La première « ferme à orques » s’ouvre en Chine

La première « ferme à orques » s’ouvre en Chine

Le 24 février dernier, le Chimelong Ocean Kingdom a révélé qu’il possédait neuf orques capturées dans la mer d’Okhotsk en Russie. Ces baleines ont été importées en 2013, 2014 et 2015.
Chimelong a l’intention d’utiliser ces épaulards dans le cadre d’un programme de reproduction pompeusement qualifié de « ferme à orques ».
« Les dresseurs interagissent avec des orques dans la première « base de reproduction » de Chimelong Ocean Kingdom à Zhuhai, province du Guangdong, au sud de la Chine, le 24 février 2017. La première base d’élevage d’épaulards en Chine a été mise en service vendredi. À l’heure actuelle, il y a cinq orques mâles et quatre femelles ici ».

La première «base de reproduction» de Chimelong Ocean Kingdom à Zhuhai, province du Guangdong, au sud de la Chine, le 24 février 2017.


Le texte de cette brève dépêche
laisse entendre que les Chinois vont se lancer dans la production d’orques nées captives sur une large échelle.
Comme le Marineland d’Antibes et Sea World ont pu le faire en leur temps, il s’agit d’économiser l’achat de nouvelles prises et de donner sans doute à l’esclavagisme cétacéen le vernis d’honorabilité qui s’impose.
Taiji ne fait pas autre chose avec sa «ferme aux 100 dauphins» destinés à remplacer les captures.

Le dressage de ces 9 orques sera coordonné par un soigneur français du nom de Julien Forestier, qui vient d’être nommé « Manager of Animal Training » au Chimelong Ocean Kingdom.
C’est donc lui qui se chargera de la nouvelle « ferme à orques » comprenant pour l’heure neuf orques toujours en phase de dressage pendant qu’on met la dernière main à leurs futurs bassins « colossaux ».

Julien Forestier est bien loin d’être un amateur : il travaillait déjà comme Senior Trainer de cétacés à Loro Parque aux Canaries de juillet 2010 à mars 2012. Il a donc réceptionné l’orque Morgan arrivée en 2011 et il a du se charger de ses premiers dressages.
Avant cela, ce grand professionnel était superviseur au Dolfinarium de Harderwijk de février 2001 à juin 2010 et avant cela encore, dresseur de mammifères marins à Connyland de février 2000 à novembre 2000.
Rappelons que ce delphinarium suisse a du fermer quand ses deux derniers dauphins mâles adultes sont morts d’une overdose d’Ecstasy lors d’une rave-party particulièrement débridée tenue dans le parc.
Aux cotés de Julien, on retrouve aussi Alain Stein, un ancien du SeaWorld d’Orlando et de la Busch Gardens Entertainment Corporation.

Le dresseur Julien Forestier

 

Quant aux orques de Chimelong, il s’agit d’un groupe composé de 5 mâles et de 4 femelles, tous très jeunes.  

Tyson
Tyson est un orque qui a été capturée en Russie et vit désormais enfermée au Chimelong Ocean Kingdom. L’âge et le sexe de Tyson n’ont pas été confirmés, bien que « Tyson » soit un nom masculin. On sait aussi qu’à partir de février 2017, Tyson a repris du poids depuis sa capture.

Nukka
Nukka est une orque capturée en Russie qui vit désormais enfermée au Chimelong Ocean Kingdom. . L’âge et le sexe de Nukka n’ont pas été confirmés, mais Nukka est supposée être un nom de femme. Il signifie «petite sœur» chez les Inuits. On sait aussi qu’en février 2017, Nukka a augmenté de taille d plus de 4 pieds depuis qu’elle est captive. Elle devait donc être extrêmement jeune lors de sa capture.

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En juillet 2015, deux orques ont été capturés par le Centre TINRO en Russie. Leur sexe et leur nom sont inconnus. L’un d’eux était encore un enfant lors de la capture, si l’on en juge par les photos, âgé tout au plus de 1 à à 4 ans.
En novembre 2015, une vidéo de TINRO nous montrait une très jeune orque nommée Malvina. On ne sait pas si ces images correspondent à TIN-OO-C1501 ou à un autre épaulard.

