Dauphins : la science qui les détruit

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Une grande partie de la recherche sur l’intelligence des dauphins a été financée par les militaires. Ici, un dauphin soldat en Ukraine.

 

« Pour contrer les sciences qui pourraient entraver leurs activités, les industriels ont mis sur pied toutes sortes de tactiques et de stratégies. De la nocivité du tabac au changement climatique en passant par les dégâts de l’amiante ou de certaines pollutions chimiques et les ravages environnementaux de certains pesticides, l’objectif est presque toujours d’aboutir à ces conclusions : «Il y a beaucoup d’incertitude », «Tous les spécialistes ne sont pas d’accord», «Une énigme», etc.
Cela n’a l’air de rien. Mais dans un monde où la valeur première est la création de richesses économique immédiatement disponibles, il faut un diagnostic sûr pour prendre des décisions contraignantes vi-àvis d’une activité industrielle. Il ne faut pas la moindre brèche, le moindre doute.

Pour les industriels «attaqués»  par la science, il faut créer de l’incertitude, donc de l’ignorance. Il faut détruire la science ».

Stéphane Foucart
La fabrique du mensonge. Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger

 

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Lorsqu’on découvrit la toxicité de la nicotine, l’Industrie du tabac lança dans la bataille un régiment de Prix Nobel et de chercheurs galonnés dûment subventionnés pour diluer l’information dans un flot de recherches annexes.
  Leur verdict fut que non, vraiment, le tabac n’était pas si dangereux que cela et qu’en outre, l’interdiction du tabac relevait d’un fantasme puritain, visant à nous priver de tous nos petits plaisirs. Et la presse de relayer vigoureusement l’information, qui circule encore aujourd’hui.

Pourtant : «Le tabac est l’une des causes les plus importantes de décès dans le monde : 1 mort toutes les 4 secondes et environ 5 millions par an. Si le niveau de tabagisme actuel persiste, ce sera 10 millions de morts par an à partir de 2020. Le tabac, qui a fait 100 millions de morts au XXe siècle, pourrait en faire 1 milliard au XXIe siècle».
Mais aucun pays occidental ne l’a encore interdit.

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Plus récemment, les découvertes sur la toxicité du Bisphénol A vient de donner lieu à un nouveau scandale :

«Bruxelles, nous apprend le «Monde», doit statuer d’ici à la fin de l’année sur les mesures destinées à protéger les Européens des effets de ces substances – plastifiants, cosmétiques, pesticides, etc. – qui interfèrent avec le système hormonal, à l’instar du bisphénol A qui sera définitivement interdit, en France, dans les conditionnements alimentaires, en 2015.  La polémique a atteint ces derniers jours une intensité inédite. Certains membres de la communauté scientifique accusent – à mots couverts – plusieurs de leurs pairs de manoeuvrer en faveur des intérêts industriels, au mépris de la santé publique. La bataille a débuté cet été avec la publication, dans plusieurs revues savantes, d’une tribune dans laquelle dix-huit toxicologues (professeurs ou membres d’organismes publics de recherche) critiquent les mesures en discussion à Bruxelles. Très contraignantes pour de nombreux industriels, celles-ci seraient, selon les auteurs, des « précautions scientifiquement infondées ». Les signataires, menés par le toxicologue Daniel Dietrich (université de Konstanz, Allemagne), contestent notamment que ces molécules puissent avoir des conséquences délétères à des doses très faibles »
.

Tous les chercheurs concernés étaient financés par l’industrie et ont complaisamment servi ses intérêts.
Leur avis n’est pourtant pas sans conséquence, puisqu’on sait que les bébés pourraient être les premières victimes du bisphénol A dont est fait leur tétine ?

Il en va de même avec l’Industrie de la Captivité…

 


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Expérience sur deux dauphins japonais à l’Aquarium de Vancouver. L’un d’eux est mort en 2015 et partage désormais son bassin avec une pseudorque du nom de Chester


La grande majorité des projets de recherches sur la cognition des dauphins ou leur éthologie sont financées par l’Industrie du Delphinarium.

