DAUPHINS : CERVEAU ET INTELLIGENCE
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I. L'INTELLIGENCE
DES
DAUPHINS EN QUESTION
A quel niveau, la barre ?
De vigoureux débats ont régulièrement lieu à propos de
l'intelligence du dauphin, où se retrouvent et s'opposent
globalement trois opinions :
Il y a ceux qui mettent la barre très haut
Ils pensent peut-être à raison - que les dauphins sont
dotés de pouvoirs paranormaux, et transcendent de très
loin toutes nos possibilités mentales. Par exemple, pour Jim
Nollman, la pensée cachalot étant produite par un cerveau
cinq fois plus puissant que le nôtre est forcément
cinq fois plus complexe et donc inaccessible à notre
compréhension.
Sur un mode nettement moins
rationnel et plus égoïste, la mouvance New Age tend à
considérer les dauphins comme des extraterrestres arrivant de
Sirius pour apporter un message au Monde et servir aux
progrès des Hommes. C'est de cette mouvance, malheureusement,
qu'est issue la mode des Dolphin Assisted Therapy (DAT) et
l'on peut donc craindre que ces idéologies ne servent avant tout
à favoriser l'expansion de ce marché.
Il y a ceux qui mettent la barre très bas.
Et ceux-là très clairement, ont reçu pour mission de justifier
les captures pour les delphinariums ou les massacres des
baleines. On lira ainsi avec stupéfaction les études
réductrices de M.Klinowska sur le site scandaleux des
Norvégiens Tueurs de Baleines de l'association
Highnorth Alliance. Celles-ci ramènent le cerveau du
cétacé aux dimensions de celui du hérisson ou tendent
à prétendre que les baleines ne sont finalement que de
gros " bovidés de la mer", stupides,
indolentes et presque insensibles.
De même, toute la galaxie de chercheurs et vétérinaires vendus
à l'industrie du delphinarium déclarera d'une seule voix
que l'intelligence du dauphin ne dépasse guère celle du
chien.
Et il y a ceux qui tentent de faire la part des choses...
Et notamment d'aborder de manière objective une série de
d'études scientifiques ou d'observations de terrain
convergentes. En regroupant ces recherches, en les collationnant,
en les mettant en perspectives, il devient alors très
difficile de croire que les cétacés puissent n'être que des
"toutous marins"...
Le
frein de
l'anthropocentrisme
La disqualification systématique des compétences cognitives des
cétacés n'est pourtant pas le fait de seuls baleiniers ou
des "dolphin trainers". Certains cétologues et
associations ( Anne Collet, Greenpeace) adoptent cette
position, affirment-ils, par souci d'objectivité. En fait, il
semble surtout qu'une sorte de terreur sacrée les saisisse
devant l'effondrement de l'un des derniers
dogmes inexpugnables du canon scientifique : " l'Homme,
mesure de toutes choses, est seul doté de conscience et de
langage ".
" En traçant une limite stricte entre l'Homme et la Bête
" ajoute Keith Thomas, " le but principal de nos
théoriciens modernes était surtout de justifier la chasse, la
domestication, l'ingestion de la chair d'un animal mort, la
vivisection - qui devint une pratique scientifique courante dès
le 19ième siècle -et l'extermination à large
échelle de la vermine et des prédateurs ".
On trouve un peu partout - mais surtout dans le monde de
l'édition francophone - de pitoyables gesticulations
mentales visant à dénigrer, chaque fois que faire se peut,
toute contestation de cette vérité première, aussi
évidente que la course du soleil autour de la terre.
Innombrables sont les études qui nient que la guenon
Washoe, le bonobo Kanzi ou le perroquet Alex puissent parlent de
vrais langages. Un article récent du New Scientist allait
même jusqu'à contester la notion de " soi "
chez l'animal et le fait que les expériences de
reconnaissance face au miroir puissent avoir valeur
de preuve en ce domaine.
Bref, pour beaucoup d'humanistes de la vieille école, la
prééminence de l'être humain sur le plan de l'intellect
est un dogme, une conviction d'ordre affectif presque
désespérée, et non pas une certitude scientifique.
L'anthropocentrisme qui fonde toute notre vision du monde nous
rend, semble-t-il, incapable d'appréhender la possibilité
d'une conscience autre, "exotique " selon le mot de
H.Jerison, mais parfaitement complète, aboutie et
auto-réflexive.
Pourtant, insiste Donald Griffin " Il n'est pas plus
anthropomorphique, au sens strict du terme, de postuler
l'existence d'expériences mentales chez d'autres espèces
animales, que de comparer leurs structures osseuses, leurs
systèmes nerveux ou leurs anticorps avec ceux des humains
".
TECHNOLOGIE ET INTELLIGENCE
Cerveau vaste et puissant que celui du dauphin, certes. Mais
encore ? Qu'en fait-il ? C'est là l'ultime argument massue
de notre dernier carré d'humanistes qui, très expressément,
maintient la confusion entre Intelligence et
Technologie.
Or nous savons - nous ne pouvons plus nier - que d'autres types
d'intelligences existent. On se reportera notamment au
passionnant ouvrage de Marc Hauser "Wild Minds : what
animals really think " (Allen Lane éditions,
Penguin Press, London 2000) qui définit en termes clairs la
notion "d'outillage mental ".
Même si de grands paramètres restent communs à la plupart des
espèces psychiquement évoluées, dit en substance
l'auteur (règle de la conservation des objets, cartes mentales
pour s'orienter, capacité de numériser les choses,
etc.), à chaque environnement correspond néanmoins une vision
du monde, un mode de pensée propre, qui permet à
l'individu de survivre au mieux.
Les écureuils sont capables de garder à l'esprit des cartes
mentales d'une précision hallucinante, fondée
sur des images géométriques. Les baleines chassent avec des
rideaux de bulles, dont le réglage demande une grande
concentration et une puissance de calcul peu commune. Les orques
et les dauphins ne produisent rien, c'est vrai mais ils sont
là depuis des millions d'années, ne
détruisent pas leur biotope, vivent en belle harmonie,
n'abandonnent pas leurs blessés, ne se font pas la
guerre entre eux et dominaient tous les océans
jusqu'à ce que l'Homme y viennent pour les détruire.
Toutes vertus généralement qualifiées de "sens
moral" et qui révèlent un très haut degré de
compréhension du monde.
Il en est de même pour l'être humain : technicien jusqu'au bout
des doigts, champion incontesté de la manipulation d'objets
et de chaînes de pensées, adepte des lignes droites, de la
course et de la vitesse, il vit dans un monde à
gravité forte qui le maintient au sol et lui donne de
l'environnement
une vision bidimensionnelle.
L'imprégnation génétique de nos modes de conscience est forte
: nous avons gardé de nos ancêtres la structure
sociale fission-fusion mâtinée de monogamie, la protection de
nos "frontières " est toujours assurée,
comme chez les autres chimpanzés, par des groupes de jeunes
mâles familialement associés (frères, cousins puis
soldats se battant pour la Mère Patrie), notre goût pour la
science, le savoir et les découvertes n'est qu'une
forme sublimée de la néophilie presque maladive que partagent
tous les grands primates, et notre passion pour les jardins,
les parcs, les pelouses bien dégagés et les "
beaux paysages " vient de ce que ceux-ci évoquent la
savane primitive, dont les grands
espaces partiellement arborés nous permettaient
autrefois de nous cacher aisément puis de courir sur la proie...
Mais bien sûr, l'homme est incapable de bondir de branche en
branche en calculant son saut au plus juste, il est
incapable de rassembler un banc de poissons diffus rien qu'en
usant de sons, incapable de tuer un buffle à l'affût
en ne se servant que de son corps comme arme, etc.
Ce n'est certes pas pour nous un titre de gloire que d'être les
plus violents, les plus cruels, les plus astucieux, les plus
carnivores, mais surtout les plus habiles et donc les plus
polluants de tous les grands hominoïdes ayant jamais vécu
sur cette planète, et cela du seul fait que nous n'avons pas
su ou pas voulu renoncer à nos outils mentaux
primordiaux ni à nos règles primitives. Au-delà de
nos chefs-d'uvre intellectuels - dont nous sommes les
seuls à percevoir la beauté - et de nos
créations architecturales si calamiteuses au niveau de
l'environnement, la fureur primitive des chimpanzés
est toujours bien en nous, chevillée dans nos moindres
gestes et dans tous nos désirs : plus que
jamais, le pouvoir et le sexe restent au centre des
rêves de tous les mâles de la tribu...
Veau marin, tortue luth, cachalot
: même combat ?
