Femke, Ekinox et le syndrome de Cushing

 

Femke, Ekinox et le syndrome de Cushing

Le Parc Astérix communique bien.
Mieux que Planète Sauvage, en tous cas, et plus finement que le Marineland. Il explique. Il se justifie.
La raison en est simple : son équipe dirigeante comporte de véritables spécialistes des dauphins. Et c’est ce qui rend leur gestion d’un delphinarium d’autant plus scandaleuse.

Car Fabienne Delfour et Birgitta Mercera ne sont pas, elles, d’anciennes gestionnaires de Clubs Med dubaïtes, comme chez Marineland, ni des éleveuses de singes pour les laboratoires, comme à Nantes. 
Non, ces deux personnes connaissent parfaitement la littérature scientifique et ne manquent pas d’expérience de terrain, puisque souvent, par la grâce d’une étrange dissonance cognitive, elles s’en vont voir nager les dauphins libres dans les eaux bleues et profondes de l’île Maurice ou des Bahamas.

Aussi peut-on être surpris  de lire, sur le site du delphinarium, un texte dont le but est de nous rassurer sur l’état de santé de Femke.
En deux mots, on sait que cette malheureuse a pris énormément de poids depuis quelque temps. Elle flotte également beaucoup en « radeau » comme on dit dans le métier.  Ce comportement pourrait laisser à penser qu’elle souffre de dépression, ce que le Parc Astérix récuse évidemment.
Dans la langue de bois des delphinariums, il est d’office exclu de faire référence à quelque état d’âme que ce soit chez un dauphin.
Tout symptôme de mal-être, tout dysfonctionnement comportemental ne peut trouver son origine que dans une cause physique.
Cette attitude a été poussée jusqu’au-delà du ridicule par l’Aquarium de Vancouver, qui se refuse toujours à expliquer le décès d’une mère par le chagrin que lui causait celui de sa fille. L’Aquarium cherche encore le virus.
Or donc, malgré les vidéos accablantes publiées par One Voice, le Parc Astérix prend la peine de nous expliquer que tout va très bien pour Femke !

« Si vous êtes venus récemment au Delphinarium, vous avez probablement noté qu’un dauphin se distinguait des autres : il s’agit de notre femelle Femke, âgée de 37 ans.
Après avoir passé 22 ans dans un delphinarium au Pays Bas, elle est arrivée en juin 2008 au Parc Astérix. (…)
En 2010, Femke a eu son premier petit, un mâle nommé Ekinox. Elle était une mère très attentive, s’occupant sans relâche de son petit. Elle n’acceptait pas que les autres femelles l’aide en « baby-sittant » Ekinox, bien que ce comportement soit très fréquent chez les grands dauphins. Ekinox grandissait bien sous la surveillance sans faille de sa mère.
Comme tous les jeunes, Ekinox s’est progressivement éloigné de sa mère et vers trois ans il appréciait plus de jouer avec les autres jeunes mâles du groupe qu’avec sa mère.

A six ans, Ekinox était un grand et très beau dauphin indépendant de sa mère depuis deux ans, il était donc temps de lui trouver un nouveau groupe de dauphins afin d’éviter un accouplement avec sa mère quand il aurait atteint la maturité sexuelle ».

 

Parc Astérix. Photo Visiteur-XYZ

En liberté, AUCUN dauphin ne copule avec sa propre mère, jamais.
Ni avec ses sœurs ni avec aucun membre de sa propre famille. Il s’agit d’une société exogamique où l’inceste est proscrit. Si les jeux sexuels peuvent sembler assez « détendus » entre membres d’un même groupe, comme chez les bonobos, ils ne mènent jamais à un accouplement.

Quant aux dauphins mâles, ils atteignent leur  maturité sexuelle non pas à 6 ans mais bien entre 9 et 14 ans
En mer, il est exact que les premières bandes d’amis se forment entre 3 ans et 6 ans et que les jeunes aiment à rester ensemble.
C’est même une phase essentielle de leur développement, car il s’agira pour les mâles de s’associer au sein d’un première alliance avec des compagnons qu’ils fréquenteront toute leur vie. Les filles, quant à elles, feront déjà connaissance avec les plus séduisants d’entre eux, mais elles entendent bien rester auprès de leur mère et peut-être, fonder un jour leur propre pod.
Tous retrouvent régulièrement lors de chasses en commun ou d’autres événements collectifs, et ce tout au long de leur vie, puisque les dauphins Tursiops détenus dans nos bassins proviennent tous de populations résidentes territoriales du Golfe du Mexique ou des Caraïbes. Ces dauphins-là ne se séparent donc jamais vraiment, même s’ils ne se voient pas tous les jours.
Mais chaque dauphin a un nom et tous ont bonne mémoire : en captivité, ils peuvent reconnaître la voix d’un ancien compagnon disparu depuis 20 ans !

