Thierry Giet et les dauphins de Bruges

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Bruges : la delphine Roxanne et le petit Bruce, mort au bout d’une semaine (2014). Malgré deux commissions et un avis du Conseil du Bien-Etre Animal, RIEN n’a changé à Bruges depuis 1988

La Commission Bruges  2012-2014

 La fin des delphinariums

Visite parlementaire au Delphinarium de Bruges

Résolution anti-delphinarium (version officielle)

Chauds débats à la chambre

L’analyse de la résolution

La visite de Toni Frohoff

Première et dernière réunion de la Commission spéciale Dauphins

Dauphins et politique belge

Question parlementaire de Zoé Génot

Pour rappel, sur 28 états européens – Croatie bientôt incluse
13 seulement persistent encore à enfermer des dauphins dans des piscines chlorées.


COMMUNIQUE DE PRESSE 

VENDREDI 24 JUIN 05 


2005

COMMUNIQUE DE PRESSE
Interdire tout delphinarium en Belgique !

«Les delphinariums, au 21ème siècle, c’est dépassé» !

C’est ce qu’’a affirmé Thierry Giet, député fédéral et Chef de groupe PS à la Chambre, à l’’issue du vote intervenu en séance plénière (jeudi 23 juin vers 23h00) de la proposition de résolution dont il est l’’initiateur.

Cette proposition de résolution de loi (cosignée par Mr. Yvan Mayeur (PS) et Mme Magda De Meyer (SPa)) vise à interdire toute nouvelle implantation de delphinariums sur le territoire belge et instaure un suivi médical et scientifique optimalisé du delphinarium de Bruges.

Un vote difficile[1] puisque, ajoute le Chef de groupe, « certains n’’ont pas encore compris que ces pratiques sont complètement dépassées. Leurs mentalités restent ancrées dans le passé, dans un monde où l’’homme ne voit l’’animal que comme un moyen de se distraire. Ce vote constitue une avancée éthique et éthologique. On se positionne désormais dans une attitude respectueuse envers le monde qui nous entoure. Aujourd’hui, beaucoup de moyens tels les médias, les voyages, les livres ,etc. nous en apprennent bien plus sur ces mammifères que de les voir faire des allers et retours dans un bassin… ».

Dans le courant de l’’été 2004, et suite à la manifestation du dimanche 11 juillet au delphinarium de Bruges, Thierry Giet, sensibilisé par la problématique de la captivité des dauphins, avait annoncé le dépôt de cette proposition de résolution. Il avait alors expliqué que « vu l’avis unanime des scientifiques concernant l’’éthologie des dauphins, (vie sociale, espace vital nécessaire, etc.), des raisons de simple amusement sont largement insuffisantes pour cautionner ces activités, même si les dauphins sont bien soignés. Montrer des animaux à des enfants doit se faire dans un cadre d’’éducation au respect. Cette notion de respect doit occuper une place centrale dans le débat que je lance par le biais de cette proposition de résolution ».

[1] Le VLD, le CD§V et le VB ont voté contre.



Résolution du député Thierry Giet  votée le 23 juin 05

La Dernière Heure – 29/09/05

« Le delphinarium de Bruges est complètement inadapté à l’environnement dans lequel les dauphins évoluent ». C’est ce qu’a affirmé de Dr. Toni Frohoff, scientifique américaine de renommée internationale pour ses études sur le comportement des mammifères marins (…). Bien que, le 10 juin 2005, la Chambre ait voté une résolution demandant au gouvernement de faire ce qui était en son pouvoir pour interdire de nouveaux delphinariums en Belgique, à l’heure actuelle, rien n’a encore bougé. Une commission d’experts chargée d’examiner les normes belges en vigueur, en vue d’améliorer le sort des dauphins au Boudewijn Seapark, devrait voir le jour en octobre ».

Animalibre – automne 2005
– Delphinariums… Aucun nouveau delphinarium n’est autorisé à ouvrir ses portes en Belgique. (…)
En approuvant cette résolution – une initiative du Chef de groupe PS Thierry Giet et de la députée SP.A Magda De Meyer, le parlement a donné un signal fort. (…)
Le parlement demande au Gouvernement de réunir une Commission Dauphins, (…).
Cette Commission devra rédiger les normes relatives à la détention de dauphins tout en garantissant le bien-être de ces animaux.

 

31 mai 2005
Communiqué de presse de Gaia
Les actions en faveur du bien-être des dauphins à Bruges produisent des résultats au Parlement 

La Commission de la Chambre approuve la résolution: pas de nouveaux delphinariums et création d’une commission spéciale pour la révision des normes.
La Commission Santé Publique de la Chambre a approuvé aujourd’hui une résolution sur les delphinariums. Aucun nouveau delphinarium ne peut plus s’ouvrir et le Ministre de la Santé Publique compétent pour le bien-être doit créer une commission spéciale composée de représentants de la Commission Parcs animaliers, d’experts scientifiques et de représentants d’organisations de défense des droits des animaux.
Cette Commission Dauphins a pour tâche d’évaluer les normes actuelles sur la détention de dauphins dans les delphinariums et si nécessaire, de les revoir en visant la garantie du bien-être animal.
La résolution approuvée est une initiative du dirigeant de la fraction PS Thierry Giet et de la députée SP.A Magda De Meyer. GAIA accueille cette résolution comme un résultat important de ses (?) actions entreprises contre les conditions de vie médiocres des dauphins du delphinarium de Bruges.

