Une Mangouste à Bruxelles 
L'histoire de Shakti 

Les délices d'un bon "bain de soleil", une tradition chez les mangoustes libres, reprise ici en plein Bruxelles.

Le soleil qui vous chauffe le dos... 
Qui d'entre nous, singe, dauphin ou mangouste, n'apprécie pas cette délicieuse sensation ?  



Afrique, 1997


Quelque part dans la forêt humide de l'Afrique centrale, entre le Cameroun, le Congo et la Sierra Leone, une petite tribu de mangues brunes parcourt son territoire à toute allure. Le mâle et sa femelle dominante mènent la course et l'on se presse entre les lianes et les mousses dégoulinantes d'eau vers le refuge des terriers. La petite Shakti suit sa mère : elle tète encore à l'occasion, son sevrage vient juste de commencer. Le groupe échange mille petits cris, vocabulaire pointu qui transmet sous forme codée toute une série d'informations précieuses quant à la route à suivre et aux dangers qui menacent.  

Tout à coup, des cris, des coups de feu, des chiens qui aboient : les chasseurs arrivent sans crier gare et massacrent tout le clan de mangoustes éperdues. 
Seul reste sur le carreau un petit jeune abandonné, qui piaille dans la boue. Les cadavres fumés des adultes deviendront de la "bush meat",  offerte - dit-on - sous les étals discrets du quartier Matongé à Bruxelles. Quant au dernier bébé survivant, eh bien, il y a de là quoi faire quelques dollars auprès d'un trafiquant d'animaux exotiques, comme il en rôde tant dans la région. On ramasse l'animal et on le jette dans une caisse. Il sera vendu sur un marché d'Abidjan dans une petite cage en osier puis expédié vers l'Europe par quelque grossiste en promenade.


Bruxelles,  fin 1997

Transportée par avion dans sa caisse étouffante, Shakti réussit le tour de force d'arriver vivante en Belgique. 
Quels chemins a-t-elle parcouru ? Quelles souffrances a-t-elle endurée ? Nul ne le saura jamais.  
On la livre au magasin Animal Express, où d'autres animaux exotiques s'entassent dans des cages, souvent en violation  des règlements de la CITES. Nombreux aussi sont les captifs présents dans les cages qui attrapent  la maladie de Carré ou qui souffrent d'autres affections. Enfermée dans un terrarium minuscule, sous la lumière d'une ampoule nue, notre mangue brune attend la mort en courant en tous sens, totalement terrifiée...

Et ce soir-là, précisément, revenant de la Mer du Nord, je passe par là un peu par hasard. Les lumières de la grande surface brillent dans la nuit, une activité intense semble se poursuivre malgré l'heure déjà tardive et je me dis qu'il serait intéressant de voir ce qui se passe dans cet endroit et de vérifier un peu si les lois relatives à la protection animale sont bien respectées dans ce pays. C'est un hobby, un réflexe de journaliste, à une époque où la Presse ne se presse pas de parler de ce genre de choses.

La promenade commence :  chiens, chats, rats, oiseaux, animaux de toute origine attendent patiemment dans leurs cages minuscules que l'un ou l'autre de ces pères de familles ventripotents, affligées de leur marmaille, se décident si oui ou non, ce genre de bestiole conviendrait pour l'anniversaire de Bobonne .... 
Les espèces exotiques se succèdent et soudain, au bout d'un long couloir, Shakti surgit sous mes yeux.
Une mangouste dans un terrarium ! Cet animal n'a même pas de cachette, même pas d'abri sombre où se réfugier et c'est pour elle aussi fondamental que pour un oiseau un espace pour voler. "Hide and Run" pourrait être la devise de toutes les mangoustes du monde, courir et se cacher, se cacher et courir...! 
En pleine lumière sur du gravier, avec quelques croquettes pour chat jetées dans un bol, elle tourne, éperdument, elle tourne jusqu'à en mourir. 
Malheur à moi, je croise son regard. Je reste trop longtemps devant cette vitrine. 
Allons ! Pas d'états d'âme !. Il y a d'autres animaux exotiques ici et tous sont certainement aussi à plaindre qu'elle...
Mais ce regard ! 

