Ile Maurice : nage avec les dauphins !

 Un paradis en danger : l'île Maurice

juin 2014

Rien n’a vraiment changé !

Ile Maurice : l’attitude de la MMSC est un peu surprenante. Réagissant à l’intention d’une agence touristique de renoncer aux « rencontres » avec les dauphins, elle déclare : «La nage avec les dauphins fait vivre de nombreuses familles. Interdire l’activité aura un impact sur ces familles.»

Certes, mais plus encore sur les familles de dauphins !

Ne serait-il pas plus simple d’interdire purement et simplement toute nage avec les dauphins et de se contenter d’un dolphin-watching respectueux ? En quoi le fait de laisser des touristes luisant d’huile solaire poursuivre dans l’eau des dauphins à long bec qui n’ont AUCUNE envie de nager avec eux peut-il contribuer à mieux les connaître et à les protéger ? Quant aux familles de pauvres pêcheurs qui vivraient de cette activité, nous avons surtout vu des bateaux luxueux dépêchés par dizaine par les grands hôtels parfois depuis l’autre côté de l’île.

Cessons de considérer ces mammifères marins comme une source de revenus et soucions-nous plutôt de les garder en paix le long des côtés déjà très abîmés de Maurice, dont les coraux se meurent et la biodiversité s’effondre.


http://www.lexpress.mu/article/246807/nage-dauphins-denonciations-contre-operateurs-multiplient#comment-250831

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/26/maurice-laboratoire-de-biodiversite_4426243_3244.html

Dauphin sténelle


Novembre 2008

Les dauphins à long bec : le jour ils dorment, ma nuit, ils chassent.

 

L’île Maurice, c’est ce petit joyau de verdure et de plages en sable fin au coeur de l’’Océan indien.
Les touristes du monde entier s’y pressent en nombre croissant, ainsi qu’une population autochtone d’origine variée, puisque indiens, chinois, créoles, franco-mauriciens y cohabitent harmonieusement.
Lorsqu’’au petit matin, le muezzin de la mosquée a fini son appel, ce sont les cloches des églises chrétiennes qui se mettent à sonner, tandis que se pressent les dévots hindouistes dans leurs temples chamarrés. Le paysage est stupéfiant : montagnes sombres et volcaniques,  champs de cannes  à sucre à l’infini, forêts profondes peuplées de macaques et d’arbres inouïs aux fleurs éclatantes, fonds marins ornés de coraux et peuplés de poissons aux mille couleurs tandis que non loin des côtes, dauphins, baleines, cachalots et globicéphales, ces Grands Peuples de l’Océan, vivaient heureux en toute quiétude jusqu’’il y a peu.  …

Mais voilà ! Alors que dans les années 70, Jim Nollman, Wade Doak, Hal Whitehead découvraient avec émerveillement les capacités intellectuelles et l’inventivité culturelle de ces créatures marines dotées d’un cerveau énorme et nageaient avec elles en toute tranquillité, alors que jusqu’à la fin du siècle précédent, rares étaient ceux qui osaient dialoguer face à face avec des orques ou des dauphins Tursiops, ces rencontres avec nos « martiens intra terrestres» se sont transformées en pur business.

Partout, les gens veulent toucher, nager, caresser leur dauphin, en bassin si possible, en mer quand on peut se le permettre. Ils viennent en masse et ne respectent rien. Or, les cétacés en ont marre, qu’on se le dise ! Ils aimeraient bien qu’on leur foute la paix ! Eux qui s’intéressaient à nous en tant que créatures
pensantes, eux qui recherchaient naguère notre contact, nous fuient aujourd’hui dans la pire des paniques.

Lire ci-dessous le témoignage de JC Antoine. Le gérant de ce site, qui était à ses côtés lors du reportage, n’est pas cité.


Traque aux dauphins à Tamarin

Chaque fois qu’une nageoire surgit de l’eau, dix ou vingt bateaux, catamarans géants compris, crachant des nuages de diesel puant, se précipitent à sa poursuite. Les dauphins n’en peuvent plus ! On tue l’écotourisme à l’Ile Maurice !