12 juillet 2004

M. Thierry GIET, Chef de groupe PS à la Chambre des Représentants, a déposé une proposition de résolution visant à interdire tout nouveau projet de delphinarium sur le territoire belge.  Vu l’avis unanime des scientifiques concernant l’éthologie des dauphins, (vie sociale, espace vital nécessaire, etc.), des raisons de simple amusement sont largement insuffisantes pour cautionner ces activités, même si les dauphins sont bien soignés.
Montrer des animaux à des enfants doit se faire dans un cadre d’éducation au respect. « Cette
notion de respect doit occuper une place centrale dans le débat que je lance par le biais de cette proposition de résolution », a ajouté Thierry GIET.

résolution du député Thierry Giet (première version)


 

A PROPOS DE LA RESOLUTION DE M.GIET

Les députés face aux dauphins

Le 29/09/2004, soit à peine plus d’un mois après la grande manifestation du 11 juillet devant le Boudewjin Park de Bruges, les députés membres de la Commission de la Santé publique et de l’Environnement, qui a le Bien-être animal dans ses compétences, se sont rendus en grande pompe au Delphinarium de Bruges. « Nous voulons voir concrètement comment sont traités les dauphins ici à Bruges, faire un état des lieux. Il faut savoir de quoi on parle. Les débats sont passionnels, parce que les questions
de bien-être des animaux se heurtent ici aux intérêts économiques et touristiques »,  a déclaré Yvan Mayeur (PS), Président de la commission.

Laquelle, force est de le reconnaître, est déjà fortement divisée sur ces questions : Bruges se trouve au coeur de la Flandres, dans une région durement touchée par le chômage et craignant de perdre le moindre emploi, alors que du côté francophone, on sait que la Wallonie n’abrite plus de delphinarium depuis quelque temps, même si cette option reste encore et toujours possible à l’heure actuelle.
Au niveau local, la ville de Bruges est pourtant d’ores et déjà un attracteur touristique majeur et l’on se demande si véritablement, le Delphinarium peut apporter beaucoup plus à la réputation internationale de
cette « Venise du Nord », l’une des plus magnifiques cités d’Europe et l’une des mieux préservées au niveau de son patrimoine.

Notons ici que cette visite fut assez folklorique : les calèches avaient été sorties pour l’occasion et les dauphins furent priés de faire leur show avec le plus grand naturel pour fêter l’arrivée de nos parlementaires.

Aucun représentant d’aucun groupe de défense animale n’avait cependant été convié à cette petite fête et le seul expert présent, M. Thierry Jauniaux  du Laboratoire d’Océanologie de Liège, spécialiste des pathologies cétacéennes, collabore étroitement avec l’Industrie de la Captivité depuis bien des années.

Etait-ce vraiment la bonne personne pour investiguer sur les souffrances des dauphins captifs ? Ce M. Jauniaux n’est-il pas plutôt le meilleur ami d’une Multinationale qui, tout au faîte de sa gloire, en oublie parfois même de faire semblant d’être « scientifiquement utile » ?

Quoiqu’il en soit, une semaine à peine après cette visite, M. Yvan Mayeur (PS), Président de la commission et son collègue Thierry Giet, chef de groupe PS à la Chambre, ont déposé une proposition de résolution.

Le texte demande au gouvernement d’interdire toute nouvelle implantation de delphinariums sur le territoire belge. Le même texte prévoit la survie du delphinarium de Bruges, mais dans des conditions strictes.

Nous nous réjouissons évidemment de cette initiative parfaitement en phase avec les préoccupations environnementales légitimes de nos concitoyens.

Néanmoins, nous avons voulu y apporter quelques remarques personnelles, ainsi qu’on le lira dans les pages qui suivent, ceci afin d’éclairer davantage les parlementaires belges sur cette question difficile et faire en sorte que la résolution de M. Giet puisse vraiment résoudre le problème éthique que pose la présence d’une prison pour cétacés en Belgique.

Ce delphinarium est sensé répondre aux meilleurs critères européens en termes de Bien-être animal.

 

Le 10 novembre 2004 dernier, un nouveau texte amendé par l’association Gaia et Yvon Godefroid vient donc d’être soumis à la réflexion de nos députés, lors d’une réunion en présence de la très sympathique députée Magda Demeyer et d’un représentant de M. Thierry Giet mais aussi de trois « invités-surprise » de poids, à savoir :

M. Thierry Jauniaux, M. Manuel Garcia Hartmann (chef-vétérinaire au Zoo de Duisburg et co-responsable de la mort d’Iris) et un représentant du Delphinarium de Harderwijck.

Il est très regrettable que les Parlementaires ne nous aient pas laissé le temps d’inviter nos propres spécialistes, parmi lesquels, notamment, Niki Entrup (WDCS), Toni Frohoff (Terra Mare) ou Naomi Rose (HSUS) auraient pourtant fait bonne figure.

Mais ce n’est là que partie remise. Il serait utile en effet qu’à terme, l’association  Born Free ou toute autre également qualifiée dans ce domaine délègue ses propres biologistes et vétérinaires pour inspecter l’état de santé physique ET psychique des dauphins de Bruges et notamment, des plus jeunes d’entre eux.
Nous sommes en effet préoccupés par l’avenir de ces delphineaux et juvéniles qui grandiront dans l’ombre d’un espace aussi confiné et aussi pauvre en stimulations sensorielles et socio-affectives.

