Keiko, la liberté

keiko-oregon

Keiko en Oregon

 

Aujourd’hui encore, l’Industrie même qui a réduit l’orque Keiko à l’état d’épave ose se moquer du fait qu’on n’ait pas réussi à le réhabiliter.
Avant de mourir, Keiko a pourtant connu la liberté. Il a plongé sous 75 mètres, il a parcouru des centaines de kilomètres par jour en compagnie d’autres cétacés, il a chassé des poissons rapides, il a flirté, il a goûté au bonheur fou de retrouver l’Océan sans limites où il vivait dans son enfance.
Rien que pour cela, pour ce légitime cadeau qu’on a pu lui offrir, sa réhabilitation valait d’être menée.

«Keiko s’est éteint à l’âge de 24 ans, mais pas de faim comme le prétend honteusement Jon Kershaw, directeur animalier du Marineland d’Antibes, dans le reportage de FR3, puisqu’il a été capable de parcourir plus d’un millier de kilomètres en se nourrissant suffisamment pour arriver en bonne santé. Il est mort d’une pneunomie, probablement en lien avec les années de captivité qui ont détérioré ses poumons et affaibli son système immunitaire».

keiko-wild

Keiko libre

Pendant ce temps et depuis la fin des années 60, plus de 160 orques captives s’éteignaient en silence dans leurs baignoires – souvent de pneumonie – sans que nul ne s’en émeuve ni ne juge bon d’en parler. Le désespoir au chœur, elles n’ont pu que rêver à la mer immense, chaque jour, chaque nuit, jusqu’à leur dernier souffle.
C’est ainsi que mourut Freya au Marineland d’Antibes.

freyatrain.jpg

Freya à Antibes


 

2000

« En juin 2000, Keiko va, et c’est nouveau, se nourrir de poisson vivant. Ses sorties se font toujours sous la surveillance de ses soigneurs. Elles sont de plus en plus nombreuses.  En juillet, Keiko rencontre, pour la toute première fois, des orques libres. Il va même se joindre à elles (on dit « une » orque !). Les scientifiques remarquent que ses plongées sont de plus en plus profondes, atteignant 25 mètres. En août, leur mascotte se mêle encore plus souvent aux autres animaux. Ses sorties sont de plus en plus longues, allant parfois jusqu’à 3 jours. Lorsqu’il est bien accepté, il joue avec les autres. Mais parfois, il est rejeté, la raison en étant inconnue. Mais l’hiver arrive à grands pas sur l’Islande. Si Keiko ne se fait pas rapidement accepter au sein d’un pod, il devra rester dans son enclos cet hiver. En effet, les orques ne sont que de passage dans cette région, arrivant au printemps et repartant à l’automne. Mais Keiko ne se décide pas à les rejoindre. Il est encore trop tôt. On ne peut effacer 20 années de captivité en quelques semaines. Peut-être l’année prochaine…

2001
C’est en juin que Keiko fait sa première rencontre de l’année avec des orques libres. Il se joint facilement au groupe et communique.
Les scientifiques ont bon espoir car l’échange semble réciproque entre les orques. Fin juillet, l’équipe s’interroge sur la volonté de Keiko à vouloir rejoindre les siens. Il multiplie les rencontres et les échanges mais revient toujours vers les soigneurs. Keiko est resté 20 ans en captivité. Il n’a presque pas connu la vie en mer, avec ses congénères.
Peut être ne pourra t-il revenir à une vie sauvage. Jean-Michel Cousteau envisage même une nouvelle solution en cas d’échec; un plan de semi liberté. Keiko serait dans un enclos ouvert. Car il ne tient plus qu’à Keiko de rejoindre les siens. Il en est capable, mais s’y refuse. Les soigneurs ont déployé toute leur énergie et leur efficacité pour libérer Keiko, mais ils commencent à douter. Et s’il ne rejoignait pas les autres orques avant la fin de l’été ?!!! Mais Keiko les surprend toujours. Alors qu’ils avaient peu d’espoir, l’animal s’éloigne de plus en plus et va même jusqu’à rester avec les autres orques pendant près de 7 jours. Il est suivi ou observé par un hélicoptère, un bateau ou son émetteur. Mais les soigneurs ont un doute. Keiko se nourrit-il seul. Certes il mange la nourriture proposée par les soigneurs mais on ne sait pas s’il chasse!
Le contact avec les autres semble encore plus proche mais à chaque retour, le comportement de Keiko est différent.
A quoi pense t-il, pourquoi ne les suit-il pas? Beaucoup de questions dont seul Keiko a la réponse. Mais la fin de l’été arrive et, avec lui, le départ des orques sauvages qui suivent les migrations des bancs de hareng.

2002
Chaque été en rendant mon rapport je constate que Keiko reprend là où il en était à la fin de l’été précédent et poursuit ses efforts vers un retour à la vie en liberté. Mais cet été 2002, Keiko n’a pas seulement poursuivi dans cette voie, il nous a surpris de bien des manières. Il a dépassé toutes nos prévisions les plus optimistes. Keiko est libre – il est réellement libre n’étant plus du tout sous le contrôle des hommes, n’étant plus enfermé et ne dépendant que de ce qu’il peut pêcher dans la nature pour se nourrir.