Que faire ? Impossible de faire du scandale : la mangouste n'est pas protégée de manière particulière et ne figure pas jusqu'à présent sur la Liste Rouge IUCN des animaux gravement menacés de disparition. 
Animal Express
peut donc en vendre en toute quiétude : ils sont dans la légalité ! 


L'acheter ? Le vendeur en commandera aussitôt une nouvelle, puisque ça marche. Mon geste équivaut donc à encourager le trafic scandaleux de ces "nouveaux animaux de compagnie" exotiques et à contribuer au dépeuplement des populations d'origine. 

Ne pas l'acheter, par contre, équivaut à laisser s'éteindre de façon lamentable cette innocente petite conscience, cet individualité précise, cette "petite personne à fourrure" comme disent les Bochimans, dans toute la singularité de son histoire et dont le comportement indiquait très clairement la plus totale détresse.
Pour elle, ce ne serait sans doute qu'une question de jours avant qu'on ne la jette, boule de poils refroidie, dans une poubelle du grand magasin.

Je l'achète donc, choisissant une fois de plus de sauver l'individu plutôt que toute l'espèce. 
Ce qui est, je le concède, est peut-être un choix malheureux mais que je regrette d'autant moins qu'il m'a permis de prendre toute la mesure du problème  !   

Il doit s'agir ici d'un animal capturé récemment et donc sauvage et même dangereux. 
J'ignore tout des mangoustes captives, de ce qu'elle va pouvoir manger. Où va-t-elle faire ses besoins ? Où va-t-elle dormir ? Aucune information ne m'a été fournie par le vendeur, sans doute aussi ignorant que moi. 

Arrivée à demeure, son premier réflexe est de se cacher sous les meubles pendant de longs mois, à renverser tous les pots de fleurs, à mordre férocement tout quiconque l'approcherait et à forer frénétiquement des trous dans mes matelas... 


Bruxelles, 2000 
Aujourd'hui, Shakti va bien ! 

"Relativement" apprivoisée - n'espérons jamais d'elle qu'elle obéisse à quiconque ! -  Shakti est aujourd'hui devenue très familière. 
Son poil est beau, ébouriffé, luisant, son oeil tout noir et très vif. 
Elle accueille les visiteurs en pépiant de joie, elle leur saute sur les genoux, visite leurs sacs à mains et leurs poches et adore se trouver en présence de chats ou de petits chiens, qu'elle ne craint pas du tout mais qu'au contraire, elle poursuit par jeu. 
Les autres animaux sont souvent interloqués par ce comparse velu et minuscule qui leur file entre les pattes ! 
Elle dispose désormais d'un beau et grand jardin - selon ses critères de taille ! - de soleil, de vers de terre, de grosses bûches à gratter et de gazon odorant.... Pas toujours facile de la convaincre d'y aller, cependant : sa maman n'a pas eu le temps de lui apprendre à creuser la terre pour trouver des insectes. Ce sera donc à moi qu'i reviendra de le lui apprendre !   

Durga, la petite chatte rayée, est sa nouvelle amie, ainsi que ses copains chats qui viennent lui rendre visite. 
Depuis l'incontournable ablation des ovaires que Shakti a du subir récemment pour ne pas mourir de septicémie - les grossesses nerveuses sont fréquentes chez les vivérridés captifs - on sent que la vie de notre mangouste s'équilibre peu à peu, dans un contexte pleinement artificiel, certes, mais auquel elle s'est faite et où elle se sent bien. 
Bien sûr, sa vie n'est pas une vraie vie de mangouste et sans doute, ce qui lui manque, ce sont des compagnons de sa propre espèce. Mais les chats font de leur mieux...


Lorsqu'elle est sortie dans un jardin la première fois, des merles sont venus se poser près d'elle, d'autres oiseaux, des pigeons, pour voir de quelle étrange bestiole il pouvait bien s'agir ! 
Extrêmement affectueuse, Shakti dispose aussi d'une vive intelligence et d'un expressivité tout à fait singulière.  Elle "parle" à l'aide de dizaines de petites vocalisations différentes, scande ses déplacements en grognant de manière rythmique et peut parfois pousser des cris rauques d'une grande puissance, tout à fait surprenants. 

