Grands singes au Zoo d’Anvers : enfin à l’air libre !

Grands singes du Zoo d’Anvers : enfin à l’air libre !

 

Enfin ! Voilà presque 10 ans que le Zoo d’Anvers nous promettait un espace extérieur pour sa collection de grands singes. Voilà bien des années aussi que nous plaidons avec insistance pour que les chimpanzés et gorilles de ce zoo supposé moderne puissent bénéficier d’un environnement mieux adapté à leurs besoins physiques et psychiques, si tant est que la chose soit possible.
Ailleurs en Europe ou aux USA, dans les zoos les mieux tenus, un espace gazonné au grand air est considéré comme un minimum vital pour nos frères hominidés. Un minimum, car dans les grands sanctuaires construits à leur intention aux USA ou en Afrique, il ne s’agit pas de simple gazon mais d’îles entières et d’une quantité d’activités ludiques et sociales qui rendent leur vie un plus proche de celle des vrais grands singes.

Le retard du zoo d’Anvers en cette matière était donc scandaleux. Il fut aussi dévastateur. La petite Kiki mourut sans doute de cette promiscuité étouffante.  Aujourd’hui, dans l’esprit du public, tout cela n’est plus qu’un mauvais souvenir, d’ailleurs à peine mentionné par la presse. Trois gorilles morts à la suite de l’un de l’autre, dont l’un à cause d’une agression sanglante : si cela s’était passé au delphinarium de Bruges, on aurait tout de même posé des questions. Mais pas au Zoo. Jamais au zoo…

Le dos griffé à sang lors des bagarres incessantes, ce chimpanzé n’avait rien d’autre à regarder que de la paille, du béton ou des visiteurs.


Pour qui a suivi ces singes comme nous l’avons fait, les premières images filmées de cette « Vallée des Singes » sont émouvantes.

On y voit la vieille Maaike, capturée en Afrique, offerte au Roi Baudouin puis sauvée par Gaia et confiée à Anvers, lever la tête vers le ciel qu’elle n’a plus revu depuis son enfance. D’autres s’extasient de toucher de l’herbe ou de découvrir de nouveaux agrès. C’est un grand jour pour eux, un mode de vie qui change.

 


Deux semaines plus tard, le tableau est un peu différent.

Les détenus ont eu l’occasion de faire plusieurs fois le tour de leurs nouveaux enclos. Ceux-ci sont intelligemment conçus pour une superficie aussi minuscule mais bien mise en valeur.
Divisé en deux sections, l’espace de vie respectif des chimpanzés et des gorilles s’est indéniablement élargi.
Le temps de plus en plus clément en Belgique leur permettra sans doute des sorties extérieures régulières durant la bonne saison.
Il y a là de la vraie terre, du vrai gazon, des vrais taillis et des agrès qui s’ouvrent vers le ciel et le paysage du zoo. Par rapport à ce que ces malheureux ont connu, au sol en béton bassiné de pisse et aux courants d’air filtrant parcimonieusement du grillage, sans que jamais le soleil ne pénètre, c’est tout un monde de différence.

 

Pourtant, quand on retrouve nos amis dans leur nouveau décor, l’ambiance est calme, un peu triste, presque sévère.
Chaque détenu s’est isolé des autres aussi loin que possible.
La petite gorille Mambele a l’air toute perdue. Elle s’est réfugiée dans l’ancienne salle, avec les termitières en béton. Elle n’ose pas encore sortir. Mais c’est une timide. Elle y viendra un jour.
Dehors, un gorille assis à califourchon sur un tronc épluche pensivement une énorme branche d’arbre. C’est Matadi.
De l’autre côté, un chimpanzé contemple le nouvel horizon qui s’ouvre devant lui.  Tous sont toujours seuls.
Les nouveaux espaces le leur permettent et visiblement, c’est un soulagement pour eux d’être enfin un peu tranquille dans leur petit coin de verdure, sans tous ces cris et toutes ces bagarres.

