Dauphins captifs : le dressage par la faim

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Dauphins captifs : le dressage par la faim

D’après un article de Helene O’Barry

 

L’obéissance des dauphins captifs lors des shows est obtenue grâce à une méthode de formation strictement contrôlée qui tire parti de la faim et de la dépendance totale des cétacés vis-à-vis de leurs dresseurs en ce qui concerne la nourriture.

L’industrie de la captivité déclare pourtant de façon répétée que les dauphins adorent sauter au travers de cerceaux ou jouer au basket, et qu’ils le font parce qu’ils aiment ça.

Par exemple, le delphinarium de Kolmarden en Suède décrit son spectacle comme «une brillante performance qui ne laisse douter personne de la bonne forme et du plaisir des dauphins pendant les shows. Ils sautent avec bonheur au travers des cerceaux et jouent au ballon avec enthousiasme. Les dauphins vont même jusqu’à chanter et à danser! ».
La dresseuse Susanne Adolfsson en rajoute encore à cette image d’Épinal, en déclarant que les dauphins «aiment chaque minute de leur spectacle ».

L’illusion qui fait croire qu’un dauphin en plein show est un dauphin heureux est rendue possible en grande partie par les brillants décors de théâtre du spectacle. L’eau du bassin est d’un bleu magnifique, la musique joue gaiement , et les dauphins sourient toujours lorsqu’ils sautent, jouent au ballon et tirent derrière eux leurs dresseurs – toujours souriants, eux aussi – pour un tour de bassin à grande vitesse.  Quand le spectacle s’achève et que la musique s’arrête, les spectateurs rentrent chez eux le cœur léger. Ils se sont bien amusés, car ils ignorent fort heureusement la véritable nature de ce spectacle dont ils viennent d’être les témoins.

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Delphinarium de Kolmarden en Suède

 

Le fait est que les dauphins sont d’abord et avant tout des animaux sauvages.
Leur répertoire comportemental n’inclut pas le fait de jouer au basket, de marcher sur l’eau avec sa caudale, de faire des bruits comiques ou de danser du rock. Afin d’apprendre aux dauphins à effectuer des tours de cirque aussi insensés, l’entraîneur doit s’assurer d’un contrôle total sur ses animaux. L’obéissance s’obtient aisément en profitant de la situation d’impuissance des captifs : ceux-ci dépendent en effet totalement de leurs gardiens pour s’alimenter.

Une fois que les dauphins affamés ont accepté de manger du poisson mort, le dresseur leur fait comprendre qu’ils n’en recevront que s’ils effectuent exactement le comportement souhaité. Eclabousser la foule, se déplacer sur la queue en marche arrière, lancer des ballons aux enfants, tout cela mérite une récompense. C’est-à-dire, un poisson.
C’est ainsi que des comportements anormaux sont renforcés chez le dauphin.

Sea World décrit l’utilisation du contrôle alimentaire en ces termes :
« Nos entraîneurs font usage de la nourriture comme renforçateur primaire au cours du processus de dressage. Ce renforcement positif permet à l’animal de savoir s’il a bien exécuté le tour souhaité». Enoncé plus froidement, cela signifie que les dauphins sont formatés pour obéir grâce à la nourriture.
Sea World poursuit: «Il est important que l’animal sache immédiatement qu’il vient d’exécuter le comportement attendu. Un délai de quelques secondes, même accidentellement, peut renforcer un comportement indésirable ».

Lors d’un show, vous avez certainement remarqué que le dresseur souffle à intervalles dans son sifflet. C’est le signal immédiat adressé au dauphin pour lui faire savoir que le tour a été fait correctement. Quelques minutes plus tard, celui-ci recevra un poisson de la main de son maître, parfois accompagné d’une caresse sur le rostre. Lorsque le dauphin n’effectue pas – ou effectue mal – le tour réclamé, vous n’entendrez aucun coup de sifflet.
Et le dauphin restera sur sa faim…

L’industrie de la captivité qualifie cette méthode d’entraînement positif.
Du point de vue du dauphin, cependant, il s’agit simplement de privation de nourriture. Sans cesse, les dresseurs affirment au public que leur relation avec les dauphins est fondée sur la coopération et la compréhension mutuelle, comme s’ils formaient avec leurs captifs une grande famille heureuse. Le delphinarium suédois ne dit pas autre chose : « La communication fonctionne dans les deux sens ! Nous nous comprenons si bien les uns les autres !»
Faire passer le contrôle alimentaire pour de la « communication » constitue, on s’en doute, un élément essentiel du spectacle de dauphins en captivité. Les tours qu’on apprend aux dauphins sous la contrainte sont d’ailleurs conçus pour rendre encore plus convaincante cette illusion de camaraderie.

En voici quelques exemples. 
Quand les dauphins « marchent » sur leur caudale et « jouent » au basket-ball, les spectateurs interprètent forcément ces comportements comme l’expression d’une bonne humeur joyeuse et ludique.
Quand les dauphins « font un bisou » à leurs dresseurs, lorsqu’ils applaudissent à leurs propres performances en battant des nageoires, lorsqu’ils hochent la tête avec empressement quand le dresseur lance dans le micro « Alors, les amis, est-ce que tout le monde s’amuse ? », tout cela ajoute évidemment des caractéristiques très humaines aux dauphins. Cela fait croire au public de manière fallacieuse qu’il existe bel et bien un langage commun entre les dauphins et leurs soigneurs.
Pour les dauphins mis en scène, bien sûr, ces comportements appris n’ont pas d’autre finalité que celle de recevoir un poisson.
Dès lors, maintenir les captifs dans un état de faim lancinante ne peut que les amener à exécuter plus et mieux les tours exigés d’eux !

Souvent, les dresseurs déclarent avec fierté que « leurs dauphins apprennent très vite ».
Ce qu’ils veulent dire vraiment, c’est que celui qui tient le seau de poissons détient un pouvoir énorme sur ses captifs. Un dauphin affamé fera presque n’importe quoi pour se nourrir.
Et comme un dresseur cubain l’a carrément admis lors d’une entrevue secrète : « Si les dauphins n’ont pas faim, vous pouvez abandonner tout espoir qu’ils sautent jamais pour vous ! »

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Delphinarium de Bruges

 


Note :
L’obéissance par la faim est une méthode qui s’applique également aux humains. Il s’agit même du principal moyen de pression utilisé dans les camps de prisonniers, tout particulièrement dans les «laogai» chinois. Par ailleurs, Helene O’Barry ne s’intéresse ici qu’à une seule méthode, celle du « renforcement positif par la faim ». Pour remettre un dauphin dans le droit chemin et le forcer à obéir, il existe des approches plus coercitives. L’isolement figure au premier rang (Tilikum a été laissé au cachot pendant 13 mois après avoir commis son « crime ») et constitue une véritable torture pour un être aussi profondément social que le cétacé.
Les coups sont même parfois utilisés. En 2000, Simon Ede, dresseur du Gardaland en Italie, a fait l’objet d’une enquête judiciaire pour maltraitance. La delphine Violetta est morte l’échine brisée et le dauphin mâle Roméo n’a pas supporté l’isolement total auquel il avait été soumis plus d’un mois par Simon Ede.
José Luis Barbero, qui travaillait au Marineland de Majorque, usait de méthodes semblables. Ses forfaits ayant été révélés par une vidéo, il se serait suicidé en mars 2015.


Comment dresser un dauphin captif ?

Le Parc Astérix et le dressage des chiens