Son comportement oscille entre celui d'un chien et celui d'un chat, puisqu'elle est l'ancêtre commun, de forme très archaïque, de ces deux espèces. Shakti est à l'image même des tout premiers mammifères, ceux qui couraient entre les pattes des dinosaures. A l'époque, sa forme était déjà si parfaite pour la forêt pluvieuse, que comme le requin, elle n'en plus jamais changé depuis lors. 

Obèse, Shakti ? Un peu boulotte, disons. Pas assez d'exercice et trop de vers de farine !


Lorsqu'elle joue, ce n'est nullement à la manière d'un félin ou d'un canidé : elle gratte, se cache, attrape et tire vers elle des objets qu'on lui glisse et n'aime rien tant que de fouiller boîtes et armoires ou mieux encore, une grosse bûche pourrie. 
Les jeux de cache-cache et de poursuite - avec gratouilles et chatouilles finales qui la font rire avec un bruit de crécelle inimitable- sont également très appréciés. Le soir, elle se tient sous le divan du salon, puis dans sa grande armoire, où elle a son petit nid de tissu en boule qu'elle aménage à sa guise selon la température. Et chaque matin, ce sont les mêmes retrouvailles, les grands câlins, le petit déjeuner de vers de farine bien juteux et croquants et les poursuites pour rire avec la chatte Durga.  

Durga

Durga fait de son mieux ! 


Bruxelles, 2002 
Shakti va toujours bien et même de mieux en mieux ! 

Ainsi que l'attestent les photos ci-contre, notre bonne Shakti prend un peu d'embonpoint. 
Elle est un peu moins excitée et elle dort plus qu'auparavant. 
Shakti n'est sans doute pas aussi pleinement épanouie qu'elle pourrait l'être en compagnie d'autres mangoustes mais franchement, à la voir, on comprend qu'elle n'est pas malheureuse et qu'elle s'est finalement intégrée à son étrange existence en Occident...  


Parfois, sans crier gare, elle nous révèle encore des compétences cachées étonnantes, dont on ne la savait pas capable. 
L'autre jour, c'était en un chaud mois d'août 2002, Shakti repose paisiblement au soleil, comme à son habitude. 
Une guêpe survient tout à coup, irritante, qui rôde tout autour d'elle. 

Alors, d'un seul coup de dent, d'un seul, voilà notre Shakti qui fauche l'insecte au vol à la vitesse de l'éclair et le colle au sol devant elle, sur le carrelage de la terrasse.  
La guêpe vrombit : elle est vivante. Son dard s'agite, mortel dans une gorge de mammifère. 

Et pourtant, Shakti la mange. Froidement, en commençant par les ailes et le dos, comme on déguste un serpent chez d'autres mangoustes... 

Elle dévore aussi sans frémir des limaces, des cloportes et des perce-oreilles ou mieux encore des lombrics, qu'elle extrait du sol à longs coups de tête redressée. Et c'est un pur bonheur que de la voir "chasser" de cette manière, le nez fourré profond dans la mousse, car elle agit enfin comme une vraie mangouste ! 


Shakti, été 2002



 

 

Avril 2004
Et comment va Shakti ? 

Shakti avril 2004 Copyright YG


Mais bien ! 
Très bien même, comme l'atteste cette toute récente photo de notre amie surprise en pleine chasse au lombric féroce et datée d'avril 2004. 
La vie est devenue pour elle un tissu de petites habitudes, de rituels joyeux et quotidiens, en compagnie de ses chers amis humains et félidés, sans angoisse, sans tristesse, un chapelet de petits bonheurs et nombre d'entre nous pourraient lui envier son bonheur équanime : chaque jour qui se lève est une fête pour elle, vécue dans la bonne humeur et l'amitié. 

Même si aujourd'hui, son rythme vital se ralentit clairement (elle dort énormément, court moins vite qu'autrefois et ne grimpe plus le long des tuyauteries comme au temps de sa folle jeunesse!), sa santé est parfaite, son poil luisant quoique de plus en plus ébouriffé, et son oeil aussi vif que par le passé. Sa gentillesse et son humour n'ont quant à eux cessé de s'accroître de manière exponentielle. Comme tous les non-humains qui commencent à vieillir, Shakti est devenue une perfection de mangouste amicale. Il n'est pas un visiteur qui ne craque instantanément lorsqu'elle vient se lover sur ses chaussures ou lui donner des bizous du bout de son museau pointu. 


