Communiquer avec les
Peuples de
l'Océan
Troisième Phase Alternative à la Captivité
des Dauphins
selon le Plan de Dexter Case
Antibes, 2020
Au Marineland d'Antibes, le grand jour est arrivé.
Le grand bassin central est vide. Il n'y a plus d'orques ici depuis longtemps.
Toutes ont été relâchées, mais les visiteurs familiers du lieu savent qu'en principe,
plusieurs dauphins vivent encore dans ces bassins énormes, désormais désertés
par leurs hôtes épaulards.
Ce matin, pourtant, aucun dauphin à voir, aucun dressage à suivre de loin. Rien que
des piscines vides.
Personne sur les gradins non plus. Toute une foule, en revanche, se regroupe à présent dehors, sur les rivages de la Méditerranée. Amassés le long de la plage,
debout sur leurs voitures ou montés sur des réverbères, des milliers de gens sont en
train de scruter le grand large en silence, le souffle suspendu.
Tout à coup, les premières clameurs montent : un groupe de dauphins sauvages vient de surgir à l'horizon.
Ils se rapprochent de la terre à grands sauts, soulevant
des gerbes d'écume blanche. Vu d'Antibes, on dirait une cavalerie marine fonçant
sus à l'ennemi ! Les caméras vrombissent, les flashs s'allument, des gens commencent à applaudir. On s'extasie devant ces créatures belles comme des torpilles grises,
luisantes, espiègles, qui bondissent comme des balles sur les flots d'azur.
Oui, c'est un grand jour, vraiment et depuis des semaines, on en parlait dans
le journal "Nice Matin".
Chacun sait désormais que les dauphins qui se dirigent vers le delphinarium ne sont pas tous
sauvages, loin s'en faut. Certains d'entre eux proviennent directement des
piscines du delphinarium d'Antibes, tels Malou, Eclair, Alizé et Manon,
qui sont nés dans
les bassins même mais aussi quelques autres, rapatriés de delphinariums
récemment fermés en Europe et ré-installés pour un temps à Antibes.
Au total, une petite dizaine de Tursiops captifs ont reçu une
préparation spéciale en vue de cette vaste opération baptisée "Mind Bridge".
Ils ont ainsi été progressivement réhabitués à nager au large des installations du
Marineland, grâce à un chenal spécialement conçu pour relier les bassins à la mer.
Mais surtout, grâce aux crédits de nombreuses universités françaises et américaines
et de divers instituts de recherche de renommée internationale, ils ont pu bénéficier
d'un programme d'apprentissage intensif de la langue dite " de Wayne Batteau".
Ces dauphins parlent avec les hommes. Ils poussent des sons appris, très simples et
courts et à l'inverse, on leur répond dans le même langage, grâce à des émetteurs
électroniques.
Le technicien leur parle dans un micro en français ou en anglais, selon le laboratoire,
mais les sons qu'il prononce sont transformés aussitôt en sifflements purs, chaque
syllabe humaine - ba, be, bi , bo, bu, ta, te, ti, to, tu, etc. - valant pour un nouveau
son artificiel.
L'ordinateur assure la conversion instantanée des sons dans les deux sens - des
sifflements vers les syllabes et des syllabes vers les sifflements - selon le protocole
mis en place par Wayne-Batteau dans les années soixante, au bénéfice de la US
Navy.
Ce sont ces sons purs électroniques que les dauphins entendent le mieux et qu'ils reproduisent le plus facilement et avec le plus de fidélité. On leur désigne
d'abord des objets, des images ou des séquences filées en vidéo en les nommant
clairement, en commentant l'action puis peu à peu, les concepts abstraits, les idées
et les sentiments sont introduits dans le vocabulaire et très vite, le dauphin acquiert
ainsi les rudiments d'un langage simple, une sorte de pidgin inter-espèce, qui rend le
dialogue possible.
Les cétacés apprenant vite, d'innombrables échanges inter-espèces eurent lieu entre
les derniers captifs et le personnel scientifique affecté au programme avant que la
décision de les relâcher ne soit prise.
Aujourd'hui, voilà plus de huit mois que nos dix dauphins ont quitté le Marineland
pour s'élancer tout joyeux vers la mer immense. Ils s'en reviennent de leur long
voyage, mais pas seuls : un clan entier de dauphins Tursiops de Méditerranée, soit
douze individus, les entourent et les suivent. Les vingt deux dauphins se mettent en file indienne. Ils passent le petit chenal et
pénètrent, de leur plein gré, tout ensemble, à l'intérieur du delphinarium !
