Globicéphales en captivité: l’histoire d’Argo et de Bimbo

L’arrivée d’Argo

Globicéphales en captivité: l’histoire d’Argo et de Bimbo

« Ce lundi 19 mars 2012, SeaWorld San Diego a souhaité la bienvenue à un jeune globicéphale mâle âgé de 10 ans. Pesant plus de 540 kilos et mesurant quelque trois mètres cinquante, Argo est arrivé à l’aéroport californien à 5 heures du matin, dans un avion de transport FedEx. Dès 7h 30, le cétacé se trouvait déjà dans un bassin de Sea World », selon les déclarations du porte-parole de cette entreprise, David Koontz.

Toujours selon le porte-parole du parc marin, Argo fut découvert échoué sur une plage, non loin de la ville de Kamogawa, Japon, en janvier 2004. Les garde-côte japonais avaient alors tenté de remettre le globicéphale en mer mais celui-ci n’avait de cesse que de se ré-échouer.

Face à une telle obstination, l’animal fut amené au Sea World de Kamogawa, lequel, malgré son nom, n’appartient pas à la chaîne de delphinariums américaine. L’animal y fut soigné durant plusieurs années et déclaré inapte à retrouver jamais la vie sauvage. C’est pourquoi le parc marin japonais a demandé à son homologue de San Diego de bien vouloir prendre soin d’Argo sur le long terme, de sorte qu’il puisse être en contact avec d’autres globicéphales.

David Koontz a encore précisé :
« Argo va avoir l’occasion de vivre avec des animaux de son espèce, ce qui est extrêmement bénéfique pour lui puisque les « baleines pilotes » vivent en groupes ».

 

Les dresseurs espèrent présenter Argo aux autres globicéphales dans les prochains jours, mais ils doivent d’abord être sûr que l’animal est prêt. Les globicéphales actuellement présents au Sea World San Diego sont les femelles Bubbles, 49 ans et Shadow,32 ans, ainsi que le mâle Sully, dont l’âge est estimé entre 3 et 5 ans ».

Globicéphale esclave à Sea World San Diego

Sea World San Diego : le show des globicéphales

Voilà ce que dit la bonne presse. Et c’est une belle histoire que l’on aimerait pouvoir croire.
Or donc, un globicéphale se serait opportunément échoué devant les portes même du sinistre SeaWorld de Kamogawa, Japon.
N’écoutant que leur bon coeur, les gentils gardes-côtes firent tout leur possible pour le remettre en mer et lui rendre la liberté mais, hélas, hélas, ce cher Argo – puisque c’est le nom que l’on donna à ce cétacé – s’obstinait à revenir s’échouer sans fin.
On emmena donc le pauvre animal dans le bassin du Sea World local, bien connu pour les soins jaloux qu’il prodigue à ses pensionnaires. Sans doute notre ami Argo manifestait-il déjà les premiers signes d’une agonie annoncée du fait de sa solitude qui durait de plus de huit ans, mais l’histoire veut que le Kamogawa Sea World finit par demander alors à son grand cousin américain, la Maison-Mère de tous les Delphinariums, de bien vouloir le prendre en charge.

Cette touchante attention enrichit donc aujourd’hui le parc d’attractions californien d’un nouvel esclave de dix ans, promis à une vie courte, sinistre et confinée.
Et sans doute conflictuelle, puisque le petit mâle Sully va devoir s’accommoder de la présence d’un nouvel adulte de poids, qui ne lui laissera que peu de chances de s’approcher des femelles et le rossera d’importance, dans l’ambiance promiscuitaire et tendue qui règne en bassin.

Quant aux aimables mensonges que nous distillent M. Koontz, il ne faut pas être bien malin pour les percer à jour.
Argo a très certainement été capturé lors d’une pêche (sanglante?) et son transfert aux USA n’est autre qu’une commande en bonne et due forme, avant qu’effectivement, il ne crève de solitude au Japon.
Trop jeune pour se reproduire, le petit Sully ne fait pas l’affaire. On manque manifestement d’un bon reproducteur aux gènes tout neufs, issu de l’océan. Quant le chiffre d’affaires bat de l’aile, le delphinarium de Bruges vous le dirait mieux que quiconque, rien de tel qu’un joli bébé pour faire craquer les foules et bondir le chiffre d’affaires…
Le porte-parole de Sea World néglige aussi de rappeler que de nombreux globicéphales ont déjà goûté au bonheur d’être accueilli dans les bassins de Californie. 20 d’entre eux y ont trouvé la mort.

Et l’un des tout premiers, une femelle capturée en 1964 y noya même son propre enfant sous l’oeil indifférent du vétérinaire de l’époque qui déclara froidement : « Il n’est pas rare que les cétacés captifs tuent leur progéniture en bassin ». 
On peut comprendre…

globicéphales libres

Globicéphales libres

En 2012, 13 globicéphales étaient détenus dans 8 delphinariums.

Bubbles III, femelle capturée le 6 septembre 1966 , Shadow,  femelle capturée le 10 décembre 1982, Sully, mâle « sauvé » le 16 juillet 2009, Argo, mâle « sauvé » en 2004 au Sea World San Diego.

