Iris en isolement complet

Copyright Udo & Renate. december 2000

Iris en isolement complet

Fin décembre 2000

Plus que quatre dauphins pour un spectacle de plus en plus sinistre…

A l’aube de l’année 2001, l’état des cinq derniers dauphins survivant dans les bassins du  Zoo de Duisburg se dégrade peu à peu.
A cet égard, la simple observation de l’évolution des shows sur une longue période permet de juger aisément de la santé physique et psychique de ces malheureux cétacés captifs.
On se souviendra que lors de notre dernière visite en juillet au mois de juillet 2000, l’ambiance n’y était guère réjouissante et que les dauphins semblaient déjà terriblement distraits et fatigués.  Les deux bébés de Pepina et de Delphy n’allaient pas tarder à mourir, Iris venait de perdre le sien et le fantôme du pauvre vieux Play Boy (25 ans) et de Duphy, son fils, décédés quelques mois plus tôt, flottaient encore dans les mémoires des captifs de ce bassin…
Aujourd’hui, Marion Ulbert (une activiste allemande) vient de nous confirmer la dégradation progressive de
la situation.

(Voir aussi « le Bilan du Massacre » )

 


 

Fin décembre 2000
Rapport de nos correspondants allemands 
un grand merci à Marion, Renate et Udo 

Il se confirme que notre amie Iris est toujours vivante, mais qu’elle se trouve bien désormais en isolement complet à
l’arrière du delphinarium. Les autres dauphins pourraient la visiter, prétend le Zoo, mais cette situation intenable – une delphine en coulisse, immobile, toujours seule et qu’il faut bien nourrir, en plus ! – annonce de toute évidence la mort imminente de cette malheureuse, enfin vaincue par l’imbécillité des hommes…

Aux dernières nouvelles et selon les derniers témoins qui l’ont vue vivante, la « vieille » Iris (31 ans) se déplaçait avec lenteur, de manière manifestement dépressive.  Elle portait toujours une large tache noire sur le dos près de l’aileron mais d’autres taches sont apparues sur le reste du corps. Réaction à l’excès d’ozone qui sert à purifier l’eau du bassin ? Impossible à savoir…
Lorsqu’on s’approchait de la paroi de verre ou du bord du bassin, Iris s’approchait à son tour et venait vous regarder de tout près, longtemps, presque immobile.  Pour qui a vu les yeux pétillants d’un dauphin libre, son regard à elle paraît d’une tristesse insondable…

Selon la Direction du Zoo, Iris est très vieille et très fatiguée. Aucune mention n’est faite du bébé qu’elle vient de perdre et que serait né des œuvres de son propre fils, à en juger par le temps de gestation. Elle aurait choisi elle-même de se retirer du jeu et de passer une retraite calme et bien méritée dans ce petit paradis qu’est Duisburg.
Toujours selon la Direction, bien sûr, qui n’a sans doute rien de plus pressé que de se débarrasser de cette ancêtre coûteuse, peu productive et déprimante pour les spectateurs…

Rappelons une fois encore qu’en milieu naturel, une femelle de 30 ans est simplement mature et qu’elle peut donner naissance à des enfants jusqu’à la quarantaine, voire au-delà.
Rappelons aussi que si Iris était – aujourd’hui encore – transportée vers une petite baie close quelque part dans le sud de la France ou en Espagne et si elle pouvait goûter une dernière fois le soleil, la mer et le vent, il ne fait aucun doute qu’elle vivrait encore quelques bonnes années de plus.
Mais qui se soucie du destin de cette vieille delphine ? Symbole même du combat contre la captivité en 1998, la pauvre Iris semble désormais bien oubliée…

Lors du spectacle, le soigneur déclare au micro que le bébé d’Iris a été transporté vers un autre delphinarium. Pourquoi ce mensonge ? Le Zoo de Duisburg craint-il de dire la vérité, alors que le directeur du Zoo, le Dr Frese lui-même, a reconnu il y a peu que le bébé était mort au bout de quelques heures ? (voir notre article précédent)
Une conversation entre les entraîneurs a permis d’apprendre que les dauphins n’étaient nourris que
deux fois par jour, à l’occasion des shows de 11 heures et de 15 heures, ceci afin de les obliger à se soumettre à la discipline des  shows.
Au début du spectacle, ils ne reçoivent que de petits fragments de poissons, mais de plus gros morceaux leur sont donnés lorsque le show se termine. Cette méthode de contrainte va à l’encontre des recommandations officielles prétendument en vigueur dans les delphinariums européens et constitue un véritable « chantage par la faim ».

