Des droits civils pour les dauphins

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Des droits civils pour les dauphins

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Qu’il soit libre ou captif, le dauphin, en tant qu’ «animal», ne dispose d’aucun droit.  Il n’est qu’un res nullius, « la chose de personne »  qui peut être tué, capturé et vendu sous réserve de la faible protection que lui assurent quelques rares traités internationaux (CITES).

 Une fois captif, il se transforme en « bien mobilier » au même titre qu’une chaise ou qu’une automobile, un objet de propriété, de vente, d’achat et d’éventuelle destruction volontaire à l’occasion d’euthanasie ou d’expérience en laboratoire.

Dans le même temps, et de manière contradictoire, la science contemporaine nous  confirme que les dauphins sont des mammifères supérieurement intelligents.

Nous savons aujourd’hui qu’ils sont capables de comprendre grammaires et concepts, qu’ils sont dotés de cultures trans-générationnelles, qu’ils portent chacun un nom propre sifflé, qu’ils ont une pleine conscience d’eux-mêmes et qu’enfin, dans leur milieu naturel, ils usent d’un système de communication comparable au langage humain (V.Markov).

Face à ces évidences, il devient difficile d’admettre qu’une créature pensante tout à la fois douée de raison, de langage et de vie sociale puisse continuer à être massacré ou enfermé arbitrairement, comme s’il ne s’agissait  que d’une simple « chose » !

Les racines du mal 

Voici deux mille cinq cent ans, les anciens Grecs qualifiaient de barbares tous ceux qui ne parlaient pas leur langue.

Jusqu’à l’aube de ce siècle, nous refusions encore aux Africains, aux Inuits, aux peuples « primitifs » le statut de personne humaine, nous chassions le Tasmanien à la carabine et nous exposions les « cafres à peau noire » dans les enclos des Expositions Universelles.

Ces gens ne nous ressemblaient pas, leurs traits n’étaient pas ceux des Européens : ils ne pouvaient être des hommes.

Aujourd’hui, au nom de cette même logique imbécile, on nie tout droit à d’autres espèces pensantes sous le seul prétexte qu’elles n’ont ni bras ni jambes mais une caudale et des ailerons.

Bien sûr, un tel aveuglement n’est pas le fait du hasard. Il est voulu, il est entretenu, il constitue le tabou central qui fonde nos sociétés de mangeurs de cadavres et que nul, jamais, ne doit outrepasser.

Le Colonialisme s’était nourri naguère de l’idéologie raciste, qui a rendu possible ses plus horribles exactions.
Comment transporter autrement le «bois d’ébène» d’un bout du monde à l’autre, comment le stocker dans des cales suffocantes, comment le loger sous contrôle et le faire se reproduire dans des fermes à esclaves, pour le vendre enfin à la criée sur le marchés publics, sans lui retirer d’abord toute sa nature humaine ?
De même, le pillage actuel des ressources naturelles se fonde pleinement sur le mensonge spéciste.

Cette vision, directement héritée des religions monothéistes dites « du Livre » (Judaïsme, Christianisme, Islam) puis renforcée par la théorie de l’animal-machine de René Descartes, demeure l’outil idéologique privilégié de l’exploitation des animaux.

En renforçant à outrance la dichotomie fallacieuse « Homme/Animal », en refusant à aux non-humains tout accès à la « raison » et à la « vraie conscience » l’Anthropocentrisme permet de commettre sans l’ombre d’une culpabilité des actes tels que la vivisection, les élevages en batterie, les corridas, la chasse à cour, la tenderie, la surpêche ou le massacre des baleines.

Aborigène d’Australie

 

Esclave noir juste capturé avant son envoi dans les champs de coton...

Esclave capturé avant son envoi dans les champs de coton…

Eux aussi furent un jour traités comme des animaux…


Des droits civils pour les non-humains

Il est donc temps aujourd’hui de réclamer haut et fort, au nom d’une éthique humaine renouvelée s’ouvrant enfin au-delà d’elle-même, le statut de « personne » et de « sujet de droit » pour d’autres êtres pensants que les êtres  humains.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Résolution 217 A III du 10 décembre 1948) est explicite à ce propos puisqu’elle affirme en son article premier que :

«Tous les êtres humains – qui naissent libres et  égaux en dignité et en droits – sont doués de raison et de conscience et doivent ( à ce titre) agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

N’est-ce pas là déjà reconnaître que ce sont précisément ces deux capacités – à savoir la conscience de soi et la raison (ou pensée auto-réflexive)- qui fondent toute notre humanité même et justifient qu’on la protège ?  En son article 2, la Déclaration des Droits de l’Homme précise :

«Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ». 

