
Une parole de dauphin.
Comme le soupçonnait nombre de chercheurs,
les dauphins parlent en bandes dessinées !
Bébés
dauphins et sifflet pour chien...

d'après un article de KENDALL POWELL
«Dolphin hear, dolphin do : Captive dolphins base their whistles on human sounds»
paru dans la revue Nature du 21 août 2002
Des chercheurs ont découvert que les jeunes dauphins captifs imitaient les sifflements émis par leurs dresseurs quand ceux-ci donnent des ordres aux autres dauphins. Cette découverte est une nouvelle confirmation de ce que ces animaux utilisent des sons imités pour communiquer entre eux.
"En développant leur capacité à siffler, les jeunes dauphins incorporent à leurs vocalisations des bruits qu'ils entendent dans leur environnement" affirme Peter Tyack, qui étudie le comportement animal au Woods Hole Oceanographic Institution, Massachusetts.
Lorsqu'ils sont séparés de leurs groupes sociaux naturels, les dauphins captifs s'expriment de façon bien plus élémentaire qu'en mer libre: ils se contentent de siffler brièvement un son unique pour signaler leur position et leur identité.
Ils choisissent également d'émettre ces sons par l'évent hors de l'eau - et non par le melon, comme c'est le cas sous l'eau - sur des fréquences suffisamment basses pour que les humains puissent les entendre.
Les dresseurs, de leur côté, utilisent un sifflet à chien pour lancer leurs ordres et communiquer avec les captifs.
L'équipe de Peter Tyack s'est aperçue que si les sifflements des dauphins libres consistent en trilles modulées qui montent et redescendent, les dauphins nés captifs tendent à émettre pour leur part de longues séquences sifflées sur un seul ton.
Ces émissions sonores sont extrêmement similaires au bruit que produit par le sifflet à chien du dresseur - ce son qui permet à celui-ci d'indiquer au dauphin : " Viens ici chercher ta nourriture en récompense !"
"Le fait de choisir d'imiter ce signal n'est sans doute pas une coïncidence", déclare Peter Tyack.
Le jeune delphineau peut parfaitement comprendre qu'en ajoutant le son de la "cloche du dîner" à son vocabulaire, il ne manquera pas de susciter une réaction rapide de la part de ses compagnons de bassin.
"Les capacités musicales des dauphins peuvent devenir de plus en plus sophistiquées avec le temps et les signatures sifflées des animaux nés captifs varier de plus en plus au fur et à mesure qu'ils avancent en âge" note également Jennifer Miksis, un autre membre de l'équipe de Woods Hole.
"Les dauphins communiquent également en agitant la tête, en découvrant leurs dents ou en claquant des mâchoires.
Ils peuvent faire usage d'un langage corporel et vocal combiné incroyablement subtil, qui leur permet de transmettre une information détaillée sur leurs intentions " ajoute Miksis.
Par ailleurs, on sait que la zoologiste Diana Reiss, qui travaille aux Laboratoires Osborn pour la Science marine à New York a réussi à enseigner à des dauphins différents sons grâce à l'aide d'un clavier sous-marin produisant des bruits variés selon la touche qui était pressée.
"Tous les dauphins nés en captivité ne disposent que d'un répertoire particulièrement limité" confirme la chercheuse,
" Lorsqu'ils ont entendu pour la dix-neuvième fois qu'un certain sifflement était associé à la balle, ils se sont mis à le répéter, mais seulement de manière partielle : ils imitaient seulement la fin du son, un peu comme un enfant qui répète "...nana" après qu'on lui ait montré une banane ("banana" en anglais).
Ils ont également utilisé ces nouveaux sifflements en dehors des sessions devant le clavier, quand ils jouaient avec la balle".
Diana Reiss conteste cependant que les dauphins puissent se servir d'un appel unique pour s'identifier eux-mêmes - tous les appels de contact sont fondées selon elle sur le même type de sifflements grimpant dans les aigus.
La chercheuse pense que tous les dauphins nés en captivité ne disposent que de sifflements relativement monotones, indépendamment de ce qu'on leur enseigne et que ces sons deviennent plus complexes avec l'âge.
Même le dauphin captif le plus ancien de ce programme de recherches, qui avait 35 ans, sifflait d'une manière moins diversifiée que n'importe quel dauphin libre du même âge, rétorque Miksis, qui précise que la notion de «signature sifflée» existe chez d'autres espèces, parmi lesquelles les chauves-souris.
Références
Miksis, J. L., Tyack, P. L. & Buck, J. R. Captive dolphins, Tursiops truncatus, develop signature whistles that match acoustic features of
human-made model sounds. Journal of the Acoustical Society of America 112, 728 - 739 (2002). Article http://asa.aip.org/jasa.htmlReiss, D. & McCowan, B. Spontaneous vocal mimicry and production by bottlenose dolphins (Tursiops truncatus): evidence for vocal learning.
Journal of Comparative Psychology 107, 301 - 312 (1993). |Article http://www.apa.org/journals/com.html
Commentaires :
Cet article est intéressant à plus d'un titre :
- Il révèle que le débat a encore et toujours cours entre les partisans de l'existence d'une «signature sifflée » - autrement dit, l'équivalent d'un nom propre- et ceux qui n'y croient pas.
Ce débat va chercher ses racines très loin dans nos fantasmes anthropocentristes : il est clair que certains préféreraient que les dauphins ne se nomment pas eux-mêmes ou les uns les autres comme nous le faisons. On notera également que ni Tyack, ni Reiss n'évoquent les recherches menées sur le langage delphinien «naturel» tel que parlé par les dauphins sauvages et qui a fait l'objet de recherches poussées en Russie soviétique et post-soviétique.
- Il nous apprend ce que nombre d'observateurs dénoncent depuis longtemps : l'indigence absolue du milieu de vie au sein duquel les dauphins nés captifs sont élevés et grandissent.
Là où ces malheureux en sont réduits à imiter le sifflet du dresseur, en liberté, ils apprennent bien évidemment les vocalisations des aînés, enrichissent leur vocabulaire et finissent par apprendre le «dialecte de leur tribu » comme n'importe quel enfant humain.
On frémit en pensant à tous les autres éléments de culture, de sociabilité et d'éveil intellectuel qui font défaut à ces enfants nés en cellule.
On s'étonne aussi de ce que les chercheurs ne nous parlent que des dauphins nés captifs.
On sait pourtant que dans la plupart des bassins, ces petits êtres chétifs et médicalisés côtoient des «fondateurs», c'est à dire des dauphins capturés à l'âge adulte et disposant d'un bagage culturel, sinon complet du moins suffisant.
Sans doute était-ce là l'une des raisons pour laquelle, au Zoo de Duisburg, le petit Duke (né captif, mort à deux ans) fréquentait avec autant d'assiduité la matriarche Iris, née libre dans Golfe capturée à 12 ans, morte à 32) : pour apprendre !
du Mexique,
- Il nous confirme enfin que les dauphins ont tendance, comme nous, à développer leur vocabulaire avec des mots nouveaux. C'est là le principe des vrais langages «ouverts». Les delphineaux qui jouent à la balle en la nommant après leur séance de clavier ne font pas autre chose que les jeunes qui vivent en mer et apprennent de leur mère et de leurs proches le nom des choses : ceci est un « poisson », ceci est un »rocher», etc.