La vraie révolution des esprits

Un philosophe trop oublié, le Dr Henri Laborit, disait en substance dans son ouvrage « La Nouvelle Grille »  :

«La vraie révolution ne surviendra que le jour où l’’Homme comprendra les mécanismes intimes de sa pensée, lesquels sont directement dépendants de la structure même de son cerveau. Celui-ci est grossièrement divisé en trois parts : le cerveau reptilien ou thalamique, siège des émotions, le cerveau mammalien, siège de la mémoire et le cerveau cortical, siège de la raison et de pensée associative. Ces organes de la conscience entrent constamment en conflit et le poussent à des actes insensés ou particulièrement agressifs.

L’époux qui tue sa femme par jalousie n’’agit que sous le coup de pulsions primitives. Il sait parfaitement que son acte est amoral, mais il le commet tout de même.
Le chef de guerre qui massacre des populations rationalise ce geste au nom de l’’expansion de son territoire ou de sa sécurité, alors qu’il n’aspire en fait qu’à accroître sa dominance, comme n’importe quel chimpanzé ».

Il en serait autrement, bien sûr, si son cerveau était construit selon un autre schéma, comme c’’est le cas de celui des cétacés.
Ceux-ci disposent en outre d’’un appareillage sensoriel extrêmement différent du nôtre, qui leur permet de fusionner leur moi avec celui des autres ou de s’’en détacher lorsqu’’ils sont solitaires.

Que sait-on finalement de cette conscience de soi dont les dauphins font preuve, placée au cœoeur d’’un monde circulaire sans relief et presque sans couleurs (vision frontale et latérale à 360° percevant la lumière à la façon des chats ?) et qui traite des informations  essentiellement sonores (échos pixellisés des objets partagés par tous) mais aussi tactiles, olfactives et même magnétiques ?
H.Jerison n’hésite pas à parler d’une « conscience collective ».
Les mouvements de groupe parfaitement synchrones, à l’image des bancs de poissons ou des troupeaux de gnous, suppose à l’évidence une pensée « homogène » au groupe, brusquement transformé en une « personne plurielle ».

On peut imaginer ce sentiment lors d’une émeute, d’un match de foot ou d’un concert de rock, lorsqu’une foule entière tend vers un même but mais ces comportements sont primitifs et fugaces. Tout autre est la mise à l’unisson de deux, trois, cinq (les  » gangs  » de juvéniles mâles associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines de dauphins ensemble (de formidables « lignes de front » pour la pêche, qui s’étendent sur des kilomètres).

On sait que lorsqu’un dauphin voit, tout le monde l’entend. En d’autres termes chaque fois qu’un membre du groupe focalise son faisceau de clicks sur une cible quelconque, l’écho lui revient mais également à tous ceux qui l’entourent. Imaginons que de la même manière, vous regardiez un beau paysage. La personne qui vous tournerait le dos et se tiendrait à l’arrière derrière vous pourrait le percevoir alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui peut faire croire à de la télépathie, n’est pas sans conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe, capable de fusionner son esprit à ceux des autres quand la nécessité s’en fait sentir. Ceci explique sans doute la formidable capacité d’empathie des dauphins mais aussi leur fidélité « jusqu’à la mort » quand il s’agit de suivre un compagnon qui s’échoue. Chez eux, on ne se sépare pas plus d’un ami en détresse qu’on ne se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de métro !

Les baleiniers le savent, qui harponnent d’abord un jeune d’une tribu de cachalots ou de d’hyperoodons. La communauté toute entière se regroupe autour du blessé. Les tueurs n’ont alors plus qu’à tuer, comme au tir au pipes, l’ensemble des parents et amis rassemblés.

En d’autres circonstances, bien sûr, le cétacé voyage seul et il « rassemble » alors sa conscience en un soi individualisé, qui porte un nom, fait des choix, anticipe et se souvient de son histoire personnelle.

Il en serait de même pour l’homme si les mots pouvaient faire surgir directement les images qu’ils désignent dans notre cerveau, sans passer par le filtre d’une symbolisation intermédiaire. Si quelqu’un me raconte sa journée, je dois d’abord déchiffrer ses mots, les traduire en image et ensuite me les « représenter ».
Notre système visuel étant indépendant de notre système auditif, un processus de transformation préalable est nécessaire à la prise de conscience du message.
Au contraire, chez le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de communication et un moyen de cognition « constructiviste » (analyse sensorielle de l’environnement).

La symbolisation n’est donc pas nécessaire aux transferts d’images, ce qui n’empêche nullement qu’elle puisse exister au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience fusion-fission, cet « ego fluctuant à géométrie variable », ils préparent tout naturellement le dauphin à s’ouvrir à d’autres consciences que la sienne.

D’où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre et de nous « faire » comprendre.
Un dauphin aime partager son cerveau avec d’autres, tandis que l’homme vit enfermé dans son crâne, dont il ne s’’extrait que par le verbe.

