Ils ont tué Iris !

Iris en train de mourir. Photo Jean Pierre Von der Bergh, qui fut de tous les voyages chez Iris...

Le 28 mars 2003, la delphine Iris mourait sous le dôme du delphinarium de Duisburg, au terme d’une vie de souffrances et d’humiliations. Elle n’avait plus jamais revu le soleil, le ciel ni la mer depuis sa capture en 1981.

Le Zoo affirme aujourd’hui sur son site que notre amie souffrait d’une forme rare de leucémie liée à l’âge (!), si rare même qu’elle n’a jamais été détectée ailleurs. Cette affection expliquerait l’apathie complète d’Iris durant ces dernières années.

Un traitement spécial aurait permis de la garder en vie un certain temps mais depuis le mois de février, Iris avait de plus en plus de difficulté à maintenir son évent au-dessus de l’eau et à garder une position stable. Lors d’une examen médical sophistiqué (scanner) auquel cette malheureuse a été soumise, il est apparu qu’elle souffrait d’un collapsus pulmonaire partiel.

Puis la situation s’est rapidement dégradée : Iris s’est traînée vers ses soigneurs pour qu’ils l’aident, raconte le Zoo, et ceux-ci l’ont soutenue pour qu’elle puisse respirer. En vain ! Malgré tous les efforts déployés pour la sauver, Iris s’est éteinte dans les bras de ses geôliers le soir du 28 mars 2003, prétendument de « mort naturelle ».

Lire en anglais la description détaillée de la mort d’Iris


 

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Dans son récit, le Zoo nie donc toute cause psychologique.
Il omet de rappeler l’histoire complète de cette « personne à nageoires », comment elle fut capturée avec violence à l’âge de douze ans, comment elle survécut au pire delphinarium d’alors, celui du Zoo d’Anvers et toutes les souffrances qu’elle a du subir durant toutes ces années.

Il ne dit pas non plus que la grande dégringolade finale d’Iris s’est peu à peu amorcée après la mort de son dernier-né en avril 2000. Elle venait pourtant enfin de rejoindre le « grand » bassin central avec tous les autres et je l’y ai moi-même vue participer aux shows, sans grand enthousiasme, il est vrai. Le Zoo de Duisburg l’admet d’ailleurs lui-même : Iris était une « forte personnalité » qui répugnait à participer aux spectacles habituels, trop connus d’elle depuis trop longtemps.
En revanche, dès qu’un tour nouveau lui était enfin suggéré, elle s’y consacrait avec plaisir, comme ce fut le cas de son apprentissage des « gestes médicaux » (présenter l’évent, la caudale, pour des examens médicaux, etc. ).

Puis tout à coup, plus rien. 
Iris a plongé un cran plus loin dans sa solitude, elle a coupé le contact.  Elle s’est mise à dormir sans fin en flottant en radeau et n’a plus jamais quitté le minuscule bassin latéral où elle avait échoué après Anvers, en compagnie de son fils.
On peut concevoir que dans ces conditions, sa santé
se soit rapidement dégradée.

Rappelons enfin que la dépression profonde des dauphins captifs est très fréquente et presque inévitable au terme de quelques années de contention. Mais ce syndrome est évidemment dissimulé autant que possible par l’Industrie du Divertissement, qui ne manque pas d’imagination pour inventer des pathologies « naturelles » : broncho-pneumonie compliquée d’une congestion des bronches et d’un oedème pulmonaire, entérite aiguë, leucémie, hépatite, affections rénales, etc.
Tout est bon pour dissimuler le fait que, tout simplement, les dauphins ne supportent pas de vivre confinés et que le désespoir brise leurs défenses immunitaires, comme chez tout être vivant doté de conscience.


Iris n’avait que 34 ans. 

Elle aurait pu vivre au moins vingt ans de plus, même en captivité. Mais il aurait fallu pour cela qu’elle bénéficie de conditions de vie décentes, d’un environnent social stable et sécurisant, de soleil sur sa peau et d’eau de mer naturelle comme nous le prouve l’exemple- tout à fait exceptionnel, il est vrai – de Nellie (50 ans ! ) au Marineland de Floride.
En pleine mer, la cinquantaine est atteinte de manière habituelle : aujourd’hui, il existe au moins deux femelles qui ont dépassé l’âge de 63 ans et nagent libres dans la baie de Sarasota (Floride 2014) et des mâles de plus de 50 ans !

Iris en avril 2002.

Iris en avril 2002

Au lieu de laisser Iris mourir à petit feu d’aussi sordide façon, il eut été si simple de la transporter dès le début, en 1998, elle et son fils Ivo, vers un « lagon de retraite ». Rapidement, elle y aurait retrouvé la santé et la joie de vivre et puis qui sait… la liberté un jour ?
Il n’en fut rien. Iris est morte avant l’âge parce qu’elle était captive.
Et d’autres, par milliers, suivront ce même destin. Car aujourd’hui, il faut le savoir, plus aucun dauphin captif, jamais, ne sort vivant de sa geôle.

