Le Parc Astérix en juillet 2009

Aya devient folle et s’échoue sans cesse. Photo Pamela Carzon 2007

 Juillet 2009

Les dauphins sont de retour au parc Asterix !

 

Il y a aujourd’hui 9 dauphins au Parc Asterix, (chiffres 2011) entassés dans un espace minuscule au fond vide comme la paume d’une main..
Certains viennent du delphinarium de Hardewijck, d’autres sont nés dans l’intervalle.

Celle qui semble vivre le plus mal cette promiscuité est en fait Aya, aisément identifiable à sa dorsale courbée, une caractéristique propre aux dauphins et aux orques qui ne vont pas bien.

C’est déchirant de la voir demeurer immobile au fond du bassin pendant de longues minutes entre les spectacles, ne remontant que pour respirer. Cela fait au moins 6 mois que dure ce comportement évident de désespoir.
Il semble qu’’elle ne se relève pas du départ de Cessol, son grand ami de jeu avant les transferts de l’’hiver dernier.
Malgré le fait qu’’on les enferme dans un espace réduit pour leur vie entière, même les dauphins captifs parviennent à recréer malgré tout, et parfois non sans bagarres violentes, une structure sociale au fil des années.

Donc, oui, malgré le fait qu’’il n’y ait plus de surpopulation dans le petit bassin guère rénové du Parc Astérix, il y existe actuellement un dauphin gravement dépressif. Nombreux sont ceux qui l’ont remarqué parmi les spectateurs. Des enfants demandent à leurs parents : « Est-ce qu’’il est mort, le dauphin, là ? « .

Un autre enfant aurait même déclaré que «ce dauphin était un fantôme».
De fait, Aya s’immobilise toujours au même endroit, là où précisément, le verre du hublot provoque une déformation optique des hublots qui la rend alors presque invisible….

Les installations en 2007 Photo YG

Les échouages ne sont pas bien compris par le public, et la réponse des «soigneurs» est toujours la même :
«Ils s’’amusent, ils prennent le soleil ».

C’’est faux.

Aucun dauphin ne s’’échoue par plaisir en milieu naturel.
Les seuls cas connus d’’échouage naturel sont  toujours liés à la mort, soit que le cétacé est malade soit qu’il a été assommé par les super sonars militaires ou les prospections pétrolières.
Il n’’est en tous cas pas là pour prendre le soleil !
Aucun cétacé n’’aime sortir de l’’eau et seules les orques (et quelques rares dauphins de Californie qui poussent le poisson sur la rive), parviennent à cet exploit – lors de chasses aux phoques : glisser sur la plage, attraper le pinnipède et se laisser reprendre en arrière par la vague qui recule – au terme d’’apprentissages complexes, enseignés aux jeunes par les plus anciens et les habiles à ce « sport » extrêmement dangereux.

Dès qu’’il est hors de l’eau, le cétacé éprouve tout le poids de son corps et peine à respirer. Sa peau délicate et douce se dessèche et se fissure sous les rayons du soleil et c’’est pour lui une souffrance sans nom.

Or, ce type de comportement était fréquent en 2007 lorsque les captifs du parc n’’avaient de cesse que de s’’échouer sur le béton entre les spectacles, le bassin étant alors surpeuplé.

En bref, l’’arrêt temporaire des spectacles de dauphins à Paris n’’a eu pour but que de réduire le nombre des prisonniers présents dans un bassin aussi minuscule qu’’avant, mais cette réduction permet de répondre aux normes  de l’’EAZA,  qui exige «autant de dauphins par mètres carrés», comme vient de le faire le Sea Park de Bruges dans le même esprit, afin d’’éviter toute critique.

Sans parler  des liens familiaux ou d’’amitiés qui ont pu se nouer entre ces malheureux, souvent associés durant des décennies – mais aussi de faire engrosser les femelles par un passage par le Delphinarium de Harderwijk  aux Pays-Bas, afin de produire de nouveaux avortons blêmes qui seront expédiés ici et là, loin de leur mère et de leur famille. Est-ce ainsi qu’on sauvera l’’espèce ? On sait que depuis bien longtemps, aucun dauphin captif n’’a été remis en liberté – conservation de l’espèce, disiez-vous ? – et à plus forte raison, ceux qui n’ont jamais connu la mer.