Une dernière question se pose souvent à propos de
l'intelligence des cétacés : représente-t-elle
ou non un enjeu important dans le cadre de leur
protection ? Là encore, certaines associations s'indignent
que l'on puisse faire une différence entre la tortue
luth, le tamarin doré, le cachalot ou le panda. Toutes
ces espèces ne sont-elles pas également menacées
et leur situation dramatique ne justifie-t-elle pas une
action de conservation d'intensité égale ? Ne
sont-elles pas toutes des " animaux " qu'il
convient de protéger ?
Sans doute, mais l'intelligence des cétacés met un autre
argument dans la balance : en préservant les dauphins et
baleines, nous nous donnons une dernière chance d'entrer en
communication avec une autre espèce intelligente. Il est de
même pour les éléphants ou les grands singes mais
le développement cognitif des cétacés semblent avoir
atteint un tel degré que les contacts avec eux pourraient
atteindre au niveau de vrais échanges culturels.
Les seuls animaux à disposer d'un outil de communication
relativement similaire au nôtre c'est à dire transmis
sur un mode syntaxique de nature vocale - sont en effet les
cétacés. On pourrait certainement communiquer par certains
signes et infra-sons avec les éléphants, par certains
gestes-symboles et mimiques avec les chimpanzés libres, mais ces
échanges ne fourniraient sans doute que des informations
simples, du fait de notre incapacité à nous immerger
complètement dans la subtilité de ces comportements
non-verbaux.
Tout autre serait un dialogue avec des dauphins libres qui sont,
comme nous, de grands adeptes du
« vocal labeling », de la désignation des choses par des sons,
de l'organisation de ces sons en chaînes grammaticalement
organisées et de la création de sons nouveaux pour désigner de
nouveaux objets.
Cette possibilité, inouïe et jamais advenue dans l'histoire
humaine, est pour nous l'un des principaux enjeux de la
conservation des "peuples de la mer " véritables
nations cétacéennes dont nous ne devinerons sans doute que
très lentement les limites du prodigieux univers mental. Une
telle révolution risque bien d'amener d'extraordinaires
changements dans notre vision du monde.
Il n'est d'ailleurs pas impossible que notre pensée
technologique nous rende irrémédiablement aveugle à
certaines formes de réalité ou fermé à certains modes de
fonctionnement de la conscience.
Comme l'affirme Jim Nollman, il se peut en effet que les
cachalots soient capables d'opérations mentales inaccessibles à
notre compréhension.
Il se peut que leur cerveau prodigieusement développé les rende
à même de percevoir, mettons, cinq ou six des onze dimensions
fondamentales de l'univers (Lire à ce propos : "L'Univers
élégant " de Brian Greene, Robert Laffont éditeur)
plutôt que les quatre que nous percevons ? Quel aspect peut
avoir l'océan et le ciel sous un regard de cette sorte ?
Si nous ne leur parlons pas, impossible à savoir. On imagine la
piètre idée qu'ont pu se faire les premiers colons anglais
de ces yogis immobiles qu'ils découvraient au fond d'une grotte
en train de méditer ? Se doutaient-ils seulement à quoi
ces vieux anachorètes pouvaient passer leur temps
? Avaient-ils la moindre idée du contenu des Upanishads ou
des Shiva Sutras, la moindre idée de ce que pouvait
signifier le verbe " méditer " pour ces gens et pour
cette culture ? Les baleines bleues, les cachalots, les
cétacés les plus secrets des grands fonds
(zyphius, mésoplodon) sont-ils, de la même manière,
des sages aux pensées insondables nageant aux frontières
d'autres réalités... et que nous chassons pour leur viande
?
Le processus d'encéphalisation
Parmi l'ensemble des animaux non-humains, les dauphins sont
dotés du quotient encéphalique le plus élevé au monde,
soit à peu près celui de l'être humain.
A ce petit jeu, d'ailleurs, le cachalot nous dépasse tous
largement ! Une telle augmentation du volume cérébral,
bien au-delà des simples besoins de la motricité ou de la
sensorialité, est qualifiée "d'encéphalisation
structurelle". Ce phénomène n'est pas rare. Il semble
que dès le Jurassique, des dinosauriens bipèdes de taille
moyenne aient commencé à augmenter de manière encore
timide leurs capacités cérébrales.
Au Tertiaire, les ancêtres des éléphants et des cétacés se
sont lancés à leur tour dans la course au gros cerveau
mais ce n'est qu'au Quaternaire, il y a de cela de trois à six
millions d'années, que certains primates hominoïdes
développent une boîte crânienne de type néoténique à
fontanelles non suturées durant les premiers temps de
l'enfance, afin de permettre une croissance ultérieure de l'un
des cerveaux les plus puissants du monde.
Ce processus d'encéphalisation apparaît également chez
certains oiseaux - corvidés, psittacidés - à peu
près vers la même époque. A chaque fois, bien sûr, des
comportements très élaborés sont toujours associés à un
cet accroissement spectaculaire du tissu cérébral.
Une si curieuse convergence
de formes, la survenance simultanée ou successive de tous ces
"grands fronts", pose bien évidemment question en
termes darwiniens.
Le ptérodactyle, la mouche, le colibri, la chauve-souris ont des
ailes pour voler, la truite, l'ichtyosaure, le marsouin ont un
corps fait pour nager, le grillon fouisseur et la taupe ont des
pattes en forme de pelles pour creuser, etc.
Mais à quoi rime dès lors un vaste crâne et à quel fonction
est-il dévolu ?
Essentiellement à comprendre le monde et ceux qui le composent,
en ce compris les membres de sa propre espèce, avec lesquels il
faut sans cesse gérer une relation équilibrée. Même les
gros cerveaux les plus solitaires vivent en fait en société :
tigres, baleines bleues, panthères, orangs-outans gardent des
liens étroits, bien que distants ou différés, avec leur
fratrie et leurs partenaires.
L'intelligence est à coup sûr l'arme suprême contre les aléas
du monde, ses mutations incessantes, puisqu'elle permet notamment
de gérer un groupe comme un seul corps mais aussi de pénétrer
les lois subtiles qui sont à la base du mouvement des
choses.
En augmentant d'un degré supérieur ces facultés par le moyen
du langage, lequel conserve le savoir des générations mortes,
l'homme et le cétacé ont sans doute franchi un nouveau pas vers
une plus grande adaptabilité.
Le problème de l'humain, mais nous n'y reviendrons pas
davantage, c'est qu'il ne s'est servi jusqu'à ce jour que d'une
partie de son intelligence et qu'il se laisse ensevelir vivants
dans ses propres déchets, et avec lui les reste du monde, pour
n'avoir pas su contrôler sa propre reproduction ni la saine
gestion de son environnement.
Intelligents
ou non ?
Le
point de vue de Ken Levasseur
Les soldats : -"Vous avez dressé ces dauphins à
retrouver des mines ?"
- "Vous seriez surpris de savoir à quel point ils sont
intelligents !"
Le dauphin : "En quoi le fait de radicaliser des musulmans
modérés
va-t-il rendre le monde plus sûr ?"
Dans un courrier CFN
posté en avril 2003 relatif à l'utilisation de dauphins
militaires en Irak, Ken Levasseur, l'un des meilleurs
spécialistes actuels de cette question, a tenu à faire le point
à propos de l'intelligence réelle ou supposée de ces
mammifères marins. Aux questions que lui avait adressées un
étudiant sur ce thème, Ken répond ici de manière définitive,
sur la base de de son expérience et de ses intimes
convictions.
Eu égard aux remarquables recherches
menées par Ken depuis des années et au fait qu'il a
travaillé longtemps aux côtés du professeur Louis Hermann, son
point de vue n'est évidemment pas négligeable ni ses opinions
sans fondements.
On lira d'ailleurs sur ce site même son article en anglais
relatif au cerveau du dauphin
On se reportera également aux pages : http://whales7.tripod.com/policies/levasseur/index.html
Inutile de dire que le
gestionnaire de ce site partage totalement le point de vue de Ken
Levasseur, dont les travaux l'inspirent depuis de nombreuses
années, au même titre que ceux de Wade Doak ou de Jim Nollman :
tous ont en commun d'affirmer que les dauphins ne sont pas des
animaux au sens strict mais bien l'équivalent marin de
l'humanité terrestre.
Q- A quel niveau d'intelligence réelle
les dauphins se situent-ils ? A celui du chien ? Du grand singe ?
D'un être humain ?