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En juillet 2015, trois orques ont été capturées en Russie. Les trois ont vraisemblablement été envoyés au Centre TINRO. L’un d’entre eux semble être un jeune ou un jeune adulte, bien qu’il soit difficile de le dire. Le sexe et le nom ne sont pas connus.

L’identité des cinq autres orques nous est actuellement inconnue. 

 



En réponse à l’annonce du parc de l’ouverture d’une « ferme à épaulards », les organisations chinoises de protection des animaux ont uni leurs forces pour critiquer cette décision par la voix de la China Cetacean Alliance (CCA)

Ils affirment que les orques sont nourris avec des régimes alimentaires inadéquats, maintenus dans des groupes sociaux inadaptés, exposés à de hauts risques de consanguinité et qu’ils souffrent déjà de problèmes médicaux.

La China Cetacean Alliance souhaite exprimer sa très vive préoccupation au sujet du bien-être de ces cétacés et de la sécurité de leurs dresseurs.

Le seul écotype observé par les chercheurs russes lors des captures dans la zone considérée est l’écotype des orques chasseresses de mammifères marins. Il ressort des rapports produits lors de leur séjour dans l’Extrême Orient russe, que ces cétacés, malgré leur jeune âge, consommaient déjà de la nourriture solide au moment où ils ont été pris et que de la fourrure avait été découverte dans leurs fèces. Cela signifie que ces neuf orques ont été témoins et peut-être même participé à des chasses de mammifères vivants, le plus probablement des pinnipèdes.

En ce qui concerne le bien-être des orques, celles-ci sont donc des prédatrices de mammifères marins.
Mais Chimelong ne leur donnera que du poisson, ce qui n’est pas biologiquement approprié à leurs besoins. Leur santé peut être affecté par le fait de manger de la nourriture à laquelle ils ne sont pas comportementalement, physiologiquement ou génétiquement adapté.

 


Chimelong suggère dans sa communication à la presse que ces orques sont âgées de 5 à 13 ans.
Il n’y a aucun moyen de confirmer ces estimations mais à regarder les photographies, il semble que les orques soient plus petites (400 cm à 650 cm) et dès lors plus jeunes que ne le prétend la compagnie commerciale. Même si ses estimations d’âge étaient exactes, cela signifie tout de même que les cétacés étaient extrêmement jeunes lorsqu’ils ont été capturées, peut-être aussi jeunes que 1 ou 2 ans !
Compte tenu de leur jeunesse, ils sont probablement déjà socialement perturbés anormale, car ils ont été enlevés à leur mère alors qu’elles étaient encore émotionnellement très dépendants d’elle et qu’ils n’ont pas de matriarche pour leur enseigner un comportement social normal.

Leur jeunesse signifie également que le lancement d’un programme d’élevage est largement prématuré. La plupart de ces orques sont des juvéniles, pas des adultes. Et même si certaines des femelles plus âgées et des mâles peuvent être sexuellement matures, ce n’est en rien comparable au fait d’être socialement mature chez les orques.
C’est comme de dire qu’une jeune fille de 11 ou 12 ans est prête à être mère ! Les orques femelles peuvent être sexuellement mature à 6 ou 7 ans, mais ne donnent naissance à leur premier enfant que lorsqu’elles ont atteint de 12 à 14. La maturité sociale est encore plus tardive chez les mâles qui doivent parfois attendre d’avoir 20 ans !
Les delphinariums occidentaux ont tendance eux aussi à faire se reproduire leurs orques beaucoup trop jeunes, ce qui est un facteur probable dans leur durée de vie plus courte. Il serait malheureux que Chimelong répète cette erreur.

Quant au ratio sexuel du groupe – 5 mâles pour 4 femelles – il est très probable que cela entraînera des problèmes sociaux. Dans la plupart des populations d’orques, les mâles sont subordonnés aux femelles. Lorsqu’il y a beaucoup de mâles dans un groupe, le groupe lui-même se marginalise quelque peu du reste de la population.
Apparemment,les mâles peuvent être des perturbateurs, et donc, les familles avec plus de femelles que de mâles évitent les familles avec plus de mâles que de femelles lorsqu’ils sont en train de socialiser. Le ratio excessif de mâles à Chimelong, même si le groupe est reparti dans deux enclos, n’est jamais une bonne idée en captivité : les niveaux d’agressivité peuvent être très élevés, tant dans le groupe qu’à l’égard des dresseurs.