 Rappelons enfin que la delphine Cindy est morte depuis 1999. Il faut lire le témoignage déchirant de Julien Marchal lorsqu’il décrit sa souffrance, fort semblable à celle de Aya. A l’époque, elle vivait encore, mais elle n’a pas résisté aux conditions de vie scandaleuses imposées aux dauphins de parc parisien…

Aucune nécropsie publique, aucune information n’a été donnée à son décès… son nom a juste été effacé du panneau à l’entrée du bassin. Pour le reste des victimes, voir nos pages antérieures.

Aya

Lorsque les directeurs des aquariums décident de déplacer les dauphins pour la reproduction, ou lorsque le nombre de dauphins devient excessif au vu des normes pourtant laxistes de l’EAZA, ou enfin pour « rentabiliser » un autre parc – Planète Sauvage ne disposait « que » d’otaries jusqu’à ce jour –  ils ne tiennent naturellement aucun compte de ces relations interpersonnelles. Pour ces gens, « le dauphin n’est qu’un animal » et ce’ genre de considérations qu’ils qualifient d’anthropomorphiques n’ont aucun sens pour eux.
On ne saurait trop leur conseiller la lecture d’un ouvrage récent d’Yves Christen « L’animal est-il une personne ? »

Pareil pour l’orque Shouka quand Mike Ridell l’a expédiée seule aux USA… Tous les dresseurs étaient autour d’elle et la caressaient en pleurant avant son départ… Ils SAVAIENT ce qui l’’attendait et quel chagrin elle allait endurer, …comme ses frères, sa mère, toute sa petite famille qui jamais, jamais ne la reverrait plus.

Les derniers adieux des dresseurs à Shouka, juste avant son départ. Photo P.

 

Une telle séparation représente une pure horreur en termes de culture orque, où le « pod », frères soeurs, cousins, cousines, oncles, tantes et surtout grand-mère, reste soudé jusqu’à la mort de la Matriarche. (Lire l’émouvant «The whale called killer » d’’Eric Hoyt, jamais traduit en français).

Mark Bekoff, un éthologue de renom souligne avec justesse, quand ils parlent des dauphins, des grands singes ou des éléphants dans son récent  « Les Emotions des Animaux » publié en poche chez Payot, l’extrême douleur que ressentent ces non-humains captifs lorsqu’ils sont séparés de leurs proches. Imaginez qu’après avoir vécu près de vingt ans à Bruges, en compagnie de Puck, Tex et Cie, Linda la delphine se retrouve seule avec son propre fils et une compagne étrangère dans un tube de verre vide de tout objet à l’aquarium de Gènes, en Italie.

L’Industrie de la Captivité ne tient aucun compte des amitiés entre les animaux qu’ils détiennent. Tex s’est suicidé à Antibes en se tapant la tête contre la vitre du bassin, après son départ de Bruges. Aurore, sa nouvelle compagne, est morte peu après lui. Que font les delphinariums ?

Rien de plus simple : ils effacent les noms des panneaux et de leurs sites et font en sorte que le souvenir de ces dauphins morts soit oublié à jamais. Ils n’ont JAMAIS existé…

 

Chaque dauphin est une personne, avec sa famille, ses amis, ses ennemis, comme vous et moi. Il n’y AUCUNE différence fondamentale dans leur façon de voir la vie, de rechercher le bonheur, si ce n’est qu’ils perçoivent le Monde principalement sur le mode auditif et nous sur le mode visuel. Nous aimons tous nos enfants, notre liberté, notre vie privée, nous aimons tous découvrir l’univers et ses merveilles.

Les dauphins de Paris peuvent bénéficier de cela : ce ne sont que des esclaves.  Paul Watson, Ric O’Barry, Roger Payne, Hal Whitehead et tant d’autres se battent depuis des années pour qu’on reconnaisse aux dauphins – et aux grands singes, mais là, c’est Jane Goodall qui s’en occupe – le statut de personne à part entière.


Le 15 juin 2009 12:08, Alexia Fedin a écrit :

Je suis tombée sur votre site suite à une recherche sur la parc Astérix.
J’ai été invitée hier par des amis à aller dans ce parc, et j’ai vu le spectacle des dauphins, comme j’ai été profondément choquée de ce que j’ai pu voir: un des dauphins semblait prostré dans son coin et faisait le show quand son dresseur lui demandait, mais en dehors de ces moments j’ai eu la nette impression que ce pauvre animal aurait voulu être n’importe où sauf dans ce lieu où on lui demande de faire des pitreries, alors que tout le monde applaudissait.
J’aurais presque pleuré et mes amis ont jugé que j’étais trop sensible.
Je ne participe à aucun programme de protection des animaux et je ne suis pas militante dans l’âme, mais ce que j’ai vu hier m’a tellement choquée que j’ai voulu voir si personne ne le dénonçait sur le Net.

