Existe-t-il de "bons" zoos ?

photo YG 2007

ces deux capybaras, ces gros rongeurs d'Amérique du sud,
sont-ils libres ou captifs ?  On s'y tromperait.
Nous sommes  pourtant ici  au Parc Paradisio


Existe-t-il de "bons zoos" ?
Il existe à tout le moins quelques rares parcs animaliers qui tentent une voie médiane, susceptible tout à la fois d'augmenter leurs bénéfices et de répondre à la demande des visiteurs (une belle journée de loisirs en famille) tout en respectant, autant que faire se peut, les besoins socio-éthologiques des animaux non-humains détenus
.

On l'a assez souvent répété sur ce site : les zoos sont par essence les temples de l'anthropocentrisme, le plus flagrant aveu d'échec de notre façon de gérer le monde et ses divers habitants, humains ou non.

A la fois responsables de la disparition de certaines espèces jusqu'au milieu du siècle dernier et seuls capables aujourd'hui de sauvegarder les mêmes, les zoos livrent également ce message pernicieux aux enfants, leur principal coeur de cible :
"Nous, Humains, sommes des êtres supérieurs. Toute la Nature nous appartient, nous en disposons librement. Nous  mangeons, nous torturons en laboratoire, nous enfermons à vie tous les animaux que nous voulons sous la contrainte, sans considérer leur volonté propre. Nous les exposons comme s'ils n'étaient que des objets, les tableaux d'une exposition". 

On perçoit cependant aujourd'hui une tendance de ce jeune public à réclamer un bien-être accru et de meilleures conditions de captivité pour les lions, girafes, éléphants, grands singes et autres hippopotames qui se doivent de figurer au menu de tout zoo digne de ce nom.

Certains gestionnaires de ce type d'établissements ont su entendre cet appel.
Pour des raisons financières, bien sûr, mais aussi, comme le rappelle Pierre Gay dans son excellent ouvrage "Des zoos pourquoi faire ?", parce qu'ils se soucient eux-mêmes beaucoup de la bonne santé mentale et physique de leurs détenus, du moins en Europe.

Depuis la mise en place des réglementations CITES réduisant les taux de captures en milieu sauvage, il s'agit en effet de faire survivre aussi longtemps que possible les animaux captifs et de les faire se reproduire au nom de la "conservation de l'espèce". 
Rappelons que les zoos ne s
e sont présentés en tant que "protecteurs des espèces menacées" que tout récemment, à l'initiative du Directeur du Zoo d’Anvers, Fred Daman, créateur de l'EAZA.
 


Ours blancs au Parc de Aywaille, en Belgique. Photo YG 06



Même si le Zoo d'Anvers et le parc de Planckendael
ont fait des efforts importants en ce sens, le Parc Paradisio, qui dispose de beaucoup plus d'espace, constitue à cet égard une sorte de modèle pour la Belgique.

Modèle encore largement perfectible, certes, mais qu'il convient cependant de mettre en exergue à l'heure où ce qui reste de la "faune sauvage" doit non seulement être sauvegardé en tant "qu'espèces en voie de disparition", mais également être envisagée comme un ensemble d'individus uniques, détenteurs d'une histoire propre, d'une conscience de soi et de savoirs dignes d'être conservés en tant que des chefs-d'oeuvre immatériels en péril, infiniment plus irremplaçables que les Bouddhas détruits par les Talibans à Bamyan...
Ces savoirs "exotiques" s'avèrent en outre indispensables à l'élargissement de l'intelligence humaine, moins parfaite qu'on ne croit. 
Songeons par exemple à la pharmacopée des chimpanzés ou aux dialectes des dauphins ...

Or, derrière les barreaux d'une cage, ces savoirs se perdent dès la deuxième génération.
Les zoos sont responsables d'un formidable génocide culturel. 

Pour préserver ces moeurs et coutumes non-humaines, non pas implantées génétiquement dès la naissance comme chez les insectes, mais bien inventées, acquises et transmises de génération en génération, ces connaissances et ces  techniques propres aux grands mammifères et à certains oiseaux, il n'existe que deux solutions :

- soit stabiliser la situation politique, économique et sociale des pays d'origine des animaux captifs, afin de pouvoir réhabiliter ces derniers au sein de grands parcs nationaux, sans qu'ils risquent de s'y faire exploser les pattes par une mine anti-personnelle comme les éléphants tamouls ou de se voir transformé en viande de brousse comme les gorilles du Congo. 
De tels parcs, rappelons-le, sont également une ressource de revenus touristiques pour les populations locales (Pygmées, Masaï, Indiens d'Amazonie, etc...), dont l'environnement traditionnel et les cultures sont ainsi également préservés.

