La solitude de Tilikum : 6 tonnes d’énergie en cage

La solitude de Tilikum : 6 tonnes d’énergie en cage

The Lonely Life of Tilikum: Six Tons of Killer-Whale Power Incarcerated, Subdued

 

Par Helene O’Barry Hesselager

David Kirby, journaliste de renom et auteur de « Death at SeaWorld”, a récemment eu une idée brillante. En se servant de l’application cartographique «Google Earth», il a zoomé sur le parc d’attractions SeaWorld d’Orlando en Floride. Une  image satellite de Shamu Stadium est apparue sur son écran. C’est là que plusieurs orques sont incarcérées et utilisées pour des spectacles.

L’une de ces orques est appelée Tilikum.
C’est lui qui, en février 2010, a entraîné sous l’eau sa dresseuse par le bras et l’a tué. Tilikum a enduré plus de trente ans de détention. Les clichés aériens de Google Earth nous le montre enfermé seul dans ce qui est connu comme étant la « G Pool ». Il fait face à la porte en métal qui le sépare des autres orques, comme s’il demandait de se joindre à eux. David Kirby a posté l’image sur Facebook avec les mots « Merci, Google Earth, de nous informer de la solitude de cette orque ». 

 

PoolG-1



Tilikum avait seulement deux ans quand il a été arraché à sa mère au large des côtes de l’L en 1983.
Il est détenu par le parc d’attractions SeaWorld d’Orlando depuis 1992, et même si les bassins de ce parc ne ressemblent en rien, même de loin, au monde de l’océan naturel, Fred Jacobs le vice-président des communications pour SeaWorld, a déclaré  à CNN en octobre dernier : « L’habitat de nos orques le plus grand et le plus sophistiqué jamais construit pour un mammifère marin ».

Le dictionnaire Merriam-Webster définit le mot ainsi le mot «habitat » : 
Il s’agit de : « l’endroit ou le type d’endroit où une plante ou d’un animal vit et pousse de façon naturelle ou de manière habituelle ». Un parc d’attractions n’est pas un lieu où les orques vivent normalement. Et même si on les force à s’y reproduire, ce n’est pas un endroit non plus d’où ils proviennent naturellement.

Géants parmi les dauphins, les orques sont de grands prédateurs intelligents qui ont perfectionné leurs compétences à survivre depuis des millions d’années.
Leurs corps lisses, en forme de torpille, sont construits pour la vitesse et pour parcourir de longues distances. Les orques utilisent leur écholocation sophistiquée pour chasser et s’orienter.
Elles communiquent entre elles par des séries de clics, de sifflements et d’appel. Chaque tribu d’orque développe son propre dialecte, un exemple parmi tant d’autres de leurs comportements sociaux très évolués.

orca-pod-tw

Le vrai « Monde la Mer » : celui de Tilikum en Islande


Sur son site Internet, SeaWorld décrit ainsi la nature sociale de orques : « Les orques vivent en unités sociales à long terme cohérents appelés «pod». Un pod est un groupe d’individus qui voyagent ensemble la majorité du temps ».

Si Tilikum n’avait pas été enlevé à sa maison, l’océan, il serait en effet en train de voyager dans les eaux profondes et froides de l’Islande, couvrant des miles chaque jour, en se rendant d’un lieu à l’autre. Son univers aurait été d’une très grande diversité, plein de nouveaux défis, d’activités sans nombre, de chasse, de jeu et de socialisation avec les membres de son clan ou ceux d’autres tribus.
Chaque fois qu’il sauterait hors de l’eau, il verrait s’étendre autour de lui l’océan sans fin, sans aucun obstacle si ce n’est là où la mer vient lécher les rivages.
A plus de trente ans, il aurait acquis les compétences d’un maître chasseur, et sous la direction expérimentée de sa mère, il aurait appris un nombre impressionnant de méthodes de chasse aux proies vivantes, menées dans un esprit d’équipe.

http://www.aquablog.ca/2011/11/central-coast-observations/

Tilikum serait aujourd’hui un beau mâle et un grand chasseur

 

L’orque est le plus gros animal au monde à être maintenu en captivité.
Et Tilikum est la plus grande orque jamais détenue, avec ses six tonnes de force physique alliée à la puissance d’un cerveau extrêmement complexe.

Pris au piège d’un bassin minuscule, incapable d’échapper à la chaleur tropicale, entouré de boutiques de souvenirs, des stands de pop-corn, d’une musique assourdissante et des applaudissements du public, tout l’énorme potentiel de Tilikum est méthodiquement limité par des constructions artificielles faites de murs impénétrables et de barres métalliques.

L’image de Google Earth posté par Kirby révèle avec une rare évidence l’incongruité de soumettre un animal qui traverse les océans à un confinement solitaire où il n’a rien à faire et nulle part où aller.
En fait, quand SeaWolrd se vante d’avoir construit l’habitat le plus grand et le plus sophistiqué au monde pour ses orques, il apparaît surtout que la seule chose vraiment sophistiquée  dans cette affaire, c’est Tilikum lui-même.  Et Fred Jacobs se trompe complètement :
Sea World n’a jamais construit un habitat de cette sorte. Seule la Nature l’a fait.

 

Helene O’Barry Hesselager 2013

 

tilly-deprime

Tilikum ne rêve même plus : il est assommé par les drogues


« Dans la nature, Tilikum aurait fait partie d’une tribu d’orques
Il aurait eu de nombreux enfants, nés de plusieurs femelles différentes, il aurait eu des frères et des sœurs qu’il aurait aider à grandir, il aurait joué un rôle important dans les expéditions de chasse, car c’est un mâle puissant. Avoir réduit tout cela à l’isolement dans une piscine latérale, sauf lorsqu’on a besoin de lui quelques minutes pour un spectacle, je pense que c’est vraiment triste. D’un point de vue éthique, c’est un peu dérangeant ».

Naomi Rose, Ph.D., The Humane Society of US
The case against marine captivity


 

L’enfance de Tilikum, orque tueuse