Des bélugas en Wallonie ?

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Bélugas récemment capturés dans l’Est extrême de la Russie.

 

Delphinariums en Wallonie

Peu de gens se souviennent qu’il y a eu deux delphinariums en Wallonie.
Le premier se trouvait dans la Plaine de la Sarte à Huy, en 1977. Il s’agissait là, comme le Boudewijn Park à Bruges, d’une sorte de succursale wallonne de Harderwijk.
2 dauphins de la compagnie néerlandaise furent envoyés dans ces bassins sommaires, long de dix mètres et profond d’1 mètre 50. Mais le succès commercial ne suivit pas.
Harderwijk rapatria donc Jaspérina, le dernier dauphin survivant, dans ses installations de Bruges en 1978. Le site s’appelle aujourd’hui le «Mont Mosan» et n’exhibe plus que des otaries et des perroquets. Quant à Jaspérina, elle retourna à Bruges et périt avec son enfant sous des poutres en flammes dans l’incendie de 1988.
Comme à Anvers, le bassin des dauphins n’abrite plus aujourd’hui que des otaries dressées.

 

Entre 1976 et 1984, c’est au parc Walibi de Wavre que des dauphins furent exhibés dans une eau à 6° C .
Il s’agissait de Boy, Léo, Missy, Kiki, Niky, Némo et Girl.
Certains d’entre eux venaient de Taiwan, et d’autres de Floride.

A la demande de Bruno Lienhardt, un trafiquant de dauphins suisse, une chasse avait été menée par des pêcheurs de Taiwan. Ceux-ci rabattirent le pod vers la plage en frappant l’eau à coups de bambous et le regroupa dans la baie de Makung. 30 d’entre eux se noyèrent pendant l’opération.
Entassés dans leur enclos, les survivants moururent l’un après l’autre, dévorés par les maladies de peau et la malnutrition. Il ne resta bientôt plus qu’une grosse vingtaine de dauphins.
Une autre chasse fut alors organisée et quinze nouvelles victimes furent encore ajoutées au lot, mais les décès se succédaient toujours à vive allure. La peau des animaux se couvrait de pustules purulents sous le soleil. En outre, chaque dauphin mort était tiré hors de l’eau et découpés pour la boucherie par les pêcheurs chinois sur la plage même. Le sang et les déchets de viande flottaient jusqu’aux enclos marins où croupissaient les dauphins promis au delphinarium.

Finalement, 22 dauphins furent prêts à être envoyés vers Francfort dans un Boeing 707, par un vol trop longtemps différé. Beaucoup périrent à l’arrivée ou durant le voyage. Un dauphin mourut de peur sur le tarmac même de l’aéroport, à cause du bruit provoqué par les moteurs de l’avion. Les animaux devaient ensuite être livrés à Perpignan (« Zoo Marin », une structure aujourd’hui disparue) mais on les réorienta en urgence vers le parc Safariland, en Allemagne. Les huit derniers dauphins survivants furent redistribués ensuite entre le parc Walibi en Belgique et un delphinarium au Luxembourg.

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Deux dauphins à Walibi


Aujourd’hui, il ne reste qu’un seul delphinarium en Belgique, celui de Bruges.
Mais jusqu’à quand ?


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Le lagon des deux derniers bélugas à l’Aquarium de Vancouver.

Des bélugas en Wallonie ?

Depuis quelque temps, on entend dire que Pairi Daiza pourrait accueillir des bélugas dans son Monde du Froid, qui prendra progressivement place dès 2015 au bord du lac de Brugelette.
« Eric Domb est parti en exploration dans les zones les plus reculées de l’immense Russie. Son but : amasser des idées qui nourriront son prochain grand projet, le Monde du froid, qui prendra progressivement place, dès 2015, au bord du lac de Brugelette.
Quelques rennes y paissent déjà depuis quelques mois mais, comme pour les autres mondes de Pairi Daiza, celui-ci rassemblera la faune, la flore, des constructions authentiques et des minéraux magnifiques rapportés d’expédition. Récit de celle qu’Eric Domb vient de mener aux extrêmes frontières de la Russie pendant trois semaines. D’autres suivront : en Alaska et –qui sait ?- en Arctique ou en Antarctique…

Eric Domb s’est entouré de ses amis Steffen Patzwahl, Thomas Braun et Jacques Vangelder pour une expédition de trois semaines l’emmenant de Moscou au lac Baïkal (centre), à Vladivostock (au bord de la mer du Japon à l’extrême est) et enfin au Kamchatka, une péninsule située au nord du Japon et qui s’avance dans l’océan Pacifique, face à l’Alaska. Une péninsule volcanique authentique, aussi grande que la France mais qui ne compte que 400.000 habitants. Le groupe a franchi les fuseaux horaires en avion, en train, en minibus, dans le célèbre transsibérien et même en hydroglisseur sur le lac Onega ». (Presse)

