La fin des delphinariums anglais

Marineland Morecambe : c’est là que survivait Rocky, libéré par la suite dans les Caraïbes


La fin des delphinariums anglais

La fin des delphinariums anglais eut lieu en 1993, avec la fermeture du Flamingoland.
L’explosion délirante de ces dizaines de petits cirques aquatiques avait commencé avec lui, en 1963, comme elle avait commencé à Harderwijk, à Bruges, à Kölmarden, à Antibes, à Anvers, partout en Europe.
C’était alors la grande folie des delphinariums et plus que dans tout autre pays d’alors, la Grande-Bretagne – mais jamais l’Irlande ! – manifesta une passion frénétique pour cette attraction de foire récemment devenue sédentaire.
Ouvert au début des années soixante, Flamingo Park fut le premier dans le pays à exhiber des dauphins vivants, ainsi que des bélugas et des globicéphales, dans une joyeuse ambiance de foire foraine.
Il fut aussi le dernier à le faire, après avoir massacré un nombre indéterminé de cétacés. Ceux-ci ne duraient pas longtemps dans les piscines minuscules où on les confinait et les importations se succédaient depuis la Floride vers la guirlande de petits delphinariums miteux qui émaillaient tout le territoire de la Bretagne.

Battersea Park Dolphinarium, Blackpool Dolphinarium, Blair Drummond Safari Park Dolphinarium, Brean Down Dolphinarium, Brighton Aquarium & Dolphinarium, Clacton Pier Dolphinarium, Cleethorpes Marineland & Zoo, Coventry Zoo Dolphinarium, Dudley Zoo – Dolphins & Whales, Flamingoland, Gwrych Castle, Knowsley Safari Park Dolphinarium, London Dolphinarium, Margate Dolphinarium, Marineland – Morecambe, Ocean Park – Seaburn – Sunderland, Porthcawl Dolphinarium, Rhyl Dolphinarium, Royalty Folies – London, Sandown Dolphinarium – Isle Of Wight, Scarborough Marineland & Zoo, Skegness Dolphinarium, South Elmsall Animal Training School And Dolphinarium, Southend Dolphinarium, Southsea Dolphinarium – Portsmouth, West Midlands Safari Park Dolphinarium, Weymouth Dolphinarium, Whipsnade Zoo – Zoological Society of London, Windsor Safari Park, Woburn Dolphinarium… Il y en avait PARTOUT !

Au Royalty Folies de Londres, les dauphins nageaient sur scène avec des danseuses nues

 

Royalty Folies – Au Moulin Rouge de Paris, on exhiba aussi des dauphins sur scène.


C’est en 1984 que le Flamingo Land se fit livrer ses trois derniers dauphins de Floride, parmi lesquels Sharky et Lotty.  

Ils y restèrent jusqu’à la fermeture du parc en 1993.
Dans l’intervalle, un combat citoyen magnifique venait de triompher. Suite aux campagnes incessantes des activistes et au large soutien public qu’elles suscitèrent, les delphinariums anglais durent se conformer à des règles si strictes qu’ils fermèrent tous, sans exception.
Les dauphins Rocky, Missie et Silver furent triomphalement réhabilités dans les Caraïbes, accueilli par Jojo, le dauphin solitaire. Rocky sortait du Morecambe Marineland, Missie et Silver du Delphinarium de Brighton. Après avoir été détenus respectivement 20, 22 et 15 ans, les trois dauphins retrouvèrent la liberté avec succès lors de la célèbre opération Into The Blue.

Une piscine au Flamingo Land


Ce furent surtout les décès à répétition de trop de cétacés captifs qui attirèrent l’attention des pouvoirs publics, sous la pression des associations de défense des dauphins.
 Même les pires delphinariums français ou belges de l’époque offraient encore des piscines plus grandes à leurs captifs que les infâmes trous d’eau où croupissaient les dauphins anglais.
On comprend mieux dès lors pourquoi une commission sénatoriale fut mise en place dans l’urgence et comment elle a pu édicter de nouvelles normes pour ces établissements mortels.

Les orques du Clacton Pier Dolphinarium entre 1971 et 1985

Le groupe d’enquête Klinoswka
En août 1986, le Ministère de l’Environnement du Royaume Uni décidait de mettre sur pied un Groupe d’Enquête composé d’experts et de représentants officiels. Le Dr Margaret Klinowska et le Dr Sue Brown, cétologues de renom international, avaient été préalablement priées de rédiger un rapport sur la situation des delphinariums dans le pays.