R- Mon meilleur pronostic est qu'un jour prochain, nous
pourrons prouver que la plupart des espèces de cétacés
disposent d'une intelligence équivalente ou supérieure à celle
d'un humain adulte.
*How intelligent are
dolphins really (as intelligent as dogs, chimpanzés, humains, or
etc.)?
-My best guess is that most cetacean species will eventually
be shown to have an "intelligence"
and "language" at the adult human level or
higher.
Q- Quelles sont les preuves nous
permettant d'affirmer que les dauphins sont intelligents ?
R- Il a été démontré depuis longtemps que les dauphins
peuvent développer des capacités cognitives qui équivalent ou
excèdent les possibilités mentales de l'être humain.
Aujourd'hui, nous sommes à même de définir exactement en quoi
consiste l'intelligence humaine. Une fois que nous parviendrons
à définir l'intelligence d'une manière strictement objective
et valable pour toutes les autres espèces, on permettra enfin
aux cétacés de faire la preuve de la leur.
*What
evidence is there that they are intelligent?
-Dolphins have already been shown to have mental abilities
that meet or exceed human mental abilities. Intelligence is
currently defined for humans. Once the subjective definition of
intelligence is made more objective and comparable between
species, cetaceans will be allowed to show their intelligence.
Q- Quelles preuves avons-nous que les
dauphins ne sont PAS intelligents ?
R- Il n'y a aucune preuve scientifique qui tendrait à prouver
que l'intelligence du dauphin serait située entre celle du chien
et celle du chimpanzé (comme l'affirment les delphinariums et la
marine américaine) .
What evidence is there that they are not intelligent?
-There is no evidence of any type that dolphins have an
intelligence "between the dog and chimpanzee closer to the
chimpanzee."
Q- Est-ce que les dauphins possèdent un
langage propre ?
R- La définition d'une «langue », comme celle de
l'intelligence, repose sur des bases subjectives définies pour
et par les humains. Une fois que nous pourrons disposer d'une
définition plus objective de ce qu'est un langage, et que les
recherches sur la communication des dauphins ne seront plus «
classifiée» par les américains, il est fort probable que les
chercheurs puissent enfin conduire les recherches appropriées et
qu'ils reconnaissent que les dauphins disposent de langages
naturels.
Do they have a
language of their own?
-The definition of language, like intelligence, is subjective and
defined for humans. Once the definition of language is made more
objective, and dolphin communication research is no longer
classified, it is highly likely that researchers will be able to
conduct the proper research and will eventually agree that
dolphins have a natural language.
Q- Est-ce leur capacité à apprendre et à exécuter des tours complexes qui les rend plus intelligents ou non ?
R- La capacité du dauphin à apprendre
à exécuter des tours complexes est surtout une indication de
l'existence d'un niveau élevé des capacités mentales,
interprétées comme synonymes d'une intelligence élevée.
*Does their
ability to learn and do complex tricks make them intelligent or
not ?
-The dolphin's ability to learn and do complex tricks is an
indication of a high level of mental abilities often interpreted
as synonymous with high intelligence.
Q- Jusqu'à quel point ont été menées
les recherches sur les dauphins et leur intelligence ? Que savent
vraiment les scientifiques à leur propos ?
R- La US Navy a « classifié » ses recherches sur
les dauphins en 1967, au moment où l'acousticien Wayne Batteau
est parvenu à développer des moyens efficaces pour communiquer
avec des dauphins dressés. La communication et l'intelligence
des dauphins constituent donc désormais des données militaires
secrètes, qui ne peuvent plus être divulguées au public.
*How far has the work on dolphins and dolphin intelligence gone?
What do scientists know now about them ?
-The US Navy classified their dolphin research in 1967 when Wayne
Batteau developed an effective means to communicate with trained
dolphins. Dolphin communication and dolphin intelligence are
therefore classified military information and not available to
the public.
Q- Est-ce que les dauphins disposent
d'un langage propre ? Y a t-il des recherches qui le prouvent
?
R- Vladimir Markov et V. M. Ostrovskaya en ont fourni la preuve en 1990 en
utilisant la « théorie des jeux » pour analyser la
communication des dauphins dans un environnement contrôlé et à
l'aide de moyens efficaces. Il est donc très probable que les
dauphins aient une langue naturelle.
*Do dolphins
have a language of their own, and what evidence is there to prove
that ?
-Markov and V. M. Ostrovskaya 1990, showed that by using game
theory to analyze dolphin communication in a controlled
environment and by effective means, it is highly probable that
dolphins have a natural language. (Markov, V. I. and V. M.
Ostrovskaya 1990 Organization of communication system in Tursiops
truncatus Montague. In: Sensory Abilities of Cetaceans, Thomas,
J. and R. Kastelein eds. Plenum Press, New York.)
Q- Les capacités tout à fait spéciales des dauphins en
matière d'écholocation ont-elles quelque chose à voir avec
leurs modes de communication?
R- A mon sens, les recherches futures fourniront la preuve
que le langage naturel des cétacés est fondé sur les
propriétés physiques de l'écholocation, de la même manière
que les langues humaines se basent sur des bruits et des
représentations.
*Does their special ability of echolocation have anything to do
with communication between dolphins ?
-In my opinion, future research will eventually show that
cetacean natural language is based on the physical properties of
echolocation much like human languages are based on sounds and
sights.
Q- Quelle est VOTRE opinion à propos de l'intelligence des
dauphins ?
R- Pendant deux ans, j'ai vécu à quinze pieds (1 Pied : 30 cm
48) d'un dauphin et à trente-cinq pieds d'un autre. À mon avis,
les dauphins possèdent une intelligence équivalente à celle
d'un être humain. Ils devraient bénéficier dès lors de droits
similaires aux Droits de l'Homme et se trouver protégé des incursions humaines
dans son cadre de vie.
*What is YOUR
opinion about the intelligence of dolphins?
-For two years, I lived fifteen feet from one dolphin and
thirty-five feet from another dolphin. In my opinion, dolphins
have an intelligence on par with human intelligence and are
deserving of rights
equivalent to human rights and therefore deserving of protection
from human indiscretions.
Q- La ressemblance entre les humains et
les dauphins a-t-elle quelque chose à voir avec leur
intelligence commune ?
R- Les dauphins sont très éloignés des humains à de nombreux
niveaux mais les ressemblances que nous pouvons noter sont en
effet fondées sur le fait que les dauphins possèdent des
capacités mentales plus élevées (que la plupart des autres
animaux) et sont à ce titre interprétés en tant
qu'intelligence de type humain.
*Does
their similarity to humans have anything to do with their
intelligence ?
-Dolphins have very few similarities with humans but those
similarities they do have usually indicate higher mental
abilities and are often interpreted as human-like intelligence.
Q- La grande taille de leur cerveau,
relativement à celle de leur corps, est-elle un indicateur de
leur haute intelligence ?
R- Le volume absolu d'un cerveau ne constitue pas une preuve
d'intelligence élevée. Le coefficient encéphalique (taille
du cerveau par rapport à la taille de corps) n'en est
pas une non plus.
Néanmoins, on pourrait dire que la taille absolue du cerveau
d'une espèce donnée par rapport au volume global du corps
constitue un bon indicateur pour comparer les capacités
mentales de différentes espèces.
Souvenons-nous par ailleurs que les cétacés ne pèsent rien
dans l'eau, puisqu'ils flottent et qu'une grande part de
leur masse se compose simplement de la graisse. Cette
masse de graisse ne devrait pas être incluse dans l'équation
entre le poids du cerveau et le poids du corps car cette
graisse n'est traversée par aucun nerf ni muscle et n'a
donc aucune relation de cause à effet avec le volume du
cerveau.
*Does their
large brain size for their body size prove that they are highly
intelligent ?
-Absolute brain size alone is not a proof of high intelligence. A
brain size to body size ratio of any type is also not a
proof of high intelligence. But, a good argument could be
made that a species absolute brain size qualified by its ratio to
the species body size is a good indicator of the
comparability of different species' mental
abilities. Remember that cetaceans have no weight because
they float and that a large amount of the cetacean's size
(mass) is made up of fat. The mass of a species average
amount of fat should not be included in brain to body size
ratios because fat has no nerves for muscle or senses and
has no causative relationship to brain size.
Q- Est-ce que la capacité des dauphins
à traiter des clics écholocatoires à une vitesse inouïe
nous laisse-t-elle à penser qu'ils sont
extrêmement intelligents ?
On a pu montrer que les dauphins disposaient, et de loin, des
cerveaux les plus rapides du monde.