SeaWorld soutient par exemple un intéressant projet de recherches dans les Thousands Islands, ces petites îles rassemblés au sud de la Floride où vivent de petites communautés de dauphins, en tous points semblables à ceux que l’on trouve dans les delphinariums. Le fait que ces résidents vivent en eaux très basses, sur un territoire restreint, intéresse particulièrement les chercheurs. Pour complaire à leur sponsor, ils précisent que l’âge moyen d’un dauphin est de 20 ans, alors même que la NOOA parle de 40 à 50 ans.

Le très célèbre Sarasota Research Dolphin Program est financé par la Chicago Zoological Society et par le Brookfield Zoo de Chicago.
Son directeur, le Dr Randy Wells, fait autorité en matière de dauphins, mais parvient, dans ses compte-rendus, à transformer les dauphins en «machines sociobiologiques» uniquement motivées par l’instinct de reproduction et la recherche de nourriture. Il soutient la captivité et capture lui-même des individus en mer avant de les relâcher au terme de diverses expériences pour le moins intrusives.

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Dauphins relâchés après examens et sans doute expériences, au Sarasota Dolphin Research Centre. Certains d’entre eux resteront aux mains de l’US Navy.

En février 2012, près de 50 chercheurs indépendants de l’Université Emory (Géorgie, USA), de l’Université Loyola Marymount (Californie, USA) ainsi que divers membres d’associations de défense de l’environnement venus du Royaume-Uni ont asséné une assertion dérangeante lors de la réunion annuelle de l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences.

«Les baleines et les dauphins sont si intelligents qu’ils doivent être déclarés comme étant des personnes non humaines et se voir dès lors protégés par une Déclaration des Droits », ont affirmé les 50 scientifiques réunis à l’occasion d’une conférence internationale à Vancouver.  Ajoutant : « La complexité intellectuelle, sociale et affective des cétacés atteint un niveau tel qu’il est impossible de ne pas les considérer comme d’authentiques « personnes », au sens juridique du terme. Chaque individu est différent d’un autre et chacun vit dans un contexte culturel et social qui lui est propre. A ce titre, dauphins, marsouins et baleines doivent être considérés désormais comme « »non utilisables » par les humains».
Il est, de ce fait, éthiquement indéfendable de tuer, blesser ou de garder ces êtres en captivité pour satisfaire nos besoins, qu’ils soient économiques ou alimentaires ».

 

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Les orques captives ne peuvent utiliser leur intelligence que pour mieux obéir, comme des robots. Ici au Marineland d’Antibes.

 

Faut-il s’étonner de voir surgir aujourd’hui, dans la plupart des grands quotidiens du monde, cet article : « Les SCIENTIFIQUES ont des doutes quant à savoir si le dauphin est vraiment la créature la plus intelligente du monde animal». Et de le voir se moquer de la Déclaration des Droits précédemment citée ?

Notons d’abord que le mot «scientifique» est mis au pluriel.
Or, il ne s’agit que de l’affirmation d’un seul individu, Justin Gregg, chercheur au Dolphin Communication Project et co-éditeur du journal Aquatic Mammals totalement acquis à la cause des delphinariums. On peut lire sur le site de cette revue :  Aquatic Mammals is pleased to have the support of the Alliance of Marine Mammal Parks and Aquariums and the International Marine Animal Trainers’ Association (IMATA) ».