Thomas I. White précise cette analyse : « Le fait que les dauphins aient une histoire évolutive différente et plus longue que les humains a probablement engendré d’importantes différences dans la façon dont les cerveaux de ces deux mammifères fonctionnent. Par exemple, des informations limbiques ou émotionnelles pourraient jouer un plus grand rôle dans le cerveau des dauphins que dans celui des humains. Et le cerveau humain pourrait davantage mettre l’accent sur le détail alors que le cerveau des dauphins mettrait l’accent davantage sur la vitesse.

La recherche scientifique dans le « monde intérieur » des dauphins révèle des signes d’’une conscience avancée que l’’on croyait traditionnellement spécifique aux humains seulement : conscience de soi, émotions, auto-réflexion consciente sur les contenus de la conscience, résolution de problèmes par l’’utilisation de la pensée abstraite, saisie de la structure causale de son propre environnement, pensée innovante et créative, fonctionnement dans des environnements cognitifs étrangers, et utilisation d’’outils ».

 

Tursiops et globicéphales pêchant de concert

Impossible bien sûr de pénétrer réellement ce monde mental sans passer par le dialogue verbal et gestuel, puisqu’’en tant qu’humains, c’e sont là nos seuls moyens pour communiquer. Jack Kassewitz, qui travaille sur les cymaglyphes, déclare à ce propos :

“ »En ce qui concerne la possibilité de parler avec les dauphins, je crois que partout dans le monde, des gens aimeraient en avoir l’’occasion !

Et je suis convaincu que les dauphins eux-mêmes aimeraient avoir la chance de dialoguer avec nous, ne serait-ce que pour assurer la survie de leur espèce.

Lorsque je nageais avec les dauphins sous l’ »eau, ceux-ci m’ »ont paru en plusieurs occasions fermement déterminé à communiquer avec moi. Nous tentons aujourd’’hui de rendre cela possible »

Peut-on imaginer le choc que susciterait la rencontre de ces deux esprits ?

Peut-on concevoir les renversement de paradigmes que susciteraient de tels échanges ?

L’’Humanité a connu dans son histoire ce type d’ »extensions brusques du domaine de la pensée.

«L’on sait que l’histoire de la philosophie occidentale a connu un «moment» arabe. Que les philosophes grecs ont été redécouverts en Europe occidentale à partir du XIIe siècle, par les traductions en latin des versions arabes de leurs oeuvres. L’on sait aussi que ce «moment» représente un enrichissement dans l’histoire des idées: le monde arabe a longuement commenté, prolongé, critiqué, rénové les théories de l’époque hellénistique. Enfin l’on sait que la métaphysique était indissociable des savoirs «positifs»  mathématiques, astronomie, médecine… »

Un autre tremblement de terre culturel fut provoqué par la survenance en Occident des pensées asiatique, chinoise, japonaise et indienne, et ce dès le 18ieme siècle ainsi qu’à l’aube des années 70.
Mais rien ne serait comparable à cette soudaine fusion de deux visions du monde totalement exotiques l’’une à l’autre.

Ce que les dauphins auraient à nous apprendre est énorme : une solidarité si intense que nul humain ne peut la concevoir aujourd’hui dans sa totalité. Mais aussi des « techniques de vie » proprement révolutionnaires.

Les dauphins ont toujours su gérer leur propre population et préserver leur environnement durant des millions d’années, en faisant en sorte de ne prendre que le nécessaire et de laisser sans cesse la vie se renouveler à son rythme. Ils ont toujours su modérer leurs conflits de manière élégante, en ne se tuant que peu ou pas du tout entre eux, même si bien sûr, ce ne sont pas les « anges » que nous décrit la mouvance new-age, mais des GENS, avec leurs qualités et leurs défauts. Ce n’est pas le cas de l’Homme, remarquablement intelligent dans le domaine de la technique et de la réflexion conceptuelle, mais lourdement handicapé en termes d’intelligence écologique et sociale.
Depuis le Néolithique – ne parlons donc pas ici des Peuples premiers chasseurs-cueilleurs ni de nos ancêtres du Paléolithique –  notre espèce a proliféré comme font les blattes, en ravageant tout, en épuisant les dernières ressources jusqu’à se mettre en danger de mort, réduite bientôt à s’entredévorer (Voir le film « La route » ou « Mad Max« ).

Sans souci du lendemain ! L’échec de la conférence de Doha vient de nous donner une nouvelle preuve de son incapacité à préserver sa propre survie !

La surpopulation humaine, associée à la technologie et à la logique capitaliste, représente aujourd’’hui le facteur principal de la destruction de la Terre.
Il suffirait pourtant de réduire nos effectifs à un degré raisonnable – deux enfants par couple maximum ramènerait les 6,9 milliards d’individus actuels à un ou deux milliards en quelques générations.

Ajoutez à cela le respect de notre planète par l’usage exclusif de technologies vertes et la répartition équitable des richesses… et, oui, notre chère planète bleue redeviendrait alors un jardin de vie magnifique où vivraient en paix tous les Terriens.
Par la grâce des dauphins ?
On peut rêver…


La violence chez les dauphins

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