Delphinariums : victoire finale ?

Iris, morte dans la fleur de l’âge

 Août 2010
Delphinariums : victoire finale ?

Dès les années soixante, des voix puissantes et bien informées se sont élevées contre la mise en détention de dauphins capturés en mer. Parmi elles, celle de Doug Cartlidge ou d’Alan Cooper  au Royaume Uni,  de Ken Levasseur en Polynésie, de Wade Doak en Nouvelle-Zélande, de Ric O’Barry, Naomi  Rose ou Roger Payne  aux USA, de Paul Watson au Canada et de tant d’’autres  visionnaires encore. En France, Brigitte Bardot fut l’une des premières à entamer le combat, mais aussi de Brigitte Sifaoui et Hugo Verlomme, fondateurs de Réseau Cétacés.

La voix plus  surprenante fut sans doute celle du  Dr John Lilly, qui trucida bon nombre de dauphins au cours de diverses expériences hasardeuses, mais déclara au  terme de sa propre existence, après avoir libéré tous ses prisonniers, que les  Cétacés constituaient un ensemble de Peuples premiers de l’’Océan, comme le sont pour la terre ferme les Bushmen, les Pygmées, les Aborigènes d’Australie ou les Indiens d’’Amazonie.

 Tous ces fondateurs de l’’activisme anti-delphinarium partageaient et partagent encore cette opinion révolutionnaire : les dauphins, les bélougas, les orques, les globicéphales, les pseudorques et leurs multiples frères cétacéens maintenus tant bien que mal en bassins étaient des «gens» à part entière, des individus dotés de conscience de soi, de cultures, de langages et d’’une intelligence insondable.

Bien des années plus tard, la science confirma plus encore cette opinion.


Le 22 mai 2010, à l’’Université d’’Helsinki, une déclaration de droits pour les cétacé fut rédigée par des experts internationaux, réclamant notamment que soit mis fin aux delphinariums du monde entier, ceci sur base des souffrances qu’’un tel enferment impose aux orques, dauphins et bélougas (capturés ou nés captifs) maintenus dans un environnement privé de toute stimulation naturelle et destructeur de leurs liens sociaux, aussi complexes que les nôtres.

Peu de pays entendirent ce plaidoyer, à l’exception de l’Inde, de la Croatie et quelques autres rares nations.

Ake, delphine surdouée morte pour la science !

 Disons-le franchement : si ces «prisons pour cétacés» purent un jour avoir une quelconque raison d’être, aux yeux de la science néo-cartésienne, c’’est pour les découvertes qu’’elles nous ont permis de faire – – non sans une cruauté extrême et prolongée, quand on songe par exemple que tous les dauphins de Louis Herman sont morts l’un après l’autre –-  à propos de la physiologie du cerveau des mammifères marins et de leurs capacités cognitives hors du commun.

Il est de notoriété publique que tout ce qui se devait d’être découvert l’’a désormais été et que dès 1971, de telles analyses auraient du s’’interrompre au profit d’’observations sur le terrain, c’est à dire en mer.

Hal Whitehead n’’a pas déclaré autre chose lorsqu’’il s’’est révolté contre les massacres infligés aux cachalots par des baleiniers japonais au nom d’’une «pseudo-recherche scientifique », en vérité purement commerciale et alimentaire et qu’il a dénoncé leur totale inutilité au regard des « benign researches » .

De même, avant que Jane Goodall ne se rende à Gombé parmi les chimpanzés libres, personne n’’avait jamais pu observer au zoo que ces grands singes se faisaient la guerre, utilisaient des outils, disposaient de cultures variées et vivaient dans une société «fission-fusion» hautement élaborée.
Personne, avant Diane Fossey qui vécut intimement avec eux, ne savait que les gorilles étaient des êtres doux et bons, profondément pacifiques, et nullement de petits King Kongs comme on aimait nous les montrer. Leur violence en captivité n’était due qu’à leur désespoir.

Mais voilà.

Le monde étant ce qu’il est, très vite, des entrepreneurs ont compris depuis longtemps que l’’exhibition d’animaux captifs rapportaient énormément d’argent et qu’il ne fallait surtout pas que cela cesse !

Il fallut donc justifier l’’injustifiable et affirmer, la bouche en cœoeur, que ces geôles avaient pour but d’éveiller la conscience des enfants  à la préservation de la nature et des espèces menacées.
On osa même aller jusqu’à prétendre que les soi-disantes «vertus thérapeutiques » des prisonniers à nageoires pourraient guérir les petits autistes, question de faire sangloter Margot et de se refaire une image en l’absence de toute preuve scientifique.

Fred Daman, le directeur du Zoo d’Anvers, inventa pour sa part la Théorie de l’Arche, qui aurait permis de réintroduire des éléphants, des tigres, des singes ou des cétacés en milieu naturel, dès que « les choses iraient mieux » sur cette bonne vieille Terre.