 Comme nous avions déjà pu le constater au mois de juillet, le personnel semble de moins en moins compétent. Les « dolphin-trainers » sont aujourd’hui de tout jeunes gens maladroits – presque des adolescents – qui n’entretiennent que des relations très froides et impersonnelles avec les dauphins captifs.
Ce personnel se révèle également incapables de répondre aux questions des visiteurs, ce qui va à l’encontre de la vocation supposée « pédagogique » des delphinariums…
De plus en plus, les dauphins se montrent rétifs à exécuter les tours stupides qu’on leur impose.
Ils refusent par exemple une fois sur deux de frapper avec leur caudale ce fameux ballon
bleu
suspendu à une corde. Quand on songe qu’Iris et Ivo font à peu près les
mêmes gestes deux fois par jour depuis plus de vingt ans, on comprend mieux
leur attitude !

Ivo et son ballon. Copyright Udo & Renate. décembre 2000.
Ivo s’exécute…

Traditionnellement, les dauphins concluent ce lamentable spectacle en aspergeant d’eau les
spectateurs à grands coups de caudale. D’après nos observateurs, il semble que leur attitude devienne franchement agressive.

On sait aussi qu’Ivo est sensé saisir dans son rostre une corde et traîner à sa suite une petite barque rouge où
l’on place un enfant choisi sur les gradins. Là encore, les choses se dégradent, puisque l’enfant en question s’est retrouvé trempé et visiblement secoué à la fin de cette prestation. La prochaine fois, faudra-t-il craindre un véritable accident ?

 Enfin, l’agressivité entre les dauphins augmente : ils s’attaquent l’un l’autre et se mordent en plein milieu
du show !  Nous ne l’avions pas noté lors de notre visite en juillet : tous les dauphins portent aujourd’hui de profondes cicatrices blanches sur l’ensemble du corps, comme si leur peau avait subi l’agression d’un râteau. Quelle peut être l’origine de ces traces ? Combats fratricides ? Maltraitance d’origine humaine ?

Mais que se passe-t-il donc dans ce bassin de la mort ?  Que fait-on concrètement pour empêcher Iris de s’éteindre sans bruit, à l’abri des médias ? Que vont devenir Daisy, Delphy et Pepina ? Qui sera le suivant ? Cet odieux massacre prendra-t-il jamais fin ?

Il serait temps que la communauté internationale s’émeuve du sort de ces malheureux dauphins captifs mais également de celui du bélouga, du dauphin de Dall, des dauphins de rivière de l’Amazonie, des tigres, du grands singes et
des éléphants, « accueillis » de manière parfaitement scandaleuse dans ce petit zoo niché au coeur d’une ville industrielle.

Trois citations pour terminer : 

« Les dauphins Tursiops de la baie de Sarasota* (Floride) vivent longtemps : les femelles dépassent souvent l’âge
de 60 ans tandis que les mâles vivent en moyenne plus de quarante ans. Le  territoire de cette communauté d’une bonne centaine d’individus s’étend sur environs 125 kilomètres le long de la côte et chevauchent celui des communautés voisines »..

« Cetacean Societies. Fields studies of dolphins and whales »
Edited by Janet Mann, Richard C. Connor, Peter L. Tyack and Hal whitehead.
University of Chicago. 2000

« Les dauphins nés en captivité sont principalement âgés de moins de dix ans. La femelle née captive la plus âgée a 14 ans. Le mâle né captif le plus âgé a 16 ans. L’âge moyen des femelles nées captives est de 4,3 ans et celui des mâles de
6,4 ans. Parmi les dauphins capturés en mer (fondateurs), l’âge moyen des femelles est de 19,2 ans et celui des mâles de 20,2 ans ».

« The European studbook of bottlenose dolphins (Tursiops truncatus) : 1998 survey results. Aquatic Mammals 26(2): 95-100 ». [publié par le Zoo de Duisburg, Meulheimer Str. 273, 47058 Duisburg, Germany)

« Les normes conseillées sont les suivantes :
Minimum : 5 animaux par bassin.
Superficie : 275 m² + 75 m² par animal additionnel.
En accord avec les normes de la CITES telles qu’entérinées par le Règlement Européen N° 3626/82, la profondeur du bassin doit être de 3,5 m pour 80% du bassin et de 5 m pour les 20 % restants.
Le volume d’eau total conseillé est de 1000 m³ + 200 m³ par animal additionnel. »

Critères considérés comme optimaux par l’EAAM en matière de delphinariums

* Iris et Ivo ont été capturés non loin de là et proviennent certainement de l’une de ces tribus disséminées le long de la côte de Floride.

Copyright Renate & Udo Décembre 2000

Dauphin de rivière dans un bac pourri…