Iris n’était qu’un Tursiops captif parmi ces milliers d’autres, mais sa rage à survivre, sa volonté farouche de protéger son fils dans l’Enfer du Zoo d’Anvers et finalement, son refus d’exécuter le moindre show, font aujourd’hui d’elle un symbole, voire même une héroïne de ce massacre insensé que perpétue chaque jour l’Industrie de la Captivité.

 

Quant à la mort d’Iris, les responsabilités sont lourdes…

* Du côté de la direction de Duisburg :
Iris a été abandonnée à elle-même essentiellement pour des questions d’économie. La déplacer vers un lagon à ciel ouvert, en Floride ou aux Caraïbes, lui offrir un environnement enrichi de stimulations acoustiques et sociales nouvelles, lui accorder même simplement un « dresseur  » personnel pour l’occuper davantage et la laisser moins seul, tout cela lui a été refusé au nom d’impératifs budgétaires. Le Zoo de Duisburg ne désemplit pas, les visiteurs affluent chaque jour depuis des années, mais il
semble que ses bénéfices servent avant tout à développer de nouvelles cages, pas à améliorer les anciennes.

* Du côté de la direction du Zoo d’Anvers
A de nombreuses reprises, en 1997-1998, les autorités du Zoo d’Anvers ont été mises en garde quant aux dangers d’un transfert de leurs deux derniers dauphins en Allemagne. Des projets de réhabilitation existaient, qui auraient pu être mis en œuvre avec succès comme nous le prouvent de nombreux exemples, mais qui ont été refusé – c’est un comble ! – au nom de la sécurité des dauphins.

En outre, une fois que les dauphins sont arrivés là-bas, personne de l’ancienne équipe du Zoo d’Anvers n’a jugé nécessaire de lever le petit doigt pour leur venir en aide.
Par voie de presse, la situation a même été considérée comme parfaitement « normale » en 1999, malgré les combats incessants entre les deux mâles dominants et la dépression d’Iris, décelable de façon évidente dès le moment où elle a mis au monde son dernier enfant-mort né. On s’étonne enfin que les dresseurs de dauphins d’Anvers si attachés, paraît-il, à leurs « animaux », n’aient pas fait le voyage à Duisburg pour lui soutenir le moral ou intervenir en sa faveur, ne serait-ce qu’à titre personnel.

En 1998, toute la belgique voulait libérer Iris et Ivo....Ici, extrait de presse de la "Dernière Heure" de janvier 98.

Témoignages de solidarité

Au-delà des nombreuses pétitions dont Iris et Ivo ont fait l’objet et dont la dernière totalisait près de 4.000 signatures, d’innombrables témoignages des sympathie nous sont parvenus pour Iris, devenue le symbole  même de la souffrance en bassin.  Pour exemple, parmi des dizaines d’autres messages, cet hommage touchant écrit par Thierry Deboos :

« Adieu Iris

Un au revoir fraternel
Pour toi, formidable Iris
Pour que devant l’éternel
Tu sois la reine des abysses

Nous ne t’oublierons jamais
Tu as tant donné aux hommes
Tes voleurs de liberté
Même moi, tu me pardonnes

J’ai mis trop longtemps à voir
Et comprendre ton message
C’ n’était pas la mer à boire
Que d’ vouloir ouvrir ta cage

Sous le feu d’un arc en ciel
On aurait aimé, Iris
Te voir te faire la belle
Et qu’ sur le grand bleu, tu glisses

Nous te gardons dans nos
coeurs
Tu as tant donné d’Amour
Que, sans toi, chacun se meurt
Adieu sirène de velours

Telle une fleur en sommeil
Avec les anges d’Alice
Au doux pays des merveilles
S’est envolée notre Iris

La terre est en deuil ce soir
Mais la saison des iris
Sera bientôt là pour voir
La résurrection d’Iris …

Thierry Deboos 2003

Iris à Anvers Photo YG

Ou ces reproches presque désespérés adressés au Zoo de Duisburg :

2:47 am PDT, Apr 16
Anne-Laure
Saint Martin D’Hères
FRANCE
« Je viens d’apprendre la disparition de notre si courageuse Iris. J’aimerais savoir si vous avez une conscience pour avoir pu laisser faire ça, je ne pense pas car pour pouvoir laisser mourir un aussi bel être de la nature il faut être complètement cinglé!!! De son vivant vous avez profitez de votre pouvoir et d’ailleurs je me demande quel être humain à un droit de pouvoir sur la nature, pour tirer profit d’elle dans tous les sens du terme mais il y a une chose qui est sûre c’est que là où elle est maintenant elle peut être enfin libre! Repose en paix petite Iris, tu nous as montré un des plus
bels exemples de courage, je ne t’oublierais JAMAIS! »