Le mensonge était gros, quand on sait que le temps passé par une famille devant une cage de zoo n’excède pas les quelques secondes, que les dauphins des Sea Parks affichent des comportements qui n’’ont rien à voir avec leur vraie vie en milieu naturel : jouer au foot-ball comme au Parc Asterix, sauter dans des cerveaux, se faire monter sur le dos par des humains comme des planches
de surf… Combien de cétacés libres se livrent-ils à ce genre d’’exercice ?.

Enfin, rappelons que la plupart des réintroductions de malheureux animaux gravement acculturés se sont soldées par des échecs systématiques et ne sont d’ailleurs que très rarement pratiquées, voire pas du tout, pour ce qui est des dauphins.
Et pour cause, puisque l’on part du présupposé que leurs savoirs sont innés, alors qu’ils sont acquis auprès de leurs parents « sauvages ».

Cannelle et son fils, massacrés

Qu’importe !

A coups de dollars, de yens, de roubles ou ou d’euros, on fit taire les médias en leur offrant de pleines pages de publicité, on acheta la conscience de scientifiques en leur faisant chanter ce qu’il fallait chanter.

Qu’’on relise encore et encore ce morceau de bravoure, rédigé par un financier de la Compagnie des Alpes à propos du delphinarium de Port Saint Père :

«Grâce à ces quatre dauphins venus de Harderwijck, le parc espère améliorer son chiffre d’affaires de 445 000 euros grâce à la hausse de tarif et de 950 000 euros avec les nouveaux visiteurs. Soit 1,395 million d’euros sur un an ou environ 350 000 euros par dauphin. De quoi compenser les investissements exigés par la nouvelle attraction. La société a investi 2 millions d’euros pour
aménager un bassin existant qui n’accueille pour l’instant que des otaries. Un analyste financier parisien a même calculé un retour sur capitaux employés de 9,6 % légèrement supérieur à la moyenne du secteur de 9,1 %. »

Aujourd’’hui plus qu’hier encore, les delphinariums n’’ont qu’’un seul but, une seule raison d’être : gagner de l’argent !

Lors de la fameuse Commission parlementaire réunie en Belgique pour évoquer le cas des dauphins du Boudewijn Sea Park de Bruges, le premier argument que l’on put entendre de la bouche des dresseurs réunis en surnombre autour de la table (en ce compris le sinistre Manuel Hartman, venu du Zoo de Duisburg, on se demande à quel titre ?) fut : «Garantie de l’emploi !».

C’est qu’en ces temps de crise, en effet, tout ce qui génère du profit est sacré.
Le journal «Libération» sanglotait récemment sur la disparition des corridas en Catalogne, en évoquant le grave manque à gagner que cette interdiction allait provoquer dans un secteur commercial éminemment porteur.

Foie gras, vaches clonés, élevage intensif des poulets dans des cages minuscules, travail forcé des travailleurs birmans au profit de Total, exploitation d’esclaves dans les mines de « diamant du sang » au Congo RDC, prostitution des enfants Thaïlandais, allez zou !
Du moment que le tiroir-caisse tinte, la morale est désormais sauve !


Le problème, c’’est que les delphinariums et les zoos ont sans doute raison. Eux vivent en phase avec leur temps, loin des douces utopies de rêveurs écolos déjantés.

La planète Terre est effectivement saturée d’’êtres humains sans emploi, qui se multiplient tant et plus comme des termites et finiront par faire s’écrouler la maison qu’ils dévorent.

Jamais aucune espèce vivante ne s’est reproduite avec une telle intensité, sans souci du lendemain et en toute indifférence quant à l’avenir de ses enfants.
Du temps des Indiens des Plaines, les femmes avortaient spontanément ou volontairement pour éviter un sort atroce à leur progéniture. Ces peuples intelligents, fiers, courageux et beaux projetaient leur pensée dans le futur sur quatre générations. Nous pas.

Mavis, la delphine du centre commercial d’Edmonton Mall, a mis un terme à la vie de son dernier nouveau-né, consciente de l’enfer qu’il allait devoir vivre…
Nombre d’autres delphines captives ont fait de même.
Elles ont agi comme les femmes Apaches, Cheyennes, Iroquoises ou Sioux du temps de la criminelle « Conquête de l’Ouest ».

En mères responsables.


Ce n’est pas le cas pour le Singe Humain Domestique actuel qui ne soucie guère de son futur et ignore tout des leçons du passé.
Un bon chien, bien dressé, servile et travailleur, comme on les aime depuis le Néolithique..

Dûment vidées de libre arbitre au nom de monothéismes imbéciles (Croissez et multipliez, etc…) , d’une laïcité viscéralement anthropocentriste ou d’autres traditions africaines ou asiatiques non moins débiles,  des milliards de femmes sont aujourd’hui devenues de véritables poules pondeuses en batterie.