Sous la houlette de la Humane Society américaine, Keiko a passé tout l’été au large depuis qu’on lui a fixé sa balise satellite VHF le 7 Juillet dernier. Contrairement aux deux étés précédents Keiko a décidé de vivre constamment avec les orques sauvages, nageant parfois à proximité des communautés ou se fondant dans un groupe.  Il est repassé brièvement dans la baie le 14 Juillet, ce qui a permis à l’équipe de vérifier ses marqueurs, de remplacer sa balise par une autre ayant une plus grande autonomie de batterie et de contrôler son état de santé. Le jour suivant, dès que le bateau l’accompagnant s’est approché d’un groupe, Keiko s’est aussitôt éloigné pour nager près des orques.
Tout au long du mois de Juillet, Keiko a été surveillé par Vamos, un voilier équipé d’un matériel permettant de repérer son émetteur radio VHF. En Juillet, Keiko est resté dans la région, à proximité des orques sauvages. Le jour, on l’apercevait en général près de groupes d’orques se nourrissant sur les bancs de harengs. C’est l’époque pendant laquelle les mouvements des orques sont faciles à prévoir car ils suivent les harengs dont ils se nourrissent chaque jour. Keiko était suivi grâce à son émetteur VHF et aux observations visuelles. Le soir, les orques effectuaient souvent de longs trajets à l’ouest et au sud des ïles Westman. Keiko a été suivi et une nuit on a enregistré un trajet de près de 100 kilomètres. Une autre nuit, accompagnant des épaulards, il a nagé environ 160 kilomètres. Ce comportement est tout à fait différent de celui observé au cours des deux étés précédents. Keiko se concentre beaucoup plus sur les autres orques et ses postures indiquent qu’il les observe et les écoute la plupart du temps. Lorsque les bancs de harengs se dispersent à la fin du mois de juillet, les orques sauvages sont moins prévisibles et nous pensons qu’ils parcourent un territoire plus vaste pour se nourrir. Le dernier week-end de juillet, Keiko et les autres se sont déplacés vers le sud.
Le 27 juillet, Keiko a été photographié alors qu’il nageait avec les épaulards et semblait réellement communiquer avec eux pendant de longues périodes d’affilée. Il a été repéré à nouveau avec d’autres orques le 30 Juillet.

Au cours du week-end du 2 Août, une grosse tempête a secoué les îles Westman et a obligé notre bateau accompagnateur à retourner au port. Les membres de l’équipe ont suivi Keiko du rivage pendant tout le week-end. Les positions satellites ont indiqué que Keiko se trouvait à 56 kilomètres au sud des îles. Le bateau accompagnateur a pu repartir lundi dans l’après-midi et a navigué vers la dernière position enregistrée de Keiko. Depuis deux ans, nous observons toujours des orques dans le coin au cours de la première semaine d’Août, mais pas cette année. Nous nous demandons si Keiko ne s’est donc pas éloigné pour accompagner les orques et s’il ne reviendra pas dans quelques jours. Notre bateau, le Vamos, suit la route prise par Keiko en espérant pouvant s’approcher suffisamment pour obtenir un signal radio de l’émetteur et peut-être une observation visuelle. Mais Keiko continue à nous surprendre. Ses positions satellites indiquent qu’il poursuit son trajet vers l’est parcourant 55 à 120 kilomètres par jour. Sa balise satellite indique également qu’il plonge à plus de 75 mètres, plus profond qu’il n’a jamais été lorsqu’il était en captivité.

Le 9 Août, nous avons survolé la position de Keiko dans un petit avion bi-place, mais n’avons pas pu le repérer visuellement. Il se trouvait dans une zone riche en vie marine où se regroupaient des harengs et merlans bleus. L’observer visuellement d’un avion qui vole à 100 noeuds est très difficile et n’a pu être réalisé ce jour-là. Depuis, Keiko a continué à se diriger vers l’est. Il est suivi par satellite. Lorsqu’il s’est approché des îles Féroé, je me suis fait conduire là-bas avec une équipe pour tenter des observations visuelles. Le 14 août, nous avons affrété un hélicoptère et survolé la position de Keiko à 160 kilomètres au nord des Féroé. Bien que recevant des signaux radios de son émetteur, l’état de la mer et l’étendue de la zone d’observation ne nous ont pas permis de le voir. Il continue à nager sur de grandes distances chaque jour et ses enregistrements satellites indiquent qu’il plonge. Contrairement au passé, lorsque nous pouvions le voir à chaque fois que nous le désirions, Keiko est maintenant réellement dans la nature. Nous ne pouvons plus l’observer à loisir. Nous savons où il est et nous le suivons grâce aux outils dont nous disposons. Il vit sa vie d’orque et parfois, cela nous semble un peu étrange car il y a tant de choses que nous aimerions savoir, mais c’est ce que nous et tout les gens qui nous ont aidé espérions.  (…)

Lire :
Keiko, la réhabilitation qui dérange

keikomemorial.jpg

La tombe de Keiko