L’un des dauphins  a refusé de faire quelques uns des exercices quand j’ai assisté au spectacle.

Le show en lui même est d’un nul sans limite, à part nous hurler dans les oreilles, la présentatrices récite par coeur son texte rempli de clichés sur les dauphins et en conclusion qu’ils adorent être ici et jouer pour le plaisir (plutôt pour les caisses des propriétaires du parc) des spectateurs.
Le parc en lui même est mal entretenu et vétuste et qui plus est cher, mais le manque de personnel est flagrant: de jeunes étudiants surexploités et fatigués.
Ca ne me laisse pas beaucoup d’illusions quand aux pauvres dauphins, qui sont eux aussi surexploités afin de rentabiliser un parc sinistre.

Je vous assure que malgré le soleil et le monde, c’était glauque et surpeuplé.
On laisse rentrer beaucoup trop de monde par rapport à la réelle capacité d’accueil du parc, dans l’amphithéâtre des dauphins les spectateurs étaient agglutinés les uns sur les autres ce qui occasionnait un brouhaha insupportable, je n’ose imaginer le cauchemar de devoir répéter 6/7 fois par jour les mêmes choses devant tant de monde.

Il était très net que les dauphins à plusieurs reprises avaient envie de repartir par la petite trappe sous les sièges mais on leur avait fermé l’accès et ils devaient rester dans le grand bassin.

Je ne sais pas s’il existe un programme auquel on peut adhérer pour lutter contre cette exploitation infâme: il faut absolument fermer ce genre de delphinarium!!

Existe-t-il aussi de réelles actions?
Signer un papier c’est bien, agir c’est mieux.

Dans l’attente de votre réponse

Alexia

Le 15 juin 2009 14:29, Yvon Godefroid <dauphinlibre@gmail.com> a écrit :
Chère Alexia

Puis-je publier votre texte, même signé d’un pseudo, sur mon site ?
J’ignorais en fait que les dauphins étaient revenus à Paris. Une partie d’entre eux est partie au delphinarium de Planète Sauvage, à Port Saint Père. L’autre a du rester à Harderwijk.

Mais qui s’en soucie ? Nombre d’associations commencent à avoir peur des holdings qui gèrent ces cirques honteux et j’ai vu moi-même « piratés » mes pages sur le Delphinarium de Bruges…  On ne tient aucun compte des liens familiaux ou d’amitié pourtant très intenses qui existent entre chaque dauphin. Lisez à ce propos l’incontournable « Les Emotions des animaux » de mon ami Mark Bekoff, enfin traduit en français en Manuel Payot (Livre de poche, donc pas cher).

Vous comprendrez mieux encore la souffrance de ces malheureux cétacés.
J’ai moi-même assisté à cinq (5 !) shows successifs dans la même journée, en compagnie de Pamela Carzon, c’était l’horreur et l’ennui absolu pour des êtres conçus pour nager des centaines de kilomètres en liberté dans leur monde si rche en stimulations, l’Océan…
Ici, le bassin est vide et nu, vous l’avez vu.

Même à un grand singe au zoo, on donne des branches pour grimper ou un vague décor qui évoque la forêt.
Jamais pour les dauphins ! Il faut qu’ils s’ennuient, qu’ils aient faim et qu’ils restent en surface !

Anvers. Orang-outans

 

Bien amicalement
Yvon Godefroid
Bruxelles

Alexia à YG

15 juin

Bonsoir

Vous pouvez publier sans problème ce que je vous ai dit, avec mon nom et prénom, j’avais oublié de préciser que même le lion de mer a refusé par trois fois de venir participer au spectacle car il faisait sans doute trop chaud pour la pauvre bête en plein cagnard.

La dresseuse chargée du lion ne savait plus quoi faire , du coup elle l’a laissé tranquille dans un tout petit bassin caché derrière et à peine protégé d’un auvent minable, avec sans doute de l’eau devenue trop chaude pour lui.

J’en parle encore et j’ai même donné à mes collègues l’article de votre site sur les conditions de « détention » des dauphins au parc Astérix, car nous ne sommes pas loin géographiquement et après un petit sondage , j’ai constaté que chacun y avait été une ou plusieurs fois avec leurs enfants, et que le verdict est toujours le même: conditions de sécurité non respectées, trop de monde, sale, uniquement basé sur un marketing minable….

Encore bravo à votre travail, il faut dénoncer encore et encore , même si ça n’avance qu’à petits pas, on ne peut pas continuer d’accepter de traiter des animaux de la sorte !

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