- soit créer des espaces clos mais immenses, des "réserves" où l'animal détenu bénéficie d'une existence aussi proche que possible de celle qu'il aurait connu en liberté. Certains grands sanctuaires pour éléphants ou autres chimpanzés de laboratoire sauvés de justesse s'en approchent.
 


Copyright Patricia Willocq. Parc Paradisio 4/8/2007
 
Photo copyright Patricia Willocq


Le Parc Paradisio tendrait plutôt vers ce dernier type de solution.
Son directeur maintient en tous cas la même démarche éthique annoncée dès la création de son parc, celle d'offrir autant d'espace, de liberté et de stimulations que possible à ses animaux captifs, aujourd'hui de plus en plus nombreux - des macaques et une horde entière d'éléphants d'Asie sont annoncés en 2008 - démarche d'autant plus respectable qu'elle ne s'avérait pas, d'emblée, payante au niveau des bénéfices.
Rappelons que cette entreprise fonctionne sans aucun subside officiel wallon.
Il convient d'être très vigilant, bien sûr, mais le souci de mettre en place des enclos de qualité optimale semble ici évident et fondé sur une bonne connaissance des besoins des animaux concernés. 

"L'enrichissement environnemental" est, on le sait, le parent pauvre de la plupart des zoos, le secteur où l'on investit le moins.
C'est à ce niveau, semble-t-il, que Paradisio pourrait inspirer, voire encourager nombre d'institutions belges ou françaises à évoluer (songeons aux grands primates du Zoo d'Anvers mais aussi aux ours du parc d'Aywaille, aux sangliers de la réserve animalière de Han, aux petits zoos privés en Flandres dénoncés par Gaia, au Jardin des Plantes à Paris.. ), en leur démontrant que les visiteurs préfèrent voir des animaux heureux plutôt que des malheureux encagés.  

Au strict plan pédagogique, la présentation de perroquets volant librement d'arbres en arbres ou de singes écureuils chassant les insectes dans les bosquets de leur îlot, n'inflige pas aux enfants le spectacle de créatures désespérées accroupies tête basse, l'air sinistre, derrière une cloison ou une vitre, immobiles comme des statues vivantes, ce qui n'est tout de même pas la meilleure façon de faire comprendre la complexité et la richesse de notre Nature en péril aux générations futures.


Par ailleurs, répétons-le, dans un monde idéal, la communauté internationale se devrait de financer dans l'immédiat d'immenses réserves naturelles, tant en Amazonie, en Sibérie, que dans le Bassin du Congo, plutôt que de laisser se multiplier les zoos ou les aquariums, plus rentables dans l'immédiat mais qui ne pourrons jamais remplacer l'animal réel, c'est à dire celui qui se meut librement en symbiose parfaite avec le milieu de vie pour lequel son corps et son esprit ont été conçus au fil de millénaires. 


Copyright Patricia Willocq. Parc Paradisio 4/8/2007

Photo copyright Patricia Willocq



Pour voir en savoir plus :

the unzoo alternative  ou comment évoluer dans le sens d'un meilleur bien-être animal.
Un document en PF indiqué par Patricia Willocq et qui met en lumière tout ce qui pourrait être fait en Europe.
Idéalement, dans quelques rares zoos géants, un par pays maximum.

Uncaging the zoo 
Un document de 2003 toujours d'actualité qui plaide pour des réserves géantes en territoire protégé.



Septembre 2009

Le Parc Paradisio  vient d'importer deux éléphants d’Indonésie dans le cadre d'un programme de reproduction. Bizarre !
Le bruit courait pourtant qu'il s'agirait d'éléphants sauvés de l'enfer des  cirques..
http://www.code-animal.com/plusloin/tatcha.htm
http://www.youtube.com/watch?v=xDzHvzQv5fY
ou bien encore  les bébés orphelins du Shri Lanka ou les éléphants clowns de Thaïlande, en grand besoin d'aide.  
Puisque la loi belge ne met aucune restriction à l'ouverture de delphinariums, en dépit de propositions socialo-électoralistes pompeuses et sans fondement d'un clown politique non moins pompeux du nom de Thierry Giet, espérons tout du moins qu'à la prochaine saison, une grande piscine ne sera pas creusée dans un recoin de ce parc magnifique dont on peut reconnaître, indépendamment des considérations précédentes, la qualité d'accueil qu'il offre ses captifs.
Eric Domb ne ferait pas cela, car c'est un homme qui respecte les animaux non-humains, mais il convient néanmoins de rester vigilant

http://tinyurl.com/npanku



Eléphant clown en Thaïlande

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