3:49 am PDT, Apr 14
sharkane lover Cagnes sur mer
FRANCE
« Vous êtes satisfait, voilà encore un dauphin mort à cause de vous! BRAVO! des gens comme ça ne devrait vraiment pas exister!! il n’y a aucun qualificatif assez puissant pour vous déterminez! Iris j’espère que tu es heureuse là où tu es maintenant!  Repose en paix et découvre enfin la LIBERTE. Rest in peace little angel you will never be forgotten we lover you forever… »

Ou ces soutiens venus de mes amis du Cetacean Freedom Network, parmi des dizaines d’autres… :

* Dear Yvon,
I’m really sorry for this. I hope she is happier now that she is free from human captivity wherever she is.
Best
Masako Miyaji Japan

* Thank you Yvon, for all you’ve done for Iris and other captives. We slowly win by educating and supporting one another. Our message is complex and so new to so many people. It is about respect and understanding, something my country’s leaders know so little about. Whether we can rescue the captives or not, we inform and teach values every day. Please continue to keep us informed from your experience. all the best,
Howard Garett USA Florida

* Dear Yvon,
a candle is burning for Iris. She is forever free now.
Viivi Finland


ivoanvers.jpg

Iris en 1980

Témoignage personnel 

J’aimerais enfin ajouter ici mon propre témoignage.
Vers 1981, accompagné de mon fils Michael, je m’étais rendu au Zoo d’Anvers pour voir ces fameux dauphins dont tout le monde parlait à l’époque et dont le romancier Robert Merle vantait tant l’intelligence.

Encore totalement inconscient de la souffrance qui pouvait sévir en ces lieux de contention, j’assistai au spectacle avec scepticisme. Comme tous ces jeux de ballons et de cerceaux avaient l’air triste et peu engageant !
Comme tous ces dauphins grisâtres et pâles avaient donc l’air stupide !

Ils étaient entassés dans un bassin trop petit, se bousculant pour trouver leur place, mais naïvement, je
supposais à l’époque que ces animaux devaient très certainement disposer d’autres piscines ailleurs ou à côté, plus vastes (ce n’était nullement le cas).

Je fus frappé aussi par la présence de deux dauphins qui se tenaient dans un coin tout penauds, sans bouger. Ils assistaient aux shows comme nous, mais dans leur cas, c’était une question de vie ou de mort…
Ces deux-là venaient  » d’être acquis  » – nous expliqua le dresseur de l’époque qui se gardait comme tous les autres de prononcer le mot « capture » – et c’est pourquoi Iris et Ivo devaient encore apprendre leur nouveau métier.

Les dauphins du Zoo d’Anvers en 1982

Plus tard, vers 1996, nous leur rendîmes une nouvelle visite à Anvers.
Mère et fils nageaient désormais seuls dans le bassin dépeuplé : tous les autres étaient morts !
Nos deux amis s’ennuyaient tant qu’il avait fallu leur
adjoindre des otaries pour les distraire et pimenter leurs shows.
L’un de ces malheureux pinnipèdes soufflait et s’agitait à travers la grille métallique qui séparait les chambres d’isolement  du bassin principal. Qu’est-elle devenue, cette otarie-là ? Elles meurent au Zoo comme des mouches, dans l’indifférence la plus générale…

Photos YG, prises à Anvers en 1998...

Le show fini, les dresseurs s’en étaient allés et le delphinarium avait été laissé sans surveillance.
C’était un jour pluvieux. Le bassin tout entier baignait dans la pénombre. Alors, je t’ai parlé longtemps, Iris, tu t’en souviens ? Penché au bord de l’eau, je t’ai promis comme un idiot qu’on allait te libérer.
Que tu allais retrouver tes amis, ta famille, tous ceux auxquels les hommes t’avaient arraché quand tu avais douze ans…

Je t’ai dit aussi que ton fils viendrait avec toi et que tous les deux, vous alliez enfin pouvoir nager droit devant comme des fous, face aux vagues, sous le vent et que le soleil brûlant réchaufferait vos peaux blêmes…
Et j’y croyais vraiment, tu sais, en ce temps-là ! Tout semblait si facile !

Trois dauphins captifs venaient d’être libérés des dernières geôles anglaises et il semblait évident à tous – sauf au Zoo d’Anvers – que toi et ton enfant nageriez vous aussi en pleine mer, et ceci d’autant plus que vous étiez « nés libres » c’est à dire parfaitement capables de reprendre le large !

 

Rocky, Missie et Silver libérés des geôles anglaises !