Lorsqu'ils les observent, les humains leur semblent se
mouvoir avec une extrême lenteur en émettant des
sons extrêmement bas. Un cerveau rapide ne peut forcément
disposer que de capacités mentales très avancées.
*Does their
ability to process echolocation clicks amazingly fast show that
they are highly intelligent ?
-Dolphins have been shown to have the fastest brains on the
planet by a very large margin. Humans move and make sounds in
slow motion when dolphins observe them. A fast brain is an
advanced mental ability.
Q- Pensez-vous des scientifiques
comprendront un jour complètement les dauphins?
R- Est-ce que nos scientifiques comprennent bien les humains? Si
tout va bien, à l'avenir, les dauphins devraient être
compris comme les humains se comprennent entre eux.
*Do you think
scientists will ever completely understand dolphins?
-Will scientists ever completely understand humans? Hopefully, in
the future, dolphins will eventually be understood as well
as humans.
Q- Le fait que les dauphins possèdent une signature sifflée
est-elle une preuve de l'existence de leur langage ?
R- Non. Cette notion de signature sifflée est actuellement mal
comprise et son existence même est sujette à caution.
*Do the fact
that they have signature whistles show that they have a language?
-No. The signature whistle concept is not well understood much
less an established fact.
Q- Les dauphins font plein de choses très intelligentes et
nous ressemblent fort.
Est-ce parce qu'ils sont vraiment intelligents ou simplement
très attractifs ?
R- La réponse à votre question est une question
d'expérience et d'opinion. Ce n'est une question qui
appelle une réponse scientifique, chacun a son
opinion personnelle sur ce point.
Dolphins do
many very intelligent things and are so similar to us, does that
make them highly intelligent, or just very appealing?
-The answer to your question is a matter of experience and
opinion. This is not a question to be answered
scientifically, everyone has a different answer.
Q- Pouvons-nous vraiment émettre des
conclusions au sujet de l'intelligence des dauphins, alors
que nous savons si peu à leur propos et qu'ils vivent dans
un environnement si différent du nôtre ?
R- Jusqu'à présent, ce genre de difficultés n'a jamais
arrêté personne. Chacun tire ses propres conclusions. Les
scientifiques ne se prononcent que sur la base de ce qu'ils
savent vrai en fonction des données expérimentales
qu'ils recueillent.
*Can we really make any conclusions about the intelligence of
dolphins since we know so little about them and they live in
such a different environment?
-That has never stopped people before. Everyone draws
conclusions. Scientists just try to make their conclusions
based on what they know to be true through their data
gathering experiences.
Q- Est-ce que nous pourrons-nous jamais communiquer avec les
dauphins ou même converser avec eux ?
R- Oui, si tout va bien, et ce seront des conversations d'adulte
à adulte, rien de moins.
*Will we ever be able to communicate with them, have
conversations with them ?
-Hopefully, and at the adult human level no less.
II. DAUPHIN
: CERVEAU ET MONDE MENTAL
Cerveau
humain, cerveau dauphin...
Le cerveau
du
dauphin
"Parmi l'ensemble des animaux non-humains, les dauphins
disposent d'un cerveau de grande taille très bien développé,
dont le coefficient encéphalique, le volume du néocortex, les
zones dites silencieuses (non motrices et non sensorielles)
et d'autres indices d'intelligence sont extrêmement proches
de ceux du cerveau humain" déclare d'emblée le
chercheur russe Vladimir Markov.
Lorsque l'on compare le cerveau des cétacés avec celui des
grands primates et de l'homme en particulier, on constate en
effet de nombreux points communs mais également des
différences importantes :
- Le poids moyen d'un cerveau de Tursiops est de 1587 grammes. Son coefficient encéphalique est de l'ordre
de 5.0, soit à peu près le double de celui de n'importe quel
singe. Chez les cachalots et les orques, ce même
coefficient est de cinq fois supérieur à celui de
l'homme.
- Les circonvolutions du cortex cervical sont plus nombreuses que
celles d'un être humain.
L'indice de "pliure" (index of folding)
est ainsi de 2.86 pour l'homme et de 4.47 pour un cerveau de
dauphin de taille globalement similaire.
Selon Sam Ridgway, chercheur "réductionniste de la vieille
école", l'épaisseur de ce même cortex est de
2.9 mm en moyenne chez l'homme et de 1.60 à 1.76 mm chez le
dauphin. En conséquence, continue-t-il, on peut
conclure que le volume moyen du cortex delphinien (560cc) se
situe à peu près à 80 % du volume cortical humain.
Ce calcul est évidemment contestable puisqu'il ne tient
pas compte de l'organisation très particulière du
cerveau delphinien, mieux intégré, plus homogène et
moins segmenté en zones historiquement distinctes que le
nôtre. Le fait que les cétacés possèdent la plus large
surface corticale et le plus haut indice de circonvolution
cérébral au monde joue également, comme on s'en doute, un
rôle majeur dans le développement de leurs capacités
cérébrales.
D'autres scientifiques, décidément troublés par le coefficient
cérébral du dauphin, tentent aujourd'hui de prouver
qu'un tel développement n'aurait pas d'autre usage que d'assurer
l'écholocation. Voici ce que leur répond le neurologue H.
Jerison : " La chauve-souris dispose à peu de choses
près des mêmes capacités que le dauphin en matière
d'écholocation, mais son cerveau est gros
comme une noisette. L'outillage
"écholocatoire" en tant que tel ne pèse en effet pas
lourd. En revanche, le TRAITEMENT de cette même information
"sonar" par les zones associatives prolongeant les
zones auditives, voilà qui pourrait expliquer le formidable
développement de cette masse cérébrale. Les poissons et
tous les autres êtres vivants qui vivent dans l'océan,
cétacés mis à part, se passent très bien d'un gros
cerveau pour survivre et même le plus gros d'entre eux, le
requin-baleine, ne dépasse pas l'intelligence d'une
souris... "
La croissance du cerveau d'un cétacé est plus rapide et la
maturité est atteinte plus rapidement que chez
l'homme.
Un delphineau de trois ans se comporte, toutes proportions
gardées, comme un enfant humain de huit ans. Cette
caractéristique apparemment "primitive" est
paradoxalement contredite par une enfance extrêmement
longue, toute dévolue à l'apprentissage. Trente années chez le
cachalot, vingt chez l'homme, douze à quinze chez le
dauphin et environ cinq ans chez le chimpanzé.
Les temps de vie sont du même ordre : 200 ans en
moyenne chez la baleine franche, 100 ans chez le cachalot, 80
chez l'orque, 78 ans chez l'homme, 60 chez le dauphin,
sous réserve bien sûr des variations favorables ou
défavorables de l'environnement.
Pourquoi un gros cerveau ?
"Nous devons nous souvenir que le monde mental du dauphin
est élaboré par l'un des systèmes de traitement de
l'information parmi les plus vastes qui ait jamais existé parmi
les mammifères " déclare H.Jerison, insistant
sur le fait que " développer un gros cerveau est
extrêmement coûteux en énergie et en oxygène. Cet
investissement a donc une raison d'être en terme
d'évolution darwinienne. Nous devons dès lors considérer
la manière dont ces masses importantes de tissu cérébral
ont été investies dans le contrôle du comportement et de
l'expérimentation du monde, ceci en comparaison avec
l'usage qu'en font les petites masses cérébrales".
Un cerveau est par essence un organe chargé de traiter
l'information en provenance du monde extérieur. Les grands
cerveaux exécutent cette tâche en tant qu'ensemble élaborés
de systèmes de traitement, alors que le cerveau de la
grenouille ou de l'insecte, par exemple, se contente
de modules moins nombreux, dont la finesse d'analyse
est comparativement plus simple.
Cela ne nous empêche pas cependant de retrouver des structures
neuronales étonnamment semblables d'un animal à
l'autre : lorsqu'un promeneur tombe nez à nez avec un crotale,
c'est le même plancher sub-thalamique dévolue à la peur
qui s'allume chez l'une et l'autre des ces créatures. Quant un
chien ou un humain se voient soulagés de leurs angoisses
par le même produit tranquillisant, ce sont évidemment les
mêmes neuromédiateurs qui agissent sur les mêmes récepteurs
neuronaux qui sont la cause du phénomène.
A un très haut niveau de cette hiérarchie, le traitement en
question prend la forme d'une représentation ou d'un
modèle du monde (Craik, 1943, 1967, Jerison, 1973) et
l'activité neuronale se concentre en "paquets
d'informations " (chunks) à propos du temps et de l'espace
et à propos d'objets, en ce compris les autres individus et
soi-même.
