Dauphins de Taiji à Dubaï

Dauphins de Taiji à Dubaï

En mai 2005, la municipalité de Dubaï a annoncé son projet de créer le Dubaï Marine World, une attraction au coût estimé de 205 millions de dirhams. Ce centre de loisirs était censé contenir un delphinarium, une ferme piscicole, une ferme d’alligators, un institut de recherche océanographique, un centre de «delphinothérapie » et un aquarium contenant un récif de corail entier. L’établissement devait couvrir une superficie totale de 19 000 mètres carrés au parc Creek au cœur même de Dubaï.

La première phase du projet du Dubaï Marine World fut la construction du delphinarium de Dubaï, lancée dès la fin de l’année 2005. Dès le début, il avait été annoncé que le delphinarium abriterait trois dauphins Tursiops parfaitement dressés et deux otaries. D’autres mammifères marins les rejoindraient à l’avenir.

 

En octobre 2007, 28 dauphins – ou peut-être 30, on ignore si deux d’entre eux sont morts avant ou pendant le vol – fraîchement capturés hors des eaux des Îles Salomon ont été chargés sur deux cargos Emirates DC- 10s pour un voyage de 30 heures jusqu’à Dubaï.
L’expédition a outragé d’autant plus leurs défenseurs que le gouvernement des Îles Salomon venait précédemment d’interdire l’exportation de dauphins après un autre envoi également très controversé au Mexique. Le vendeur, la Solomon Islands Marine Mammal Education Centre and Exporters Limited, avait toutefois réussi à faire annuler l’interdiction devant les tribunaux.

 

Les captures aux Iles Salomon s’accompagnent également de massacres

À Honiara, le ministre des Pêches des Îles Salomon s’était vanté que chacun de ces dauphins avait été vendu à Dubaï 200.000 $ pièce, du fait d’une taxe d’exportation de 25%, ce qui a causé la confusion à Dubaï.
À ce moment-là, la construction du delphinarium de Creek Park avait été retardée de deux ans et il était encore en construction.

Ahmed Abdul Kareem, le responsable du Département des parcs publics de la municipalité de Dubaï, déclara à l‘époque:
« Les 30 dauphins qui arrivent à Dubaï et dont parlent les médias internationaux ne sont en rien liés au delphinarium e Dubaï. C’est un fait que nous refusons d’acheter des dauphins des Îles Salomon. Où pourrions-nous d’ailleurs garder ces 30 dauphins? « .
En fait, avait-il expliqué, trois dauphins avaient bien été achetés pour le delphinarium mais ils s’agiraient d’animaux élevés en captivité plutôt que capturés en milieu sauvage.
Timur Bekemullin, directeur général de Sergex Royal, partenaire de la municipalité de Dubaï à Dubai Marine World, appuya ses dires : « Nous allons acheter ces trois dauphins à un autre delphinarium, situé dans un pays de la CEI [Marché commun des anciens pays soviétiques. Des spécialistes prendront soin d’eux. Nos dauphins ne seront pas capturés de la mer, ce seront des animaux captifs de troisième génération. « 

Il fallait donc un autre projet de delphinarium dans la région.
La future « maison » des dauphins des Iles Salomon serait Atlantis The Palm.
Ce gigantesque complexe de 1,5 milliard de dollars avait été construit sur une île artificielle appelée Palm Jumeirah, bâtie sur 94 millions de mètres cubes de sable dragués depuis le fond du golfe Persique.
Le delphinarium de l’île, connu sous le nom de Dolphin Bay, a ouvert ses portes en septembre 2008 dans un parc aquatique à côté de l’hôtel Atlantis.

Atlantis Dolphin Bay

Fin 2016, il a été annoncé qu’une nouvelle île artificielle, l’île Yas d’Abu Dhabi, abriterait le premier parc SeaWorld en dehors des États-Unis. Bien qu’on ait aussitôt insisté sur le fait qu’aucun orque ne serait déplacée vers ce parc, on ne sait toujours pas si l’asservissement d’autres espèces de dauphins fera partie de l’accord.

L’une des inquiétudes que soulève cette initiative de SeaWorld est l’absence d’un quelconque mouvement en faveur des droits des animaux dans les Émirats Arabes Unis.
Les choses changent cependant petit à petit : tout récemment, les Emirats arabes unis ont interdit l’importation d’animaux sauvages en voie d’extinction dans le pays en tant qu’animaux de compagnie. La possession d’animaux exotiques dangereux tels que les grands chats vaut aujourd’hui de lourdes amendes au contrevenant. Sans doute, n’est-ce qu’une question de temps avant que la question de la captivité des dauphins ne soit soulevée là-bas aussi.


