Eclair : vie et mort d’un dauphin né captif à Antibes

u

Eclair, mort en cachette en janvier 2015. Ici avec un tuyau enfoncé dans la gorge, lors d’un intubage quotidien d’eau douce. Photo Rui Mendez

 

Eclair : vie et mort d’un dauphin né captif à Antibes

Eclair était un jeune dauphin mâle à la peau claire, né en captivité le 13 septembre 1990 des oeuvres de Joséphine (décédée) et de Oum (décédé).
Il connut son premier dressage entre 6 et 36 mois, quand l’allaitement allait céder la place à de la nourriture solide. Les soigneurs ont aussitôt pris le relais pour la phase du sevrage, de sorte que le delphineau comprenne bien d’où venait le poisson et ce qu’il fallait faire pour le mériter. Ce n’est pas sa mère qui devait lui apprendre.
(En liberté, à Sarasota, le sevrage se situe entre 2 ans et demi et 8 ans, mais  la majorité des enfants passent à la nourriture solide lors de leur 4eme anniversaire. Leur mère leur effrite alors des morceaux de poisson pour qu’ils puissent le consommer facilement). 

Les contacts mère-enfant étaient volontairement espacés.
De manière assez cynique, la permission de  retrouver son bébé était donnée à Joséphine comme un « renforcement positif de première catégorie ».
L’amour maternel l’emportant sur la faim, cela faisait un excellent moyen de contrainte. Joséphine comprenait également qu’il était dans son intérêt de faire obéir son fils aux ordres du dresseur.

Comme tous les enfants de cet âge, les très jeunes nés captifs ne peuvent concentrer leur attention sur une tâche bien longtemps.

Ils nagent partout dans le bassin, au beau milieu du show et distraient les adultes. Il faut donc tenir ces bambins espiègle à l’oeil et décourager chez eux toute initiative personnelle.

phot-bebe-dauphin---mention-marineland0

Malou et sa fille Nala , née en 2010. Eclair était le papa.


 


Le Marineland d’Antibes nous répète à l’envi que les captures ont pris fin depuis les années 90 et qu’il ne détient que des dauphins nés-captifs, donc heureux.
Il oublie que 2 de ses femelles viennent de Floride et la 3eme de Cuba. Il ne précise pas non plus que les heureuses naissances sont souvent étroitement consanguines, voire incestueuses et que les enfants meurent de ce fait en grand nombre au bout de quelques jours. Lorsqu’ils parviennent à survivre jusqu’à 15 ou 20 ans, leur vie n’est en rien meilleure que celle de leurs aînés « fondateurs ».

eclair-11

«Eclair était si gentil, mais tellement malmené par les cadences hallucinantes des spectacles et du nombre d’interactions qu’il a du faire au bassin spectacle . Il arrivait même aux dresseurs de lui donner moins à manger si des VIP été prévu. Il n’a jamais pu être heureux. Il passait beaucoup de temps dans le coin du bassin et ne venait que lorsque la faim le tenaillait. Un jour, il a contracté une infection. On l’a bourré d’amoxiciline en grande quantité, ce qui le rendait très faible, mais on lui faisait quand même exécuter les shows, car il disposait de comportements dans son répertoire que les autres n’avaient pas. But the show must go on… » . Texte et photo Rui Mendez



Eclair était lourdement médicamenté.
Il lui arrivait de tomber en syncope sous l’effet du Valium et de rouler verser sur le côté, la bouche entrouverte immergée dans l’eau, le regard perdu dans le vague.
Le dresseur tentait alors de faire croire au public que c’était là un tour nouvellement appris. Il écartait les bras en geste de victoire et la foule applaudissait le dauphin drogué.

Eclair avait l’humeur changeante.
Certains jours, il était tout content de revoir son soigneur, surtout au terme de ces interminables nuits, 8 heures de « sommeil » sous les projecteurs, dans un bassin minuscule à tourner en rond. Le spectacle était alors pour lui un exécutoire, une façon de faire exploser toute son énergie concentrée.

D’autres jours, il semblait désabusé, loin de tout, sans espoir.
Mais qu’aurait-il pu espérer ? Il n’avait jamais connu que ces murs, ces bassins, ces barrières et ces chaînes.
En revanche, son corps conçu pour nager vite et loin, son cerveau surpuissant connecté à des sens d’une finesse inouïe, ses gènes de dauphin Tursiops,  lui disaient qu’il y avait autre chose. Un Ailleurs. Une autre façon de vivre que de refaire chaque jour les mêmes shows, les mêmes entraînements, les mêmes séances médicales, tous les jours, toute l’année, jusqu’à la mort. Une chose bizarre dont sa mère se souvenait et qu’elle appellait la « Liberté », ou parfois « l’Océan », une piscine tellement immense qu’on n’en voyait pas la limite…

Eclair s’est éteint d’un cancer de la prostate en février 2015.
Comme un petit vieux. Ses propriétaires n’ont pas jugé bon de signaler sa mort, pas plus que celle de Mila en janvier. Il a presque fallu leur extrorquer des aveux pour qu’enfin, le jour de la Manifestation contre le Marineland en juillet 2015. Jon Kershaw se résolve à lâcher, en guise d’épitaphe :
– «Eclair est mort en février 2015 d’un cancer de la prostate, Mila-Tami en janvier 2015 d’une occlusion gastrique provoquée principalement par des matières végétales. Alizé est toujours là, dans le bassin à spectacles, je viens de lui dire au revoir avant de partir. Quand vous travaillez avec un animal qui vit moins longtemps que vous, forcément, un jour ou l’autre, vous avez affaire à la mort. Nous avons chez nous plus de 3.000 animaux, donc il y a des morts tout le temps. Le taux de mortalité chez nous est de 100%, inévitablement. Mais personne ne vous parle des 5 naissances que nous avons eu l’année dernière… »

C’est vrai, après tout ! Un dauphin de plus ou de moins, quelle importance ?
Le public ne s’en rend même pas compte !


4791_88938539649_7342478_n

Eclair est mort en février 2015. Photo Rui Mendez


Le dortoir des dauphins à Marineland

Les dimensions de ce bassin sont de 11 mètres de diamètre pour 3 mètres 50 de profondeur.
Les lumières restent allumées toute la nuit, toute l’année. Il n’y a jamais de vrai repos.
Les 8 heures de « sommeil» des dauphins se passent à tourner en rond. On comprend que le lendemain matin, accéder au bassin de spectacle est considéré par eux comme une récompense.
En mer, les dauphins flottent côte à côte en avançant doucement au gré des vagues. Même la nuit, ils ne dorment que d’un oeil et par courts intervalles, lors de siestes d’une vingtaine de minutes ou plus. Ils sont souvent très actifs pendant la nuit, car ils chassent alors les calmars ou certains poissons qui remontent à la surface après le coucher du soleil.


Lire :

2 dauphins morts, un disparu au Marineland d’Antibes

 

eclair-mars-2015

Sur Marineland TV, on chantait encore le bonheur d’Eclair au mois de mars. Il venait de mourir le mois précédent.