Le but de ce rapport consistait principalement à déterminer si « les bénéfices en termes d’éducation, de recherches scientifiques ou de reproduction de cétacés en captivité, valaient que l’on importe de nouveaux dauphins libres pour les livrer en spectacle au public ».
Il fut également demandé aux deux éminents cétologues britanniques de déterminer les standards qui, selon elles, devraient être appliqués à ces établissements pour que les animaux captifs puissent y trouver des conditions d’accueil satisfaisants à leurs besoins éthologiques et sociaux les plus élémentaires.

Les conclusions du rapport fournies au « Steering Group » afin qu’il en analyse les recommandations, furent complexes mais ne tardèrent pas à se traduire de manière très concrète dans les faits : incapables de répondre à ces nouveaux critères extrêmement exigeants et coûteux, l’ensemble des établissements concernés durent se résoudre à fermer leurs portes. Il n’y eut dès lors plus aucun delphinarium en Angleterre à partir de 1993, dans un pays qui en possédait le plus au kilomètre carré !

 

Le Brighton Aquarium

Le Rapport final du Groupe d’enquête émettait quelques suggestions encore pleines d’actualité.
Il regrettait notamment qu’aucun règlement particulier n’existe pour gérer la situation très particulière de mammifères marins entièrement aquatiques dans le cadre de la captivité.
Il proposait aussi que tous les dauphins captifs soient clairement identifiés, à l’aide d’un jeu standard de photos et d’un dessin de leur aileron dorsal. Les décès, les naissances, les importations devaient être signalées à un organisme officiel dépendant du Ministère et le bulletin de santé de chaque dauphin captif devait être communiqué au moins une fois tous les trois ans à ce même organisme.
Les delphinariums devaient s’engager à assurer un avenir décent à leurs pensionnaires au cas où l’entreprise aurait été amenée à cesser ses activités. Une amélioration très nette des conditions d’accueil était par ailleurs exigée et l’inconsistance pédagogique des shows était déjà signalée.

 Enfin, le Groupe d’Enquête recommandait que les recherches menées dans ces établissements soient placées sous le contrôle d’organismes scientifiques officiels.
On lira ci-dessous un certain nombre de ces recommandations en anglais, notamment celles relatives à la taille des bassins et à la nécessité de lisser aux dauphins un accès à l’air libre…

Lire ici
Les recommandations finales du rapport
A Review of Dolphinaria

 


Le Queens motel dolphinarium de Margate en1969. Le rapport Klinowska découvrait des piscines absolument minuscules !

Le retour des delphinariums est-il encore possible en Grande Bretagne ?
Oui, hélas. Aucune loi ne les interdit sur le territoire anglais. Les compagnies chinoises ou dubaïtes qui tiennent le secteur aujourd’hui n’auraient aucune difficulté à ouvrir un super delphinarium répondant aux normes les plus strictes du Rapport Klinowska et davantage encore.

La tendance est d’ailleurs sensible même en France. Si jamais le Zoo de Beauval obtient le feu vert pour son delphinarium, celui-ci sera du dernier modèle, plus grand, plus sensible aux besoins des dauphins. L’industrie a bien compris la leçon. Les orques ont reçu un «bassin géant » en 2001 au Marineland d’Antibes, ceux de Nuremberg ont reçu un lagon, et tous les delphinariums désormais s’évertuent à tenter de prouver que leurs esclaves sont parfaitement heureux. Une préoccupation que les entrepreneurs d’alors ne partageaient pas et qu’ils ne partagent toujours pas en Chine, en Russie ou au Japon.

Dès lors, on peut dire que c’est l’opinion publique – et son pouvoir d’achat – qui maintient désormais les delphinariums loin des côtes de l’Angleterre, pas les normes ni la loi. A tout moment, la Bête Immonde peut se relever de ses cendres, et l’on sait l’angoisse des défenseurs des dauphins en Grande-Bretagne, quand ils voient leurs compatriotes éméchés se bousculer dans les piscines des Caraïbes ou de Thaïlande pour y nager avec des dauphins de Taiji.
Le danger est donc bien loin d’être écarté.

Touriste et jeune prostituée dans un delphinarium en Thaïlande

Mais peut-on revenir à ce point en arrière ?
Peut-on vraiment aimer les delphinariums quand on sait tout ce qu’on sait aujourd’hui sur la vraie vie des dauphins ?
C’est toute la question que devrait se poser le secteur du tourisme mais aussi le législateur en France. A terme, le public aimera-t-il encore contempler des spectacles de cétacés esclaves ? Ce genre d’attractions commerciale a-t-elle encore un avenir ou va-t-elle passer de mode comme l’exhibition de monstres humains dans les foires, des nègres dans les zoos ou des guillotinés sur la place publique ?

 


Opération Into the Blue

 

Finlande : le seul delphinarium ferme, faute de public