Spectacle fou que de voir cette colonne de cétacés encore libres un instant plus tôt
et qui pénètre de son plein gré dans l'une des pires prisons qui ait jamais été
conçues pour eux, en ce lieu de contention où sont morts et où ont souffert tant
d'orques et de dauphins captifs, ici en France et partout dans le monde, durant des
décennies sans fin.
La foule s'est transportée jusque sur les gradins, pour assister à ce spectacle d'un
genre vraiment nouveau. Tout le monde s'extasie devant le beau bébé de huit mois
qui accompagnent le groupe et devant ces dauphins sauvages, sombres, farouches, qui tournent dans l'ancien bassin des orques.
Les
dauphins captifs, eux, se laissent nourrir avec des petits couinements de bonheur puis
invitent leurs compagnons amenés du large à se joindre au festin de petits poissons
vivants qu'on leur jette dans le bassin.
Les scientifiques humains, de leur côté, s'affairent autour des appareils de communication :
computer, micros haut-parleurs, toute une batterie d'engins électroniques sophistiqués a été mise en place depuis plusieurs années dès les premières séances d'apprentissage.
- Malou ? Malou, tu m'entends ? "
Le technicien chuchote dans son micro en français. Mais au lieu d'une voix humaine,
ce sont des sifflements très brefs qui sortent des baffles sous-marins, tandis qu'à
l'inverse, de nombreux micros disséminés dans le bassin captent les sons émis en
réponse par les dauphins, maintenant tous regroupés en formation attentive, comme
s'ils dormaient, au milieu du bassin central.
Alors, le miracle se produit, non pas tant pour l'équipe de recherche, qui dialogue de
cette manière avec les cétacés depuis près de cinq ans, mais pour le public convié
pour la première fois à cette expérience : la voix de la " vieille " Malou - elle vient de
fêter ses trente deux ans - leur revient du fond du bassin. Tous peuvent d'ailleurs la voir plantée devant le micro subaquatique, queue dressée,
rostre posée sur l'engin et sa voix, transformée par l'ordinateur et reconstituée à son
tour en phonèmes humains, qui prononce :
- Cinq sur cinq, Ken ! Tout s'est passé comme prévu ! On vous ramène le Clan des
Foudres-Vagues : ses émissaires sont les doyennes Pluie/° Fine, Nuage/° Bas et
Vent/Surface* .
Leurs cœurs se réjouissent d'entrer en contact avec nous, disent-elles, elles sont
prêtes à nous parler de leur nation, de leur langage et de leurs coutumes et
elles ont hâte d'en savoir plus sur nos Cités derrière les plages.
Elles disent aussi que le Grand Animal Humain, ce Terrible Manipulateur d'Outils, a
mis bien longtemps à comprendre que les dauphins AUSSI étaient un peuple et qu'il
fallait leur parler, et non pas les pêcher comme s'ils étaient des poissons. C'est ce
que les Doyennes disent, Mike, c'est ce qu'elles viennent de me dire !"
- "Super ! Merci Malou ! Vous avez du sacré bon boulot ! " fait la voix de l'opérateur
en mode aérien, " Pour le moment, prenez du repos, mangez, jouez, amusez-vous. Nous commencerons les premiers échanges culturels cet après-midi, si cela vous
convient !"
" - Impeccable, Mike ! A tout à l'heure ! "
Un simple chenal jusqu'à la liberté
Ce scénario, qui fleure bon la Science
Fiction et les romans de David Brin, est pourtant sérieusement envisagé par le chercheur Ken Levasseur, un ancien associé du Dr
Louis Herman, sous l'intitulé de
"Dexter Case Third Phase Alternative to Dolphin Captivity"
Il faut souligner en premier lieu à quel point un tel programme peut satisfaire tout à la fois les activistes qui
luttent pour la liberté des dauphins et l'Industrie du Delphinarium.
Loin de faire fermer tous les parcs marins existants, l'idée consiste bien
plutôt à regrouper l'ensemble des dauphins captifs (sans doute plus de
3.000 aujourd'hui, selon les dernières estimations) dans les delphinariums construits au bord de l'océan.
Et chacun sait que ce genre de structures ne manquent pas!
Le Marineland d'Antibes, Gulf World en Floride, Nagoya au Japon et bien d'autres encore répondent aux exigences
précises de Ken Levasseur : un simple chenal creusé sur quelques mètres
permettrait aisément de relier les bassins à la mer.
Les dauphins "ex-captifs" pourraient en sortir et y rentrer à
volonté mais, puisqu'il s'agit "d'animaux" doués de raison et de langage, on obtiendrait
facilement d'eux qu'ils demeurent volontairement parmi nous durant les périodes convenues, afin de faire progresser la
compréhension entre nos deux nations.