Pour conclure, nous aimerions renvoyer nos lecteurs à un débat parlementaire qui s’est tenu récemment au Canada et qui évoque en tous points celui qui nous occupe ici.
Pas plus au Canada qu’en Belgique, les delphinariums n’ont, hélas, encore été interdits mais les débats sont les mêmes, les questions sont les mêmes et l’avis d’un expert tel que Mme Toni Frohoff prend dans ce contexte toute sa dimension.

* Canada : débat parlementaire relatif à un moratoire sur la capture de cétacés  et leur commerce

* Comments On The First Draft Of « Canadian Council on Animal Care (CCAC) Guidelines On: The Care and Maintenance of Marine Mammals ».

« It is clearly debatable whether « scientific evidence » indicates that marine mammals can be « successfully » held in captivity. In fact, Rose (2004; p.2) has stated, « In short, the preponderance of hard evidence
should lead to the conclusion that captivity and its related practices are ethically and scientifically unjustified ». And a recent paper in « Nature » assessed the well-being of 35 species of wide-ranging terrestrial carnivores and determined that « the keeping of naturally wide-ranging large carnivores should be either fundamentally improved or phased out » (Clubb and Mason 2003, p. 473). Since most marine mammals share the traits that the authors used to determine inclusion of species in this study, these recommendations could reasonably be applied to marine mammals as well.
Regarding longevity, the published data have shown that survivorship of captive
dolphins has remained below that of free-ranging dolphins. Two of the most recent studies (Small and DeMaster 1995a and Woodley et al. 1997) determined that survivorship rates in bottlenose dolphins remained persistently lower than in free-ranging animals (although the differences were no longer statistically significant). Further, these studies observed that captive beluga whales and orcas exhibited statistically higher mortality rates than their wild counterparts (three times higher mortality rate than for orcas in the eastern Pacific). Although this indicates that dolphin husbandry has improved over the years, it has not done so to the extent that dolphins
live longer in captivity. This is reason for caution, considering that one would expect that captive dolphins would live longer because of access to veterinary care, consistent food availability, and protection from natural predators and other threats faced in the wild (Rose 2004). Consequently, the data indicate that the stress of captivity is a significant reason why cetaceans don’t live as long or longer than their wild counterparts. As discussed in detail in various publications (e.g., Mayer 1998; Frohoff 1993, 2000, in Press; St. Aubin and Dierauf 2001; Sweeney 1990), capture and captivity has often been related to physiological and mental stress in
cetaceans that has often been associated with behavioral abnormalities, illness, diminished immunological response, and mortality ».

Toni Frohoff.

Quelques commentaires sur le texte initial de la résolution

1. « Dans le milieu naturel (biotope), leurs instincts (chasse, reproduction, déplacements, etc.), ainsi que leur structure sociale complexe peuvent se développer. En d’autres termes, les dauphins sont parfaitement adaptés à leur milieu ».

Le terme «instinct» est inadéquat dans le présent contexte. Les structures sociales des dauphins tout autant que leurs techniques de chasse, leurs rituels amoureux et toutes leurs autres coutumes n’ont rien d’instinctifs mais sont au contraire le fruit de cultures locales élaborées, transmises de génération en génération, de groupe en groupe, d’ethnie en ethnie, principalement par la voie matrilinéaire. La nuance est importante pour 2 raisons :

– Ces cultures ont une influence directe sur la survie des dauphins sauvages. Contrairement à l’instinct, qui se fonde sur une base génétique, les cultures peuvent évoluer en moins d’une génération et permettent une adaptation rapide de l’animal à de nouvelles conditions de vie. C’est ainsi qu’on voit des dauphins qui se font systématiquement nourrir par les touristes et enseignent cette « technique » à leurs enfants, comme à Monkey Mia, ou bien d’autres cétacés qui se regroupent aux Açores ou en Nouvelle Zélande pour échapper aux baleiniers et se placer sous la protection des « whale-watchers ».

Comme le soulignent Hal Whitehead et Luc Rendell dans leur étude «Culture in whales and dolphins» ainsi que les auteurs de l’ouvrage « Cetacean Societies: Field Studies of Dolphins and Whales » (Chicago University Press 2000), cette dimension culturelle est importante à prendre en compte quand il s’agit de protéger les espèces concernées : en capturant les femelles, on brise la chaîne de transmission du savoir et on disloque les unités familiales.

– En bassin, cette transmission culturelle est également détruite et remplacée par des comportements de soumission à l’égard du dresseur. Associée au manque d’espace et à l’ennui, cette acculturation augmente l’agressivité inter-individuelle (il n’y a plus de gestion culturelle des conflits, c’est le plus fort qui l’emporte) et rend les jeunes dauphins incapables de se reproduire et d’élever leurs enfants dès la seconde génération.

2. « On ne peut certainement pas affirmer que les dauphins de Bruges souffrent…»

A. Lorsque Terry et Skippy sont morts, il y a quatre ans, leur long calvaire a du être atroce. Ces deux dauphins sont morts pourris vivants, du fait d’infections fongiques (Candida albicans) très fréquentes chez le dauphin captif dont la peau et les yeux sont par ailleurs attaqués par le chlore. De même, la mort sous les poutres enflammées des trois (ou quatre ?) dauphins en 1988 a du représenter un moment de terreur absolue pour des créatures marines qui, à l’époque, avaient toutes été capturées en mer.
M. Giet ne tient pas compte de ces éléments, pas plus qu’il n’évoque les violences subies lors de la capture de Puck, Tex, Roxanne et Linda, arrachés à leur famille et à leurs amis. De telles maltraitances ont bien eu lieu dans le passé, sous la responsabilité directe du Boudewijn Park et rien ne nous permet d’affirmer qu’elles n’auront pas encore lieu dans le futur, toujours au nom de la recherche scientifique et de la pédagogie.