Un article de Jean Claude Antoine publié le 27 janvier 2008
dans le journal Le Mauricien supplément Week-end

Une promenade en mer du Morne à la Baie de Tamarin permet de constater que les craintes et les cris d’alarmes des ONG concernant le dolphin watching à Maurice sont totalement justifiées.
Reportage sur un exercice d’observation avec une forte dimension scientifique et environnementale en train de se transformer en traque touristique.

Neuf heures du matin au Morne.
D’épais nuages échappés d’un de ces systèmes frontaux qui se promènent dans notre région cachent les rayons du soleil, mais pas la chaleur et la lourde humidité. Les démolisseurs de ce que fut l’hôtel Berjaya ont enlevé le bois qui enveloppait les murs de ces cubes bâties sur pilotis.

Cet affreux chantier de démolition tranche – en laideur – sur les autres établissements hôteliers qui entourent la montagne et faits de beaucoup de chaume cachant le béton et se perdant dans une végétation luxuriante. L’absence de soleil assombrit les eaux autour du Morne qui sont généralement transparentes. Mais avec
ou sans soleil, celles du port de plaisance de Rivière-Noire sont profondément sombres, ont une couleur – et parfois une odeur – de goudron. Résultats de trop de mouvements de bateaux destinés à la pêche au gros, aux joies du ski nautique et de catamarans spécialisés dans les promenades pour touristes ou pour les Mauriciens désireux de jouer aux touristes.

Des eaux couleur de goudron grâce aussi, probablement, aux vidanges sauvages de certains matelots qui prennent la mer pour une poubelle.
Le ciel de Rivière-Noire est lourd, ce matin. Il est même bas, assure un touriste écologiste belge, qui participe à la ballade et qui connaît le répertoire de Jacques Brel par cœoeur.
C’est pour accompagner cet écologiste belge qui profite de ses vacances pour écrire une rapport pour des ONG européens que je me retrouve sur un petit bateau qui nous emmène voir les dauphins dans la baie de Tamarin.

Depuis une première promenade mémorable en mars 2001, qui avait fait l’objet d’un reportage dans Week-End, je n’étais pas retourné voir les dauphins. Entre-temps Delphine Legay, cétologue française qui avait fait découvrir « leurs » dauphins aux Mauriciens et mis au point un programme d’observation « dolphin friendly », est morte en mer.

Sa démarche, qui était un travail scientifique avec un volet touristique contrôlé était devenu, m’avait-on dit, uniquement une grosse activité touristique. Avec les conséquences que la reprise d’une activité scientifique par des opérateurs pressés d’engranger des recettes en devises étrangères peuvent générer. Des recettes qui seraient, selon la Mauritius Marine Conservation Society, de l’ordre de Rs 54 millions par an.

Depuis mars 2001, le paysage de la côte ouest vu de la mer a beaucoup changé. Les constructions se sont multipliées non seulement tout au long de la côte, mais également sur les flancs de la montage. Les hôtels font une ligne continue sur certains coins de la côte tandis que les morcellements de luxe prennent d’assaut la montagne. Le béton a fait des avancées significatives dans la région et a définitivement gagné sur la végétation.

Sur mer, au fur et à mesure que l’on s’approche de la baie de Tamarin, la circulation s’intensifie. Comme c’est le cas, tous les matins sur les bretelles de l’autoroute en direction de Port-Louis. Ici, c’est vers un point, situé à quelques kilomètres de la plage, que convergent toutes les embarcations dans un grand bruit de moteurs et de longues bandes d’écume.

Se pressent autour de ce point central, les bateaux initialement destinés à la pêche au gros, différentes dimensions de hors bords et, finalement, quatre gros catamarans. Le tout chargé de touristes en tenue de combat pour du « dolphin watching ». C’est-à-dire en maillot de bain avec la casquette tendance, le corps enduit d’huile solaire et caméras digitales au point. Chaque catamaran a son propre système de sonorisation jouant à plein volume ségas ou chansons à la mode. Ajouté au bruit des moteurs et aux cris des touristes, tout cela fait un boucan d’enfer qui résonne à des miles nautiques à la ronde. On pourrait se croire au milieu d’une foire commerciale avec chaque propriétaire de stand jouant de la musique plus fort que son voisin pour attirer le client.