En 2050, nous serons plus de 10 milliards.  C’est là un chiffre obscène au vu des ressources d’une minuscule planète dévastée par nos soins.
Aucune espèce vivante ne l’a atteint avant nous, à l’exception des fourmis, des rats et des blattes, nos fidèles commensaux !

Du coup, tous les espaces naturels se réduisent.

Les forêts indiennes où pouvaient chasser les tigres, les canopées de Bornéo où les orang-outans menaient une vie paisible et subtile, volant de branche en branche, les savanes où l’éléphant couvraient des dizaines de kilomètres chaque jour, les océans où les magnifiques baleines bleues, longues de plus de trente mètres, pouvaient discuter depuis le Pôle Nord avec une amie située au Pôle Sud, tout s’est rétréci à l’extrême comme une peau de chagrin.

Reste-t-il d’ailleurs encore un Pôle Nord ?
Demandez aux ours blancs.

Knut,Berlin

 

Tout fond, tout brûle, tout s’’inonde de partout, du Pakistan à la Russie, de la France à la Chine, pendant que l’Afrique se désertifie à vive allure.
Qui s’en soucie ?

Dans toutes les mégapoles pétaradent d’’énormes 4X4, tandis que se construisent à tour de bras des centrales nucléaires, des plates-formes pétrolières, des lotissements touristiques rasant le corail jusqu’à la corde à l’île Maurice ou en Polynésie, des fermes à cochons dressés sur les rivages de Bretagne (merci pour le lisier), des chasses à la baleine pourtant interdites mais scrupuleusement ignorées par nombre de gouvernements, des filets dérivants noyant chaque jour des milliers de dauphins ou d’albatros, une surpêche frénétique achevant jusqu’au dernier thon et tant d’autres productions du génie humain.

Mais l’’emploi ! L’argent ! Le bénéfice ! Voilà ce qui compte et rien d’autre !

A quoi bon dès lors signer des pétitions, qui rebondissent comme des balles de squash sur le mur arrogant des grands financiers ?
A quoi bon manifester devant les delphinariums, exiger l’arrêt de l’usage militaire des cétacés ?
Les activistes ont en face d’eux un Roc infranchissable, celui du profit facile et immédiat, sans foi ni loi autre que la sienne propre.

Même si l’on s’immolait par le feu aux portes de ces modernes Treblinkas, personne ne sourcillerait
La presse n’en parlerait pas, si ce n’est pour traiter de fous ces activistes qui veulent casser l’Economie Sacrée !

Tant pis pour les générations futures.
Tant pis pour les Terriens.

Même si l’on s’immolait par le feu devant la porte de leurs foutues geôles pour cétacés, comme le firent avec courage des bonzes vietnamiens afin d’arrêter la guerre, les delphinariums n’en auraient rien à cirer : ils ont la logique marchande et les médias avec eux et rien ne pourra les arrêter, si ce n’est la fin de l’espèce humaine prévue vers 2050, devenue totalement folle.

Alors, oui, Messieurs les Geôliers, force est de reconnaître que vous êtes dans le juste.

Le monde se meurt à toute allure, vos prisonniers aussi, mais vous les faites se reproduire, n’est-ce pas ?
Vous euthanasiez à tour de bras les bébés et les vieux en surplus dans vos cages et vos piscines, ou vous les déplacez vers d’autres prisons, sans le moindre souci de la douleur qu’ils peuvent éprouver et que l’éthologie cognitive SAIT pourtant qu’ils éprouvent.

The show must go on, quel qu’en soit le nombre des victimes !

 


 

Bonne nouvelle pour vous : dans un futur très proche irradié jusqu’à l’os et privé d’oxygène, nos petits-enfants blafards, difformes, pubères dès six ans grâce aux produits chimiques, pourront
encore admirer un tigron cloné,  un whalphin hybride ou un orang-outan dépressif, derrière les barreaux d’une cage ou la vitre d’un bassin.

Ce sera un peu comme dans Jurassic Park : on se souviendra de ces superbes Terriens disparus en regardant leur corps encore mobiles, quoique depuis longtemps, longtemps, leurs consciences propres et leurs merveilleuses cultures se soient éteintes à jamais.
Ce ne seront plus que des « images » vaguement vivantes en trois dimensions.

Victoire totale pour les delphinariums ? Oh oui, sans doute.
On ne peut plus imaginer un monde sans eux, ni sans les zoos, pas plus qu’on ne pourrait concevoir un monde qui renoncerait au pétrole, aux centrales atomiques ou aux bombes nucléaires de sa
propre initiative.

Un beau succès, bravo !

Mais sûrement pas pour l’Humanité, au sens philosophique du terme.
Laquelle paiera le prix fort de son imbécillité, un jour ou l’autre, car c’est encore et toujours cette bonne vieille Gaia, notre Terre, qui gagnera à tous les
coups.
Essayez d’arrêter un volcan ou un tsunami, juste pour voir…


A quand les mammouths clonés ?