B. Tout au début de son texte, M. Giet rappelle aussi à quel point les liens sociaux sont forts dans la société dauphin. Il aurait pu ajouter qu’ils le sont tout particulièrement entre mère et enfant. En bassin, les animaux survivants soufrent de ces deuils répétés, comme le prouvent les dépressions brutales, voire mortelles, dont sont affectés les dauphins qui perdent leurs enfants ou leur compagnon de bassin (Mavis au West Edmonton Mall, Hiappo au Kewalo Basin de Hawaï, Iris après la mort de son dernier enfant, Kasatka, une orque captive devenue agressive après le retrait de son bébé, etc. )

Les hautes capacités cognitives du dauphin reconnues par M. Giet impliquent donc non seulement la capacité à l’ennui mais aussi au chagrin et au deuil.
Une récente étude menée en mer libre au Japon sur le dauphin Tursiops Aduncus prouve  que celui-ci est conscient du décès de ses proches et garde leur corps pendant un certain  temps. («Behavioural observations of bottlenose dolphins towards two dead conspecifics»  publié in «Aquatic mammals » P.2003, 29.1, 108-116 et signé par une équipe de chercheurs issus du «Dolphin Communication Project » (USA).

Qui sait dès lors comment Puck, la mère de Skippy, a vécu la mort de ses propres enfants ou leur départ pour d’autres bassins à un âge relativement précoce ?  En mer, il n’est pas rare que certains juvéniles restent auprès de leur mère jusqu’à 10
ou même 15 ans (cas rapporté par Ken Norris).

De manière générale, les femelles ont  tendance à rester entre elles pendant toute leur existence et à former des groupes  d’entraide distincts des mâles.  Qu’en est-il des sentiments éprouvés par Puck lorsqu’on l’a séparée de sa fille Luna, aujourd’hui au Portugal ? Peut-on croire que Gorky passé de Bruges à Albuferia, et d’Albuferia à la Suède, ne regrette pas sa famille ? Comme le rappelle M.Giet, le temps  de «l’animal–machine» est loin et nous savons tous, si nous possédons ne serait-ce qu’un chat, que tout animal est doué de mémoire.

C. La vie des captifs, sur du long terme, n’est en fait qu’une succession de deuils et de séparations insupportables pour tout être vivant doté de conscience et de sensibilité.
Si la plupart de ne meurent pas de chagrin ou de désespoir comme Iris, tous certainement souffrent de cette instabilité constante d’un milieu de vie, de ce «permanent low-level stress», comme l’indique le HSUS (voir ci-après), pas toujours létale, mais qui épuise progressivement les défenses immunitaires des captifs et réduit leur temps de vie normal.

L’homme est le maître absolu de ce monde en réduction. C’est lui qui décidera d’arracher tel delphineau à sa mère à tel âge, c’est lui qui appariera tel mâle avec telle femelle. Le mal-être des
dauphins n’est pas visible comme celle du chimpanzé ou d’autres mammifères terrestres plus proches de nous. Le sourire éternel du dauphin fait croire qu’il est toujours content. Mais que ressentent ces dauphins pré-adolescents qui aimeraient se donner du mouvement quand il commence à faire chaud et qu’ils aimeraient faire une belle balade, nager vite et profond et qu’ils restent confinés dans un espace grand comme deux terrains de tennis…

Comme le souligne le rapport de «CITES Legislation and the arguments against the captivity of cetaceans» (Care for the Wild pour l’EUROGROUP. 1992), la temporalité même du dauphin est gravement perturbée : là où des
activités de chasse, de foraging dans le sable, de socialisation joyeuse (sait-on que les dauphins Tursiops jouent « à l’algue » comme nous jouons au foot-ball, en équipe ?) et de soins aux enfants s’alternaient en milieu naturel, en bassin le temps ne passe pas. Il est rythmé par les deux ou trois shows quotidiens, les soins, le dressage et c’est tout. Les nuits sont particulièrement longues pour les dauphins captifs qui ne dorment pas comme nous, d’un seul tenant, quand le soir tombe, mais par petites siestes de vingt minutes tout au long des 24 heures. En mer, les chasses nocturnes sont choses courantes puisque l’obscurité la plus totale n’empêche nullement les dauphins de
voir à l’aide de leur sonar.

Le stress est donc permanent en bassin et la nervosité des animaux est extrême. C’est l’une des causes principales de leur mortalité excessive. Bruges affirme aujourd’hui que le taux en 12 dauphins morts en 14 ans reproduit la mortalité normalement observée en mer, c’est à dire à Sarasota, Floride, seul lieu où une étude à long terme a été menée par le Mote Laboratory du Dr Randy Wells, un chercheur proche de la US Navy.
On ignore cependant toujours le nombre exact de dauphins morts depuis l’ouverture du delphinarium en 1971 mais ce qui est clair, c’est que le delphinarium n’a pas à s’en vanter.
Généralement, les animaux en zoo
vivent plus longtemps que leurs congénères libres, grâce aux soins médicaux et à la nourriture régulière dont ils bénéficient.

