afin que celui-ci s’y sente à l’aise.

Dressage rapide de pseudorques au Japon. A l’aise ?

Les dauphins développent rapidement une relation étroite avec son dresseur.
La relation est basée sur la confiance que l’animal finit par accorder à l’humain. Les choses sont donc rendues plus difficiles lorsque d’autres dresseurs travaillent avec le même animal ou que l’entraîneur familier quitte son poste pour rejoindre un autre delphinarium.

Apprendre au dauphin à « présenter » différentes parties de son corps au dresseur constitue un conditionnement de première importance à mettre à place. Il permet en effet de procéder à des examens vétérinaires ou à des collectes de matières organiques.

(Note : Tels que du sang pour les analyses, du sperme pour la reproduction à distance ou le limage des dents des orques. Notons que jusque dans les années 90, il fallait vider le bassin pour accéder au corps de l’animal, ce qui représentait pour lui une expérience traumatisante. Iris à Anvers ne fut ainsi jamais dressée à se soumettre à des examens médicaux. Ci-dessous, au Parc Astérix )

Même bien dressé, la plupart des dauphins n’échappent pas à un vidage de bassin de temps en temps. Ici en 1999 au Parc Astérix

L’animal doit être désensibilisé au contact physique, mais aussi au bruit ambiant, aux mouvements brusques, etc.
Ceci afin que le conditionnement de son comportement puisse demeurer l’objectif principal. La désensibilisation est une phase essentielle dans le processus de dressage d’un jeune dauphin. Le dresseur peut par exemple amener le dauphin jusqu’au bord du bassin et placer ses pieds sous le corps du dauphin.

Comme on le voit sur cette photo, un jeune animal se cabre et répond négativement à cette situation.
Dans le cas présent, j’ai été mordu deux fois au pied par ce jeune dauphin, avant qu’il n’accepte mon contact rapproché. Une fois la désensibilisation acquise, le dauphin est récompensé. Ce processus est répété maintes et maintes fois pour le renforcer.

L’enrichissement comportemental est une pratique consistant à fournir aux animaux captifs des stimuli environnementaux.
Cette démarche vise à améliorer la qualité de vie des dauphins en augmentant son activité physique, en réveillant ses comportements naturels et en réduisant son ennui. Les sessions de dressage forment un part essentielle de l’enrichissement comportemental. Cependant, ces formations n’occupent qu’une petite partie de la journée du dauphin. Parmi les autres enrichissements proposés, on utilise divers jouets. Dans cette vidéo, une mère de 8 ans accompagnée de son delphineau sont en train de se distraire avec un ballon de plage. Ces ustensiles leur fournissent une activité plus complexe que le simple fait de nager en rond dans une piscine.

Comment pousser le ballon sur le bord du bassin ? La mère et sa fille montrent leurs compétences à résoudre ce problème.

Parmi les autres formes d’enrichissement, il faut inclure également le changement d’habitat (déplacement des dauphins d’un bassin à l’autre) et l’accès du public aux animaux.
Dans la nature, les dauphins doivent travailler dur pour attraper leur nourriture. Ils doivent aussi se préoccuper de leur sécurité. En captivité, ce n’est pas le cas.

(Note : L’enrichissement est toujours extrêmement pauvre par rapport aux capacités cognitives des cétacés. Dans certains delphinariums, on fournit désormais des I-pads et autres gadgets électroniques submersibles pour stimuler encore davantage les capacités intellectuelles du dauphin. Nombre d’expériences scientifiques menées avec ce type d’outils sont accueillies favorablement par les captifs, toujours comme un dérivatif bienvenu à l’ennui profond que la vie en bassin leur impose.
Il est bien clair que contrairement à ce que dit l’auteur de l’article, la chasse en groupe ou la défense de son pod n’est pas une corvée pour un dauphin, mais plutôt l’occasion de nouer ou de conforter des liens sociaux avec d’autres individus. Le travail en groupe, avec ce qu’il peut impliquer comme plaisir, est en effet une caractéristique commune aux humains et aux cétacés
)

 

Les séances de dressage ont également l’avantage de fournir aux dauphins des exercices physiques intenses.
Cela leur permet de rester en bonne santé et de s’adapter aux changements de leur environnement, une condition indispensable à leur survie.

Enfin, l’enrichissement comportemental peut être « inventé » par le dauphin, tout comme les enfants inventent des jeux pour se divertir. L’apprentissage de la sculpture de bulles a été observée chez les dauphins captifs et comme les chez dauphins sauvages. Le cétacé passe son temps à créer et jouer avec les « jouets » qu’il crée sous l’eau avec de l’air plus d’air.

(Note : Qualifier de jeux d’enfants une technique aussi difficile est un peu léger. Il existe chez les dauphins de véritables virtuoses de cet art aquatique, qui suppose un contrôle savant des mouvements de l’eau et de l’air par le biais de coups de sonar. Certains dauphins n’y parviennent jamais et ce sont les matriarches qui l’enseignent et produisent des enchaînements de tores en guirlande d’une rare complexité et d’une grande beauté formelle. Voir à ce propos les recherches de Chris Herzfeld sur l’art du tissage chez un orang-outan captifs et le « Funktionlust » qu’il procure)


D’après le dossier Dolphin Training


Dauphins captifs : le dressage par la faim