Deux bébés orques, deux destins

Vicky Loro Parque

Vicky reçoit le biberon à Loro Parque, car sa mère l’a rejetée.

 

Deux bébés orques, deux destins

En 2012, Loro Parque, le parc marin espagnol désormais bien connu pour enfermer Morgan, annonçait fièrement la naissance d’une petite orque du nom de Vicky.
Au même moment, un autre enfant naissait en liberté, au sein de la communauté des orques résidentes du Sud.
10 mois plus tard, Vicky était morte.
J-49, lui, vit toujours au milieu des siens et a été baptisé Tílem Íngesle, le « Petit-fils chantant » par les Indiens Samish.  Comparons leurs destins…


Orques libres : la famille de J-49

Orque J-49

L’orque J-49 avec sa maman

J-49 est entouré par une famille stable et prospère. Racontons d’abord l’histoire de sa mère:
La première photographie que nous avons de J-37 dans son jeune âge fut prise en août 2001, date à laquelle elle semblait avoir cinq ou six mois.
Ensuite, la première photographie que nous ayons de J-37 en tant que mère d’un nouveau-né a été prise le 6 août 2012.
On peut donc supposer que la maman était âgée de 11 ans et demi.
Il s’’agit là sans doute de la plus jeune mère observée dans la Communauté Résidente du Sud.
Compte tenu d’une gestation d’environ 17 mois, J37 dut être fécondée durant ou non loin du mois de janvier 2011, lorsqu’elle avait plus ou moins 10 ans !

Nous avons rencontré le Pod J à 4 reprises en janvier 2011. Il se mêlait  alors au Pod K et l’’orque L-87, venu du Pod L, les accompagnait.
Dès lors, le père de J-49 devait se trouver parmi eux à l’’époque. Peut-être est-ce pour cela que « l’’étranger » L-87 s’’accroche à ce point au pod J !

Quelques détails sur cette famille :
La grand-mère du bébé nouveau-né, J-14, est aujourd’’hui âgée de  38 ans. Elle fut elle-même la maman très fertile de trois enfants encore en vie. Son premier enfant, J-23, né en 1987, était un mâle qui ne survécut que jusqu’à 4 ans.
Le deuxième, J-30, né en 1995, était également un garçon. Il mourut en décembre 2011. Curieusement, il disparut brusquement durant toute une année et ne réapparut plus jamais depuis lors. On le présume donc mort.
J-37, née en 2001, est le troisième enfant de J14.
Son 4ième enfant est J-40 (une femelle), née en 2004.
J-14 eut encore un nouveau-né, J-43, qui ne fut aperçu que le temps d’une seule journée, le 24 novembre 2007. Il n’a pas survécu.
Plus récemment, en mars 2009, J-14 eut encore un autre garçon, J-45, lequel est toujours en vie à ce jour.

Le premier enfant de J-37 sera désigné sous le code J-49. Force est d’admettre qu’il est né dans une lignée maternelle très productive et nous souhaitons tous, bien sûr, que les choses se poursuivent ainsi.

Avec cette dernière naissance, la population des ’Orques Résidentes du Sud (“Southern Resident Killer Whale Population” ou SRKW dans le jargon gouvernemental) compte aujourd’hui 86 membres, même si ce nombre peut changer à tout moment du fait des naissances ou des décès.

Orque JA09

J-AO9, de la communauté des Orques Résidentes du Sud, sur laquelle, hélas, pèsent aujourd’hui de lourdes menaces.


 

La famille de Vicky à Loro Parque

Keto Loro Parque

Keto de Loro Parque est un « étalon » dont la semence vaut cher, comme celle de Tilikum

Un article d’Elizabeth Batt

Le 3 août 2012, Loro Parque a annoncé l’a naissance d’’un nouveau pensionnaire dans son parc marin, une orque femelle nommée Vicky.
Malheureusement, Kohana, sa mère, l’a rejetée, comme elle avait repoussé son premier enfant, Adan.

Le parc a bien présenté la naissance de Vicky comme « une étape importante pour son programme d’élevage» et a laissé entendre que ce succès reproductif prouvait que ses mammifères marins étaient en bonne santé et heureux.

Ce mantra joyeux est sans cesse répété par l’’ensemble des delphinariums, même si nombre d’’entre eux utilisent désormais des méthodes d’insémination artificielle pour engrosser leurs orques et parfois leurs dauphins.