C’est ce qu’explique notamment Naomi Rose (HSUS) :

«However, the survivorship of bottlenose dolphins in captivity compared to the survivorship from a well-studied wild population in Florida suggests that in fact their adaptation has limits. Small and DeMaster (1995a) and Woodley et al. (1997) both concluded that the overall survivorship of captive dolphins had with time come to match that of free-ranging dolphins (but see e.g., Reeves et al. 1994 for data from a facility exhibiting poor survivorship). However, both studies noted that survivorship of captive dolphins continued below that of free-ranging dolphins (although the difference was not statistically significant) and neither study found that captive dolphins survived better than their free-ranging counterparts. In other words, causes of mortality for captive dolphins, while clearly different, are nevertheless equivalent in impact to causes of mortality in the wild. Captive dolphins do not need to contend with predators, food shortages, by-catch, pollution, or other hazards encountered in nature, as the public display community and some scientists (Reynolds et al. 2000) emphasize.

Therefore, the question arises (but is almost never asked aloud in this debate): what kills them in captivity with equivalent efficiency ? A possible explanation is that captive cetaceans may suffer persistent low-level stress due to, inter alia, confinement and artificial social groupings. It is well established that stress can lead to immunosuppression and increase susceptibility to infection and disease (St. Aubin and Dierauf 2001) ».

3. « …ni que l’entreprise ne fait pas d’efforts pédagogiques louables envers ses visiteurs… »

Au-delà des shows d’une rare débilité – la même saynette est jouée depuis des années, avec des otaries qui dansent le twist et des soigneurs qui nagent avec les dauphins, activité largement condamnée par les éthologistes – l’information fournie par le Dolfinarium de Bruges est soigneusement expurgée de tout ce qui pourrait gêner l’industrie de la captivité : on se garde bien d’évoquer les multiples facettes de la vraie vie des dauphins en milieu naturel (communications sonores sophistiquées, techniques de chasse en groupe, «self-awareness», capacités socio-cognitives exceptionnelles, temps de vie réel des dauphins libres, qui n’est ni de 13, ni de 25 mais au moins de 50 ans, etc. ..).

Le delphinarium développe surtout un accueil de type festif à l’usage des enfants des écoles (anniversaires, visites en groupe) et des entreprises (dîner d’affaires, congrès…).
Le fait est que, sous la pression des associations de défense animale et depuis le rachat de l’entreprise par Aspro Ocio, le site web du Delphinarium s’est enrichi de quelques informations et de fiches pédagogiques scientifiquement tronquées et largement insuffisantes.
La chose est d’autant plus curieuse et peu rentable que de nombreux visiteurs français, anglais ou allemands visitent chaque week-end cette structure commerciale. La même remarque vaut pour le site du Zoo d’Anvers et pour celui de Planckendael.

4. « Et la logique économique plaide en faveur du maintien du «bien-être» de ces animaux, qui par ailleurs, se reproduisent bien en captivité »

Il est clair que les dauphins captifs – qui coûtent très cher à l’achat – ne meurent plus au même rythme effrayant que dans les années 50 à 70. On frémit en regardant de vieilles photos du bassin réniforme du Zoo d’Anvers, où les bébés étaient broyés contre les parois d’époxy et où trente dauphins au moins sont officiellement morts en trente ans. Mais on sait aussi que cette même logique commerciale conduit aujourd’hui nombre de structures à élargir
encore leurs habitats de contention.
A Harderwijk, à Valence, en Suisse, ce sont désormais les lagons à ciel ouvert qui prévalent car eux seuls sont en effet susceptibles en garder en vie plus longtemps leurs dauphins en leur fournissant eau de mer naturelle, air libre et soleil. Les delphineaux nés dans ces «fermes d’élevage » sont également plus solides et en meilleure santé, même si, fondamentalement, les défauts fondamentaux de toute privation de liberté – présence continue de l’homme, stress, promiscuité, déstructuration sociale, ennui, etc. – persistent également en lagon.

En d’autres termes, s’il fallait suivre l’argumentaire de M. Giet, le delphinarium de Bruges devrait à tout le moins troquer son petit bassin sous dôme contre un lac en plein air.

5. «Les dauphins captifs sont majoritairement incapables de se débrouiller seuls une fois relâchés…».

Faux : De nombreux exemples nous assurent au contraire que si un dauphin a pu s’adapter et survivre à la captivité, il dispose d’assez de moyens intellectuels que pour se réadapter au milieu d’où il a été retiré.

Deux nuances à cela :

– Il convient que ce processus de retour en mer soit mené de manière progressive et respectueuse des besoins du cétacé. Plus le temps passe, plus le  » syndrome de Stockolm  » s’introduit dans l’esprit du dauphin et le rend dépendant des humains dont il subit la présence de manière constante. C’est pourquoi devrait être préconisé le recours à des lagons de réhabilitation, où le dauphin garde un contact avec l’humain mais en même temps, réapprend les gestes de la vie normale. Dans certains cas, ce retour s’avère en effet impossible du fait de l’épuisement psychique et physique de l’animal considéré. Notons cependant que Rocky, Missie et Silver, libérés de l’un des derniers delphinariums anglais, totalisaient plusieurs décennies de captivité continue, ce qui ne les a pas empêché de retrouver la vie libre aux Caraïbes avec un plaisir évident.
Pour ce qui est des dauphins nés captifs, la plasticité exceptionnelle du système nerveux des cétacés permet de comprendre pourquoi et comment les delphinariums militaires russes parvenaient à se débarrasser de leurs surplus en les associant avec des femelles adultes capturées quelques jours auparavant puis en les relâchant tous ensemble.

