Dauphins : trop intelligents pour être captifs, selon le Dr Lori Marino

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Dauphins : trop intelligents pour être captifs. Jamais ils ne pourront se satisfaire de shows répétitifs dans un bassin fermé pour enrichir leur vie intellectuelle. Ici, deux dauphins libres à Mandurah.

Dauphins : trop intelligents pour être captifs, selon le Dr Lori Marino

A l’’opposé d’un courant de pensée scientifique tout au service de l’’industrie de la captivité, le Dr Lori Marino est sans doute l’une des premières chercheuses à  jeter le gant et à oser lancer au monde académique : « Ca suffit ! Nous torturons ici des êtres conscients au nom de la science ! » 

C’est la femme par qui le scandale arrive, celle qui a osé déclarer : « Les dauphins sont trop intelligents que être maintenus en captivité ».
Horreur et consternation chez une bonne part de ses collègues !
Un féroce débat s’en est ensuivi et se poursuit plus que jamais aujourd’hui.

En 1998, c’est en constatant que les deux dauphins de cirque, Tab et Presley, réussissait parfaitement le fameux « test du miroir » au New York Aquarium de Brooklyn pendant leur temps de pause que Lori sentit poindre ses premiers doutes :
« Si ces dauphins sont aussi conscients d’eux-mêmes que n’importe quel humain, pouvons-nous continuer à les enfermer dans des bassins de béton ? « .

Au début la chercheuse tenta de faire taire son malaise.
« La science passe avant tout », se dit-elle.
Mais lorsqu’elle voulut reprendre cette étude quelques années plus tard, aux côtés de sa collègue Diana Reiss, elle apprit que Tab et Presley avaient été transférés séparément vers d’autres delphinariums et que tous deux avaient fini par mourir d’infections diverses aux alentours de 20 ans, soit la moitié au moins de la durée de vie normale d’un dauphin libre.
Ces deux décès troublèrent plus encore Lori Marino.
Elle abandonna son travail au Zoo de Brooklyn – lequel a d’ailleurs renoncé aux dauphins depuis lors -, coupa le contact avec Diana Reiss, qui travaille aujourd’hui au Baltimore Aquarium, et se lança dans une croisade pour libérer tous les dauphins captifs.

Ses chers et honorés confrères ne la suivirent nullement sur cette voie.
Tous clament aujourd’hui d’une même voix qu’ils se soucient grandement du bien-être de leurs « sujets d’expérience » mais aussi que les recherches menées en « laboratoire » sont le meilleur moyen de mettre à jour l’intelligence des dauphins et de les protéger en milieu naturel.

« Il y a toujours des problèmes éthiques lorsqu’on travaille sur des animaux captifs », déclare ainsi Richard Connor, un béhavioriste de l’Université du Massachusetts, qui étudie néanmoins les dauphins libres de Shark Bay en Australie. « Ce que Marino propose va tuer complètement toute avancée de nos connaissances à propos des capacités cognitives des cétacés ! »

 

Mais Lori a raison.
Et les gens sages le savent. Des cétologues de renom tels que Denise Herzing, Toni Frohoff, Naomi Rose, Paul Spong, ou l’équipe scientifique de la WDCS  la suivent point par point dans son raisonnement, qui s’inspire d’ailleurs de celui du Great Ape Project :

« Si les dauphins sont intelligents à ce point, s’ils constituent des personnes à part entière, dotées de conscience de soi et de capacités cognitives inouïes, alors il est profondément immoral de les priver de liberté, de les confiner dans un bassin chloré et de procéder sur eux à des expériences sans leur consentement ! »

Rappelons pour l’anecdote que les premières découvertes à propos des capacités cognitives des cétacés furent réalisées – un peu par hasard – au Florida’s Marine Studios, aujourd’hui devenu le grand cirque aquatique connu sous le nom de « Marineland ».
Si des recherches y ont été entreprises, notons-le, c’est en coulisse et en amateur.
Les dauphins, quant à eux, y meurent encore comme des mouches, à un tel point qu’il est difficile de faire le compte du nombre de décès survenus depuis son ouverture !
C’est pourtant là que le Dr John Lilly s’est amusé le premier à planter des électrodes dans le cerveau de ses victimes à nageoires, et à les tuer une à une en les anesthésiant ! Avant de leur prêter des pouvoirs télépathiques, de leur faire avaler du LSD et de proclamer l’avènement de la Nation Cétacé, puis enfin, de les libérer tous.

Dès les années 60, la US Navy prit la situation en main, avec une seule idée en tête : l’espèce Tursiops truncatus deviendrait une arme « biologique » pour affronter les Russes et protéger les porte-avions américains !

C’est de ce cénacle militaire que surgit dans les années 70 le Dr Louis Herman, fondateur du célèbre Kewalo Basin .
Ancien agent de l’Air Force intelligence service, il plaça ses cobayes dans des bassins à Hawaï et leur appris deux langues artificielles, l’une fondée sur des sons électroniques, l’autre sur une gestuelle proche de l’AMESLAN.
Herman se rendit compte que les dauphins comprenaient parfaitement la syntaxe de ces langues et pouvaient même créer de nouveaux comportements quand on leur demandait de faire quelque chose de « nouveau ».
Ils regardaient aussi la lune plutôt que le doigt, une capacité d’abord attribuée aux seuls humains, puis accordé aux grands singes et enfin, plus récemment, aux chiens.
Malheureusement pour lui, pour la US Navy et surtout pour eux, ses dauphins d’expérience ne supportèrent pas la vie en captivité. Ils décédèrent tous dans de misérables circonstances…

K-Dog, soldat d’élite !