Quelques notes rapidement dessinées dans un carnet à propos de Shakti 


Par ailleurs et plus que jamais peut-être, l'observation attentive des comportements et des vocalisations complexes de cette petite mangouste kidnappée en Sierra Leone reste une source d'étonnements et de découvertes, car son découpage de la Réalité est très différent du nôtre.
Le singe hominidé, qu'il soit Humain ou Chimpanzé, est d'abord un animal fait pour vivre dans les arbres : sa vision binoculaire en couleurs et en relief lui permet de sauter de branche en branche et de choisir les bons fruits selon leur aspect. 
De son côté, le cétacé s'est adapté à vivre dans un monde marin entièrement sombre et donc acoustique, tandis que le félin et le canidé ont développé l'agression et la violence comme moyen de survie. 
La mangouste, petit omnivore tapi dans les broussailles, a choisi pour sa part l'odorat, la course, la vigilance et la fuite vers la bonne cachette comme les principaux éléments fondateurs du monde. 

Mais au-delà de ces différences, que nous soyons singes, éléphants, dauphins, mangoustes, félins ou canidés, nous  obéissons tous aux mêmes contraintes  biologiques, aux mêmes mécanismes cognitifs et émotionnels fondamentaux. 
Nous aimons nos enfants et nous leur transmettons nos cultures, nous sommes tristes, joyeux, jaloux, dépités ou fâchés tous de la même manière. 
En tant que mammifères, en tant qu'êtres vivants, nous partageons tous des valeurs communes et c'est là que le monde prodigieux des relations inter-espèces se déploie devant nous comme une extension supplémentaire de notre intelligence et de nos valeurs morales. 


Pour moi, Grand Singe Tueur des Savanes, ultime surgeon de l'arboricole Homo Habilis et du féroce Homo Erectus, la petite vivérridée qu'est Shakti, au lieu d'être une proie, est devenue au contraire une véritable amie, une personne proche que j'aime comme je peux aimer les humains. 
Je ne suis d'ailleurs pas peu fier de l'avoir conduite, année après année, vers cet état de bien-être et de stabilité heureuse qui est le sien aujourd'hui. La chose n'était pas gagnée d'avance, comme a pu le lire plus haut, car une mangouste n'est pas un animal de compagnie convenable ni certainement facile. 
Sa place n'est pas dans les salons mais dans la forêt pluvieuse pour laquelle son corps et son âme ont été balisés. Et pourtant, Shakti n'est pas morte dans son aquarium d'Animal Express et aujourd'hui encore, elle prend du bon temps. Que pourrait-on espérer de mieux en de telles circonstances ? 
Si ce n'est qu'elle vive longtemps encore, au-delà des neuf ou dix ans fatidiques que lui assigne la Science ?   

Ci-dessous, quelques images rares de Shakti... 


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Shiva & Shakti


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Shiva & Shakti
Tout au début, Shakti vivait en appartement, à Forest (Bruxelles)  

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Elle disposait d'un bac plein de terre et de bûches pourries, mais pas de jardin.. 

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Elle avait aussi sa propre chambre ! 

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Ici, à Schaerbeek, avec son principal jouet : 
un petit poisson en peluche au bout d'un ficelle 
qu'elle attrape et tente de déchiqueter avec un bel enthousiasme  


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Par un étrange retournement de valeurs, Shakti en est venue à considérer
les Humains comme des "mangoustes géantes" dont elle recherche 
activement le contact...

 


Faut-il encore songer à la libérer ? 

Même si, à l'origine, cette page Web était avant tout destinée à lancer un appel en vue de la réhabilitation de Shakti, mieux vaut sans doute oublier une telle option aujourd'hui. 
Après bientôt cinq ans de vie commune en compagnie des humains - et des chats ! - le psychisme de Shakti s'est radicalement altéré. A la manière des dauphins captifs, elle a mélangé son esprit aux nôtres et ne fonctionne plus vraiment comme une mangouste authentique.  

Relâchée en pleine nature, elle serait bien  incapable de chasser ou de trouver les vers qu'il faut, elle s'approcherait immédiatement de tout humain, même si c'est un chasseur et il n'est pas certain que les autres mangoustes pourraient encore l'accepter parmi elles, tant son comportement s'est transformé dès l'enfance. Il est clair qu'en dépit de sa situation positive actuelle, cette mangue brune n'aurait du quitter sa forêt ni les siens.

