La réhabilitation des cétacés captifs : le débat

 

Avril 2010

La réhabilitation des cétacés captifs : le débat

Etrangement, je  viens de subir les foudres de Mark Berman, directeur associé de la très américain association Earthisland Institute qui a collaboré à l’opération « Free Keiko » (suite au film « Libérez Willy ») aux cotés du HSUS et de l’organisation de
Jean Michel Cousteau.
Mark me reproche aujourd’hui de plaider la cause de l’Industrie du Cétacé captif  – un comble !- parce que j’ai osé dénoncé la solitude atroce de Keiko, qui, comme dans le cas du Syndrome de Stockholm, en était arrivé à aimer tout à la fois les Humains, ses geôliers et tortionnaires de longue date, puisqu’il fut capturé à un an à peine, mais aussi ses frères de race, les orques.

Keiko était habitué à la présence humaine

 Trop vite, j’en reste persuadé, on a privé Keiko du contact avec les humains en l’expédiant dans un fjord norvégien solitaire. On aurait du lui donner plus du temps pour s’adapter au monde libre, apprendre le dialecte des orques norvégiens et leurs cultures, lui qui était né en Islande et qui vécut les neuf dixième de sa vie en captivité.

Ce ne fut pas le cas. Keiko décéda solitaire et désespéré au nom d’un spécisme imbécile qui sépare selon le mode de pensée spéciste et monothéiste, l’animal humain de l’animal non- humain.
Le front collé contre un ponton en bois, symbole pour lui de la présence humaine, Keiko est mort seul.

 La question est d’actualité, tant pour Tilikum aux USA que les orques françaises captives en France ou encore en Asie.
Je reste convaincu qu’une période intermédiaire s’impose, où le cétacé captif doit assimiler la culture de son peuple ou de la tribu étrangère au sein de laquelle les scientifiques le placent, tout en gardant un contact avec les Humains.

Keiko venant d’Islande, capturé très jeune, privé de l’enseignement de sa mère, de ses oncles, de ses tantes et de ses frères, il ne comprenait évidemment rien au langage des orques norvégiens, n’avait jamais appris à chasser en groupe, mais adorait que les gosses lui grimpent sur le dos !

Pareil pour Stephania, la petite delphine « libérée » par Ric O’Barry sous les caméras trop pressées de TF1 et qui se retrouve aujourd’hui près des hommes et des dauphins en même temps, dans un lagon de retraite en Amérique centrale.
Compte tenu de l’intelligence supérieure des orques et des dauphins, comment s’étonner que Keiko ait pu préférer de partager un moment le contact avec les enfants en même tant qu’il se réjouissait de nager en mer libre et d’apprendre avec ses frères de race à re-vivre dans l’océan ? Spécisme, encore une fois !
Qui dit qu’un animal non-humain « sauvage » ne pourrait jamais vivre en bonne harmonie tout à la fois avec les Singes Humains et les autres mammifères non-humains ?
Après tout, nous avons d’excellentes relations avec les oiseaux libres affamés l’hiver comme avec les chats qu’on peut difficilement qualifier d’animaux domestiques, vu qu’ils partagent leur vie entre leurs semblables et notre monde à nous – quand ils ont la chance de vivre en jardin.

En revanche, Howard Garrett, toujours en train de tenter de libérer Lolita/Tokitai depuis la Floride ainsi que Ken Balcom ont une position plus nuancée : ils savent bien que mon allusion au Syndrome de Stockholm a du sens et que Keiko aurait pu, simultanément, fréquenter orques et humains depuis son premier fjord…  survivre et puis enfin, se libérer VRAIMENT de notre influence !

Pour les plus anciens, capturés en mer, la solution « Keiko » reste la bonne, mais elle doit tenir compte de la psychologie propre au cétacé concerné. C’est-à-dire lui ménager un temps intermédiaire entre le moment où l’orque acquiert les connaissances nécessaires à sa survie en mer, grâce à l’aide de membres de son espèce (de quelque nation  qu’ils soient) et la séparation en douceur d’avec les humains, durant une période plus ou moins longue.

Il faut laisser le temps au temps et permettre à ces malheureux cétacés, brisés par la captivité, de s’éloigner peu à peu des Humains et de rejoindre leur peuple. Il en est de même pour les détenus humains condamnés à de lourdes peines : le retour à la vie civile leur est extrêmement difficile.

Keiko libre traversant l’Atlantique Il savait déjà se nourrir seul

 

Keiko est mort. Ces enfants, qui ne l’ont connu que libre et joué avec lui, viennent décorer tombe.

 

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