Depuis les années 70, pourtant, même les chercheurs qui ne condamnent pas ou n’osent pas condamner les recherches en bassin (Randy Wells, Richard O’Connor, Peter Tyack, Stan Kuczaj, Diana Reiss, etc.) se livrent couramment à des études sur le terrain, en observant des animaux libres.
Quant aux delphinariums, il semble qu’ils se consacrent essentiellement aux techniques de dressage, à la prévention des maladies dues à la captivité, à l’insémination artificielle et au maintien en vie des delphineaux nés captifs.

Du fait de l’environnement totalement inadapté des bassin, les autopsies elles-mêmes ne sont pas pertinentes, les cadavres de dauphins captifs étant littéralement imbibés de substances chimiques qu’on ne trouve pas dans la nature. Quant aux grandes maladies virales infectieuses qui ravagent certaines populations de dauphins libres, les delphinariums sont incapables de
trouver les moyens de les prévenir. Si des informations de base peuvent sans doute être obtenues sur la reproduction ou la maturité sexuelle, il n’est pas pertinent d’appliquer ces données au cas des dauphins libres, dont les conditions de vie sont tout à fait différentes. Le mode
d’alimentation atypique des dauphins captifs affectent en outre leur courbe de croissance et leur taille adulte.

Les études comportementales, enfin, sont privées de toute valeur, puisqu’elles prennent pour objet des dauphins névrotiques, stressés et acculturés maintenus de force sous le contrôle constant de leurs dresseurs. Aucune vie sociale à large échelle n’est possible, aucun e culture ne peut être transmise, aucun langage ne persiste dès la première génération de nés -captifs et du fait que l’usage du sonar est rendu pénible dans l’espace réverbérant des piscines en béton. Comme le souligne William M. Johnson, l’auteur du remarquable
Rose-Tinted Menagerie :

« Il existe une souffrance inhérente au fait d’être simplement emprisonné, laquelle réduit la société hautement évoluée des dauphins à un «pecking order», cette organisation primitive des poules de basse-cour, où les individus les plus forts et les plus agressifs se battent pour la suprématie et infligent aux plus faibles d’’entre eux la soumission, la maladie ou la mort.
A la tyrannie de leurs propres compagnons de bassin s’’ajoute celle de leur dresseur humain, ainsi que le stress que constitue les shows exécutés de trois à cinq fois par jour devant une foule bruyante, les méthodes de dressage impliquant la privation de nourriture et les récompenses du même ordre, qui ont pour conséquence de démultiplier encore la jalousie et la compétition au sein du groupe restreint des captifs.
Des études récentes menées aux USA démontrent qu’un nombre excessif de dauphins captifs succombent à des maladies directement liées au stress, telles que les crises cardiaques et les ulcères gastriques.

On doute qu’’il s’’agisse d’’une coïncidence : des millions d’êtres humains forcés de supporter un travail servile pénible et répétitif souffrent exactement des mêmes maux. L’’agression interindividuelle n’est cependant pas la seule cause de ces décès prématurés. Elle n’’est qu’’un aspect d’’une désocialisation plus globale, selon les mots mêmes de spécialistes de la captivité tels que Giorgio Pilleri, une acculturation profonde qui oblige les dauphins à s’adapter au moule de la société humaine, hautement hiérarchique.
Alors qu’’en mer libre, les dauphins chassent en coopération étroite, rabattant ensemble les poissons et se les partageant en toute égalité, en captivité, ils développent les défauts même de la société humaine : égoïsme aigu, compétition, sadisme ».

Comment peut-on découvrir des informations pertinentes en travaillant sur un tel « matériel vivant » ?
Les recherches menées par le Projet Delphis ou le laboratoire du Dr Louis Herman ont certes apporté un éclairage assez stupéfiant sur les capacités cognitives des cétacés. Il serait malhonnête de le nier. Mais au prix de quelles souffrances !

Ces méthodes de recherches, pour fascinantes qu’elles soient, ne livrent en outre qu’une part infime du monde mental d’un dauphin libre, puisqu’elle ne tiennent aucun compte de la culture propre à l’individu étudié ni aux sentiments qu’il éprouve.

De la même manière que petit à petit, la vivisection sur des singes ou des lapins se doit de faire place à des techniques non-invasives, telles que les cultures cellulaires, de la même façon que nous avons renoncé – récemment ! – à toute expérimentation médicale sur des sujets humains non-consentants, les études sur les capacités cognitives et sociales des dauphins se doivent impérativement d’être conduites en milieu naturel.
Nous disposons aujourd’hui désormais des techniques adaptées pour les mener à bien.
Nul doute que les résultats obtenus se révéleront infiniment plus
riches que tout ce qui peut être découvert sur la personne de dauphins esclaves.

Vivisection humaine (Japon)

« In their world, in their terms », telle est la devise de Denise Herzing.
Il s’agit désormais d’aborder les dauphins comme nous aurions toujours du le faire : en tant que peuple premier de l’Océan qu’il est inadmissible d’instrumentaliser.

Il est donc également temps que le frileux petit cénacle des cétologues diplômés et autres Spécialistes Officiels du Milieu Marin francophones prennent à leur tour une position ferme et courageuse par rapport à ces recherches que contrôle aujourd’hui partout dans le monde la scandaleuse industrie du dauphin-clown.
A moins d’être schizophrène, on ne peut raisonnablement tenter de communiquer avec des dauphins libres en tant que personnes et admettre dans le même temps que d’autres demeurent enfermés dans des trous d’eau chlorée jusqu’à ce que mort s’ensuive.


 

Kimmela 

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