Après des années de retard, le Dubai Dolphinarium, parrainé et soutenu à raison de 33 millions de dirhams par le gouvernement de Dubaï, s’est enfin ouvert en date du 21 mai 2008.

Il couvre aujourd’hui 5.000 mètres carrés avec des gradins de 1.250 places. Le bassin de spectacle est un demi-cercle de 26 mètres de large et de 5,5 mètres de profondeur. Le bassin arrière de 600 mètres cubes est relié à la piscine principale par une barrière. Il y a une piscine médicale séparée et une piscine pour les otaries.
L’ensemble de l’établissement est climatisé, à l’abri des températures proprement infernales du désert d’Arabie. Les dauphins n’ont jamais respiré de l’air frais depuis leur arrivée. La seule vision qu’il ait de la lumière du jour leur parvient par les fenêtres de leur piscine.
L’eau est à environ 21 degrés Celsius. Elle est filtrée, après avoir été pompée dans la crique à l’extérieur.

Quant aux autres phases du projet «Dubai Marine World», ils ne se sont jamais matérialisés. Après 8 ans de service, le Dolphinarium de Dubaï commence doucement à se déglinguer…

Des allées vides, un public clairsemé…


Les plans de thérapie avec les dauphins étaient encore mentionnés lors de l’inauguration en 2008. On a même parlé d’engager des «experts» au Mexique.

En octobre 2007, Bekemullin a déclaré: « Nous espérons que le projet sera prêt dans deux mois. Nous mettons l’accent sur l’éducation et la thérapie des dauphins pour les enfants. Dans de nombreux delphinariums, il y a une longue liste d’attente pour cette thérapie et nous espérons que l’installation sera largement disponible aux résidents des Etats Arabes Unis ».
Le projet ne s’est pas concrétisé et l’éducation n’a jamais non plus été mise à l’honneur dans ces spectacles de cirque.

L’esclavage des dauphins n’existe que pour le divertissement. Ceci est absolument clair au Dolphinarium de Dubaï où les vendeurs se déplacent de haut en bas des escaliers de l’arène pour vendre du pop-corn, comme au cirque.

Les mêmes dauphins en peluche, les mêmes dauphins esclaves, partout dans le monde

Le Dubai Dolphinarium prétend attirer 30.000 visiteurs par mois.
Les spectacles «interactifs» avec les dauphins ont eu lieu deux fois par jour du lundi au jeudi et trois fois par jour le week-end.
Lorsque le projet a été annoncé pour la première fois en 2005, des militants du bien-être animal ont exprimé leurs inquiétudes quant à la cruauté de garder les dauphins en captivité.

Mohammad Al Fardan, responsable des loisirs à la municipalité de Dubaï, a rapidement précisé :
«Ces dauphins n’ont pas été capturés en mer. Ce sont des dauphins de la seconde génération. Il y a beaucoup de cruauté aussi dans la vie sauvage, comme la chasse à la baleine ou aux dauphins. Nous conservons ces animaux à l’abri et nous éduquons nos enfants ».
Pourtant, il apparaîtrait bientôt que le Dubaï Dolphinarium était complice de ces chasses et profitait d’elles.


Les trois dauphins d’origine ont été acquis à la biostation Karadag en Crimée.

Il s’agissait d’un mâle de 22 ans nommé Senya, d’une femelle de 20 ans nommée Ksuysha et d’une autre femelle âgée de 16 ans du nom de Marfa. C’étaient des dauphins de la Mer Noire inscrits par l’UICN comme une sous-espèce en voie de disparition: le Tursiops truncatus ponticus.
Alexander Zanin, qui avait acheté Ksyusha et Senya en 1997 et travaillé pendant 30 ans à Karadag, a déménagé avec les dauphins à Dubaï en 2007, où il est devenu le spécialiste en mammifères marins au Dubai Dolphinarium.