"Puisque le modèle du monde qui est construit de la
sorte " insiste H.Jerison, "se
trouve fondé sur des variables physiquement définies
issues directement du monde externe et puisque
ces informations sont traitées par des cellules nerveuses
et des réseaux neuronaux structurellement semblables chez
tous les mammifères supérieurs, les modèles du monde
construits par différents individus d'une même espèce ou
même chez des individus d'espèces différentes, ont de
bonnes chances d'être également similaires ".
Et à tout le moins compréhensibles l'un pour l'autre.
La conscience du dauphin
Bien entendu, les modèles du monde ne manqueront pas de
différer selon le degré où les systèmes sensoriels
périphériques diffèrent. Le travail du cerveau est en effet,
au moins en partie, de construire une réalité cohérente
à partir de données sensorielles spécifiques, réalité qui
constitue d'ailleurs la seule connue par celui qui
l'expérimente au détriment de toutes les autres.
Dans le cas du dauphin, le système nerveux est celui d'un
herbivore retourné à la mer, il y a quelques millions
d'années, et ne diffère donc pas fondamentalement de celui de
n'importe quel autre grand mammifère.
Le monde physique en revanche, au sein duquel il évolue, nous
poserait à nous, humains, d'impossibles défis. C'est
pourquoi les cétacés ont développé tout à la fois des formes
physiques mieux adaptées au milieu marin mais surtout tout
un outillage sensoriel susceptible des les aider à survivre
dans un monde humide, froid et obscur, où règnent de fortes
pressions.
Faire l'expérience d'une telle subjectivité est par
définition une tâche impossible. Même entre époux, entre
amis, entre enfants et parents, cette connaissance ne peut
s'acquérir que par le biais maladroit du discours mais jamais
nous ne pourrons accéder au " goût du monde " d'une
autre espèce que la nôtre.
Il se fait heureusement que nos organes sensoriels et nos
structures cérébrales sont des outils communs à tous les
êtres humains, ce qui nous permet de fonder l'illusion d'un
univers de formes stables et tangibles, dont l'existence fait
l'unanimité mais que nous sommes les seuls à percevoir comme
telles.
En revanche, nous sommes génétiquement incapables de nous
figurer un monde filtré par d'autres sens que les nôtres, de la
même manière qu'il nous est impossible de visualiser un cube en
quatre dimensions ou simplement le monde des abeilles....
"Pouvez-vous imaginer l'expérience que représente le
fait d'être sans cesse corrélé à une boussole solaire ?"
nous demande le neurologue H.Jerison à ce propos "L'information
consiste en la triangulation des objets externes
relativement à un observateur (le je) et au soleil comme point
de référence. Si cette réaction devait être
représentée en terme de perception, on pourrait dire
que l'abeille ou la fourmi ressent de manière
constante l'existence des points cardinaux au sein d'un monde
tridimensionnel de type euclidien. Si notre système sensoriel
était celui des hyménoptères, c'est cela la seule réalité
que nous pourrions percevoir.
L'intégration de deux points de référence, le soi et
le soleil, plutôt qu'un seul soi unitaire en tant qu'origine et
centre d'un monde périphérique, doit certainement mener à
d'autres perspectives sur les dimensions fondamentales de la
réalité. Il est intéressant d'imaginer les catégories
additionnelles que Kant aurait pu reconnaître en tant qu' a
priori si nous avions été équipés d'un tel système de
navigation!"
Les expériences de Louis Herman nous apprennent que les dauphins
partagent tout de même les mêmes dimensions que nous : le
haut, le bas, la gauche la droite, devant, derrière, tout cela
existe chez eux mais il semble qu'ils ignorent la
nuance entre les adjectifs "grand " et " petit
" et qu'ils construisent leurs phrases selon un mode
syntaxique particulier. Ces expériences,
profondément anthropocentristes, n'offrent qu'un pâle
reflet d'un monde mental autrement plus riche et
foisonnant en liberté, comme le montre avec bien plus
d'éclat le très étrange langage delphinien mis à jour
par le chercheur russe Vladimir Markov, mais elles sont
à tout le moins significatives de la nature
d'une conscience "autre" qui ne s'appuie pas sur
nos paramètres.
Les sens et l'Umwelt
Imaginons un instant ce que pourrait être " l'Umwelt "
d'un dauphin.
Au centre d'un réseau d'informations sensorielles qu'il
ré-organise sans cesse en tant qu'images du monde, pulse un
noyau de conscience conscient de lui-même.
La vision
Le monde visuel du dauphin peut être comparé à celui des
espèces-proies, non prédatrices, comme le lapin ou le
chevreuil, en ce sens que les champs visuels de ses yeux
latéraux couvrent ensemble 360° mais qu'ils ne se
chevauchent pas ou très peu. L'absence de fibres
non-croisées dans le chiasma optique suggère une plus large
indépendance dans le contrôle des yeux et dans l'usage de
l'information qu'ils fournissent, par rapport à ce que
l'on observe chez les autres mammifères. Chacun des yeux
est capable de mouvements propres, indépendants
de ceux de l'autre il et une certaine focalisation
frontale peut donc être obtenue. On peine
cependant à
imaginer un monde dans lequel le Soi se trouve ainsi de manière
constante au centre d'un champ visuel circulaire de
360°. Le nôtre, comme on le sait, se réduit à un cône de
120°. Notre Soi se place juste derrière le front et les
yeux, en vis-à-vis de l'objet focalisé par notre regard
binoculaire et dans la ligne de fuite du cône,
c'est-à-dire à peu près sur la glande pinéale. On comprend
mieux dès lors la fausse intuition de René
Descartes.
Incapables de distinguer le vert du rouge, les yeux des dauphins
n'en sont pas moins d'une sensibilité extrême à
l'instar des yeux de chat, percent l'obscurité et peuvent, d'une
simple torsion de la rétine, adapter leur vision aux fonds
marins ou à l'air libre. Par contre, le sens du relief leur est
impossible, puisqu'ils ne sont pas binoculaires.
La "quasi-olfaction"
Le goût et l'odorat sont absents en tant que tels, remplacés
par la " quasi-olfaction " qui consiste à filtrer
une certaine quantité d'eau au travers de l'évent et à en
goûter le parfum. Un tel sens est fondamental : le dauphin
s'en sert pour repérer les femelles en rut autant que
pour sentir les fèces de son groupe, nuage diffus de
couleur foncée expulsé de manière régulière
et qui donne à l'ensemble social un " odeur
" propre.
Le toucher et le sens proprioceptif
Quiconque a jamais caressé la peau satinée d'un tursiops sait
à quel point ce tissu est sensible, doux et fragile.
Le sens du toucher joue lui aussi un rôle essentiel dans la vie
de ces mammifères nus, qui n'aiment rien tant que de rester
collés les uns contre les autres et d'échanger les caresses les
plus voluptueuses.
Au niveau plus profond du sens proprioceptif, la différence avec
nos perceptions s'accroît cependant encore davantage
:
"L'Umwelt des dauphins se fonde comme tout autre sur les
caractéristiques de leur environnement " déclare
Jerison, "et cet univers mental représente très
certainement une adaptation cognitive optimale aux
exigences environnementales du monde aquatique. A cet
égard, l'un des traits principaux de cet univers marin -
considéré depuis notre point de vue - est notamment
l'absence d'une "plate-forme stable" tel que les
mammifères l'éprouvent en se tenant sur la terre
ferme.
Ce point est important, car le sol sur lequel nous nous tenons,
le rôle essentiel de la gravité dans les adaptations
anatomiques de la plupart des mammifères occupe une place
centrale au plan biologique mais ne sont que rarement
notées au niveau de la conscience vigile. Notre intuition
s'épuise en revanche lorsque nous tentons d'imaginer les
adaptations perceptuelles chez certaines espèces dont les
données sensorielles sont profondément différentes des
nôtres, et cela d'autant plus que nous ne sommes même
pas conscients de notre propre spécificité sensorielle. Les
informations relatives aux forces gravitationnelles qui
s'exercent sur nos corps jouent également un
rôle-clé chez le dauphin, mais d'une autre manière.
Celui-ci s'oriente en effet en "s'informant"
régulièrement de la position de son corps par rapport
aux fonds marins, à la surface de l'eau ou à la place du soleil
au moment de l'observation.
Bien que les dauphins ne disposent d'aucun sol référentiel en
guise de plate-forme fixe, mais qu'ils possèdent en
revanche un degré de liberté dans les trois
dimensions plus important que le nôtre, le sens de
l'orientation spatiale est certainement
fondamental pour eux. On peut imaginer ce que les
cétacés ressentent en pensant à ces appareils d'entraînement
destinés aux astronautes afin de les préparer à
l'apesanteur.