 


Le problème, c’est qu’en s’éloignant des cages closes de l’ancien pavillon, où ils ont vécu si longtemps, ils se rapprochent des vitres de l’enclos.

Et derrière ces vitres, bien sûr, des milliers de faces hilares viendront se coller chaque jour, riant, tapant, faisant des singes exhibant des appareils photos en tous genres. Tous ces gens viennent voir des « animaux » et il ne leur viendrait pas à l’idée qu’il pourrait déranger une vraie personne en la personne des singes.

 

Et puis, il faut bien plus qu’un peu de gazon et des agrès neufs pour apaiser l’ennui des grands singes.
Là encore, certains zoos anglo-saxons montrent l’exemple à leurs homologues belges ou français.
Dès 2011, un zoo anglais fournissait  un Ipad à ses gorilles, pour leur plus grand bonheur.
C’était le jeu Angry Birds qui les amusaient le plus !


Les orang-outans du Zoo d’Atlanta utilisent un «arbre» en béton équipé d’un ordinateur tactile intégré depuis 2008.

Les grands singes l’utilisent pour jouer à des jeux dans lesquels ils catégorisent, combinent et séquencent des images. Cela les amuse beaucoup et fournit dans le même temps des données utiles sur la façon dont les orangs-outans pensent et apprennent.
On sait aussi que Chantek était le roi des nouvelles technologies de l’information, avant d’en être cruellement privé.

Au Smithsonian National Zoo à Washington DC, depuis 1994, les orangs-outans utilisent des ordinateurs pour le divertissement mais aussi pour communiquer avec leurs gardiens en utilisant un langage symbolique simple.
À l’heure actuelle, leur «dictionnaire» a dépassé la centaine de 70 symboles, qui comprend des noms d’aliments et d’objets, des verbes et des adjectifs. Au Zoo de Milwaukee, les iPads sont toujours considérés comme des outils de divertissement plutôt que de recherche. Les gardiens ne les proposent pas plus de deux fois par semaine aux singes, sans récompenses alimentaires. Ils s’en servent si cela leur plaît, et manifestement, cela leur plaît.

Au-delà d’un espace extérieur où grimper aux arbres et regarder le ciel, les grands singes aiment aussi :

– Feuilleter des revues illustrées, si possible le National Geographic des magazines sur les animaux ou des revues de mode. Ils adorent ça.
Dessiner ou peindre avec du papier, du crayon, des pinceaux et de la couleur. Les chimpanzés s’expriment beaucoup dans leurs peintures et soulage leur ennui.
– Apprendre l’AMESLAN, le langage des sourds. Les élèves de Washoe mais aussi  Kanzi ou Koko s’en servent couramment.
Cela permettrait aux gardiens de dialoguer verbalement avec leurs détenus.

– Regarder la télévision avec commande à distance, qui leur permet non seulement de regarder la  série des « Planète des Singes » en boucle mais aussi ces dessins animés qu’ils trouvent si drôles.  Et bien sûr, plus que tout, des documentaires animaliers sur la forêt tropical. 

A ceux qui considéreraient que ces jeux d’humains ne conviennent pas aux grands singes, faits pour la forêt et la vie sauvage, rappelons qu’à l’exception de quelques rares individus capturés dans leur jeune âge, la plupart des grands singes captifs du zoo d’Anvers sont nés en captivité.  Leurs modèles et amis ont toujours été leurs gardiens, qu’ils s’efforcent d’imiter dès l’enfance.
Ils vivent immergés jusqu’au cou dans un monde d’humains. Mais ils sont priés de se comporter derrière leurs vitrines comme des « bêtes brutes » guidées par leur instinct et de ne faire usage que de matériau brut, paille, bois, terre ou agrès, alors qu’ils peuvent déjà choisir leur partenaire via Internet !
C’est cela tout le paradoxe de la Fausse Nature au zoo.

 


 

Gorilles et chimpanzés du Zoo d’Anvers

Gorilles sans la brume au Zoo d’Anvers