Il n’y a rien de naturel dans le nouveau plan de SeaWorld

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 There’s Nothing « Natural » About SeaWorld’s New Plan
Il n’y a rien de naturel dans le nouveau plan de SeaWorld

Publié le 10 novembre 2015

Il n’a pas fallu longtemps aux grands médias pour comprendre que la dernière annonce de SeaWorld était un écran de fumée et un jeu de de miroirs.
Sous la pression de protestations grandissantes à propos du traitement de ses animaux mais aussi à une hémorragie de revenus due à la chute en spirale de la fréquentation du public, SeaWorld a donc annoncé qu’il mettrait fin à  « l’expérience théâtrale des orques » dans son établissement de San Diego à la fin de 2016.

A cette occasion, Joel Manby, le Chef de Direction de SeaWorld, a déclaré ceci :
« Cet environnement naturel, appelé le projet Blue World, consiste fondamentalement en un bassin plus grand, des courants d’eau générés par moteur, des poissons vivants et du varech.
A la place de ce qu’il propose actuellement à ses clients, SeaWorld promet de fournir une forme plus pédagogique de divertissement. »

 

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Le Shamu Show !

 

En fait, aucun des vrais problèmes lié à la captivité n’est pris en compte. Ce nouveau plan est essentiellement une tentative de distraire l’attention des questions essentielles pour lesquelles SeaWorld continue d’attirer les critiques.

SeaWorld poursuivra pour l’instant ses spectacles d’orques «théâtraux» dans ses deux autres installations américaines, à Orlando et à San Antonio.
La société a également l’intention de continuer la reproduction des orques en bassin dans ses 3 parcs.

Du point de vue de l’orque, rien ne va donc fondamentalement changer.
Pour pleinement s’épanouir, les orques ont trois besoins fondamentaux: l’espace, une vie sociale complexe associée à la liberté de choix, et les défis intellectuels.
Aucun de ces besoins ne sont rencontré dans le nouveau plan de SeaWorld.

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Rapport de SeaWorld du 9 novembre 2015, qui confirme que la compagnie renonce aux shows d’orques classiques à San Diego. Photograph: Seaworld


ESPACE

La compagnie affirme que ses nouveaux bassins géants de Blue World proposée feront plus de deux fois la taille de leurs réservoirs actuels, affirmant que « cet environnement élargi fournira aux orques l’opportunité de mouvements encore plus dynamiques. Il leur permettra d’exprimer un large éventail de comportements typiques de ces cétacés , en leur offrant des défis qu’ils peuvent affronter à la fois physiquement et mentalement ».

Mais les nouveaux bassins ne constitue qu’une infime fraction de la taille des plus petits habitats d’orques libres connus.
Le réservoir de 38 millions de litres prévu par le projet Blue World sera profond de 15 mètres pour une surface de  46538 mètres carrés. Les orques libres peuvent voyager plus de 280 kilomètres par jour et plonger à des profondeurs de plus de 100 mètres.

La profondeur de ces nouveaux bassins ne dépasse d’ailleurs même pas deux longueurs de corps d’orque. Pour un humain, ces piscines peuvent sembler gigantesque, mais vues par une orque, le changement est tout à fait négligeable.

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COMPLEXITE SOCIALE ET LIBRE-ARBITRE 

Les plans de SeaWorld reproduisent le même modèle qu’auparavant. Il s’agit d’assembler de force des cétacés dans des groupes sociaux artificiels, où les mères et les enfants sont séparés et où des personnes issues de différentes cultures et sous-populations naturelles, sont entassés ensemble dans une même piscine et priés de s’accoupler.

Les orques sont des animaux très intelligents et socialement complexes qui vivent normalement au sein de sous-groupes culturels fondés sur le dialecte.
Chaque individu a un rôle à jouer dans le réseau social. Mères et enfants sont profondément attachés et restent ensemble parfois leur vie entière. Les jeunes apprennent auprès des autres orques durant de longues années.

Que ce soit pour la chasse, le jeu, le repos ou le voyage, les orques restent toujours en groupe avec d’autres membres de leur famille et quelques amis. Leur structure sociale sophistiquée, leurs relations sur le long terme et leurs traditions culturelles exquises, sont comparables à celles des humains et des éléphants.
Les orques ne sont pas des unités interchangeables qu’on déplace ici. Cette vie commune constituée de force n’est pas sans graves conséquences pour leur santé mentale.

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Orques à Puget Sound

 

DEFIS INTELLECTUELS

SeaWorld affirme que ses nouveaux bassins vont être plus «naturels», et qu’ils offriront aux cétacés de nouvelles formes d’enrichissement environnemental qui « maximisera leur santé et leur bien-être « .
Par exemple un courant d’eau rapide sera créé dans la piscine pour imiter les mouvements de la mer. Mais les orques ont l’un des cerveaux parmi les plus importants de tous les mammifères vivants, plus de deux fois et demie la taille à laquelle on pouvait s’attendre par rapport à la taille de leur corps.
Ce cerveau possède plus de circonvolutions, c’est-à-dire plus de matière grise corticale, que les cerveaux humains eux-mêmes !
Il possède également des structures connues pour être impliqués dans la conscience de soi, la cognition sociale et les émotions très élaborée. En d’autres termes, les orques figurent parmi les animaux les plus complexes au niveau psychologique et comportemental de toute la Planète Animale.
Des créatures avec des cerveaux de ce genre ne seront certainement pas enrichies par des stimulations environnementales immuables, qui ne leur jettent aucun défi.

Les nouveaux gadgets de Blue World n’approchent en rien la complexité des défis mentaux qu’ils affrontent à l’état sauvage. SeaWorld ne peut pas fournir un «environnement naturel» pour ces cétacés s’il ignore délibérément la réalité scientifique de ce que sont les orques.

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Orque à la recherche de phoques en Antarctique. La vie en mer est un constant défi à son intelligence

 

Pour opérer un réel changement, SeaWorld devrait faire deux choses :

D’abord, il doit arrêter l’élevage en bassin ( principalement artificiel) ainsi que l’exhibition d’orques à des fins lucratives.

Ensuite, il doit assumer le leadership du mouvement grandissant en faveur de sanctuaires marins, où les orques et d’autres cétacés pourraient être réhabilités et rendus à l’océan. A tout le moins, ils pourraient y passer le reste de leur vie dans un environnement aussi proche que possible de l’océan ouvert.

C’est alors seulement que SeaWorld sera une véritable organisation de protection et de conservation de la nature, ce qu’il fait seulement semblant d’être à présent.

Lori Marino
Neurobiologiste


 

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Marineland d’Antibes : un spectacle qui n’a presque pas évolué depuis 45 ans, toujours fondé sur les mêmes principes, l’obéissance et la faim


Cet article du Dr Lori Marino concerne directement le Marineland d’Antibes.
Si la maison-mère américaine juge que ses Shamu Shows ne sont plus pédagogiques, et que les conditions de vie des orques exigent désormais de tripler la taille des bassins, que va faire Parques Reunidos ?
Que va faire le Marineland ?
Continuer comme si de rien n’était les mêmes spectacles qu’il y a 45 ans ?

 

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Marineland d’Antibes 1971 : Clovis et son dresseur la clope au bec. La mise en scène s’est un peu améliorée depuis.

 

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