La baleine à bosse au secours du phoque

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L’orque, le phoque et la baleine à bosse

22 juillet 2016

La baleine à bosse au secours du phoque

Why did a humpback whale just save this seal’s life?

 

Au début, c’était une attaque habituelle, menée avec intelligence. Plusieurs orques essayaient d’attraper un phoque de Weddell qui avait trouvé refuge au sommet d’un iceberg à la dérive dans la mer de glace en Antarctique. Comme toujours, les orques nageaient côte à côte en soulevant une vague puissante qui fit tomber le malheureux pinnipède de son refuge.

 

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Une chasse « à la vague » en Antarctique


Puis quelque chose d’incroyable s’est produit: un couple de baleines à bosse a surgi.

Comme le phoque paniqué nageait vers elles, une vague bienvenue le jeta sur la poitrine de la baleine la plus proche, qui nageait ventre en l’air.
La baleine a arqué son corps et soulevé sa poitrine hors de l’eau, de sorte que le phoque soit hors d’atteinte des orques. Et lorsque le phoque a commencé  à glisser, la baleine l’a stabilisé sur sa cage thoracique énorme à l’aide de sa nageoire. Peu après, les orques sont parties et le phoque a pu regagner un autre bout de glace flottante en toute sécurité.

«J’étais stupéfait», se souvient l’écologiste marin Robert Pitman, qui a assisté à l’épisode en 2009 et en a décrit un autre exemple similaire dans le magazine Natural History cette année. « Il semblait vraiment qu’elles essayaient de protéger ce phoque ! ».

 

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Cette baleine à bosse protège un phoque de Weddell des orques en le portant sur son ventre.

 

Bien sûr, les  baleines à bosse défendent vigoureusement leurs enfants lorsqu’elles sont attaqués par les orques.
Elles peuvent également mener leurs propres attaques préventives sur les prédateurs. Parfois, elles décident également de protéger l’enfant d’une autre baleine. Mais le plus souvent, comme pour le phoque de Weddell, les baleines à bosse aident d’autres espèces sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Quand les proies s’assemblent et harcèlent leur un prédateur, on appelle cela du « mobbing ».
Un groupe de corbeaux, par exemple, peut attaquer en piqué à plusieurs reprises un faucon qui s’approche. Le comportement est également connu parmi les poissons, les insectes et les mammifères terrestres, mais il n’a pas été étudié chez les mammifères marins. En raison de leur grande taille, les baleines à bosse n’ont pas à se soucier de la plupart des prédateurs.
Les épaulards sont les seules espèces connues qui les attaquent et elles ne ciblent que les très jeunes individus.
Les mères vont essayer de les chasser avec des grondements de tonnerre. Si cela échoue, les baleines défendent leurs petits en faisant claquer leurs queues massives ou en balançant leurs nageoires de cinq mètres de long incrustées de bernacles tranchants.

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Deux baleines poursuivent une orque

 

Pour savoir si le sauvetage de phoques dans l’Antarctique était un comportement inhabituel chez les mégaptères, Pitman, qui travaille pour la National Oceanic and Atmospheric Administration de Southwest Fisheries Science Center (NOAA) à San Diego, a publié une demande d’observations sur une liste d’informations consacrée aux mammifères marins. Il a reçu 115 descriptions de rencontres, notamment issus de professionnels du whale-watching, qui ont parfois joint des  photos et des vidéos.

Dans 31 cas de « mobbing », les mégaptères approchés par les orques se sont engagés dans un combat.
Elles ont chassé leurs attaquants à grands bruits, en giflant l’eau de leurs nageoires et de leur caudale. « Les baleines à bosse se sont vraiment senties offensées ! » a dit Pitman. Lui et ses collègues ont publié leurs résultats en ligne cette semaine dans Marine Mammal Science.

Les conclusions des chercheurs ont convaincu Philip Clapham, un biologiste marin de la NOAA qui travaille à Seattle, Washington et n’a pas participé à la recherche.
« Ils décrivent très bien l’attitude proactive en réponse aux orques«  dit-il. « Je pense qu’ils ont tout à fait raison ».
Il n’est pas difficile non plus de s’imaginer pourquoi elles adoptent un tel comportement défensif lorsqu’on sait qu’elles migrent toutes vers et à partir des mêmes lieux de reproduction où elles sont nées. Ce qui explique encore mieux ces actes, c’est qu’elles sont susceptibles de rencontrer des individus qui leur sont proches avec qui les gènes sont partagés, des parents.Mais pourquoi protéger d’autres espèces ?
C’est pourtant ce qui est arrivé dans près de 90% des attaques où la proie des orques pouvait être identifié.
« C’est assez mystérieux » nous dit Trevor Branch, un scientifique de la pêche à l’Université de Washington, qui a étudié les populations de grandes baleines . « Nous avons tendance à penser qu’il s’agit d’altruisme, des interventions instinctives qui ne rapportent qu’à l’autre puisqu’en aucun cas elles ne peuvent s’attendre à ce qu’une autre espèce en fasse autant pour elles. »Robert Pitman parle, lui, d’altruisme par inadvertance. L
es baleines pourraient tout aussi bien se précipiter sur une scène de combat à chaque fois qu’elles entendraient qu’il s’agit d’orques. Le Dr. Phillip Clapham ajoute: « Je pense qu’elles ont juste une règle toute simple: Quand vous entendez une attaque d’orques, vous intervenez ».
Une façon de donner à ces épaulards une bonne leçon qui les fera réfléchir à deux fois avant de venir jouer avec le mégaptère.

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Lors d’une attaque très sérieuse, une mère baleine tente de sauver son enfant en le portant sur son dos

 

Avec l’aide de  Flo Verelst pour la traduction


Et pourquoi pas par gentillesse ?

Les images d’une baleine sauvant un phoque d’une attaque d’orques nous ont tous beaucoup ému.
Bien sûr, comme toujours , toutes sortes d’explications circulent. Il est notamment comique de voir les scientifiques « hard science » s’acharner à trouver de bonnes raisons biologiques aux baleines pour qu’elles agissent comme elles le font.

Instinct maternel détourné, démonstration de force face aux orques et autres motivations bien animales sont avancées, qui excluent d’office toute dimension morale.
Et si tout simplement, les baleine prenaient plaisir à aider les autres ? Nous l’éprouvons bien, cette sensation d’altruisme spontané, quand nous sauvons une personne en danger ou un animal maltraité.
Finalement, si ces êtres marins aussi conscients que nous sont capables de soutenir leurs malades et d’accompagner leurs morts, d’honorer leurs anciens et d’adopter orphelins et handicapés, peut-être est-ce strictement au même titre que nous : pour satisfaire une éthique personnelle.

Il faut relire le bref article de « Sonar » à ce propos.
Parlant de l’amitié entre deux mamans, l’une baleine, l’autre dauphin, Laura Bridgeman écrit : « Il se pourrait que ces deux parents cherchent à inculquer à leurs jeunes une leçon de tolérance, voire même d’amitié, envers une autre espèce. Si tel est le cas, ce serait là une leçon importante pour nos sociétés humaines. Trop souvent, nos enfants sont instruits dans un esprit opposé à la tolérance et grandissent dans des sociétés où sévissent le racisme systématique et l’oppression »…

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Une baleine et un dauphin jouent ensemble par pur plaisir


Des dauphins aident un jeune phoque en difficulté

Des cachalots adoptent un dauphin handicapé


 

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