Quant cet homme affirme que les dauphins ne sont ni plus ni moins intelligents que les poules, les cochons ou les ours, il permet évidemment de considérer la captivité comme un peu moins cruelle. Celle-ci l’est en effet davantage pour les dauphins et les éléphants que pour d’autres espèces, du fait de l’intense conscience qu’ils en ont et du manque cruel d’activités dignes de leurs cultures, de leur vie sociale et de leur intelligence.
Avec tout le respect qu’on leur doit, on connaît peu de poules qui portent un nom propre et un nom de clan, viennent en aide à leurs semblables comme à d’autres espèces, manient un langage articulé, se reconnaissent dans le miroir ou portent le deuil de leurs poussins des semaines durant.
Justin Gregg n’en a cure. Il s’agit ici de disqualifier ici les capacités cognitives des cétacés. Il s’agit de « semer le doute ». On l’a payé pour cela.

Plus près de nous, Jon Kershaw. interviewé par « Libération » le 17 juillet 2012, déclarait sans rire: 
«Quadrupède terrestre carnivore, le dauphin vit d’abord dans l’eau. en sort puis y retourne au fil de son évolution.
Il vit dans l’eau mais respire de l’air par son nez au-dessus de sa tête. C’est un animal bricolé, en quelque sorte.
Sa survie – qu’il ne maîtrise pas, contrairement à nous les humains, les êtres les plus feignants de la création – il la doit à la communication active. Il utilise des bruits, par exemple, et a une petite dosette d’intelligence qu’il lui faut vider régulièrement pour ne pas s’ennuyer».
Ajoutant, 3 années plus tard
« Bien sûr. Il y a de la recherche en mer, mais elle se limite à compter les nageoires dorsales et à faire des observations. Si vous voulez des informations sur l’animal lui-même, si vous voulez procéder à des prélèvements de lait, d’urine, de matière fécale, si vous voulez faire des expériences sur l’intelligence de ces animaux, sur le système de sonar, il n’y a qu’avec les animaux de chez nous que vous le pouvez, parce que cela demande une coopération de la part de l’animal. Deux études sont en cours chez nous actuellement : le CNRS fait des tests de goût, pour savoir s’ils sont capables de distinguer des choses rien qu’avec le goût, et l’Université de Madrid étudie le mimétisme, pour voir jusqu’où ces animaux sont capables de le pousser. Pour cela, ils ont absolument besoin de nos soigneurs, qui apprennent un mouvement à un animal avant de demander à un second animal de le reproduire. Allez faire ça au large de Vancouver, c’est juste impossible. Tout ce que nous savons sur ces animaux, nous le savons grâce à la science et la science le sait grâce à nous« .

La Science, c’est à dire la Hard Science, celle qui ne s’embarrasse pas d’éthique et s’enrichit grâce aux entreprises.

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L’insémination artificielle est l’une des grandes victoire de la science, selon le Marineland d’Antibes, qui se vante d’en avoir été le pionnier. Ici, Kim2 masturbé par une américaine.

 

L’identité des discours est frappante entre celle des «experts » des lobbies chimiques ou tabagiques et celui de ce directeur animalier du parc aux diplômes imprécis, petit monsieur qui s’autorise à balayer d’un revers de la plume la totalité des recherches objectives sur le caractère exceptionnelle de l’intelligence cétacéenne.

Non moins troublante est la façon dont l’information est traitée : la presse se fait aussitôt l’écho de cette assertion et la répand sans l’ombre d’un esprit critique.
On peut difficilement concéder aux journalistes le droit d’être mal informés.  En revanche, on sait que nombre de grands organes de presse reçoivent de lucratives publicités de la part des parcs marins.

«Nous avons peut-être atteint le point où l’alliance entre la science, la technique et l’économie de marché, loin de nous apporter de nouveaux bénéfices, nous met désormais en danger»  commente un site à propos du livre La fabrique du mensonge.  Sans doute.

Ce qui est certain, en tous cas, c’est que cette alliance met aujourd’hui gravement les dauphins en danger. Car nier leur spécificité, préférer les recherches sur le dressage à celles sur le langage, mentir froidement à la presse, c’est aussi permettre aussi aux baleiniers norvégiens, aux Vikings des Féroé et autres chasseurs de Taiji de perpétuer sans états d’âme leurs «prélèvements de stocks»…

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Iles Féroé

 


 

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