Mais d’où venait le troisième dauphin ? Malgré les assurances de «troisième génération», on raconte que Marfa avait été sauvée après avoir été capturée dans un filet maillant en Mer Noire. Elle n’est pas née en captivité (en fait, presque aucun dauphin n’est né captif en Ukraine) et elle aurait donc du être libérée après sa réhabilitation.
Christopher Richardson, le premier directeur général de Dubaï Dolphinarium, au moment de l’ouverture, a expliqué que Marfa avait été prise « par hasard » dans un filet de pêche en Ukraine et qu’on l’avait sauvée.
« Même les quatre phoques étaient destinés à l’abattage. Mais notre spécialiste marin a réussi à négocier avec les pêcheurs pour les sauver tous «  a-t-il dit, dans une tentative mensongère de faire passer les animaux du Dolphinarium de Dubaï pour des rescapés, alors qu’ils ne sont que les esclaves de l’industrie du divertissement.

Marfa est décédée en 2009, mais hélas, la question des dauphins capturés en milieu sauvage pour le delphinarium de Dubaï n’est pas morte avec elle…

Traces de morsures en râteau sur la peau de Kai

Quatre nouveaux dauphins – Tetka, une femelle de 15 ans; Fekla, une femelle de 15 ans; Bubbles, une femelle de 7 ans et Jerry, un mâle de 5 ans, ont atterri à l’aéroport de Dubaï début octobre 2008.
Cette fois, les nouveaux arrivants étaient vraiment destinés au delphinarium de Dubaï. Tous les quatre étaient des dauphins Tursiops du Pacifique capturés au Japon. Même s’ils avaient été gardés dans une installation japonaise l’année précédant le transfert, tous les quatre avaient été pris dans les filets de la baie sanglante, à Taiji.

Fekla et Kai

Le Delphinarium de Dubaï trahissait ainsi sa prétention à ne jamais prendre les dauphins en milieu naturel et depuis lors, l’origine de ces dauphins est tout simplement ignorée.
Alors que le public mal informé pouvait ignorer toute l’horreur qu’avait vécu ces dauphins, le personnel du Dolphinarium de Dubaï la connaissait parfaitement à l’époque: le directeur général Christopher Richardson, le directeur général Steve Preston, les animateurs Tommy Wilken et Traill Stocker, la dresseuse Michelle Moodley, la responsable du marketing Samantha Watson, et toutes ces autres personnes disposées à vendre leurs âmes pour l’argent des Emirats. Tous savaient.

Bubbles est mort en 2009 et le Dubai Dolphinarium ne possède plus maintenant que 6 dauphins. Il s’agit de Senya et Ksyusha, les deux dauphins de la Mer Noire d’origine ukrainienne, les survivants de Taiji Jerry, Tetka et Fekla, et Kai, le dernier né.

Un premier dauphin est né à Dubaï Dolphinarium le 10 novembre 2010, dont la mère était Ksyusha et le père Senya. Le bébé est mort d’une crise cardiaque deux mois plus tard, à cause d’un «développement prénatal inapproprié du cœur et des poumons ».
Cet enfant était déjà la cinquième de Ksyusha. Deux sont encore vivants et font des shows en Ukraine, mais les trois autres n’ont pas survécu plus de six mois. L’un est mort durant la semaine de sa naissance, l’autre a vécu une demi année, et celui-ci, mort à seulement deux mois.

Le 28 mai 2012, Senya et Ksyusha sont devenus parents une nouvelle fois.
Le bébé garçon est sorti par la queue, pesant 9,5 kilogrammes et mesurant 1 mètre de longueur. Le bébé a été présenté pour la première fois au public lorsqu’on a fêté le 5eme anniversaire du delphinarium en mai 2013. Agé de près d’un an alors, pesant 40 kg et mesurant 1,20 mètres de long, le delphineau a été nommé Kai. Il a maintenant 4 ans et semble toujours en vie, même si sa vie n’est pas celle d’un dauphin mais d’un esclave obligé de quémander pour avoir sa nourriture. Les dauphins sont les seuls «animaux de zoo» qui doivent travailler pour avoir sa pitance.

Tommy Wilken, dresseur au Durban’s Sea World en Afrique du Sud, a également travaillé brièvement à la station Atlantis avant de rejoindre le Dubai Dolphinarium. Il justifie cette pratique par ce mots :
«Il est important que vous laissiez les dauphins travailler pour leur nourriture – Cela les maintient stimulés. Ils préfèrent travailler pour leur nourriture».
Eh bien, si vous vous souciez de leurs préférences pourquoi ne pas essayer la liberté ?