L’expérience vient d’être répétée avec succès en Mer Noire, avec deux dauphins nés captifs au Dolphin Reef d’Eilat. On lira aussi la liste des nombreuses réhabilitations réussies sur le site de Kenneth C. Balcomb III. 
Rappelons également les réhabilitations récentes menées avec succès par Ric O’Barry en Amérique centrale.
Voir également annexes pour la Mer Noire.

Duke, un petit mâle né captif. Mort deux ans plus tard, sans tambour ni trompette. .

6. «Les dauphins captifs proviennent automatiquement, depuis quelques années en Europe, de reproductions faites en captivité. »

Faux : on attend toujours que des dauphins de la deuxième génération fassent des enfants entre eux. Cela n’a jamais eu lieu à Bruges
A l’heure actuelle et depuis ce delphinarium existe, aucun dauphin né captif n’a été à même d’engendrer un enfant viable avec un autre dauphin né lui-même captif.

Selon le Dr Manuel Hartman, vétérinaire au Zoo de Duisburg, que nous avons rencontré en novembre 2004, il y aurait en Europe « plusieurs » dauphins nés captifs de la troisième génération, notamment à Barcelone.

Selon Réseau Cétacés, en revanche, à  l’éventuelle exception de Kaly au Marineland d’Antibes, ces fameux dauphins domestiques dont rêvent tant les industriels de l’exploitation pétrolière et les militaires de la US Navy n’existent pas encore.

Dans la plupart des zoos du monde, les lions, les ours et nombre d’autres animaux captifs ne sont plus capturés en milieu naturel depuis des décennies et s’y reproduisent plus ou moins bien.
Il n’en est pas de même pour les cétacés, dont les conditions de vie naturelles, tant physiologiques que psychiques ou culturelles, sont extrêmement difficiles à reproduire au sein d’une piscine nue remplie d’eau chlorée.

Il arrive certes que des femelles nées en bassin engendrent des bébés mais le père a toujours été, jusqu’à présent, toujours un mâle fondateur capturé en mer.
L’auto-suffisance rêvée par les delphinariums est donc encore un leurre.
Il faut toujours et encore importer des dauphins capturés en mer pour assurer le renouvellement génétique et cette prétendue «reproduction en bassin ».

Le problème se pose d’ailleurs de manière identique pour d’autres espèces dotées de cultures sociales complexes, tels les éléphants ou les grands singes, dont le taux de reproduction en captivité est loin d’être satisfaisant.

La plupart du temps, la maman ne peut pas s’occuper correctement de son petit, faute d’avoir appris les gestes de la maternité auprès de son entourage. Le mâle né-captif, quant à lui, est souvent incapable de développer une sexualité normale dans un monde confiné où l’humain est partout.
Ainis que le rappelle cruellement l’association Born Free à propos des éléphants :

– Durant ces 10 dernières années, plus de 1.000 éléphants ont été sauvagement capturés en milieu naturel pour satisfaire les besoins des Cirques et des Zoos.

– Durant ces 40 dernières années, seuls 170 éléphants sont nés en captivité au sein des Zoos d’Europe. Aucun d’entre eux n’a jamais été remis en liberté, malgré le fait que l’espèce est ici gravement menacée.

– Depuis les 170 ans que le Zoo de Londres exposent des éléphants dans ses cages, 85% d’entre eux sont morts avant l’âge de 21 ans, alors que la durée de vie moyenne d’un éléphant sauvage est de 70 ans.

– Un seul éléphant est né captif au Zoo de Londres. C’était en 1902… et le bébé était mort-né !

Bébé éléphant attaché au cadavre de sa mère. Chaque année, les zoos etles cirques renouvellent ainis leurs stocks dans les réserves d'Afrique du Sud ou d'ailleurs.

On le comprend, il en va de même pour les dauphins qui sont eux aussi des êtres de culutre et d’intelligence, et c’est pourquoi des captures en mer doivent encore être menées.
Ce fait est, comme on s’en doute,  véhémentement contesté par MM. Hartmann, Jauniaux et consorts, qui prennent prétexte des réglementations de la CITES pour affirmer que rien de tel n’a plus lieu aujourd’hui !
Et pourtant…

En juin 2002, peu de temps avant l’ouverture du gigantesque complexe cétacéo-carcéral qu’est l’Oceanografico de Valences, nous apprenions par la voix de Réseau Cétacés que des dauphins sauvages étaient sur le point d’être capturés pour l’Espagne et le Portugal.

Début 2002, le  Delphinarium Mundomar en Espagne avait déjà capturé 6 Tursiops au Mexique, dont 2 ou 3  moururent peu de temps après. Les autres furent transférés au ZooMarine (Portugal) où se trouvaient déjà deux de nos dauphins de Bruges.

Le Parc Océanographique de Valence devait s’ouvrir quant à lui au début 2003, avec sa « somptueuse » superficie de 80.000m2 et ses 42 millions de litres d’eau.

Pour satisfaire ses urgents besoins, cette structure commerciale envisageait, paraît-il, d’attraper 44 dauphins à Cuba, à raison de 10 ou 12 par an…

Zoomarine : dauphins capturés à Cuba. Ils arrivent d'abord au Portugal , puis vont en Espagne... et ensuite en Belgique ?