 

Femke en 2017 – La prise de poids peut également être liée à des troubles de l’alimentation, dus au stress ou de la boulimie névrotique. Photo Parc Astérix


« Aux environs de Noël 2016, les soigneurs ont noté que Femke commençait à grossir et à se mettre plus souvent en repos en surface.
En janvier 2017, sa morphologie a changé et les soigneurs ont alors été convaincus que quelque chose n’allait pas. Cinq vétérinaires européens, spécialistes de mammifères marins, ont été contactés et un examen médical poussé a été fait. Les analyses n’ont rien trouvé. Soigneurs et vétérinaires associés à des laboratoires internationaux ont entrepris de longues recherches afin de comprendre ce qui se passait pour Femke.

Début avril 2017, tous les efforts ont porté leur fruit et un diagnostic a été posé par les plus grands spécialistes du domaine : Femke est atteinte du  syndrome de Cushing, autrement dit, son organisme produit trop de cortisol qui engendre des gonflements caractéristiques de cette maladie. Ce syndrome est très commun chez les vieux chiens, les vieux chevaux et même chez l’homme.
Chez les dauphins, il y a seulement un cas connu dans le monde
(celui de Femke ?)Depuis avril, Femke bénéficie d’un traitement personnalisé et évolutif qui vise à diminuer la production de cortisol ».

Nous savons par une autre source que Femke a failli mourir d’une pancréatite aiguë lorsqu’elle était encore détenue par le delphinarium de Harderwijk en 2006, soit 2 ans avant son départ.
La presse hollandaise raconte :
« Femke a été nourrie et abreuvée à la sonde pendant deux mois dans le bassin hôpital, entre la vie et la mort. Le traitement restait à inventer. Niels van Elk, vétérinaire du Dolphinarium, a constaté que presque rien n’était décrit dans la littérature spécialisée sur l’inflammation du pancréas. Il n’a pas hésité à demander conseil à des collègues en Californie, mais il a consulté aussi un hôpital pour humains !  Cela l’a conduit à créer un régime de « Blauwe Weiting » un poisson blanc qui pèse moins sur le pancréas, ainsi que des antibiotiques et de la vitamine E. Pendant un temps il semblait y avoir peu de progrès, mais à partir de la mi-août 2006, Femke s’est rétablie.
À notre connaissance, c’est le premier dauphin captif au monde à survivre d’une pancréatite ».

L’histoire ne dit pas comment cette maladie plutôt exceptionnelle avait pu survenir.
Etiologie alimentaire ? Excès de médications hormonales pour tenter de faire se reproduire Femke à tout prix ?  C’est possible.  La reproduction est, on le sait, un enjeu majeur pour la survie des delphinariums, privé de captures depuis les années 90. 
Quoiqu’il en soit de cette maladie bizarre, attestée nulle part dans la littérature anglo-saxonne, Femke y a donc survécu grâce à ce « régime spécial », que les vétérinaires du Parc Astérix se sont sans doute appliqués à lui fournir aussi.
Pourtant, c’est peu après le départ de son fils unique que le mystérieux syndrome de Cushing a justement frappé Femke !

 

Femke et Ekinox.

Femke avait sans doute attendu ce bébé plus qu’aucune autre delphine du bassin, car sa maladie – jamais attestée en mer – l’en avait empêchée.
Comme Freya l’était avec Valentin, Femke était particulièrement attaché  son enfant et c’est d’ailleurs une caractéristique qui figure toujours, non sans ironie, sur son bulletin d’identité. C’était le seul vrai membre de sa famille.
Ne peut-on vraiment pas admettre que toute mère dauphin digne de ce nom se soucie de son fils au-delà de sa prime enfance et qu’elle ressent du chagrin lorsqu’elle en est séparée de force ?  Tout sentiment maternel aurait-t-il subitement quitté de l’esprit de Femke dès que son fils Ekinox atteignait l’âge de 5 ans pour être expédié en Grèce avec Naska ?

Non, bien sûr. Et cela, les gestionnaires du parc Astérix le savent parfaitement.
Pourquoi ne disent-ils pas la vérité ? Au nom de quel idéal  ? La conservation de leur métier d’esclavagiste en grave danger d’extinction ?
Pourquoi ne tournent-ils pas le dos à cette industrie criminelle, eux qui connaissent mieux que personne les souffrances et l’ennui abyssal de leurs détenus, privés de tout ce qui fait d’eux des dauphins ?

Enfin, pourquoi n’avons nous pas eu droit à une fiche similaire à propos de Aïcko ?
De quoi est-il mort ? De la maladie de Cushing aussi ?
Difficile à dire, bien sûr, puisque son corps émacié et couvert de blessures a été livré à l’équarrissage avant toute autopsie…

 

La violence dans les bassins et les maladies de peau..  Le lot de tous les captifs.


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