La mort annoncée de PlayBoy à Duisburg

Daisy attend son Papa…

 

25 mars 2000

Un show sans conviction 
Arrivés en en mars 99, les deux derniers dauphins du Zoo d’Anvers bouclent leur première année de survie au Delphinarium de Duisburg. On se souviendra des graves conflits qui ont opposé le jeune Ivo à PlayBoy, le mâle dominant d’alors.

Notre dernière visite en date au Zoo de Duisburg confirme que la situation s’est empirée et qu’un nouveau décès,
après celui de Duphi l’an dernier, risque bien de se reproduire à court terme.

Au coeur d’un amphithéâtre tendu de plastique en pleine réfection (des travaux de peintures ont lieu sur les gradins), le grand bassin paraît dépeuplé. Ils ne sont plus que quatre à y nager : Ivo et sa nouvelle compagne, Pepina, exécutent mécaniquement la même prestation depuis un an.
Delphy, lourdement enceinte, est peu active tandis que sa soeur, Daisy, passe le plus clair de son temps à regarder vers le boyau d’accès menant au bassin central. Qu’attend-elle donc, si distraite, pendant toute la durée du show ?

 

Playboy nourri de force par entubage. D'après une photo de la presse allemande.

Playboy malade et nourri de force

Playboy, le prestigieux mâle dominant qui tenait la place, est tombé malade en février dernier. Il
souffrirait d’une affection du foie, ce qui oblige les soigneurs à le nourrir de force.
Selon d’autres sources, c’est son rival Ivo qui lui aurait explosé le foie à coups de rostre…

D’après les informations recueillies dans la presse allemande, le Zoo de Duisburg est actuellement à la recherche d’un aliment spécial riche en graisses et en calories, que l’on ne trouve qu’aux USA et qui pourrait – selon les responsables du Zoo – guérir le malheureux dauphin. Celui-ci a déjà perdu plus de 50 kg et reçoit par sonde, cinq fois par jour, un lait
spécial et de l’eau minérale. Parfois, quand il retrouve un peu de forces, Playboy parvient à nager quelques mètres mais il s’épuise aussitôt.

On dit que le Dr Frese garderait bon espoir de le tirer de ce mauvais pas, mais, cynique ou prévoyante, la même presse allemande nous prépare gentiment au pire : les dauphins libres, dit-elle, vivent rarement plus de 25 ans, ce qui
est l’âge du  » vieux  » Play Boy… Et ce qui est faux, bien entendu, la moyenne d’âge se situant aux alentours des 40 ans pour les grands dauphins mâles et de 60 ans pour les femelles.

A l’heure où nous écrivons ces lignes (29 mars) il est donc possible que Playboy soit déjà mort. Arrivé au Zoo de Duisburg il y a de cela 19 ans, il semble n’avoir pas supporté la présence de son jeune rival.
On sait que dans les conditions de promiscuité extrême qui règnent dans un delphinarium, le stress peut rendre malade très rapidement. Plus encore que l’être humain, les dauphins captifs peuvent développer de graves maladies dues à une chute de leurs défenses immunitaires. Pour PlayBoy, l’arrivée d’Ivo a du représenter l’enfer et l’on sait qu’ils se
sont longtemps battus.

De toute évidence, c’est Ivo qui a gagné.
C’est désormais lui, le dominant et c’est à lui que revient Pepina, l’ancienne compagne de PlayBoy. Mais pour combien de temps encore Ivo restera-t-il en bonne santé ? Quand et où se fera-t-il lui-même remplacer par un étalon plus jeune ?

Iris ne fait même plus semblant…
Quant à la « vieille » Iris, elle n’avait pas encore accouché au moment de notre visite. Totalement apathique, épuisée, toujours enceinte et toujours enfermée dans son mini-bassin latéral désormais clos par un grillage des deux côtés, Iris tourne en rond presque sans faire surface, ne laissant apparaître que l’aileron et le melon. Sa soigneuse, qui a changé
depuis la dernière fois, tapote l’eau de temps en temps, agenouillée près du bord, mais Iris tourne en silence et ne vient même pas la saluer.

Un bélouga psychotique

Pendant ce temps, quelques dizaines de mètres plus loin, dans un bassin sinistre et fermé au public, Ferdinand, le malheureux bélouga est désormais privé de sa compagne. Par une ouverture dans la palissade qui enferme son petit bassin en plein air, on le voit près du bord, dressé à la verticale, en train de se livrer en silence à un rituel psychotique sans fin révélateur d’un ennui profond. Il émerge, replonge, émerge encore à la verticale, toujours au même endroit et de la même manière. On aperçoit parfois l’aileron de Yogi, le dauphin de Commerson, son ultime compagnon.

Plus loin encore, dans l’aquarium aux poissons, les deux dauphins de rivière tournent et tournent dans l’eau sale de leur bassin obscur et minuscule, becs largement ouverts, dans une sorte de danse à deux quasiment autistique : pour eux, ce monde atroce semble avoir disparu. Ils se regardent, ils s’aiment, souhaitons simplement que l’un des deux ne vienne pas à mourir !

 Combien de temps encore  ?
Combien de temps encore allons-nous tolérer ce genre de spectacle ? Combien de temps accepterons-nous que soient massacré comme à l’abattoir, tous ces dauphins prisonniers ? Car après nos premières visites,
plutôt encourageantes, le constat s’impose de lui-même, implacable : Il n’y a aucun avenir pour les dauphins captifs, aucun bonheur possible, aucune autre issue pour eux que la mort. Les quatre associations de défense des dauphins en Belgique lancent donc une fois de plus un appel aux responsables politiques européens et nationaux pour que l’on ferme immédiatement, en Belgique comme ailleurs, tous ces camps de détention totalement injustifiables et que l’on réhabilite chacun de leurs détenus…

Retour