Chimelong affirme que les orques sont détenues en deux groupes «basés sur les 2 groupes sociaux dont ils sont issus». Cela ne signifie pas grand-chose, car on sait fort peu de choses sur les groupes sociaux dans la mer d’Okhotsk, en particulier chez les orques mangeuses de viande. Identifier les groupes sociaux (pods) au sein d’une telle population de nomades n’est tout simplement pas possible avec la base de données actuelle.
Même si l’affirmation de Chimelong signifie que les opérateurs russes ont capturés ces animaux dans deux groupes différents, cela ne signifie pas nécessairement qu’il s’agisse de deux groupes sociaux différents. Ces orques auraient pu être en train de chasser ou de socialiser loin de leurs propres familles à ce moment précis. Les mangeurs de viande ont rarement des territoires précis.
Cela signifie que toutes ces orques pourraient être réellement liées les unes aux autres (comme chez les frères, les sœurs, les cousins, etc.).
Si c’est le cas, leur reproduction incestueuse poserait un énorme problème comme ce fut le cas pour Sharkan et Tanouk ou Lolita et Hugo.

 

Les orques nomades ou « transient » complètent souvent leur menu habituel avec quelque oiseaux de mer.

 

Personne à Chimelong ne peut savoir à quel degré ces orques sont liés les uns aux autres, à moins qu’on n’effectue des tests génétiques détaillés. Étant donné l’absence d’une matriarche adulte et expérimentée pour guider ce groupe de jeunes cétacés, l’inceste est une possibilité très réelle.
Les orques ne s’accouplent jamais au sein des groupes familiaux et ce sont des adultes expérimentés qui les socialise et leur apprennent à ne pas commettre d’inceste en allant chercher des partenaires à l’extérieur du groupe familial. Au Chimelong Ocean Park, ces jeunes orques n’ont pas d’adultes expérimentés pour leur enseigner les lois du clan.

En outre, l’une des photographies à haute résolution fournies par Chimelong dans son annonce aux médias du 24 février nous montre une orque avec une peau en mauvais état (des taches jaunâtres sur la zone blanche du menton).
Nous avons consulté un vétérinaire spécialisé en mammifères marins, qui pense que ces taches sont le résultat d’une infection fongique. Cela pourrait être aussi d’origine bactérienne. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas normal et l’animal devrait être soigné. La qualité de l’eau des piscines de Chimelong est sans doute inadéquate ou alors, c’est que l’orque subit une chute de ses défenses immunitaires.

 

Pour ce qui est de la sécurité des dresseurs, nous répétons qu’ils ont affaire à des orques carnivores qui mangent des phoques et des morses. Leurs réactions pourraient facilement revenir au comportement de chasse, surtout si quelqu’un tombe accidentellement dans l’eau.

CCA est préoccupé par deux choses à propos du Centre d’élevage d’orques de Chimelong  tel que présenté par la vidéo Youtube et quelques-unes des photographies :

1) Nous voyons au moins six des neuf orques alignées ensemble le long du mur du bassin, avec peu de coordination entre les dresseurs. Il s’agit de «chaos contrôlé», une façon de gérer les orques excessivement dangereuses lorsqu’elles sont encore jeunes. En fait, cela signifie que le dresseur encourage les animaux à improviser et à «se déchaîner» sur ordre, une situation où les accidents et l’agressivité surviennent facilement.

2) Les dresseurs se tiennent à proximité immédiate des orques, sans barrières, sans distance de sécurité, sans rien pour empêcher les animaux de se jeter en avant, de saisir un dresseur et de l’entraîner dans l’eau. Les dresseurs traitent ces orques chasseresses comme s’il s’agissait de dauphins ou de bélugas. C’est une grave erreur au niveau de la sécurité.


Nous exprimons de nouveau de très sérieuses préoccupations au sujet de la situation à Chimelong.

Le bien-être de ces neuf baleines est menacé par les conditions dans lesquelles elles sont détenues et la sécurité des formateurs est menacée.

 

Au Chimelong Ocean Park où travaille un dresseur français, il n’y a pas que les orques russes. Il y a aussi de joyeux ours polaires et plus d’une dizaine de bélugas, tous capturés.

 

La capture des orques en Russie par TINRO pour le marché chinois

 


Les premières orques arrivent en Chine