Bélugas russes capturés pour le Georgia Aquarium en 2005

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Les bélugas en janvier 2006

 

 

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23 novembre 2005

Deux bélugas russes et deux requins baleines capturés pour le Georgia Aquarium

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Requin-baleine capturé pour le Georgia Aquarium

 

« L’Aquarium de Géorgie ouvrira ses portes en grande pompe ce 23 novembre 2005.
Les « clous » de ce nouveau spectacle sont à coup sûr les deux requins baleines, premiers du genre à être exposés vivants en Amérique du Nord, ainsi que les 5 bélugas, dont 2 d’entre eux ont été capturés récemment dans les eaux russes.

Cet évènement cause une grande excitation dans la ville d’Atlanta.
Encensé par la presse, ce nouvel aquarium constitue en effet à ses yeux une innovation majeure susceptible de relancer le tourisme local.
Ce qui est un fait incontestable. En revanche, ce que la machine publicitaire omet de mentionner, c’est que l’exposition publique des mammifères marins vivants, et en particulier celle de cétacés, est de plus en plus controversée au niveau mondial.

Ces animaux font encore l’objet de captures dans toutes les mers du monde, par le biais de méthodes inhumaines et sans que ces prises soient contrôlées d’une manière ou d’une autre.
Ce fait a amené un nombre de plus en plus important des gouvernements et d’organismes internationaux à reconsidérer leur soutien autrefois inconditionnel à ces spectacles de cétacés captifs.

L’Aquarium d’Atlanta se positionne dès lors à contresens d’une tendance nationale.
La plupart des nouveaux aquariums aux Etats-Unis n’exposent plus de cétacés vivants depuis le début des années 90 et seuls, deux établissements en possèdent encore.
Durant la même période, au moins dix delphinariums ont fermé leurs portes.
L’Aquarium d’Atlanta devient ainsi non seulement le plus grand aquarium des USA mais aussi le premier depuis une décennie à proposer à nouveau un spectacle de cétacés captifs à ses visiteurs.

En quoi est-ce un problème ?
S’il est admis d’exhiber des poissons vivants, pourquoi ne peut-on pas le faire avec des cétacés ? Là se situe en effet le fond du problème.
Et la réponse est simple : les baleines et les dauphins ne sont pas des poissons, ce sont des mammifères.

Ce sont des prédateurs de grande taille, intelligents, qui vivent comme nous de longues années au sein de sociétés complexes, chassant le plus souvent en groupe et capables de parcourir des centaines de kilomètres par jour.

De telles espèces, selon une étude récente publiée dans la revue scientifique « Nature », sont apparemment peu adaptées à rester enfermées dans un zoo ou un aquarium : leur mode de vie est en effet compromis de manière radicale par le confinement en cage ou en bassin. En captivité, ces espèces développent donc des comportements névrotiques – tel que le fait de nager en cercles sans fin – et leur reproduction n’est pas satisfaisante.

Il est de bon ton de dire aujourd’hui que l’exhibition publique de ces mammifères marins aurait une valeur pédagogique.
Sur cette base, l’Aquarium de Géorgie a beau jeu de contredire les arguments du magazine «Nature», en affirmant qu’en dépit des désagréments suscités par l’emprisonnement, ses bélougas n’en sont pas moins les ambassadeurs de leur espèce auprès des humains. Leur sacrifice permettrait à des milliers de personnes désargentés, qui n’ont pas le moyens de s’offrir des voyages, de découvrir la vie sauvage et de se sentir concerné par la sauvegarde de la biodiversité.

On rétorquera que ce n’est pourtant pas un spectacle tellement éducatif que de voir des bélougas tourner en rond dans un bassin, milieu de vie qui n’a rien de commun avec l’immensité de l’Océan Arctique, leur habitat normal.

L’utilité pédagogique de telles exhibitions est un argument commercial qui a été répété sans fin depuis des décennies, sans doute dès l’époque où le Cirque Barnum enferma pour la toute première fois un bélouga vivant dans un minuscule bassin rempli d’eau douce. Lequel bélouga, comme on s’en doute, mourut quelques jours plus tard.

En fait, personne n’a jusqu’à présent tenté d’évaluer de manière objective le véritable apport que pourraient amener les delphinariums au niveau de l’information du public. C’est un peu comme dans l’histoire des «habits neufs de l’empereur»…
La plupart des observateurs préfèrent ne pas approfondir cette question délicate.

Pourtant, il n’est pas rare que les delphinariums demandent à leurs clients si leur visite leur a paru instructive.
Et les visiteurs, ravis d’une belle  journée de détente passée à regarder des animaux derrière une vitre, répondent avec enthousiasme : « Ah oui, bien sûr ! ».
Mais ils seraient bien en peine de dire ce qu’ils ont appris…

L’Aquarium de Géorgie est un établissement «dernier cri». Ses bélugas et ses requins baleines seront certainement soignés le mieux possible. Mais la question que se posent de plus en plus de gens dans le monde est : « Est-ce que même les meilleurs soins suffisent à rendre ces bélugas heureux ? »

Barnum avait une excuse quand il tua de manière cruelle le premier bélouga captif. Il ne savait pas comment s’en occuper ni à qui il avait vraiment affaire.

La comparaison avec ce trafiquant d’animaux du 19ième siècle choquera assurément les responsables de l’Aquarium de la Géorgie, mais le fait est hélas que bien que leur bassins soient certainement plus grands et mieux conçus que ceux de Barnum, du point de vue de ces êtres intelligents que sont les cétacés eux-mêmes, ce ne sont jamais que des boîtes où on les enferme.

Naomi Rose HSUS


Le Georgia Aquarium

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