Le problème, c’est que c’est aussi à Vladivostock que l’orque Narnia a été maintenue dans un premier temps avec d’autres orques. C’est également là qu’on stocke les bélugas, en attente de rejoindre les Etats-Unis, la Chine ou le marché intérieur.  Les permis de capture sont délivrés à une société russe appelé White Sphere qui conçoit, construit et exploite des delphinariums et autres attractions marines. White Sphere gère Aquatoria, un parc marin en Ukraine, des aquariums à Sotchi, en Russie et à Hurgahda, en Egypte. La société affirme que figure parmi ses partenaires l’Association internationale des Parcs d’attractions. Un autre de leurs partenaires est ProSlide Inc., une société canadienne qui construit des bassins pour SeaWorld Parks & Entertainment Inc. et Walt Disney Co.

M.Domb est certainement au courant. Sans doute n’a-t-il pas eu le temps de rencontrer les courageux défenseurs des orques de Russian Orca.
Mais il ne fait aucun doute qu’il ne peut que condamner ces trafics odieux. Il est pourtant troublant de découvrir que le parc Pairi Daiza se trouve dans la liste des « projets » d’un dresseur de dauphins, Johann Markus, gérant de société. Celle-ci est spécialisée en exportations de mammifères marins et en conseils de dressage. Johann Markus fut en effet head-trainer à l’Oceanografic de Valences, à Loro Parque et au Zoomarine.

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Les clients

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L’entreprise


Au même moment, Pairi Daiza annonce son projet de Monde Polaire.
On refuse évidemment l’idée que le parc ait pu commander quelques bélugas en plus de ses ours blancs, de ses phoques d’eau douce, de ses morses ou de ses rennes. Mais s’il le faisait, ce serait à coup sûr le sommet de la gloire pour le parc wallon. L’entreprise cotée bourse a déjà mis au tapis son adversaire flamand d’Anvers avec ses pandas puis avec sa naissance d’un éléphanteau parfaitement sain quand Planckendael pleurait Baby Q.
Le delphinarium de Bruges est quant à lui complètement obsolète. Il se dégrade à petit feu. Le public y est ici essentiellement flamand et donc limité. En revanche, avec le cadre magnifique qu’offre le parc Pairi Daiza et un spectacle de cétacés, la Wallonie pourrait drainer des touristes de l’Europe entière, voire même du Japon ou de la Chine.

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Le phoque d’eau douce du Lac Baïkal

 

Impossible ?
– Aucune loi n’interdit d’importer des animaux d’un autre zoo, indonésien, birman ou thaïlandais, même si personne ne veut vraiment savoir comment ils y sont arrivés. Les phoques d’eau douce du lac Baïkal que Pairi Daiza envisage d’acquérir sont sûrement nés en captivité.
– La logique d’expansion du parc l’a mené des oiseaux aux otaries, des otaries aux éléphants, aux grands fauves (dont deux tigres blancs) et aux petits singes. Régulièrement, il lui faut investir dans une attraction neuve. Les actionnaires sont exigeants. On constate le même phénomène dans la plupart des zoos : chaque année, il faut offrir au public une « nouveauté ».

« 1,4 million de visiteurs pour la dernière saison. Vos objectifs cette année ?
« Je n’en sais rien. Nous sommes de drôles d’animaux à Pairi Daiza, nous gérons différemment notre entreprise à notre manière, loin d’une démarche financière classique. Nous formulant bien sûr des hypothèses quand au nombre de visiteurs. Mais notre raisonnement est plutôt qu’il nous faut un nombre minimum de visiteurs à l’an, soit environ un million pour que l’aventure continue. Pour beaucoup d’entreprises, l’investissement est un mal nécessaire. A Pairi Daiza, nous avons besoin de nous réinventer chaque année ».
Le Soir Economie

Bien sûr, on ne pourra jamais croire qu’un parc aussi soucieux du bien-être animal se décide jamais à détenir des cétacés captifs.
Mr Domb lui-même nous l’avait assuré. Nous serions néanmoins soulagés si Pairi Daiza pouvait nous confirmer le fait. Car il y a déjà des mammifères marins à Pairi Daiza. Des otaries.
Après les otaries, les morses. Après les morses, les ours blancs. Et après les ours blancs ? Jusqu’où faudra-t-il se « réinventer » ?

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Le lagon des otaries

 


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