Jamais elle n'aurait du être forcée de s'adapter à la vie citadine.
Car si les mangoustes ne sont pas encore une espèce gravement menacée (elles ne figurent qu'en Annexe II de la Cites), il n'empêche que leur usage commercial n'a aucune raison d'être et qu'il déstabilise gravement les populations naturelles, ainsi que nous le rappelait en son temps un reportage du Jardin Extraordinaire (RTBF)

http://archives.lesoir.be/rtbf-le-jardin-extraordinaire-se-penche-sur-ces-droles-_t-20020907-Z0M7R3.html

sur les mangoustes indiennes importées à Hawaï. Remercions au passage la charmante Claudine Brasseur d'avoir bien voulu interviewer notre amie Shakti et son balbutiant "maître" dans le contexte de cette émission remarquable, que trop d'éminences politiques voudraient voir disparaître. Ses accusations dérangent, même lorsqu'elle parle des purins d'orties ! 


Une amitié qui naît...

 


Vendredi 9 septembre 2005

C'est ainsi que meurent les mangoustes....


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loi

Les nouveaux animaux de compagnie 
et la loi belge 

Copyright www.rongeur.net
Ecurueil de corée 


 

La liste positive 

En février 2002, le Gouvernement Fédéral Belge, à l'initiative de l'ancienne Ministre chargée de la Protection de l'Environnement, Mme Magda Alevoet, a publié une liste des 42 Animaux de Compagnie autorisés à la possession individuelle sur le territoire belge

Sont par exemple autorisés le lama, le tamia strié ou la gerbille, mais pas la mangouste ou la "cusimance", fort heureusement non reprises sur cette "liste positive". 
Celle-ci s'intègre désormais à la Loi relative à la Protection et aux Bien-être des Animaux du 14 août 1986 et devrait limiter quelque peu le scandale des importations d'animaux non adaptés à la vie domestique.   

Car c'est finalement là que situe le problème, bien plus qu'au niveau d'une éventuelle dangerosité de ces animaux pour l'équilibre écologique européen ou en tant que vecteur de maladie. Certes, ces Nouveaux Animaux de Compagnie, une fois relâchés en pleine nature par leurs "propriétaires" inconséquents, peuvent envahir complètement nos forêts comme l'ont fait récemment les perruches de l'Himalaya ou les écureuils de corée. 

Mais le drame majeur pour ces animaux exotiques, c'est surtout de ne plus pouvoir vivre dans le milieu naturel auquel  leur corps, leur psychisme et leur organisation sociale s'étaient progressivement adaptés au cours de millénaires d'évolution continue.  

A quoi bon, en effet, être un "chien de prairie" si l'on n'a pas de prairie ? A quoi servent les pattes fouisseuses d'un raton-laveur si ce dernier ne peut plus creuser que les fonds de fauteuil ou les bas de plinthe ? A quoi bon être un mainate et posséder des ailes et une conscience subtile si c'est pour se retrouver dans une cage à manger de la pâtée universelle servie deux fois par jour dans un gobelet en plastique ? 

L'animal "familier" - tout comme celui qui survit au zoo - ne pourra jamais plus déployer toutes ses potentialités physiques ou mentales dans le milieu de vie appauvri que nous lui proposons. Il ne pourra plus jamais décider librement de sa vie ni choisir ses partenaires, ni se promener dehors quand l'envie lui prend et c'est ainsi que peu à peu, il devient obèse, paresseux, dépressif. 
Et c'et ainsi aussi que sa culture est assassinée. 

Cyniquement , la plupart de ces animaux sont d'ailleurs choisis de manière systématique parmi les espèces les plus sociales. 
Perroquets, perruches, mainates, chiens de prairie, mangoustes, petits singes (et même dauphins au zoo) ont un besoin constant de la présence de leurs semblables. En l'absence de ceux-ci, ils sont littéralement contraints de reporter leur affection sur l'humain qui les soigne.