En toute logique, et si l’on s’en tient à la lettre du dernier mot de ce texte, on voudrait ajouter «…sans distinction d’espèce ». 

Car finalement, qu’est ce qui nous rend humain ?
Notre peau ? Notre visage ? Notre génome ? Ou bien plutôt cet esprit qui nous guide et nous habite, ce saut quantique mental qui a fait de notre cerveau un extraordinaire outil d’analyse, de vie morale et de création esthétique ?

Nous ne sommes pourtant pas les seuls à avoir franchi ce pas : à l’heure où les australopithèques fendaient leurs premiers silex, d’autres grands mammifères avaient choisi, eux aussi, la voie de l’intelligence et de la coopération sociale.

Les singes anthropoïdes (gorille, chimpanzé, bonobo, orang-outang), les éléphants et les cétacés se sont élevés au même moment sur l’échelle de la conscience et ont pu développer, au même titre que nous, des capacités morales, affectives et intellectuelles jusqu’à un haut degré mais dans le contexte de leur biotope.

Chimpanzé en prison

La communauté des égaux

Dès lors, dans la foulée du Great Ape Project, nous demandons que la communauté des égaux telle que définie dans la «Déclaration sur les Grands Singes » soit désormais étendue à l’ensemble des êtres vivants disposant de qualités « humaines » telles que la raison ou la conscience de soi.

La « communauté des égaux » est une communauté morale au sein de laquelle nous acceptons certains principes moraux de base ou droits, en tant que régulant nos relations mutuelles et qui sont susceptibles d’être renforcées par des lois.

Parmi ces principes, figurent :

1. Le droit à la vie  
La vie des membres de la communauté des égaux doit être protégée.
Les membres de la communauté des égaux ne peuvent être tués à l’exception des circonstances strictement définies, telles que l’autodéfense.

2. La protection de la liberté individuelle  
Les membres de la communauté des égaux ne peuvent être arbitrairement privés de leur liberté.
S’ils devaient être emprisonnés sans un procès légal, ils ont le droit d’être aussitôt libérés.
La détention de ceux qui ne sont convaincus d’aucun crime ou ceux qui ne sont pas susceptibles d’être des criminels ne doit être autorisée que s’il est prouvé que cette détention s’opère dans l’intérêt de l’individu ou si  celui-ci était menacé par d’autres et que seule la captivité pouvait lui apporter une protection.
Même dans ce cas,
les membres de la communauté des égaux ont le droit de faire appel de cette décision soit directement, soit, s’ils n’en ont pas la capacité, par quelqu’un qui les représente devant une cour de justice.

3. L’interdiction de la torture 
Le fait d’infliger de manière délibérée des souffrances à un membre de la communauté des égaux , soit pour son plaisir propre soit pour le bénéfice prétendu de tiers est considéré comme une torture et  interdite à ce titre.


Le peuple de l’océan

Concernant les seuls cétacés et compte tenu de leurs extraordinaires capacités cognitives et sociales, qui font d’eux de véritables « nations » à part entière, il conviendrait d’ajouter les précisions suivantes à ces quelques droits qui ne sont encore que des prolégomènes:

Massacre aux Iles Féroé

* Dauphins, baleines et autres cétacés doivent être désormais protégés en tant que peuples premiers de la mer et obtenir, comme toute nation, le simple droit de disposer d’eux-mêmes.

* Toute chasse au cétacé sera qualifiée de crime.

* Toute ingestion de leur viande sera qualifiée de cannibalisme.

* Toute capture pour les delphinariums sera qualifiée d’enlèvement.

* Tout confinement en bassin sera qualifié d’esclavage.


12 juin 2011
Déclaration d’Helsinki

Version française sur le blog de la Dolphin Connection.


 

Wade Doak :
Les dauphins devraient bénéficier de droits humains

Toward Legal Rights for Animals

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