Sans l’injection régulière de dauphins capturés en mer, les delphinariums ne sauraient se suffire à eux-mêmes.
Ceci explique le trafic intense de dauphins fondateurs mâles tels que Tex ou d’autres – tous capturés en mer mais pas, comme nous le disait avec insistance le Dr Hartman, « à une date récente –  qui vont et viennent dans toute l’Europe pour engrosser les femelles captives.

Ces « voyages en avion et camion » reproduisent de manière cruelle les véritables déplacements non de dauphins solitaires mais d’alliances de deux, trois, quatre, voire cinq mâles qui voyagent de concert à la recherche de compagnes.

D’ici peu, les techniques d’insémination artificielle développées en Asie permettront peut-être même d’éviter ces déplacements mais avec quelles conséquences au niveau psychique chez les individus considérés ?
Donner naissance à un enfant sans qu’aucun mâle ne soit présent ni qu’aucune copulation n’ait eu lieu – et l’on sait toute l’importance de la sexualité chez les dauphins – risque fort de perturber les sentiments maternels de quelques femelles..

Pour rappel, selon l’International Zoo Yearbook, 134 dauphins de différentes espèces sont nés en captivité entre 1965 et 1986 dans l’ensemble du monde. 106 sont morts presque aussitôt…
En Europe, 35,4% des dauphins actuellement détenus en bassins sont nés captifs, les autres étant toujours régulièrement capturés en mer au prix de souffrances inouïes.
Chiffres extraits de « European Studbook of Botltlenose dolphins 1998 survey results »

7. Il faut, au contraire, tenter de trouver un juste milieu entre défenseurs de la cause animale, milieu économique et monde scientifique, en assurant un suivi médical rigoureux des dauphins par des vétérinaires spécialisés et indépendants. Mais aussi en développant des travaux scientifiques et pédagogiques qui ont déjà donné, de par le passé, des résultats saisissants (delphinothérapie) ; des travaux qui ne peuvent être réalisées dans les mêmes conditions de suivi dans la nature.

Quels résultats ?
Dans les années 50 et 60, toutes les découvertes nécessaires ont été obtenues sur le sonar du dauphin et sa physiologie, au prix d’expériences d’une cruauté rare (voir les dizaines de dauphins tués en série par le Dr John Lilly ou les travaux de Busnel sur l’acoustique). Depuis lors, et de l’aveu même des chercheurs, les découvertes intéressantes s’obtiennent sur le terrain, c’est à dire en mer.

Les delphinariums continuent pourtant à prétendre qu’ils jouent un rôle important dans la recherche sur les cétacés.
En fait, lorsqu’on y regarde de plus près et que l’on considère les études effectivement publiées par ces établissements (voir notamment les communications annoncées aux congrès de l’IMATA), on se rend compte qu’il s’agit principalement de recherches portant sur le taux de mortalité, les techniques de dressage, les maladies dues à la captivité ou les adjuvants médicamenteux indispensables à la survie des individus maintenus de longues années loin de l’eau de mer et du soleil. L’un des pôles actuels est la recherche sur la reproduction assistée par insémination artificielle.

En 2004, à l’Oceanografico de Valences, MM Manuel García Hartmann, Reinhard Frese et d’autres responsables du Zoo de Duisburg présentaient ainsi une passionante étude sur… la dé-nitrification des eaux de bassins en delphinarium !
(Denitrification of saltwater: a new approach tested in a dolphinarium setting)

Par ailleurs, du fait de cet environnement totalement aberrant, même les autopsies ne sont pas pertinentes, les cadavres de dauphins captifs étant littéralement imbibés de substances chimiques qu’on ne trouve pas dans la nature. Quant aux grandes maladies virales infectieuses qui ravagent certaines populations de dauphins libres (morbilivirus) , les delphinariums sont incapables de trouver les moyens de les prévenir.

Ainsi que le souligne avec insistance la WDCS, des informations de base peuvent sans doute être obtenues sur la reproduction ou la maturité sexuelle mais il est dangereux d’appliquer ces découvertes au cas des dauphins libres, dont les conditions de vie sont tout à fait différentes.
Le mode d’alimentation atypique des dauphins captifs affecte sans doute leur courbe de croissance et leur taille adulte. Les études comportementales sont elles-mêmes de peu de valeur, puisqu’elles concernent des comportements routiniers, névrotiques, sous haut contrôle de l’être humain et n’ont donc que fort peu de rapports avec le comportement réel des dauphins libres.

Quant à la delphinothérapie, il est assez choquant de la voir citée par M.Giet au titre de «résultats scientifiques». Aucune étude médicale sérieuse ne prouve aujourd’hui l’efficacité de ces techniques de thérapie inspirée du «New Age» et d’une idéalisation irrationnelle des dauphins. Diverses recherches ont été menées dès 1991 pour juger de la valeur scientifique réelle de la delphinothérapie par Véronique Servais, collaborateur scientifique au FNRS et maître de conférences à l’Université de Liège et par Jean-Luc Renck, biologiste (Projet
Auti-dauphin et Projet Jonathan à Cadaquès ). De leur aveu même, cette technique n’est ni meilleure ni moins bonne que l’hippothérapie, l’eau de mer et le soleil faisant peut-être la seule différence.

