La société fluide des orques islandaises

 

 

La société fluide des orques islandaises

Dans les eaux froides et sombres au large de l’extrême Sud de l’Islande, les orques s’affairent ensemble pour encercler les poissons et en faire une boule serrée, avant de se relayer pour les étourdir et les dévorer. Des groupes de plus de 200 cétacés se jettent dans la mêlée et se nourrissent de ces bancs concentrés de hareng.
Quelques mois plus tard, certaines de ces mêmes orques se retrouveront à plus de 1.000 kilomètres de là pour chasser en petits groupes les phoques le long de la côte écossaise.

La flexibilité des orques d’Islande dans le choix de leurs proies et la taille de leurs groupes a surpris les chercheurs qui étudient les structures sociales chez les cétacés. Ce comportement, découvert par Sara Tavares de la l’Université de St Andrews en Ecosse, est bien différent de celui des orques étudiées avec constance dans le Nord-Est du Pacifique et dont les relations sont plus rigides et plus hiérarchiques. Là-bas, les épaulards résidents se nourrissent de saumon et vivent sur des territoires familiaux relativement petits au sein de groupes parentaux stables dirigés par une matriarche.

A l’inverse, les orques nomades ou « transient » de la même région du monde se sont spécialisés dans la chasse aux mammifères marins et vivent en tout petits groupes parcourant de vastes étendues. Bien que les orques nomades  forment également des groupes familiaux, il n’est pas rare que des individus s’associent temporairement avec d’autres nomades. Les résidents et les nomades interagissent rarement.

 

Orques islandaises

 

Les observations de Sara Tavares nous montrent des associations beaucoup moins stables entre les épaulards islandais. Leurs groupes se séparent fréquemment puis se reconstituent et ce n’est pas seulement le type de proie, mais aussi la façon dont la proie se comporte, qui détermine la conduite de leurs relations.
Tavares et son équipe ont suivi les épaulards islandais avec leurs bateaux, et les ont photographié en train de se nourrir de harengs.
Les chercheurs ont amassé plus de 30.000 photos. Sur cette base, ils ont pu identifier 314 individus et noter les associations entre 198 d’entre eux, calculant qui était allé là où et avec qui il avait passé du temps.
« L’une des choses les plus intéressantes que nous ayons remarqué, c’est que des individus avec des schémas de déplacement différents restaient encore associés ensemble« , explique Tavares.

Par exemple, certaines orques restent en Islande tout au long de l’année, tandis que d’autres n’apparaissent sur place qu’en été ou en hiver. Quelques unes parcourent des centaines de kilomètres pour se nourrir de mammifères marins, mais sur les principaux sites de chasse aux harengs d’Islande, ils interagiront tous ensemble, s’assemblant en « méga-pods » de dizaines, voire parfois de plusieurs centaines d’épaulards.

Mais pourquoi les sociétés d’orques islandaises sont-elles beaucoup plus souples que celles de leurs homologues du Nord-Est du Pacifique ? Sarah Tavares suggère que c’est à cause de la façon dont leurs proies se comportent.
Les orques islandaises se nourrissent principalement de hareng, tandis que celles du Pacifique mangent du saumon. Le hareng est un petit poisson qui se déplace en bancs et ces bancs changent constamment de taille.
Le saumon, en revanche, se présente de manière saisonnière parfaitement prévisible.
Les orques islandaises doivent donc constamment changer la taille de leur groupe pour s’adapter à celles des bancs de hareng, tandis que celles du Nord-Est du Pacifique se déplacent en un seul groupe uni pour intercepter les gros saumons.
Quant à ceux qui chassent des mammifères marins, ils voyagent en petits groupes et s’appuient sur la discrétion et le silence pour arriver à leurs fins. Ces différences dans les stratégies de chasse s’entremêlent probablement avec les différents types d’ordre social chez ces cétacés.

«Il est sans doute très utile d’avoir une société fluide, dont les individus se rejoignent et se séparent sans cesse» explique Sarah Tavares.

Banc de harengs.

One Ocean, Many Killer Whale Cultures
Iceland’s killer whale society is more fluid than that of their northeast Pacific peers.
by Bethany Augliere
Published March 1, 2017


L’appel de regroupement chez les orques islandaises

Lorsqu’elles chassent, les orques islandais encerclent les bancs de harengs pour les forcer à se resserrer en boule de viande puis les frapper avec leurs caudales et se nourrir de chaque poisson, un par un.
Ce comportement a été étudié en profondeur chez les orques norvégiennes et a été nommé «alimentation en carrousel». En Norvège, il est clair que les cétacés forcent le hareng à proximité de la surface, puisqu’on le voit sauter hors de l’eau. Cependant, lorsqu’on observe les orques se nourrir à Vestmannaeyjar, en Islande, le hareng ne sautent jamais en surface, ce qui suggère que le comportement alimentaire pourrait être différent.

Bien que nous comprenions mieux le comportement alimentaire des orques islandaises, de nombreux aspects en restent mal compris.
Par exemple, les « appels de regroupement » (herding calls)ne sont produits que dans certains cas et pour des raisons encore inconnues. D’autres comportements alimentaires, comme les attaques sur les mammifères marins, ont également été observés en Islande. (…)

Des études sur les productions acoustiques des orques islandaises sont en cours depuis les années 1980 et ont montré que, comme les autres populations d’orques, celles d’Islande produisent également des clics, des appels pulsés et des sifflements.
Cependant, certains de leur comportements vocaux sont tout à fait uniques.
« L’appel au regroupement » des orques islandaises est un appel de longue et basse fréquence qui se distingue des autres très clairement et peut être entendu lorsque les orques se nourrissent. Cet appel fonctionne lors de la manipulation du hareng, en regroupant les poissons en banc de plus en plus serré et par conséquent, de plus en plus facile à frapper d’un seul coup de caudale. Les orques islandaises qui se nourrissent de hareng vocalisent beaucoup. Elles produisent beaucoup d’appels, de clics d’écholocation, d’appels de troupe et de claquements de queue. En revanche, quand elle se déplacent et chassent les mammifères marins, elles n’émettent aucun son et peuvent rester silencieux pendant de longues périodes.


Les orques en France

Wikie et Inouk, Moana et Keijo sont des orques de pure souche islandaise.
Il était de même pour Sharkan, Freya, Tanouk, Kim2 et Tilikum, bien sûr, toutes mortes aujourd’hui, toutes capturées en Islande.
Leur culture était  celle des grands espaces, des chasses en groupe ou en solo, des adieux et des retrouvailles, de l’inventivité et des découvertes.
Qu’avons-nous donné comme culture à nos orques captives ?  Que leur avons-nous apporté en échange de leur liberté ?
Nous leur avons appris à lancer des ballons et à saluer avec la nageoire.


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