Ces instruments sont de gigantesques balançoires, disposant
de six degrés de liberté et permettant aux candidats pour
l'espace de contrôler au mieux les diverses rotations
possibles de leur axe corporel aussi bien que les mouvements de
propulsion linéaire. Si nous étions dauphins, nous nous
trouverions dans un monde un peu semblable à celui d'un vol
spatial à gravité zéro. Il est intéressant de noter à ce
propos que l'expérience de l'apesanteur a crée chez les
astronautes divers problèmes liés à cet environnement,
telles que nausées, vertiges, migraines, etc. mais
qu'elles n'ont cependant jamais altéré leur perception
"juste" des choses ".
Rappelons aussi, sans nous y étendre, à quel point la gestuelle
constitue un mode de communication privilégié chez les
dauphins : les degrés de liberté dont leur corps dispose
leur a permis d'élaborer un véritable vocabulaire
d'attitudes : ventre en l'air, en oblique, corps
groupés par faisceaux, rostre au sol, caudale haute,
inclinée, etc., le tout agrémenté ou non d'émissions
de bulles et de vocalisations.
L'audition
Mais de tous les sens dont dispose le dauphin, c'est certainement
l'audition qui est le plus développé et qui atteint
des capacités discriminatoires sans aucun équivalent
connu. Ce système sensoriel s'est transformé au cours des
millénaires en écholocation, tout à la fois
outil de connaissance (le monde externe "vu"
par le son) et moyen de communication (le monde
interne transmis par le langage). Cette convergence
fonctionnelle ne manque pas d'entraîner
des conséquences étonnantes !
D'après Harry J. Jerison : "Si le spectre auditif des
dauphins est plus large que le nôtre de plusieurs octaves
dans les fréquences les plus élevées, la caractéristique
principale de ce système auditif est bien évidemment
l'écholocation. Celle-ci pourrait contribuer à conférer au
monde des dauphins une dimension inhabituelle, dépassant
largement les perceptions élémentaires relatives aux
événements survenant à distance. En tant qu'adaptation
sensori-motrice, l'écholocation partage en effet
certaines caractéristiques similaires à celles du langage
humain".
Rappelons brièvement en quoi consiste cette vision acoustique
d'un type inusité. Le dauphin émet en permanence - dès
lors qu'il se déplace et cherche sa route activement -
une série de "sons explosés " extrêmement
brefs (moins d'une seconde d'émission continue). Ces "
clicks " ne sont pas des sons purs mais des
"bruits", d'inextricables petits paquets d'ondes
situés sur des fréquences de 120 à 130 Khz et d'une
puissance frisant parfois les 220 décibels. Ils retentissent
sous l'eau comme une grêle de minuscules coups secs et nets
enchaînés l'un à l'autre en de courtes séquences.
Concentrés par le melon, les clicks sont émis sous forme d'un
large faisceau, qui balaie par intermittence le sol
sablonneux à la façon d'un projecteur. On peut donc dire que la
nuit ou sous une certaine profondeur, le dauphin ne voit que
lorsqu'il éclaire le paysage de ses éclairs sonores.
Les informations reçues, assez grossières, concernent
l'aspect du fond marin ou une masse importante, bateau ou
autre cétacé.
Supposons à présent qu'un poisson soit repéré dans ce champ
de vision "stroboscopique".
Puisqu'il fait nuit, l'il ne peut confirmer
l'image en mode visuel. Lorsque la chasse commence, le
dauphin resserre alors le rayon de son biosonar et le
dédouble en deux faisceaux. Plus précis, mieux ciblés les
trains de click bombardent le poisson sous tous ses angles et
peuvent même pénétrer dans son corps en renvoyant l'image
de ses organes internes.
Les deux trains de clicks sont produits presque simultanément,
l'un à 20° à gauche de la ligne du rostre et l'autre
à 20° sur la droite. Les deux rayons se chevauchent au point
focal (0°) et fournissent une "visiaudition" de
type, cette fois, binoculaire.
Un intervalle de 80 millièmes de seconde sépare l'émission de
chacun des faisceaux, de sorte qu'en calculant le léger
retard d'un écho par rapport à l'autre, le dauphin peut estimer
la profondeur de champ et la distance qui le sépare de
chaque élément de l'objet observé.
Se rapprochant de sa proie à toute vitesse, le dauphin n'a de
cesse que de conserver le contact avec elle et
multiplie la fréquence et l'intensité de ses trains de clicks,
comme pour maintenir le "projecteur" allumé
presque en continu.
Les ondes à haute fréquence ont une portée plus courte mais
fournissent en revanche une bien meilleure définition des
détails. En nageant, le dauphin opère un mouvement de
balayage avec la tête avant d'obtenir une image complète
de sa cible, que ses organes visuels conforteront par
ailleurs.
S'il veut obtenir davantage de détails encore sur son contenu,
le dauphin la bombardera alors sa cible à bout
portant, d'un faisceau de clicks aussi fin et précis qu'un rayon
laser. Celui-ci pénètre la matière et en estime la
densité avec une incroyable précision : la nature
d'un métal (zinc plutôt que cuivre) ou des variations
de l'épaisseur d'un tube de l'ordre d'un millième
de millimètres sont alors parfaitement perçus par cette
échographie biologique.
Une telle " vision acoustique " nous sera à tout
jamais inimaginable, comme la couleur rouge l'est pour
l'aveugle. Néanmoins, au prix d'une comparaison grossière, on
peut mettre en parallèle la pluie d'échos que perçoivent
les cétacés avec les pixels que l'il humain perçoit sur
un écran de télévision. Les pixels dessinent très
rapidement une image en se succédant l'un à l'autre et laissent
sur la rétine du téléspectateur une série de
rémanences qui figurent le mouvement et les formes. Une
scène visuelle est ainsi décodée à partir d'une séquence de
taches ultra rapides surgissant sur l'écran. De la même
manière, une expérience éidétique similaire est sans doute
générée par les données discrètes de
l'écholocation (clicks).
L'information pourrait être alors parfaitement comparable à
celle que l'on obtient grâce au bombardement de photons
dans le système visuel, à ceci près qu'elle parviendrait par
un autre canal, en l'occurrence le canal auditif.
Le sens du temps
Le temps-dauphin n'est pas le même que le nôtre. Les
conductions nerveuses sont cinq fois plus rapides chez les
dauphins, de même que leur débit verbal. Nos gestes et
nos déplacements doivent donc leur sembler d'une lenteur
extrême. Par ailleurs, tous ceux qui ont eu la chance de
rencontrer des dauphins libres ont été frappés par l'extrême
rapidité de leurs mouvements et de leurs
réactions.
Y a-t-il des " objets " dans le monde des dauphins ou
bien les choses sont-elles immergées dans un même champ
fluide dont elles se détachent autrement que par unités
discrètes ? Y a-t-il des " mots " dans leur
langage ou bien là encore, le sens naît-il de fluctuations d'un
champ sonore ou d'images plutôt que de phonèmes ? Ont-ils
conscience de leur propre histoire ou de celle de leur clan ?
En parlent-ils ? Se soucient-ils de la "nature"
des choses, de leur fonctionnement, des lois que l'on
peut en tirer ? De la finalité à long terme de leurs
actions ? Qui nous le dira, sinon eux ?
Les
capacités cognitives
(D'après un
texte du Dr Poorna Pal)
Généralités
Au-delà de
leur physiologie cérébrale, les dauphins font preuve de
capacités extrêmement rares dans le domaine animal. Comme
les humains, les dauphins peuvent imiter, aussi bien sur le
mode gestuel que sur le mode vocal, ce qui est soi est
déjà exceptionnel. Si certains oiseaux peuvent imiter la voix,
ils n'imitent pas les attitudes. Les singes, de leur côté,
imitent les gestes et non les mots. Le dauphin est capable
des deux.
Les dauphins chassent les poissons et se nourrissent
d'invertébrés, mais ils usent pour ce faire de techniques
complexes et variables, acquises durant l'enfance grâce à
l'éducation.
L'usage des outils ne leur est pas inconnu : un exemple frappant
de cette capacité est la façon dont deux dauphins captifs s'y
sont pris pour extraire une murène cachée dans le creux
d'un rocher à l'intérieur de leur bassin. L'un d'eux a
d'abord attrapé un petit poisson scorpion très épineux,
qui passait dans le secteur, et l'ayant saisi dans son
rostre, s'en est servi comme d'un outil pour extraire la
murène de sa cachette.