D’autre part, les excès commerciaux auxquels conduit la thérapie assistée par des dauphins dans les Caraïbes ou en Asie justifieraient à eux seul que l’on cesse immédiatement ce type de pratique en Europe, pour ne pas les encourager plus encore. Sans cesse de nouveaux centres s’ouvrent partout dans le monde et déterminent de nouvelles captures en milieu naturel.

La Dolphin Assisted Therapy n’est de toute évidence qu’en activité commerciale de plus, que les delphinariums ajoutent à la liste des attractions qu’ils proposent à leur visiteurs afin de rentabiliser au maximum les dauphins qu’ils possèdent.

«Petting pools» et «centres de recherches en delphinothérapie» ne sont que les deux facettes d’une même réalité extrêmement lucrative. A notre connaissance, d’ailleurs, et fort heureusement, le delphinarium de Bruges ne s’est pas encore abaissé à vendre de tels services, même si des expériences ont eu lieu en ce domaine.

 

Ce n’est pas ainsi que vivent vraiment les dauphins…

8. Conclusion :
LA CHAMBRE DEMANDE AU GOUVERNEMENT FEDERAL :

1) d’interdire toute nouvelle implantation d’un delphinarium sur le sol belge ;

2) d’exiger du delphinarium de Bruges de s’adjoindre les services d’un vétérinaire spécialiste attitré, reconnu par les instances internationales compétentes. En cas de mortalité, un pathologiste vétérinaire reconnu doit être en charge de l’expertise nécropsique ;

3) de mettre en place un comité scientifique et médical composé du vétérinaire susmentionné, de l’entraîneur et d’experts indépendants. Cette commission sera chargée d’élaborer une politique cohérente en matière de suivi médical et de recherche scientifique. Cette commission pourra être consultée en cas de problème majeur, et se réunir à la demande de ses membres ;

4) d’interdire l’importation en Belgique de dauphins capturés dans la nature.

La fin du texte de M. Giet marque une certaine hésitation entre deux points de vue contradictoires : il plaide à juste titre pour le bien-être des dauphins – on frémit à l’idée que ceux-ci ne sont même pas surveillés par un vétérinaire à ce jour ! – et pour l’interdiction de toute importation de dauphin sauvage en Belgique, mais néglige curieusement l’aspect international du problème : le delphinarium de Bruges n’est en effet que la succursale d’une entreprise commerciale autrement plus vaste qui s’attend sur l’Europe entière, la firme Aspro Ocio, propriétaire de nombreux delphinariums et autres parcs marins.

A tout instant, les dauphins de Bruges peuvent être déplacés vers l’Espagne ou un autre pays (Tex est à Antibes où il mourut en 2006, Luna au Portugal, Gorki en Suède),à tout instant ils peuvent être discrètement remplacés à partir des stocks importants dont dispose la firme espagnole dans son pays d’origine.

M.Giet ne pose pas non plus la question de l’avenir de ces dix dauphins (Tex étant toujours la propriété de Bruges), dont plusieurs sont sur le point de devenir adulte. Que fera-t-on d’eux quand ils auront envie de se reproduire ? Que se passera-t-il si les capacités du bassin ne suffisent plus à accueillir une population en surplus suite à d’autres naissances ?

On nous présente ici un delphinarium figé dans le temps et isolé dans l’espace, alors qu’il s’agit au contraire d’un système ouvert et dynamique, sans cesse susceptible d’être modifié au prix de grandes souffrances psychiques ou physiques pour les dauphins.

La question de l’accueil actuel des dauphins n’est pas posé non plus : on plaide pour une commission scientifique et une anlayse nécropsique sérieuse des décès – il était temps ! – mais le fait que les dauphins soient confinés dans un bassin obscur plein d’eau chloré n’est pas remis en cause.

La moins mauvaise des solutions concrètement réalisable à terme serait pourtant de stériliser les individus actuellement détenus à Bruges et de leur ménager un lagon en plein air rempli d’eau de mer naturelle et de poissons vivants. Par la suite, ce lagon pourrait être exploité pou recueillir de jeunes phoques ou des nombreux marsouins qui s’échouent sur nos plages de la Mer du Nord, avant leur réhabilitation. Cette activité aurait le mérite de montrer aux enfants la véritable faune aquatique de leur pays tout en aidant celle-ci et non des malheureux cétacés arrachés aux eaux chaudes du Golfe du Mexique.

Pour terminer, citons ces paroles fortes de Naomi Rose, prononcées en Suède le 24 mars dernier :

«Alors que certains prétendent que l’exhibition publique d’une quantité relativement retreinte de cétacés captifs ne soulève en fin de compte que des questions de bien-être animal ou d’’éthique, ces «shows de dauphins» ont pourtant des conséquences négatives très claires en terme de conservation.

En outre, et bien qu’un certain nombre de delphinariums situés en Europe du Nord et aux Etats-Unis n’’aient plus procédé eux-mêmes à des captures de dauphins en mer libre et font en sorte de garder en vie aussi longtemps que possible les animaux qu’’ils détiennent, leur succès économique constitue indiscutablement une forte incitation pour les entrepreneurs des pays en voie de développement à poursuivre des captures de manière répétée ou inhumaine ».

En maintenant des dauphins captifs à Bruges, on encourage donc de manière indirecte le massacre généralisé de l’espèce partout ailleurs dans le monde, sous prétexte que ce genre de pratique commerciale aiderait la science et la pédagogie, voire même la pédiatrie !

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