Au Dubai Dolphinarium, vous pouvez approcher les dauphins de très près, en payant.
Le programme «Dolphin Meet & Greet» vous permet de vous placer au bord de la piscine où vous pouvez toucher, embrasser et même danser avec les dauphins sans vous mouiller.
Le programme «Up Close & Personal With Dolphins» offre des interactions en eaux peu profondes pour interagir avec les dauphins dans leur environnement. Les invités entrent dans l’eau jusqu’à la hauteur du genou et sont placés sous la supervision du dresseur tandis qu’ils touchent les dauphins, jouent au ballon avec ceux et les regardent obéir aux ordres.

Enfin, le plus cher, le meilleur, le «Majestic Dolphin Swim» vous permet de «profiter d’une nageoire dorsale pour vous faire traîner dans le bassin, ainsi que d’étreindre et d’embrasser ces incroyables mammifères marins ! ».
Des expériences privées sont disponibles sur demande, pour un prix qu’on imagine très spécial.
Pour le commun des mortels, les spectacles « Dolphin & Seal » ont lieu tous les jours à 12 h sauf le dimanche.
Les spectacles «Illusion, Dolphin & Seal» sont prévus à 18h du dimanche au jeudi et à 15h et 18h le vendredi et samedi, soit le week-end dans le monde islamique.

Le bassin de spectacle

Le spectacle du soir débute avec les tours de l’illusionniste français Max Stevenson, suivi de quelques acrobaties dans le genre « Cirque du Soleil » au-dessus de la piscine, face à un public clairsemé.
Le spectacle «humain» est suivi par l’arrivée sur scène d’un petit phoque à fourrure du nord, nommé Maria, qui peut jongler, danser, sauter, et recevoir des baisers de sa dresseuse brésilienne Luna.

De façon surréaliste, la prestation du petit phoque est illustrée par des images projetées sur le grand écran qui nous montrent des lions de mer et des dauphins sauvages, rayonnant de joie tout en surfant des vagues énormes. Je pense que j’étais le seul dans le public à saisir la folie totale et le contraste étonnant de ces images au-dessus du pauvre petit phoque à fourrure s’agitant fébrilement sur scène pour un peu de poisson décongelé.

Luna et son phoque à fourrure Maria

Lorsque je me suis rendu au spectacle, la salle de 1250 places devait être occupée par 200 personnes grand maximum : quelques familles arabes, deux ou trois couples occidentaux et un grand nombre de familles du sous-continent indien qui constituent la majorité de la main-d’œuvre dans le pays.
Avant le début du spectacle, on annonce que vous pouvez acheter une balle numérotée pour le «tirage au sort» au prix de 20 Dh seulement. Ensuite, vous pouvez descendre au bord de la piscine, lancer la balle dans l’eau et quand un des dauphins récupère la balle portant votre numéro, vous gagnez un dauphin en peluche rose ou une séance photo avec les dauphins.

Pendant le spectacle, les dauphins effectuent la panoplie habituelle de tours standard, la même partout dans le monde mais que les dresseurs aiment appeler des «comportements», comme dans «une extension de leurs comportements naturels».
Tirer et lancer des balles, servir de planche de surf pour un entraîneur, pousser et tirer les entraîneurs à travers l’eau et les sortir de la piscine sur la scène, faire du hula-hoop autour de la tribune, sauter vers les balles, par-dessus les barres, à travers les cerceaux … Vous aviez déjà vu tout cela avant … et il y a peu, sinon aucun comportement naturel dans tout cela !

Fekla, le dauphin capturé à Taiji, peut peindre une aquarelle avec un pinceau en bouche et celle-ci est rapidement vendue aux enchères au plus offrant.

Fekla, le dauphin capturé à Taiji, peut peindre une aquarelle avec un pinceau en bouche

 

Les oeuvres de Fekla

Tous les actes des dauphins, tous les mouvements, sont accompagnés par de la musique forte et des explications vociférées dans le micro. Après le spectacle, il y a encore une séance de photos, payante bien entendu.
Comportement naturel ou esclavage? Vache à lait de l’industrie ou support éducationnel ? Je ne pense pas que je doive répondre à l’évidence.

 

Le vrai visage de Dubaï

D’après l’article 

Taiji Dolphins in Dubai


Nouveau directeur au Marineland d’Antibes : la Dubaï Connection

 


28 dauphins des îles Salomon expédiés à Dubaï


Delphinarium géant et lagon à Dubaï


Les captures continuent aux Iles Salomon