Ainsi, au lieu de socialiser jour et nuit avec une vingtaine de joyeuses mangoustes et remettre sans cesse en jeu son statut social, au lieu de vivre une vraie vie d'aventures et de surprises incessantes dans la forêt pluvieuse, Shakti s'est retrouvée en tête à tête avec quelques humains pour le restant de sa vie dans un monde aseptisé où finalement rien de très palpitant n'a lieu, du moins selon ses propres critères.


Au vu des considérations qui précèdent, la nouvelle liste des 42 espèces de mammifères autorisés à la vente aux particuliers est très certainement une excellente initiative, dont nous ne pouvons que nous réjouir et qui d'ailleurs, fait école dans le reste de l'Europe et suscite l'approbation de la plupart des associations de défense animale. 

Néanmoins, plutôt que pénaliser les clients, il serait également utile de renforcer les contrôles sur tous les magasins d'animaux dans l'ensemble du pays et d'exiger d'eux qu'ils respectent la loi. 

Car chacun sait aussi que malgré les réglementations strictes et précises de la CITES dont la Belgique est membre depuis 1984, trop d'animaux exotiques continuent encore à traverser nos frontières, soit vivants, soit morts. 
Tout récemment encore, nous avons vu une tête de gorille momifiée exposée dans une boutique proche du Vieux Marché de Bruxelles et ce n'est un secret pour personne qu'il suffit de chercher un peu pour trouver dans cette même ville toute la viande de singe ou de pangolin qu'on veut.   

Ceci vaut bien sûr pour les reptiles, poissons tropicaux d'abord assommés au cyanure dans quelque récif d'Asie du sud-est, et autres tarentules qu'on importe encore joyeusement par milliers chez nous et dont aucune liste ne réglemente le commerce. 
Dans un article du journal Le Soir daté du 31/08/2002, Jean Philippe Freumont rappelait à ce propos toute l'importance de ce trafic :  

"Des milliers de ces tortues affluent ainsi vers l'Europe chaque année. 
Pourtant, ces tortues, tout comme la précieuse tortue malgache (12.500 euros à l'achat), dont il ne subsiste que 500 exemplaires au monde, sont protégées par la convention de Washington et la convention Européenne sur le commerce d'animaux exotiques. 
En Belgique, le commerce illicite d'espèces menacées augmente exponentiellement chaque année, selon les responsables de l'ASBL CARAPACE.  Estimé à 4 milliards d'euros par an, le trafic d'animaux serait l'un des cinq plus plantureux marchés illicites à  l'échelle mondiale après la drogue, les armes et la prostitution. 

Chaque année, 100.000 reptiles sont importés en Belgique, dont 10.000 iguanes, la coqueluche du moment. 
Environ 25 % (soit 25.000) seraient introduits clandestinement dans le pays.  
Lorsque ces reptiles se retrouvent en liberté, les policiers ou les pompiers ne possèdent pas toujours les armes adéquates pour les neutraliser. Au service environnement de la police fédérale, deux agents sont chargés de la protection de la faune et de la flore. Ils peuvent fournir un appui technique à leurs collègues lors d'interventions délicates. Ils pratiquent, par ailleurs, des saisies d'animaux dans des magasins spécialisés ou chez les particuliers
".



Même les chats et les chiens... 

Il est piquant d'entendre un délégué de la grande surface "Animal Express" affirmer devant les caméras de télévision que c'est le public qui demande ces animaux et qu'il faut donc les lui fournir. Je défie pourtant quiconque de trouver un Belge qui sache ce que c'est qu'un mara ou un dègue du Chili avant d'en avoir eu un sous les yeux ! 
Il est clair que ce genre d'animaux, pas plus que la mangouste, le chien de prairie ou la mérione, n'ont leur place dans un salon humain. 

Mais au-delà même des ces animaux exotiques, trop de chiens, de chats, de cochon d'inde ou d'autres animaux "d'usage courant" normalement habitués à vivre à nos côtés depuis des millénaires, sont aujourd'hui vendus sans aucun contrôle et à n'importe qui, selon les effets de mode.  

A cet égard, les mesures récemment adoptées par certains gouvernements et qui visent à diaboliser le Pit bull ou le Rotweiler,  n'ont strictement aucun sens. 

