Pourquoi les dauphins ne sautent-ils pas au-dessus des filets ?

Newly captive dolphins jump as new captives are brought into the sea pens

Ce dauphin captif pourrait parfaitement sauter par-dessus le bord de son enclos. Et il voit tout ce qui l’entoure.

 

Prenons un humain et demandons-lui de traverser une poutrelle métallique d’une cinquantaine de centimètres de large qui irait d’un immeuble à un autre, disons, sur une distance de quelques mètres. Avec, bien sûr, deux ou trois cent mètres de profondeur sous lui.
Rien ne l’en empêche : il le ferait sur du gazon sans problème. Mais le Vide… Le Vertige… Dans la plupart des cas, l’Humain deviendra vert d’angoisse, il suera sang et eau et renoncera à une pareille aventure. Certains Amérindiens Mohawk – ceux qui ont construit l’Empire State Building – ont su le faire. Certains alpinistes aussi. Et puis les chats, les mouflons, les oiseaux nichant dans les falaises et bien d’autres espèces qui ne ressentent absolument pas le vertige.

 

Les dauphins libres peuvent sauter jusqu’à 6 mètres de haut. Comment se fait-il alors qu’ils ne sautent pas par-dessus les filets de pêcheurs de Taiji ? Ni même par-dessus les grilles qui séparent un bassin d’un autre dans la plupart des delphinariums ?

Face à un filet, le système d’écholocation de l’animal identifie un objet semi-solide maillé dont il peut détecter l’épaisseur, la hauteur et la largeur, mais sans parvenir pas à discerner ce qui est au-delà de cet objet et sans savoir s’il est prudent ou non de sauter par-dessus l’objet dans une zone «inconnue».

« Pour le Cpt Paul Watson,  les comportements des dauphins démontrent qu’ils ont une vie sociale très complexe, une culture (notamment dans les techniques de chasse) et un langage (avec une signature sifflée qui est l’équivalent de nos noms et prénoms). De manière générale, les spécialistes des mammifères marins les regardent comme l’une des espèces animales les plus intelligentes. Mais alors, comment expliquer que les dauphins ne sautent pas hors des bassins dans les parcs aquatiques ou au dessus des filets de pêche ? Pour Paul Watson, ceci démontre paradoxalement leur intelligence. En effet, ils ne peuvent pas savoir ce qui se trouve de l’autre côté du muret : s’ils devaient atterrir sur la terre ferme, ils mourraient. les dauphins le savent ».
(in : La Dolphin Connection).

L’explication est peu convaincante, lorsqu’on voit par exemple des dauphins de la Dolphin Base sauter très haut sur ordre de leurs dresseurs dans les petits enclos de bois flottant. Il leur suffirait de retomber un plus à gauche ou un peu plus à droite pour se retrouver dans la mer, qu’ils distinguent parfaitement tout autour. Les dauphins ont une bonne vision hors de l’eau et il est difficile de croire qu’ils ne distinguent pas ce qui se trouve au-delà du filet, ne serait-ce qu’en adoptant la position verticale du «spy hope».

dolphin-dolphins-jumping-high-out-the-water_304336
Une autre explication, plus crédible, est que les dauphins ne possèderaient pas un « instinct naturel » pour sauter au-dessus des objets, car ce comportement n’est pas nécessaire à l’état sauvage.
En mer, un tronc flottant, une épave, ou tout autre objet trouvé sur la route d’un dauphin sera contourné par le côté ou par en dessous. Quand les dauphin sautent, c’est pour exprimer leur bonne humeur ou passer quelque message gestuelle aux autres. Le saut classique dans un cerceau ou par-dessus une perche doit leur être appris. Ils ne le feront jamais  spontanément.
A l’exception des côtes, l’océan est fondamentalement un espace sans limites où les mouvements se font dans les trois dimensions et où l’essentiel de la vie se passe sous la surface de l’eau.

Jason Bruck, un spécialiste des dauphins à l’Université de Chicago, insiste sur ce point : les dauphins ne perçoivent pas le filet comme un piège dont ils peuvent s’échapper, comme des humains pourraient le faire. Leur perception du monde est profondément différente de la nôtre et leur conscience nous est « exotique ».
C’est pourquoi, continue Jason Bruck, les scientifiques peinent à trouver une explication satisfaisante à cette étrange incapacité à franchir une simple rangée de flotteurs.

On sait aussi que les dauphins ont une aversion naturelle à passer par des ouvertures étroites, tel qu’un chenal au delphinarium. Le fait d’être enfermé, coincé, entravé, crée chez eux un état de stress intense. Il leur est en effet nécessaire de remonter régulièrement à la surface et tout obstacle les en empêchant peut leur être fatal.
«Ce stress pourrait être un facteur qui empêche les dauphins sauvages de résoudre le problème. L’essentiel est que les filets ne sont pas naturels pour eux, et ils n’ont pas évolué sur le long terme ou innové sur le court terme d’une solution qui leur permettrait de s’échapper« . Il est tout à fait fascinant de voir dans cette vidéo, par exemple, que le dauphin tente de s’échapper en fonçant dans le filet, et non en glissant au–dessus ni même en-dessous. C’est une réaction de pure panique. La même que nous éprouverions tout au bord d’un gouffre.

Ajoutons à cette tétanisation devant le filet, l’attachement aux membres du groupe, la solidarité intense et l’amour qui les lient portés à un degré que nous ne saurions concevoir. Et cette étrange passivité qui se saisit d’une famille de dauphins capturés, lorsqu’ils se laisse mener à l’abattoir sans tenter vraiment de fuir ou de se révolter.
La psychologie des cétacés est un domaine de recherches fascinant mais elle n’en est encore qu’à ses balbutiements…

mohawkironworkers.JPG

Indien Mohawk sur l’Empire State Building

Why Don’t Trapped Dolphins Simply Jump To Freedom?

Dauphins, cerveau et intelligence

Taiji-2013-09-02-DolphinSelection-18