S'exprimant à propos de leur intelligence, le Dr Louis M.Herman,
Directeur du Kewalo Basin Marine Mammal Laboratory de
l'Université d'Hawaii, note que les dauphins gardent en
mémoire des événements totalement arbitraires, sans
le moindre rapport avec leur environnement naturel et sans
aucune incidence biologique quant à leur existence.
Recherches sur le
langage des dauphins
Beaucoup d'humains trouvent intrigante l'idée de communiquer
avec d'autres espèces. A cet égard, le dauphin constitue un
sujet attractif, particulièrement dans le domaine du langage
animal, du fait de ses capacités cognitives et de son haut
degré de socialisation.
Dès le début des années soixante, c'est le neurologue John
Lilly qui, le premier, s'est intéressé aux vocalisations des
cétacés. Les recherches de Lilly se poursuivirent durant toute
une décennie, tout en devenant de moins en moins
conventionnelles. Le savant alla même jusqu'à tester les effets
du L.S.D. sur les émissions sonores des dauphins et dut
finalement interrompre ses recherches en 1969, lorsque cinq de
ses dauphins se suicidèrent en moins de deux semaines.
Malheureusement, nombre de découvertes ou de déclarations de
John Lilly sont franchement peu crédibles et ont jeté le
discrédit sur l'ensemble des recherches dans le domaine du
langage animal.
De ce fait, ces recherches sont aujourd'hui rigoureusement
contrôlées et très méticuleuses, de sorte que les assertions
des scientifiques impliqués dans ce secteur restent désormais
extrêmement réservées.
Louis Herman est sans doute l'un des plus importants
chercheurs à mener des études sur la communication et les
capacités cognitives des dauphins. Son instrument de travail
privilégié est la création de langues artificielles,
c'est-à-dire de langages simples crées pour l'expérience,
permettant d'entamer des échanges avec les dauphins.
Louis Herman a surtout concentré ses travaux sur le phénomène
de la "compréhension" du langage bien plus que
sur la "production" de langage, arguant que la
compréhension est le premier signe d'une compétence
linguistique chez les jeunes enfants et qu'elle peut être
testée de façon rigoureuse.
En outre, la structure grammaticale qui fonde les langages
enseignés s'inspire le plus souvent de celle de l'anglais.
Certains chercheurs ont noté qu'il aurait été mieux venu
de s'inspirer davantage de langues à tons ou à flexions, comme
le chinois, dont la logique aurait parue plus familière aux
cétacés.
Dans les travaux d'Herman, on a appris à deux dauphins,
respectivement nommés Akeakamai (Ake) et Phoenix, deux
langues artificielles.
Phoenix a reçu l'enseignement d'un langage acoustique produit
par un générateur de sons électroniques. Akeakamai, en
revanche, a du apprendre un langage gestuel (version
simplifiée du langage des sourds-muets), c'est-à-dire
visuel. Les signaux de ces langues artificiels représentent
des objets, des modificateurs d'objet (proche, loin, gros,
petit, etc.) ou encore des actions. Ni les gestes ni les
sons ne sont sensés représenter de façon analogique
les objets ou les termes relationnels auxquels ils se
réfèrent.
Ces langages utilisent également une syntaxe, c'est-à-dire des
règles de grammaire simples, ce qui signifie que l'ordre
des mots influe sur le sens de la phrase. Phoenix a appris
une grammaire classique, enchaînant les termes de gauche à
droite (sujet-verbe-complément) alors que la grammaire
enseignée à Ake allait dans l'autre sens et exigeait de sa
part qu'elle voit l'ensemble du message avant d'en
comprendre le sens correctement.
Par exemple, dans le langage gestuel de Ake, la séquence des
signaux PIPE-SURFBOARD-FETCH ("tuyau - planche à surf
- apporter") indiquait l'ordre d'amener la planche de
surf jusqu'au tuyau, alors que
SURFBOARD-PIPE-FETCH ("planche-tuyau- rapporter")
signifiait qu'il fallait, au contraire, amener le tuyau
jusqu' à la planche de surf.
Phoenix et Ake ont ainsi appris environ 50 mots, lesquels,
permutés l'un avec l'autre au sein de séquences courtes,
leur permirent bientôt de se servir couramment de plus de
mille phrases, chacune produisant une réponse neuve et
non apprise. Compte tenu de l'influence possible de la
position dans l'espace des
expérimentateurs sur l'expérimentation, les lieux
d'apprentissage et les entraîneurs se voyaient changés de
session en session. Dans le même temps, des observateurs
"aveugles", qui ne connaissaient pas les ordres et
ne voyaient pas les entraîneurs, notaient simplement le
comportement des dauphins, afin de vérifier ensuite qu'il
correspondait bien aux commandes annoncées.
Les entraîneurs allaient jusqu'à porter des cagoules noires,
afin de ne révéler aucune expression ou intention faciale
et se tenaient immobiles, à l'exception des mains. Les
dauphins se montrèrent capables de reconnaître les signaux
du langage gestuels aussi bien lorsqu'il étaient filmés
puis rediffusés sur un écran vidéo que lorsque ces mêmes
signes étaient exécutés à l'air libre
par l'entraîneur.
Même le fait de ne montrer que des mains pâles sur un fond noir
ou des taches de lumière blanche reproduisant la dynamique
des mains, a largement suffi aux dauphins pour comprendre le
message ! Manifestement, il semble donc que les dauphins
répondent davantage aux symboles abstraits du langage qu'à
tout autre élément de la communication.
Par ailleurs, si les dauphins exécutent aisément les ordres
qu'on leur donne par cette voie gestuelle, ils peuvent
également répondre de façon correcte à la question de
savoir si un objet précis est présent ou absent, en pressant
le levier approprié (le clair pour PRESENT, le sombre pour
ABSENT). Ceci démontre évidement leur faculté de
"déplacement mental", qui consiste à manipuler
l'image d'objets qui ne se trouvent pas dans les environs.
Des expériences additionnelles ont conduit à préciser comment
le dauphin conçoit l'étiquetage des objets, comment
il les qualifie de son point de vue mental."Nous avons
constaté" nous apprend Louis Herman, "qu'au
regard du dauphin, le signe CERCEAU n'est pas seulement le
cerceau précis utilisé dans le cadre de cette expérience
précise, c'est plutôt TOUT OBJET DE GRANDE TAILLE PERCE
D'UN GRAND TROU AU MILIEU. Un seul concept général associe
donc pour le dauphin les cerceaux ronds, carrés, grands et
petits, flottants ou immergés, que l'on utilise
généralement lors de la plupart des expériences".
Parmi les choses que le Dr Herman estime n'avoir pu enseigner aux
dauphins, il y a le concept du "non" en tant que
modificateur logique. L'ordre de "sauter au-dessus
d'une non-balle" indique en principe que le dauphin doit
sauter au-dessus de n'importe quoi, sauf d'une balle ! Mais
cela n'est pas compris, pas plus, affirme toujours Herman,
que le concept de "grand" ou de
"petit".
Communication
naturelle chez les dauphins
On sait que les dauphins émettent de nombreux sifflements, de
nature très diverse. La fonction de la plupart d'entre eux
demeure toujours inconnue mais on peut affirmer aujourd'hui
que la moitié d'entre eux au moins constitue
des "signatures sifflées". Un tel signal se
module dans une fourchette de 5 à 20 kilohertz et dure
moins d'une seconde. Il se distingue des autres sifflements -et
de la signature de tous les autres dauphins - par ses
contours particuliers et ses variations de fréquences
émises sur un temps donné, ainsi que le montrent les
sonogrammes.
Les jeunes développent leur propre signature sifflée entre
l'âge de deux mois et d'un an.
Ces sifflements resteront inchangés douze ans au moins et le
plus souvent, pour la durée entière de la vie de l'animal.
Par ailleurs, au-delà de leur seule fonction nominative,
certains des sifflements du dauphin apparaissent comme
de fidèles reproductions de ceux de leurs compagnons et
servent manifestement à interpeller les autres par leur
nom.
Lorsqu'ils sont encore
très jeunes, les enfants mâles élaborent leur propre signature
sifflée, qui ressemble fort à celle de leur mère. En revanche,
les jeunes femelles doivent modifier les leurs, précisément
pour se distinguer de leur mère. Ces différences reflètent
sans doute celles qui existent dans les modes de vie des femelles
et des mâles. Puisque les filles élèvent leur propre enfant au
sein du groupe maternel, un sifflement distinct est donc
indispensable pour pouvoir distinguer la maman de la grand mère.
