l'enrichissement environnemental
des éléphants au zoo
une fausse piste ?
D'après un article de P.A. REES
"ARE ELEPHANT ENRICHMENT STUDIES MISSING THE POINT?"
Depuis quelques années, les éléphants des zoos ont fait lobjet de nombreuses tentatives d'enrichissement environnemental. La plupart de ces recherches, rapportées dans la littérature spécialisée, impliquent généralement l'utilisation de dispositifs de distribution de la nourriture, afin de rendre plus complexe leur processus dalimentation.
Au Zoo de Sand Diego, par exemple, des blocs de glace contenant des fruits ont été produits à l'aide d'une poubelle à ordures utilisée comme moule (Hartnett, 1995).Au Metro Washington Park Zoo (Portland, Orégon), du beurre d'arachide a été répandu parmi les racines des troncs d'arbre, tandis quau Zoo de Zurich, des arachides ont été cachées sous des pierres afin de d'amener les éléphants à fouiller la terre comme ils le font en milieu naturel. (Wiedenmayer, 1998).
D'autres projets d'enrichissement utilisent des boules de nourriture, des bûches, des pneus, des potirons, des brosses, de la terre et du sable, ou encore des carottes cachées sous le sol. (Green, 1993 ; Haight, 1993 ; Gilbert, 1994).Certaines de ces techniques alimentaires sont certes parvenues à augmenter l'activité globale des captifs et à réduire pour un temps leurs comportements stéréotypés. Mais sont-elles adaptées aux vrais besoins des éléphants ?
Les éléphants sont, on le sait, des créatures profondément sociales.
Or, pour ces pachydermes cloîtrés dans les zoos et dont la plupart ont été arrachés de force à leurs sociétés dorigine, l'enrichissement environnemental le plus efficace semble être tout simplement....la présence d'autres éléphants !
L'importance des contacts sociaux chez les éléphants est une évidence scientifique bien connue.
En milieu naturel, la «société éléphant» est essentiellement dominée par les rapports très forts noués entre les femelles (Douglas-Hamilton and Douglas-Hamilton, 1978; Moss, 1988; Sukumar, 1994).
On a observé des relations semblables et de très forte intensité parmi les éléphants captifs.
Schmid (1994) a souligné l'extrême importance pour les éléphants de pouvoir choisir leurs partenaires sociaux.
Elle a constaté que 16 éléphants de cirque sur 23 maintenus dans des enclos ont échangé aussitôt des contacts sociaux fréquents avec un autre animal qu'ils nauraient pu atteindre lorsquils étaient entravés dans leurs chaînes.
Lors dune étude menée sur trois groupes différents déléphants de zoo, Garai (1992) a observé l'existence de rapports spéciaux entre plusieurs femelles éléphants originaires dAsie, en se basant sur une analyse de leur proximité spatiale, sur leurs réactions spécifiques au moment du réveil, sur leurs vocalisations particulières et surtout sur labsence de comportement agonistique.
Ces études démontrent, s'il en était besoin, que non seulement que les éléphants se doivent d'interagir les uns avec les autres pour se sentir heureux mais qu'ils créent aussi entre eux des liens très intenses, d'authentiques relations de «personne à personne».
Les éléphants qui sont en relation damitié très étroite peuvent exécuter de longues cérémonies de salutation et de retrouvailles, même sils nont été séparés que pendant peu de temps.
Ce type de cérémonies peut se produire chez certains éléphants captifs plusieurs fois par jour, même lorsque leur compagnon na été perdu de vue que pendant quelques heures.
Les naissances de bébés au zoo constituent sans doute l'enrichissement comportemental le plus significatif pour des éléphants en captivité.
Ces heureux événements fournissent aux adultes des occasions de déployer une gamme infinie de comportements étonnants, parmi lesquels le maternage intensif, les punitions pour mauvaise conduite et les jeux avec lenfant. (Lee, 1987; Rapaport and Haight, 1987; Rees, in press).
Garder des éléphants mâles avec des femelles et leur progéniture offre dès lors une occasion unique aux adultes de s'engager dans une relation affective et sexuelle, sous le regard attentif de leurs enfants qui participent avec passion à ce pandémonium reproductif. Il sagit dun comportement typique chez les éléphants libres !
Les adultes captifs faisant partie dun «troupeau» au sein duquel des bébés viennent de naître, forment également des cercles protecteurs autour des bébés, dès lors quils perçoivent des bruits inhabituels ou des événements peu communs, comme ils le font en nature libre.
(Douglas-Hamilton et Douglas-Hamilton, 1978 ; Mousse, 1988).
Les appareils à nourriture et autres dispositifs d'enrichissement (comme celui dont on a doté récemment Maggie, l'éléphante africaine gardée solitaire au fin fond de l' Alaska et qui, pour s'occuper, joue aussi de l'harmonica et fait de la peinture ) peuvent sans doute réduire pour un temps des comportements stéréotypés, mais ceux-ci seront souvent remplacés par dautres comportements également anormaux.
Les contacts sociaux, tels que faire la cour à un éléphant de sexe opposé, jouer ou combattre réduisent quant à eux de manière drastique la fréquence des comportements stéréotypés indésirables.
Mas ils ne sont accessibles quaux rares éléphants qui ont la chance de vivre au sein de groupes élargis.
Trop de zoos gardent encore des éléphants solitaires ou en groupes réduits.Ces animaux sont soit totalement privés de tout contact social avec des gens de leur espèce, ou ne bénéficient que déchanges très limités avec eux.
La base de données relative aux éléphants dAsie (International Species Information System/ISIS) nous apprend qu'en l'an 2000, 481 éléphants étaient maintenus en captivité dans 135 zoos autour du monde.
Un cinquième de ces zoos ne possédaient quun seul éléphant et presque un tiers dentre (31%) nen détenaient que deux.
Un certain nombre de ces établissements associaient d'ailleurs dans un même enclos des éléphants dAsie et d'autres venus dAfrique.Plus de 80% de ces zoos ne possèdent que de petits troupeaux composés de cinq animaux maximum. Les plus grands troupeaux relevés par lISIS regroupent 15 éléphants.
Ils se trouvent au Zoo d'Emmen (Pays Bas), au zoo de Karl Hagenbeck (Hambourg, Allemagne) et à lHawthorn Corporation (Grayslake, Illinois, Etats-Unis).
Le meilleur «enrichissement de la captivité» que lon puisse rêver pour les éléphants est donc . de leur fournir encore plus dautres éléphants, des deux sexes et tous les âges !
Hélas, seule une infime partie des zoos qui gardent des éléphants peut leur offrir ce bonheur, en dépit du fait que nos connaissances à propos de la vie mentale et culturelle des éléphants sest enrichie de manière phénoménale au cours de ces 20 dernières années.
Il est clair quà la lumière des ces nouvelles connaissances relatives au comportement social complexe de ces pachydermes, les zoos devraient sentendre pour ne garder des éléphants quen petit nombre mais réunis en grands troupeaux.
Ceci augmenterait assurément le potentiel de reproduction de la population captive, mais permettrait aussi doffrir aux éléphants captifs une meilleure qualité de vie mais aussi la conservation minimale de leurs cultures propres.
Certains osent affirmer que les dressages et autres spectacles de cirque pourraient constituer des modes d'enrichissement environnemental valables pour les éléphants mais aussi pour les dauphins.
Qu'on en juge après avoir vu cette terrible vidéo ...
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