Fredi, femelle sauvée le 06 mai 2011 et soufrant d’une scoliose (Sea World Orlando)

– 300, encore une femelle échouée expéditivement jugée non-réhabilitable sauvée le 06 mai 2011 et expédiée pour exécuter des numéros de cirque au Sea World d’Orlando. On appréciera notamment le spectacle du dresseur filant à toute vitesse sur le dos de deux dauphins. Très pédagogique, très naturel comme comportement ! Espérons que 300, avec sa scoliose, ne devra pas subir ça !

Alice, femelle capturée en 2008 et Jaime, capturé en 2009 dans les eaux sanglantes de Taiji et détenus jusqu’à la mort au Huangzhou Polar Ocean World (Chine).

« No name », une autre victime des chasses au rabattage japonaise, enfermée au  GuanZhou Ocean World (Chine)

Yuki, capturée elle aussi dans une mer sanglante et désormais détenue seule au Marine World Uminonakamichi (Japon).
On admirera la grandeur des bassins et leur proximité, sans doute très palsiante pour les cétacés, avec l’océan libre !

– Un autre individu sans nom, capturé, et détenu seul également dans les geôles cauchemardesques du Taiji Museum Whale (Japon)

Notez que curieusement, la solitude de ces globicéphales ne semble pas poser de problème de conscience aux Japonais.
Sans doute ces exemplaires n’intéresseaient-ils pas Sea World USA… 

Gonta et Shizuka, enfin, deux rescapées de Taiji, au Hakkejima Sea Paradise (Japon), qui ne ressemble guère au paradis.

 

Les globicépahles sautent-ils de cette manière en liberté ?

Sea World San Diego : le show des globicéphales (2)


L’histoire de Bimbo le globicéphale rebelle 

Très grégaires, vivant au sein de vastes tribus solidaires et joyeuses pouvant aller jusqu’à 60 individus, les globicéphales supportent mal la captivité, à supposer que quelque cétacé que soit s’en accommode jamais vraiment…

Que l’on souvienne de Bimbo, par exemple, dont l’histoire finit pourtant plutôt bien.
Ainsi que le raconte sur son site l’association suisse Aquamer :
« Pêché au large des côtes californiennes pour être mis au Marineland of the Pacific, Bimbo, un mâle adulte de 18  exécuta dès son arrivée toutes les acrobaties qu’on lui demandait.  Son bassin mesurait 18m. de diamètre sur 6m,50 de profondeur. Comme compagnon de captivité il avait un dauphin à flancs blancs du Pacifique et un autre globicéphale femelle. Les entraîneurs et la direction du parc marin escomptèrent très vite la première naissance en captivité…Tous leurs espoirs furent déçus. Non seulement Bimbo ne procréa pas, mais encore ses deux compagnons moururent en très peu de temps.

Dans les deux cas, Bimbo refusa de laisser les plongeurs pénétrer dans son bassin pour ôter les dépouilles de
ses amis et à chaque fois il tourna en rond en tenant les cadavres par leurs nageoires. Cela dura plusieurs jours.…

Puis Bimbo refusa toute nourriture. Sa ration journalière était normalement de 75 kilos de poissons, elle tomba à zéro. On dut le nourrir de force et lui administrer des vitamines par voie sous-cutanée. On lui donna également des tranquillisants à forte dose.
Un jour, Bimbo se remit à manger, mais jamais sa ration ne dépassa le 50% de la normale. Il avait perdu près de 450 kg.
Alors que son poids usuel était de 2250 kg. Quelques mois passèrent à peu près normalement et soudain un jour, Bimbo fut pris d’une crise de folie furieuse. Prenant son élan du fond de son bassin, il se jeta tête la première contre le hublot de verre derrière lequel se pressait une foule de visiteurs ».
Une panique générale s’ensuivit lorsque le verre explosa et que l’eau se déversa à gros bouillons sur les clients du parc.
C’était la révolte de trop ! On décida de se séparer de Bimbo en le balançant en mer depuis un hélicoptère.

Précisons que Bimbo fut considéré comme psychotique par le Dr. M.E. Webber, un scientifique spécialisé dans la recherche sur les cétacés. Ce courageux globicéphale retrouva la liberté avec succès en août  1967 au terme de sept années de confinement. (Duane Valentry, Big Star All at Sea, Sea Frontiers, September 1969, pp. 219-223)

La « réhabilitation » de Bimbo le globicéphale

Pour rappel, le Marineland of the Pacific, situé près de Los Angeles, fonctionna de 1954 à 1987, avant d’être racheté par le SeaWorld de San Diego. Tous les cétacés détenus y furent transférés.
Et le massacre continue, tant pour les orques, les bélugas, les dauphins de toutes espèces que pour les baleines, eh oui, les baleines grises, de Minke ou à bosse qui y séjournèrent ! Car quand on gère un complexe commercial géant, il faut voir grand et ne pas lésiner sur les attractions de chocs  !


Un globicéphale s’échoue au SeaWorld d’Orlando