La signature sifflée masculine, presque identique à celle de la
mère, permet tout au contraire d'éviter l'inceste et la
consanguinité.
Le psychologue James Ralston et l'informaticien Humphrey Williams
ont découvert que la signature sifflée pouvait véhiculer
bien plus que la simple identité du dauphin qui l'émet. En
comparant les sonogrammes des signatures sifflées
durant les activités normales et lors de situations
stressantes, ils découvrirent que la signature sifflée,
tout en conservant sa configuration générale,
pouvait changer en termes de tonalité et de durée et
transmettre ainsi des informations sur l'état émotionnel
de l'animal.
Les modifications causé par cet état émotionnel sur les
intonations de la signature varient en outre selon les
individus. Les dauphins semblent donc utiliser les sifflement
pour maintenir le contact lorsqu'ils se retrouvent entre eux
ou lorsqu'ils rencontrent d'autres groupes, mais aussi, sans
doute, pour coordonner leur activités collectives. Par exemple,
des sifflements sont fréquemment entendus lorsque le groupe
entier change de direction ou d'activité.
De son côté, Peter Tyack (Woods Hole Oceanographic Institute) a
travaillé aux côtés de David Staelin, professeur
d'ingénierie électronique au M.I.T., afin de développer
un logiciel d'ordinateur capable de détecter les "matrices
sonores" et les signaux répétitifs parmi le concert
de couinements, piaulements et autres
miaulements émis par les dauphins. Une recherche similaire est
menée par l'Université de Singapore (Dolphin Study Group).
Avec de tels outils, les chercheurs espèrent en apprendre
davantage sur la fonction précise des sifflements.
Dauphins sociaux
Les observations menées sur des individus sauvages aussi bien
qu'en captivité révèlent un très haut degré d'ordre
social dans la société dauphin.
Les femelles consacrent un an à leur grossesse et puis les
trois années suivantes à élever leur enfant. Les jeunes
s'éloignent en effet progressivement de leur mère dès
leur troisième année, restant parfois près d'elle
jusqu'à six ou dix ans ! - et rejoignent alors un
groupe mixte d'adolescents, au sein duquel ils
demeurent plusieurs saisons.
Parvenus à l'âge pleinement adulte, vers 15 ans en moyenne, les
mâles ne reviennent plus que rarement au sein du «pod»
natal.
Cependant, à l'intérieur de ces groupes d'adolescents, des
liens étroits se nouent entre garçons du même âge, qui
peuvent persister la vie entière. Lorsque ces mâles
vieillissent, ils ont tendance à s'associer à une bande de
femelles afin d'y vivre une paisible retraite.
Bien que les dauphins pratiquent bien volontiers la promiscuité
sexuelle, les familles matriarcales constituent de fortes
unités de base de la société dauphin. Lorsqu'une femelle
donne naissance à son premier enfant, elle
rejoint généralement le clan de sa propre mère et élève
son delphineau en compagnie d'autres bébés, nés à la
même saison. La naissance d'un nouveau-né donne d'ailleurs
souvent lieu à des visites d'autres membres du groupe, mâles
ou femelles, qui s'étaient séparés de leur mère depuis
plusieurs années.
Les chercheurs ont également observé des comportements de
"baby-sitting", de vieilles femelles, des soeurs
ou bien encore d'autres membres du groupe, voire même un
ancien mâle prenant alors en charge la surveillance des petits.
On a ainsi pu observer plusieurs dauphins en train de mettre
en place une véritable "cour
de récréation", les femelles se plaçant en U et les
enfants jouant au milieu !
(Fin dela synthèse
Moi, dauphin
Mais qu'en est-il finalement de ce moi central au cur de ce
monde circulaire sans relief , sans couleurs constitué de pixels
sonores ? C'est là que les difficultés deviennent
insurmontables tant qu'un "contact" n'aura pas été
vraiment établi par le dialogue car le "soi"
lui-même, le "centre de la personne" est sans doute
construit de façon profondément différente chez l'homme et
chez le dauphin.
H.Jerison parle carrément d'une "conscience
collective". Les mouvements de groupe
parfaitement coordonnés et quasi-simultanés, à l'image
des bancs de poissons ou des troupeaux de gnous,
que l'on observe régulièrement chez eux, suppose à
l'évidence une pensée "homogène" au
groupe, brusquement transformé en une "personne
plurielle".
On peut imaginer ce sentiment lors d'un concert de rock ou d'une
manifestation, lorsqu'une foule entière se tend vers un
même but mais ces attitudes-là sont grossières, globales, peu
nuancées. Toute autre est la mise à l'unisson de
deux, trois, cinq (les " gangs " de juvéniles mâles
associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines
de dauphins ensemble (de formidables "lignes de front"
pour la pêche, qui s'étendent sur des kilomètres) et
là, bien sûr, nous avons un comportement qui traduit
un contenu mental totalement inconnu de nous.
On sait que lorsqu'un dauphin voit, tout le monde l'entend. En
d'autres termes chaque fois qu'un membre du groupe focalise
son faisceau de clicks sur une cible quelconque, l'écho lui
revient mais également à tous ceux qui l'entourent.
Imaginons que de la même manière, vous regardiez un
beau paysage. La personne qui vous tournerait le dos et se
tiendrait à l'arrière derrière vous pourrait le percevoir
alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui
peut faire croire à de la télépathie, n'est pas sans
conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe,
capable de fusionner son esprit à ceux des autres
quand la nécessité s'en fait sentir. Ceci explique sans doute
la formidable capacité d'empathie des dauphins mais aussi
leur fidélité "jusqu'à la mort" quand il
s'agit de suivre un compagnon qui s'échoue. Chez eux,
on ne se sépare pas plus d'un ami en détresse qu'on ne
se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de
métro !
En d'autres circonstances, bien sûr, le dauphin voyage seul et
il "rassemble" alors sa conscience en un soi
individualisé, qui porte un nom, fait des choix et s'intègre
dans une lignée.
Il en serait de même pour l'homme si les mots pouvaient faire
surgir directement les images qu'ils désignent dans notre
cerveau, sans passer par le filtre d'une symbolisation
intermédiaire. Si quelqu'un me raconte sa journée, je dois
d'abord déchiffrer ses mots, les traduire en image
et ensuite me les "représenter". Notre
système visuel étant indépendant de notre système auditif, un
processus de transformation préalable est nécessaire
à la prise de conscience du message. Au contraire, chez
le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de
communication et un moyen de
cognition "constructiviste" (analyse sensorielle
de l'environnement).
La symbolisation n'est donc pas nécessaire aux transferts
d'images, ce qui n'empêche nullement qu'elle puisse exister
au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience
fusion-fission, cet "ego fluctuant à géométrie
variable", ils préparent tout naturellement le dauphin à
s'ouvrir à d'autres consciences que la sienne.
D'où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre
et de nous "faire" comprendre. Un dauphin aime
partager son cerveau avec d'autres, tandis que l'homme vit le
plus souvent enfermé dans son crâne. Ces êtres-là
ont décidement beaucoup à nous apprendre....
Livres et sites consacrés à l'intelligence
Cerveaux humains et delphiniens comparés
Evidence of self-awareness in the bottlenose dolphin
Dolphin Brain
By Ken
Levasseur
Dolphin Talk
Denise L.Herzing (Florida Atlantic Unversity) http://dailyrevolution.com/allgood/001215.html
Dolphin
Days
By Kenneth S.Norris
The life and times of the spinner dolphin.
Illustrations by Jenny Wardip.
Published by WW Norton & Company
New York London.
Among
Whales
by Roger Payne
Published by Scribner Editions. New York.
Dolphin
Cognition & Behaviour
A comparative Approach
by Ronald J. Schusterman,
California State University, Hayward and University of
California
Lawrence Erlbaum associates, publishers New Jersey 1986.
(including H.Jerison's articles)
Dolphin
Societies
Discoveries & Puzzle
Edited by Karen Pryor and Kenneth S. Noris
University of California Press.
Berkeley/Los Angeles/Oxford 1991
The
Lives of Whales and dolphins
Richard 0'Connor and Dawn Micklethwaite Peterson
Henry Holt & Compagny Publishers,
New York 1994.
Sensory
Abilities of Cetaceans
Laboratory and Field Evidence
Edited by Jeanette A. Thomas and Ronald Kastelein
Harderwijck Dolfinarium/NATO ASI Series
Series A : Life sciences Vol.196.
Including Markov's Dolphin Language article.
The
Rise and Fall of the Third Chimpanzee
Jared Diamond
Vintage Science Edition, London, 1992.