Accepteront-ils ce type de contrat ? Sans aucun doute.
Les exemples ne manquent pas où les
dauphins collaborent spontanément avec l'homme, dès lors que leurs intérêts
convergent.
Ainsi que le rappelle
Dominique
Lestel dans son excellent ouvrage "Les Origines Animales de la Culture " publié chez Flammarion
:
"Des techniques de chasse qui s'effectuent en coopération avec des pêcheurs humains depuis trois
générations se sont établies sur la côte brésilienne de Laguna, en suivant un processus très strict. Seuls les petits dont la mère a été impliquée dans cette pêche y
participent eux-mêmes.
Un tel comportement coopératif entre dauphins et pêcheurs humains n'est d'ailleurs pas unique. Il se
retrouve sous des formes différentes, en d'autres endroits du monde, par exemple à
Myanmar, sur la rivière Ayeyarwady avec les dauphins Irrawaddy ou en Mauritanie ".
Le fait que des dauphins puissent accepter de nous rejoindre spontanément après six mois de liberté n'a rien non plus d'illusoire : au
Dolphin Research Center, par exemple, les captifs
sont supposés pouvoir sortir en mer quand bon leur semble et s'en revenir spontanément chez leurs alliés humains, dans la mesure où la nourriture, qui se fait rare au large, est fournie par le centre. Les dauphins ambassadeurs ne font pas autre chose, qui vont, viennent, et retournent sans cesse vers leurs amis terrestres, sans même que l'alibi de la nourriture soit présent.
Quant au fait de ramener des dauphins libres parmi les humains, là encore, le comportement est fréquent chez les dauphins "ambassadeurs" tels que
Jojo aux Iles Turks et Caïcos ou bien
Oline en Mer Rouge.
Il est clair que dans ce contexte, l'idée de Ken Levasseur pourrait parfaitement faire l'objet d'une mise en œuvre pratique. Avec quelles conséquences ?
Inimaginables, sans doute.
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Au plan philosophique
ce mode de penser neuf ne peut évidemment que faire évoluer le nôtre.
Quand nous dialoguons avec Washoe ou
Kanzi, ce qu'ils nous disent nous émeut : nous retrouvons dans leurs désirs
simples, leur innocence et leur gentillesse, un mode de pensée primate qui est aussi le nôtre. Les grands singes sont notre reflet, leur monde sensoriel et affectif est en tous points semblable au nôtre et ce qu'ils peuvent nous enseigner nous en apprend surtout sur nous-même.
En revanche, si le dauphin est bien un mammifère sur le plan organique, son univers est prodigieusement "exotique " par rapport au nôtre et les concepts qu'il manie ne le sont sans doute pas moins. On pense maintenant que les cétacés descendent d'ancêtres bovidés et que leur cerveau serait bâti sur le modèle des hérissons. Leur audition est celle d'une chauve-souris, leur rétine voit d'autres couleurs et leur mode de vie en "bancs " est celui du poisson, dont ils ont par ailleurs imité d'autres stratégies.
Voilà donc un être bien étrange, dont paradoxalement, les valeurs morales et la capacité au bonheur semblent plus "humaines " que les nôtres.
Quels peuvent être ses légendes, ses sagas, son histoire et ses dieux, s'il en a ?
Quel regard peut-il porter sur notre monde humain ?
Ce n'est certes pas pour rien que les chercheurs du
Projet SETI se sont tournés
- et se tournent encore - vers eux quand il leur faut mettre au point une langue
adaptée aux besoins des Extraterrestres...
Depuis toujours, les cultures différentes se sont enrichies en se découvrant l'une l'autre.
Grecs et Latins, Francs et Arabes, Occident et Orient ont évolué en fusionnant vers plus de connaissance et d'ouverture au monde. Il est possible que les recherches de
Vladimir Markov ou de Denise Herzing annoncent à cet égard une ultime et salutaire révolution copernicienne : oui, il existe une Autre Intelligence, des créatures dotées comme nous d'un vrai langage et de raisonnement, des êtres aussi civilisés que nous le sommes. Elles ne vivent pas sur Mars ou sur Titan ou sur quelque planète extra-solaire, mais tout près de nous, dans les océans...
Pourquoi les tuons-nous, dès lors ? Pourquoi capturons-nous leurs mères et leurs enfants afin de les confiner dans des delphinariums ? C'est un autre mystère, propre à l'espèce humaine...
On trouvera dans le site de Ken Levasseur tous les détails pratiques nécessaires
à la mise en oeuvre immédiate de cet étonnant "Dexter Case Third Phase Alternative to Dolphin
Captivity"