Ce sont les propriétaires d'animaux domestiques eux-mêmes qui devraient se soumettre à un examen - à la manière d'un permis de conduire ou d'un permis de chasse - pour prouver leur capacité à détenir un animal de compagnie et à s'en occuper correctement.  Toute vente devrait être liée à la détention de ce certificat de capacité, renouvelable régulièrement. 

Le gros problème du commerce d'animaux vient de ce que l'on y considère et que l'on y traite des être conscients comme de simples objets

D'ici à ce que notre vision de choses évolue dans un sens plus civilisé, il serait à tout le moins urgent que de très sévères mesures soient prises afin de réglementer sérieusement ce secteur d'activités commerciales et que soient donnés aux autorités compétentes les moyens humains et financiers nécessaires pour faire respecter pleinement la loi en matière de protection animale, ce qui est encore loin d'être le cas en Belgique.    

Shakti court de cachette en cachette. Ici, sa base  de départ pour explorer le jardin...

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liste
Liste des nouveaux animaux de compagnie (mammifères) 
autorisés à la détention par des particuliers  

L'arrêté ministériel reprenant la liste positive des mammifères est paru en date du 14/02/02 au Moniteur Belge. 
Désormais, seules 42 espèces de mammifères peuvent être détenues librement (voir également le communiqué de presse du 20/09/01).
Cette liste positive a été établie par le Pr. E. Van der Straeten (RUCA)
http://minsoc.fgov.be/old/press_releases/fr/aelvoet/2002/2002_02_19_bienetre.pdf

http://www.gaia.be/fr/positieflijst.html



Adresses et sites utiles 

 

Protection animale en Belgique


TRAFFIC EUROPE

"TRAFFIC Europe, basé à Bruxelles, définit des priorités sur le plan régional : commerce européen de reptiles et d'amphibiens vivants, commerce de bulbes sauvages en Europe… Grâce à l'intervention de TRAFFIC - et notamment aux renseignements fournis aux autorités - de nombreux cas de commerce illégal ont pu être mis en évidence et combattus. 

Des séminaires sont occasionnellement organisés, de même que des stages de formation à l'intention des douaniers et d'autres agents chargés de l'application de la CITES dans notre pays. 
TRAFFIC Europe a des contacts réguliers avec l'autorité chargée de l'application de la CITES en Belgique, c'est-à-dire le Service de l'inspection vétérinaire et le Service de la protection des végétaux,  deux départements du Ministère de l'Agriculture. 


TRAFFIC Europe est actif dans tout le continent européen, ce qui implique sa prise de responsabilité dans plus de 50 pays.  

Grâce au soutien financier actif du WWF-Belgium, à raison de minimum trois millions de francs belges par an, soit à peu près le tiers de ses fonds, TRAFFIC Europe peut être actif dans ses recherches scientifiques et dans ses missions, veiller à être constamment informé de toute actualité, publier des études sur le commerce des espèces sauvages (commerce des animaux vivants, le commerce des peaux de reptiles dans l'industrie de la maroquinerie…). 

Les autres subsides émanent de l'UICN aussi bien que de gouvernements, des agences de développement internationales, des organismes privés, des fondations ainsi que d'organisations non gouvernementales. TRAFFIC Europe a également joué un rôle important dans la sensibilisation du public belge aux problèmes liés au commerce international des espèces protégées (notamment par la réalisation et la diffusion de brochures et de dépliants informatifs, des campagnes de presse…). Vous pouvez, vous aussi, nous être d'une aide précieuse :

Si vous souhaitez apporter votre contribution aux travaux de TRAFFIC Europe, n'hésitez pas à contacter notre bureau local ou 
TRAFFIC International

http://www.traffic.org/
http://www.traffic.org/help/contact.html "


WWF Belgium 
http://www.wwf.be/fr/index.html


CITES 
http://www.cites.org



Pour réclamer le classement de la mangouste sur la liste rouge des espèces menacées 
IUCN The World Conservation Union 
http://www.iucn.org/
http://www.iucn.org/2000/about/content/weurope.html
 

IUCN En Belgique 
IUCN Representative Office To The European Union 

Avenue des Arts 50 
Bruxelles 
1000 
Belgium 
++32 (2) 551-1090 Voice 
++32 (2) 551-1099 Fax 
mail@iucneu.be


Shakti avec mon fils Mika, sa toute grande passion !
Shakti et mon fils Michaël en 1999


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