Puis ce fut la fameuse campagne de 1995-1998 lancé par Planète Vie.
Ce grand moment de solidarité où de nombreuses associations tant belges qu’étrangères plaidèrent en faveur de la libération des dauphins d’Anvers et à l’occasion de laquelle Ric O’Barry, lors d’une conférence de presse tenue en son hôtel bruxellois ce 17 décembre 1998, eut ces mots :

« Envoyer ces dauphins à Duisburg est les condamner à une mort certaine. Le Zoo d’Anvers a déjà causé la mort de 29 dauphins innocents. Nous avons aujourd’hui la possibilité concrète de sauver les deux derniers survivants, à la seule condition que M. Fred Daman accepte de nous les confier. Je dispose aujourd’hui d’un endroit au bord de la mer des Caraïbes « 
En disant cela, Ric montrait à la presse la photo d’une petite plage tropicale et d’une baie close où nage encore aujourd’hui la delphine Stephania.
« Bien entendu, ajoutait-il, Iris et Ivo ne retrouveraient pas la liberté tout de suite.  Mais après tant d’années de confinement dans un bassin nu, ils pourront enfin redécouvrir le goût de l’eau de mer et du plancton, le mouvement des marées, la pluie, le vent, les algues, le sable, les poissons vivants…. Plus tard, s’il apparaît qu’ils sont capables de reprendre le large, alors, nous les relâcherons en toute sécurité. C’est la meilleure solution du point de vue des dauphins et j’espère que le Directeur du Zoo en prend conscience ! »

Ric O’Barry, Hélène O’Barry et YG devant le zoo d’Anvers

Eh bien, non. Le Directeur n’en prit pas conscience.
Nos dauphins furent expédiés un beau matin vers leur nouvelle prison, plus loin encore à l’intérieur des terres, plus loin encore  des océans  familiers… Duisburg, petite ville pourrie d’Allemagne  coincée entre deux autoroutes, au fond du bassin de la Ruhr, sinistre et pollué…

Il fallut donc aller jusque là – et c’était loin de la Belgique, trois heures de route aller, trois heures retour –  pour rendre à nos amis des visites profondément désespérantes et photographier leur dégradation.
Au-delà du Zoo sinistre plein de tigres, de singes et d’éléphants psychotiques, il y avait aussi ce bélouga solitaire et son ami le marsouin dans un bassin à ciel ouvert tout à fait déglingué et plus loin la fosse, la bulle d’obscurité, le bassin où Iris se mourrait à petit feu sous les yeux de tous et sans que nul ne réagisse…
Ces shows atroces, humiliants, dont il fallait pourtant payer chaque fois le prix d’entrée…

En 1999., tout paniqués.....Photo JP Von der Bergh

Je me souviens de ce jour de 1999 quand nous avons revu nos dauphins pour la première fois.
J’en aurais pleuré de rage : le rostre d’Ivo était sanglant à force de se battre avec son concurrent Play Boy, (mort depuis) et Iris, tout près de lui, se tenait immobile. Ils étaient là, serrés dans un coin de leur petit bassin latéral que fermait encore une grille.
Ils étaient terrifiés. C’était déjà la fin pour eux. Ils le savaient. Nous n’étions pourtant qu’en 1999.

Et nous y retournâmes, pourtant, plusieurs fois encore et chaque fois, cela se dégradait, chaque fois, Iris était un peu plus immobile, un peu plus solitaire, plus désespérée que la fois précédente. Mais elle nous regardait tout de même et elle venait nous saluer quand on s’approchait d’elle, escaladant les bords de son micro-bassin, en dépit des reproches de dresseurs agressifs qui finissaient par nous jeter dehors.

En 2002, c’en fut trop. Je n’ai plus eu le courage de m’y rendre encore moi-même et me contentai dès lors de témoignages reçus par des tiers ou des « agents sur place ».

Je n’ai donc pas revu Iris. Je ne lui ai pas dit adieu lorsqu’elle allait mourir.
Mais je veux dire ici que c’est par elle que j’ai découvert toute l’horreur des delphinariums, c’est par elle que j’ai pris conscience de ce que pouvait signifier le terme de « personne
non-humaine ». Iris était un être courageux et bon, noble et intelligent, mille fois supérieure aux singes humains sans scrupules qui l’ont torturée tant d’années durant.
Je suis fier de l’avoir connue. Mais sa mort ne change rien à l’affaire.

Nous nous battrons encore, tous ses amis et moi, pour sauver son fils Ivo, Daisy, Duke, Pépina et chacun des milliers de dauphins captifs qui souffrent partout dans le monde.
Notre dignité d’Homme passe par ce combat-là.

YG Avril 2003

Iris. Photo JP Von der Bergh

Adieu Iris, petite âme noble et douce…
Jamais nous ne t’oublierons !


Iris et Ivo, les deux derniers dauphins d’Anvers