On dit que les dauphins ont un système auditif surdéveloppé leur permettant d’entendre certains sons à de très longues distances. J’espère qu’ils ont développé un système de protection auditive contre l’animation musicale pratiquée par les opérateurs touristiques mauriciens de la côte ouest. L’excitation des touristes vient du fait que les opérateurs leur ont vendu un package, clés en main, incluant non seulement une observation de dauphins en milieu
naturel, mais également la possibilité de nager avec eux. Boisson fraîche d’une main et caméra digitale, brandie comme une arme, de l’autre, le touriste veut sa ration d’images pour montrer à son retour de vacances. Les plus sportifs, masques et tubas sur la visage et palmes aux pieds, attendent le moment de sauter dans l’eau suivis par les caméras et caméscopes de leurs proches. Pour contenter leurs clients à qui ils ont trop promis, les skippers doivent se livrer à une véritable traque aux dauphins.

Dès qu’un groupe de cétacés est repéré, toute la flottille – mon écologiste belge utilise lui les termes « armada » et « meute navale » – se précipite à toute allure le plus près possible du point désigné. Et elle fait immédiatement demi-tour dès que les dauphins, qui ont plongé sous les bateaux pour réapparaître quelques mètres plus loin, sont repérés. C’est ainsi que pendant plus de deux heures, lundi matin, une vingtaine de bateaux chargés de touristes a littéralement traqué les dauphins dans la baie de Tamarin transformé en territoire de chasse pour touristes en quête de sensations fortes et d’images digitales.

« Sinon quand la pression, déjà très forte que l’on fait subir aux dauphins, deviendra intolérable, ils iront s’installer ailleurs, vers des côtes plus hospitalières où vivent des gens plus respectueux de leur mode de vie. »

Selon les écologistes mauriciens, cette activités touristique est pratiquée tous les jours à Tamarin, à Rivière-Noire et de Flic-en-Flac et à Albion. Elle est pratiquée avec une telle intensité, dans un tel désordre, que les ONG et la MMCS ont commencé à tirer la sonnette d’alarme et réclamé une loi pour réglementer cette activité. En attendant la législation promise, la Beach Authority a fait publier des recommandations (guidelines) pour l’observation de mammifères marins à Maurice. Il est demandé aux observateurs :

– de garder une distance minimum de 50 mètres des dauphins ;

– d’éviter de les déranger en s’approchant trop vite d’eux ou de les entourer.

Parce que « loud noises and abrupt movements can stress the marine mammals », et que cela peut « affect their ability to feed, breed, nurse, rest or socialize ».
Qui est chargé de faire respecter les guidelines de la Beach Authority : les agents de l’environnement à bicyclette, ou les Coast Guard aux chaussures parfaitement cirées et qui n’ont que quelques embarcations ?

En attendant, les guidelines ne sont pas respectées journellement à Maurice.

La situation dénoncée plusieurs fois publiquement par la Mauritius Marine Conservation Society était la règle ce lundi matin à Tamarin : « Trop de bateaux, trop prés des dauphins. »

Une situation qui, toujours selon l’ONG, cause une insatisfaction chez 60% des touristes qui ont pratiqué au moins une fois le « Dolphin watching » à Maurice. Les vœux pieux ou les déclarations d’intentions des politiques ne suffisent pas.

Il faut réglementer au plus vite et surtout faire respecter les lois.

Sinon quand la pression, déjà très forte que l’on fait subir aux dauphins, deviendra intolérable, ils iront s’installer ailleurs, vers des côtes plus hospitalières où vivent des gens plus respectueux de leur mode de vie. Les opérateurs auront alors tué le dauphin aux œoeufs d’or du tourisme mauricien.

C’est en tout cas, la conclusion de mon écologiste belge à l’issue de ce « Dolphin watching » à Tamarin où l’on a plus vu – et entendu – des plutôt des bateaux que des dauphins.

Note : L’écologiste belge était Yvon Godefroid

 

Un dauphin ? La curée ! Photo YG Janvier 2008

* Un article de Jacqueline Sauzier

Dolphin Watching.
Du côté de l’environnement marin, plusieurs défis guettent les ONG aussi bien que les autorités.
Jacqueline Sauzier, présidente de la Mauritius Marine Conservation Society et représentante de Earth Island Institute (ONG américaine), soulève des points vitaux pour que notre faune et notre flore marines soient conservées dans le long terme.