En 2010, Kohana avait donc déjà rejeté son premier bébé, forçant les responsables du parc à élever à la main et à donner le biberon au petit Adan. En fait, l’orque femelle n’a jamais reconnu son fils quand il est né, et n’a montré aucun intérêt à son égard.
Mais tout cela n’avait pas empêché le directeur adjoint de la Fondation Loro Parque, M. Javier Almunia, l’’homme qui prend si bien soin de l’orque Morgan, de déclarer que l’arrivée d’Adan était « une étape importante pour notre programme d’élevage et confirmait d’évidence le bien-être des orques accueillis par Loro Parque depuis 2006 « .

Une ritournelle familière ?

Adan est désormais le souffre-douleur de Morgan

 

“The Center for Whale Research affirme pour sa part qu’’une orque femelle en liberté ne donne naissance à un enfant que tous les trois ans, à partir de 13 ans.
En outre, selon le National Marine Mammal Laboratory, «les épaulards donnent généralement naissance à un enfant tous les 3 à 10 ans. »
A dix ans, Kohana a donc engendré deux bébés en l’espace de deux ans, bien plus tôt et et à un rythme bien plus soutenu qu’elle ne l’aurait fait à l’’état sauvage.

 On a également critiqué SeaWorld pour sa façon d’’augmenter la consanguinité chez ses orques.
Une chose qui n’arriverait jamais entre les membres d’’une même famille en liberté, où l’’inceste est tabou.

En février 2006, Loro Parque a réceptionné 4 jeunes orques louées par SeaWorld, parmi lesquelles Keto et Kohana.
Il faut savoir que TOUTES les orques de Ténériffe  restent donc sous le contrôle de SeaWorld, leur reproduction n’étant autorisées que par cette société commerciale.
Le capital génétique des orques de SeaWorld s’’est radicalement effondré au fil des unions consanguines, mais pour maintenir cette industrie du loisir en vie et la propager, il faut des orques, toujours plus d’orques, à n’importe quel prix !
Avec un nombre de cétacés qui diminue sans cesse dans les parcs, le manque de diversité génétique commence à faire des ravages.
Considérons l’arbre généalogique de Vicky, par exemple, qui est à la fois déroutant et fort inquiétant.

Keto est le père d’Adan, le premier enfant de Kohana. Il est également fortement suspecté d’être le père de Vicky, bien qu’’il puisse s’agir d’un autre mâle, Tekoa.
Prenez bien votre souffle parce que l’histoire tourne au délire ! Si le père de Vicky est Keto, Kohana, sa mère, est la fille de Takara. Celle-ci n’’est autre que la demi-sœur de Keto. Le père de Keto se nomme Kotar et il est également le grand-père de Kohana.
En bref, si l’’on en croit la généalogie, Kohana a été engendrée par son oncle !

Mais attendez, je n’’ai pas encore fini.
Kotar se trouve donc être le grand-père de Vicky du côté paternel (Keto) mais aussi son arrière grand-père du côté maternel (par le biais de Takara, la mère de Kohana)
Là où les choses se corsent encore plus, c’’est quand on sait que Vicky est lié par le sang à 21 des 26 orques de SeaWorld !

Keto "soigné" à Loro Parque

Keto, rappelons-le, a tué son dresseur à Loro Parque en 2009 et harasse aujourd’hui la petite Morgan

 

La seule orque mâle avec laquelle elle n’’ait aucun lien génétique est Ulises.
Ulises était considéré comme incapable de produire une descendance jusqu’au jour où il est devenu père d’’un enfant né en 2011 par le biais de l’’insémination artificielle.

En bref, il semble qu’il y ait beaucoup de consanguinité entre les orques de SeaWorld.
Et comme c’est le cas pour nombre de mammifères, qu’ils soient marins, humains ou autres, cette proximité génétique peut provoquer à terme une grande variété de problèmes psychologiques et physiques. Mais cela n’’aide pas non plus les orques quand ils sont malmenés.

Kohana a été enlevé à sa maman dès son jeune âge, ce qui signifie qu’elle n’’a pas bénéficié de l’expérience qui aurait pu faire d’’elle un mère, si elle était née en milieu naturel.
L’’inexpérience de Kohana peut clairement se voir en regardant la vidéo de la naissance d’Adan, puis en visionnant celle de Vicky.

Kohana rejette ses deux nouveaux-nés, parce qu’elle ne sait tout simplement pas quoi faire d’eux !
Plus étrange encore, cette photo originale de Vicky nous montre que l’’enfant porte une blessure au rostre.
Pourtant, une autre photographie, publiée ensuite  par Loro Parque, révèle que cette coupure a miraculeusement été guérie… ou simplement gommée par la magie de Photoshop !

Vicky à Loro Parque

 

D’après deux articles du Digital journal : 
« SeaWorld’’s New Orca Calf – a New Low in Their Inbreeding Program »
Loro Parque in Tenerife welcomes 2nd baby orca rejected by mom


 

Morgan