« Au niveau du Dolphin Watching, ce qui est très important par rapport à la suite de notre projet est de mettre en place un cadre légal pour l’activité. À ce jour, nous n’avons que des guidelines et ce n’est pas suffisant.
l n’y a rien de concret qui permette aux autorités de sévir.
On en a parlé à plusieurs reprises à la Tourism Authority depuis 2007. On s’est réuni avec plusieurs partenaires et avons même fait un Steering Committee où nous avons trouvé un consensus sur le fait qu’il faut absolument mettre en place un cadre légal, mais, jusqu’à ce jour, cela n’a pas abouti. Je trouve aberrant qu’il faille attendre six mois pour avoir une réponse ! », dit Jacqueline Sauzier.


Licences.

Elle soutient également qu’il faut absolument définir l’activité et créer un système de licence pour les opérateurs.
« Il faudrait que les skippers et les propriétaires de bateau aient des certificats. De plus, il faut avoir la possibilité d’enlever sa licence à un opérateur qui ne respecte pas la loi ou de le suspendre pendant X nombre de jours. Ce n’est que comme ça qu’ils agiront correctement. » Jacqueline Sauzier voudrait qu’une formation théorique et pratique soit dispensée aux opérateurs de Dolphin Watching.
Par-là même, la présidente de la MMCS souhaiterait qu’il y ait une autorité sur l’eau.
« Si on met des lois sans qu’il y ait une autorité agissant comme chien de garde, les offenses continueront. Je pense que les garde-côtes devraient eux-mêmes avoir une plus grande importance à ce sujet. »

Éducation.
Depuis des années, si un gros travail de sensibilisation est entrepris auprès des Mauriciens, il demeure un vrai manquement dans l’éducation au sujet de la mer. Ainsi, explique Jacqueline Sauzier, « il faut revoir le cursus scolaire de certains cours. Nous avons un axe sur la mer qui devient de plus en plus important. Les autorités veulent implanter l’Aquatic Bill.Même si on n’est pas totalement pour, c’est quand même quelque chose. C’est la génération future qui va travailler sur la mer. Ce sont ces jeunes-là qu’il faut éduquer pour l’avenir. Je ne connais pas énormément le cursus scolaire, mais je peux mettre ma main droite sur le feu qu’il n’y a pas suffisamment d’axe sur la mer. »

Par ailleurs, la MMCS fera des interventions dans une dizaine d’écoles de la région ouest. La biologiste voudrait aussi tirer la sonnette d’alarme sur la pollution marine. Elle souligne qu’il y a une sur-utilisation de pesticides de la part de certains planteurs, acte qui ne fait pas beaucoup de bien à l’environnement marin, car suscitant la prolifération des algues dans le lagon.

 Anti-delphinarium

Au courant de 2007, l’idée de créer un delphinarium fût soulevée par le gouvernement, engendrant une vague de protestation de la part des ONG concernées. Encore aujourd’hui, même s’il n’y a pas eu de développement majeur à cette idée, la perspective est toujours là, au grand dam de Jacqueline Sauzier.

« C’est une idée rétrograde ! De nos jours, les gens veulent aller voir les animaux dans la nature. Ce n’est pas en allant capturer des animaux et en les mettant dans des bassins qui va aider les gens à mieux comprendre la nature. Il faut absolument que les autorités abandonnent cette idée. On a la chance d’avoir des régions à Maurice où les mammifères marins viennent régulièrement. Il y a l’alternative d’aller les voir sur place. Si c’est bien fait, cela apporte de la joie aux touristes aussi bien qu’aux Mauriciens. »

 

http://www.lemauricien.org/wes/070629/rp.htm

http://www.lemauricien.org/wes/080118/ev.htm

Lire aussi

‘Diverses études ont montré que les opérations de nage avec un dauphin peuvent avoir de dramatiques implications sur la conservation de ces espèces. Samuels and Bejder (1998) ont démontré que les nageurs, de même que les personnes qui se limitent à nourrir les cétacés, ont un impact fort négatif sur le Grand Dauphin, – Tursiops truncatus – au large de la ville de Panama en Floride » (WDCS)

Delphine Leguay

L’intelligence des dauphins

le langage des spinner dolphins

Lire également le remarquable ouvrage de Ken Norris
Dolphin Days – The Life and Times of the Spinner Dolphin
publié en 1991 chez W.W. Norton & Company in New York.